a)iomalum
Sur les blocs erratiques émergeants, recouverts par le guano des Mouettes, J. Amann a recueilli :
Bryuni alpininn var. viride Amann.
B. MUdeanum.
Hydrogonium Ungidatum var. serratum Amann.
Gymnoslomum calcareuni, formae immersae.
La faune de la grève inondable est pendant la saison des basses eaux, celle de la grève exondée, pendant la saison des hautes eaux, celle de la grève inondée. Au point de vue de la faune, je n'ai pas à citer autre chose que ce que nous avons vu dans la grève émergée, si ce n'est l'intéressant ver lombricien, Y AUolohophora foetïda que j'ai découvert à l'entrée du golfe du Parc de Morges, sous les pierres qui conservaient encore un peu d'humidité après la baisse des eaux de l'automne.
11 est assez probable que pour les plantes de marais qui habitent la zone inondable de la grève du Léman, nous aurons prochainement à constater des modifications de la flore. En effet, tant que le régime limnimétrique du lac a été plus ou moins naturel, les hautes eaux étant réglées presque uniquement par la crue des affluents, la période des maximums a été localisée à peu près chaque année à la même saison, aux mois d'été; la régularité de la crue annuelle a été assez constante pour que certaines espèces végétales, capables de résister à ces inondations périodiques, aient pu s'établir sur le rivage du lac. Mais dans le-
(1) J. Amann, 15 mai 1900, in litt.
i 12 BIOLOGIE
régime limniméti-ique de l'avenir il n'en sera' plus de même. D'après l'expérience des premières années de ce nouveau régime il n'y a plus aucune régularité dans l'époque des hautes eaux; elles ont lieu tantôt au printemps, tantôt en automne, suivant le hasard des pluies d'orage, ou suivant les caprices ou les intérêts des machines hydrauliques de Genève. 11 est fort probable que des organismes végétaux qui avaient résisté à des inondations plus ou moins régulières, ne sauront pas se prêter à de telles irrégularités, et que nous vei-rons disparaître quelques espèces de la flore des rivages du lac Léman; il serait possible en revanche que d'autres espèces plus souples se trouvassent mieux de ce régime fantaisiste, et vinssent s'établir à leur place dans la zone inondable de la grève. C'est ce que l'avenir nous apprendi'a.
C'est avec tristesse que nous parlerons ici de la destruction d'espèces végétales pai- l'envahissement des habitations des hommes. 11 y avait autrefois sur la grève inondable de Yersoix quelques mares célèbi-es par les plantes rares ou très rares que l'on y connaissait : Elatine hexandra. Zanïchdlia teriuis. Dnriaea Beiiteri, poui' cette dernière plante c'était la seule station connue. Sur ces grèves, l'on a construit nn château dont les quais ont écrasé nos pauvres plantes. La splendide villa Bartholony a été bâtie sur un « cimetière » d'espèces végétales, et W. Barbey a bien fait d'élever à leur souvenir le moniunent funéi'aire qu'il leui- a consacré sous le titre de « la Grève de Versoix près Genève » (').
I^es Sociétés de la région littorale ou du Littoral.
Nous entrons ici dans le domaine du lac proprement dit.
La région littorale est cette bande du lac qui s'étend le long du rivage, tout autour du lac, depuis le rivage lui-même jusqu'à la profondeur de 20-25™. D'après ce que nous avons décrit, elle comprend la grève inondée, la beine et le mont.
Cette région n'est nulle part bien étendue sur notre lac; sa plus grande largeur peut s'évaluer à quelque 500™ sur les rives latérales du Léman; €lle s'élargit à plus d'un kilomètre devant la plaine du Rhône, à 2^™ dans ^a rade de Genève.
(1) Loc. cit. [p. lô-jj.
Les conditions de milieu qui peuvent avoir de l'influence sur les organismes habitant la région doivent se résumer comme suit :
1° La pi'ession est faible, atteignant à peine une ou deux atmosphèi-e& aux limites inférieures de la région.
2o La nature du sol est très différente suivant les localités, et présente divers types principaux :
La grève inondée est formée de cailloux, de sables ou de rochei's.
La beine présente, suivant les localités, des roches dures comme dans certains points de La Vaux, à Rivaz par exemple, à Chillon, à Meillerie, etc. — des mollasses comme à Pully, à la pointe de la Yenoge, sous Préverenges, devant Fraidaigues, etc. — des moraines de blocs erratiques de taille diverse, côte de Préverenges, cap d'Yvoire, — les pavés des ténevières naturelles, anciennes grèves (Golfe du Parc, Morges) — les pavés des ténevières artificielles des antiques cités lacustres avec leurs pilotis et leurs bois, gisant sur le sol. (Stations lacustres de Morges, Rolle, Nyon, etc.) — des sables ou graviers, — de la vase dans les ports et autres lieux abrités — de l'argile lacustre ('), etc., etc.
Le mont, enfin, est partout formé de sable fin, de vase et de limon.
3" Le mouvement de l'eau est plus ou moins actif selon l'état du lac et la profondeur du lieu considéré. A la surface et près de la rive les vagues peuvent être terribles; jusqu'au bord du mont les courants peuvent avoir toute l'intensité dont ils sont capables sur le lac; il y a sous ces rapports de grandes difterences suivant la forme et l'exposition de la côte, et suivant la direction du vent.
4"^ La température est fort variable d'une saison à l'autre; en été la chaleur peut s'élever jusqu'à 25»; en hiver elle peut descendre jusqu'à près de zéro.
5'J La lumière pénètre largement dans ces eaux qui sont brillamment éclairées par le soleil et par la lune.
(1) L'argile lacustre de la beine est une formation d'explication ditTicile. En mainte localité — je citerai le banc du Travers à Genève, la beine devant la'ville de Morges, la beine devant le Denantou d'Ouchy, etc. — je connais au milieu des sables de la beine des couches peu épaisses, quelques centimètres, un ou deux décimètres, d'une argile très Une, gris-bleuàtre, plastique, qui apparaît aux points où le sable a été enlevé par les courants. .Je présume que cette argile est formée par une couclie de vase qui a été débarrassée par la fermentation putride de tous les éléments organiques, et qui n'a conservé que ses éléments minéraux. C'est la même couche que, si je ne me trompe, nous avons retrouvée dans le sous-sol de la ville de Morges, dans celui de Genève (rue du Rhône, fouilles de l'ancienne machine hydraulique), etc.
6° L'eau est souvent salie et peu pure. Les affluents, d'une part, amènent dans le lac des eaux chargées de matières terreuses ou organiques; les vagues du vent, d'autre paît, agitent parfois la vase et maintiennent en suspension les poussières aquatiques qui ne peuvent se déposer tant que le lac est en mouvement; les vagues enfin des bateaux à vapeur, même en temps calme, soulèvent les particules vaseuses et contribuent, quand leurs passages sont fréquents, à augmenter la turbidité des eaux. En liivei', par les beaux jours de grand calme, les eaux de la beine sont admirablement limpides; en été, elles sont le plus souvent louches, et pai'fois assez sales, fl y a sous ce rapport, du reste, de grandes difTérences locales; au fond d'un golfe, devant une ville, près d'une embouchure de rivière, les eaux sont plus troubles que devant un cap et loin de toute cause de pollution.
70 L'eau étant en contact avec l'atmosphèi-e et souvent battue avec elle par l'action du vent, est largement aérée et constamment saturée des gaz de l'air. D'autre part tout excès d'un gaz qui se produit sur place, acide carbonique, gaz des marais, ne peut se maintenir en dissolution dans l'eau vu la faible pression du milieu aqueux d'une part, et la faible tension du gaz dans l'atmosphère; ces gaz se dégagent dans l'air suus forme de bulles qui viennent éclater à la surface.
8" Les eaux varient de hauteur, de l'été à l'iiiver, de un à deux mètres. Cette variation n'a que peu d'intérêt pour les organismes habitant les zones toujours inondées, si ce n'est que les couches situées près de la surface sont, par les basses eaux, soumises à une plus forte action des vagues de tempête. Elle a en revanche une grande importance poiu- la zone inondable, inondée par les hautes eaux, exondée par les basses eaux, et qui n'appartient que temporairement au domaine du lac ('). Les travaux de régularisation du régime du Léman 1883 ont diminué l'amplitude des variations annuelles, et amené im rétrécissement de la partie inondable de la grève.
(1) La variation de hauteur du lac du maximum au minimum était autrefois fort considérable, et s'élevait dans les extrêmes à 2.QQ'". Depuis la correction du régime du Léman par les travaux de Genève, voyez T. I, p. 496, la variation est réduite théoriquement à une amplitude de 0.6™ (de 0.8"" dans les années hisextiles). En réalité la variation obtenue est beaucoup plus grande que celle qui était promise par les projets et les conventions. Le minimum du 28 mars 1892 ayant été ZL -}- O-STS", le maximum du 14 juillet 1897 ZL -\- '3:2T('", l'amplitude de la variation extrême dans le régime qui a été inauguré le 17 mai 1886 est de 1.404'".
SOCIÉTÉS LIITOHALES 175
Les conditions de milieu du littoral sont donc fort compliquées. Elles vaiient dans le com-s de l'année, en ce qu'il y a des variations saisonnières importantes: les organismes du littoral doivent s'adapter à cette variabilité. Elles sont difTérentes suivant la localité : les groupements des sociétés biologiques sont dilférents d'un lieu à l'autre. Cela se traduit de la manière suivante :
a. Pour résister aux mouvements de l'eau : les plantes et animaux du littoral doivent être ou bien fortement fixés, ou bien capables de se retirer dans des cachettes bien protégées.
/;. Au point de vue de l'éclairage : les espèces animales peuvent être diurnes ou nocturnes; les plantes recevant l'action du soleil peuvent posséder la fonction chlorophyllienne.
r. Au point de vue thei'mique, il y a des saisons : une saison chaude pendant laquelle tout vit. tout pullule, une saison froide pendant laquelle la vie sommeille.
(/. Au point de vue des variations de hauteur. La grève inondable est tantôt inondée tantôt exondée; tantôt elle appai-tient au lac et est envahie par les organismes lacustres, tantôt elle appartient au rivage.
Quant aux différences locales, j'ai à indiquer les faits généraux suivants :
e. Au point de vue de la pureté de l'eau, il n'y a pas grande action, si ce n'est vers les embouchin-es d'égouts où l'on trouve une (loi-e toute spéciale.
f. Au point de vue de l'agitation de l'eau. Certaines plages sont très tourmentées par les vagues; d'autres, dans les anses tranquilles, sont à l'abri des grands mouvements du lac et leurs conditions sous ce rapport se rapprochent de celles des étangs ou des marais.
.7. La nature du sol a une très grande importance pour les animaux qui sont limicoles, ou saxicoles, ou arénophiles. etc., et aussi pour les plantes qui, suivant leurs espèces, ne peuvent prendre racine que sur un terrain appi'oprié.
Ces différents facteurs se combinent ensemble pour former dans l;i grande l'égion littorale une foule de sous-régions présentant chacune ses conditions de milieu particulières, convenant à des groupes animaux et végétaux différents, ayant ainsi une Société d'organismes propre et spéciale. Sous ce rapport il y a la plus grande diversité possible, dans cette région littorale, et il y aurait à décrire le tableau de chaque point
(lu pourtour du lac qui présenterait ses détails particuliers. J'essaierai de résumer ces traits en quelques descriptions d'ensemble et j'étudierai successivement: