‹ Le Léman, monographie limnologiqueChapitre 84 sur 174 · XI. La jliKil'ilc ihdis les soch'lés Utcusires · texte numérisé non relu

XI. La jliKil'ilc ihdis les soch'lés Utcusires

Si nous considérons l'ensemble de la popidation du lac, et si nous y rechei'clions la notion de cause; si nous demandons le pourquoi de cette population, le pourquoi de ses divers membres, pour quel but ont-ils été créés, nous restons sans réponse logique. On peut bien dire: les petits seront mangés pai- les moyens, les moyens par les gros, et ces derniers en se putréfiant et en se réduisant à leurs particules constitutives, servent à leur tour de nourriture aux plus petits organismes la plupart nécrophages. De cette manière le cycle de la circulation de la matière organique est complet, le lac est un microcosme qui se suffit à lui-même, ou à peu près.

Est-ce bien là le plan de la nature? Est-ce pour être mangés que ces myriades d'oi'ganismes se développent et vivent? est-ce poiu- foin-niide la nourriture à d'autres organismes qui à leur tour seront mangés, que ces millions de germes sont semés àprofusion par chaque être adulte? Que les animaux s'entre-dévorent entre eux, c'est un fait d'observation. Mais ce carnage réciproque est-il un but? Nous, les Hommes qui nous noiu-rissons de Truites et de Feras, ne sommes-nous que de la viande de boucfiei-ie pour les vers et les mici'obes qui se repaîtront de notre corps? Dieu nous garde de professer la croyance en de semblables causes finales qui serait un blasphème envers la divine nature !

L'étude que nous verions de faire de ce petit coin du monde vivant, qui est la population du Léman, nous amène à des conclusions tout auti'es.

Chaque espèce vit, et en vivant remplit son rôle dans la nature. Rôle bien humble pour les plus petits : le Microbe n'est qu'un agent de désintégration chimique; rôle bien modeste pour les micro-organismes : la plante végète, le Ver, l'Entomostracé mange et séci'ète; rôle

plus l)ruyant pour l'Insecte ou le Vertébré f}ui s'agitent, ([uï luttent, avec leurs congénères et avec le reste de l'animalité, qui détmisent leur prochain et répandent la terreur autour d'eux ; rôle glorieux pour l'Homme qui étudie la nature et cjui parfois la comprend, qui cherche à s'élever vers la notion de Dieu et aspire à la deviner.

Cljaque espèce dissémnie ses gei'mes selon son mode particulier, et ces germes tombent là où Tiiistinct maternel les a déposés dans les types supérieurs, là où le hasard des vagues et des coui'ants les aura portés dans les types moins libres ou moins mobiles. Et ces germes se développent ou ne se développent pas suivant les conditions favorables ou défavorables qui les ont accueillis. Si le milieu physique et cliimi([ue lui est propice, le germe se transforme en une plante, en un animal ; sinon, non. S'il échappe à la dent des concun-ents alFamés qui convoitent sa chair pour s'en nourrir, il deviendra un adulte qui se l'eproduira en émettant à son tour de nouveaux germes. S'il est mangé avant ce moment sa famille en espérance s'éteint avec lui.

Gela est vrai poui- les organismes déjà établis dans le lac; cela est aussi vrai poui- ceux qui y arr-ivent à l'état erratique et qui essaient de pénétrer dans ce milieu nouveau poui- eux.

Que le germe vienne des torrents affluents du lac, qu'il vienne de l'air sous forme d'une poussière apportée par les vents, qu'il soit un œuf d'hiver d'Entomostracé attaché à la plume d'un Palmipède migrateur, qu'il pi'ovienne d'une espèce déjà acclimatée à la vie lacustre dans un bassin étranger, si les conditions de milieu lui sont favorables, si la lutte pour l'existence lui est pi-opice, il se développera, il se multipliera, et formera souche d'une famille immigrante. Sinon, non; il périi'a sans descendance.

Organisme établi, organisme immigrant, les conditions sont les mêmes pour l'im et poiu- l'autre.

Que les autres organismes qui vivent dans le lac bénéficient de ses sécrétions ou de la viande qu'il renferme dans ses tissus, peu importe. S'il est une plante, quelque animal profitera pour sa respiration de l'oxygène qu'elle sécrète pendant le jour; quelque animal, un autre peut-être, un herbivore celui-là, mangera cette plante et protitera pour son alimentation des hydrocarbures qu'elle aura produits par réduction dans ses tissus. S'il est un animal, quelque plante absorbera l'acide carbonique de sa respiration, ou les sels azotés de ses excrétions; quelqu'autre animal, Carnivore ou nécrophage, se nourrira de son cadavre.

Page 1