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LA FINALITÉ DANS LES SOCIÉTÉS LACUSTRES

Evidemment sa vie et sa mort sei-ont nt.iies aux autres êtres, ses voisins d'habitat, ses rivaux dans la lutte pour l'existence. Cela est incontestable, mais ce n'est pas là le but de sa vie. De même que la nature en c)-éant le Sanglier, le Svs scfofa férus dont nous avons tiré le Cochon domestique, n'avait pas pour but de fournir l'espèce humaine de saucisses et de jambons, de même les animaux et les plantes qui vivent dans le lac ne sont pas créés pour le bénéfice de ceux qui les mangeront. Ils sont créés poiu' eux-mêmes; leur cause finale, leur but est eux-mêmes, chacun poui- lui-même. La finalité du monde organique est égoïste. Ce n'est qu'en élevant sa morale au-dessus de la vie organique que riiomme arrive à l'altruisme qui ennoblit sa finalité.

Revenons plus simplement aux faits concrets. Quel est, dans ce microcosme qu'est le lac, le rôle spécial, ou si l'on veut, la fonction, ou l'utilité, ou la place dans le plan de la nature, des organismes associés dans les diverses sociétés biologiques que nous y avons reconnues?

Le rôle de la faune profonde est des plus simples. Les petits animaux qui la composent utilisent les résidus et les débris tombés des couches s'upérieures dans les couches inférieures, dans la zone profonde du lac. Ces petits êtres obscurs et modestes sont des travailleurs à letu- manière : ils mangent, ils sécrètent, ils se reproduisent. Ils vivent comme les chiffonniers de nos grandes villes, comme les chiens de Constantinople, des débris de la table des autres; ils recueillent tout ce qui descend dans le fond du lac. L'alluvion minérale des affluents, ils la tournent et la retournent et en retirent tout ce qui est assimilable; les cadavres des animaux et plantes pélagiques, les excréments des poissons, les organismes littoraux terrestres et fluviatiles emportés en plein lac par les vents et les courants, et descendus dans les grands fonds quand ils ont été alourdis par l'imbibition aqueuse, sont mangés par eux. Rien n'échappe à leur activité dévorante de nécrophages et de coprophages. Ils dilacèrent et digèrent tout. Une partie de ces matériaux sont transformés par eux en produits de sécrétion solubles: acide carbonique, urée se disolvent dans l'eau ambiante; ce qui reste accumulé dans leurs corps, est repris quand ils meurent par d'autres animaux, leurs congénères. En définitive il ne reste rien, ou presque rien de matériaux organiques, dans l'alluvion qui se fossilifie en les couches marno-argileuses des dépôts modernes.

Le rôle des sociétés pélagiques est de tirer de l'eau la matière

oiganiciue dissoute, de l'assimilei-, de l'organiser. Matières liydrocarbui-ées et azotées sont assimilées par les Algues et auti-es microphytes pélagiques. Algues et Champignons sont mangés par les microzoaires phytophages. Ceux-ci sont la proie des Entomostracés carnassiers. Microzoaires, Entomostracés, sont mangés parles l^oissons insectivores. Ceux-ci sont mangés par les Poissons carnassiers. Ceux de ces derniei's qui échappent à la dent de leurs congénères, à la serre des Oiseaux piscivores, à la grillé des Loutres ou au tilet du pêcheur périssent de vieillesse et leurs cadavres sombrant dans la région profonde deviennent la proie des animalcules que nous venons d'y voir en fonction.

Quant aux animaux et aux plantes de la société littorale, leur grande diversité permet de leur attribuer, chacim selon ses fonctions, tous les rôles des oi-ganisines du monde vivant. Les plantes réduisent l'acide carbonique dissous dans l'eau et assimilent les matières azotées; les animaux sont ou phytophages, ou carnassiers, ou nécrophages, ou omnivores. Tous mangent et sont mangés; tous assimilent et sont la proie de leurs ennemis. Tous ont à se développer pour arriver à se reproduii'e; tous ont à se défendi-e contre leurs voisins dans la lutte à mort qu'ils combattent pour l'existence. Le drame de la vie, pour être obscur et caché, ne se poursuit pas moins dans les eaux avec toutes ses angoisses, ses terreurs, ses péripéties, ses maladies, ses accidents et sa terminaison fatale, la mort.

Un seul point parait caractériser les conditions de l'existence pour les organismes lacustres et les distinguei- de celles des organismes subaéi'iensou fluviatiles, c'est la riche abondance des moyens de nutrition. Pour autant que je comprends la vie des êtres lacustres, ils ne sont jamais exposés à la famine et ils ne meiu'ent jamais de faim.

XII. Le retour à la !>urface des cadavres de iwt/és daxs le lac.

Une ({uestion m'a plusieurs fois été posée par les riverains de nos lacs : Pourquoi les cadavres de personnes noyées dans le lac ne remontent-ils pas à la surface?

Dans ces termes, l'affirmation qui est à la base de la question n'est pas exacte. Les cadavres des noyés dans le littoral du lac, à peu de profondeur, reviennent à la surlace au bout de quelques joiu's comme

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