CHAPITRE III — SOCIETE LACUSTRE DU LEMAN
Ces préliminaires établis, je vais aborder l'énumération, la description et le groupement des oi-ganismes qui vivent dans notre lac.
Avant tout, je donnerai la liste en série naturelle des animaux et des plantes qui appartiennent à la société lacustre, ou qui interviennent directement dans la biologie du Léman. Dans les chapitres ultérieurs, je grouperai ces organismes en sociétés régionales, en faunes et flores distinctes, j'étudierai leurs conditions de vie, leurs mœurs, etc.
Ces organismes ont des relations diverses avec le lac; ils méritent des qualifications qui caractérisent ces rapports :
A. Espèces établies. Ce sont les organismes aquatiques, adaptés à la vie lacustre, établis dans le Léman où ils passent toute leur vie, dans la série de leurs générations. Ils forment le fonds permanent de la société lacustre indigène du lac.
B. Espèces temporaires. Certains organismes n'appartiennent que pour un temps au lac ; dans cette période ils font partie de la société lacustre. Mais d'autres phases de leur vie se passent ailleurs, et alors ils appartiennent à d'autres sociétés. Je citerai entre autres :
Les Oiseaux de passage qui traversent l'Europe en venant s'établir pour quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, dans les eaux du Léman, qui repartent ensuite pouraller poursuivre ailleurs leur vie voyageuse. Les uns sont de passage normal, régulier, les autres sont de passage accidentel, rares ou très rares.
Les Oiseaux à migration saisonnière qui habitent normalement la terre ferme ou les eaux campagnardes de notre pays et
viennent seulement en certaines saisons s'établir ou chasseï- sur le lac.
Les Poissons migrateurs qui n'habitent le lac qu'en certaines saisons et qui remontent dans les rivières en d'autres temps.
Les Insectes aériens à larves aquatiques qui passent la première partie de leur vie dans le lac et qui, après leur métamorphose, s'élèvent dans les airs.
La régularité des migrations de ces espèces temporaires nous engage à les considérer, quelque bref que soit souvent leur séjour dans le lac, comme faisant partie constituante de la société indigène lacustre.
C. Espèces erratiques. Nous ti-ouvons ensuite dans le Léman des organismes aquatiques appartenant à d'autres eaux ; ils ont été entraînés accidentellement dans le lac; ils n'y meurent pas immédiatement, mais y sont dépaysés ; ils ne se reproduisent pas et ne font pas souche. Ces organismes viennent des eaux terrestres, rivières, marais, eaux souterraines ou peut-être d'autres lacs ; ils ne sont pas indigènes dans le Léman. Nous les appellerons espèces erratiques.
■ D. Espèces adventices. Nous avons à citer quelques espèces qui interviennent plus ou moins directement dans la biologie du lac, mais appartiennent à des sociétés tout autres que les sociétés lacnstres, des organismes terrestres, des organismes aériens : l'Homme, par exemple, les Hirondelles, les Chauves-soui'is, etc. Je puis encore citer comme l'entrant dans ce groupe tous les oi-ganismes terrestres ou aériens dont les cadavres entiers ou fractionnés, les débris végétaux par exemple, les feuilles, sont entraînés par les vents ou par les rivières dans le lac. Ce seront pour nous des espèces adventices ou étrangères au lac. Tout organisme qui vit dans la région circumlacustre peut accidentellement arriver au lac, et intéresser plus ou moins la biologie de ses eaux; nous ne citerons que ceux dont l'intervention est fréquente et pour ainsi dii'O normale.
L'émunération générale que je vais entreprendre sera traitée avec une entière liberté d'allui-es ; suivant l'intérêt, la nouveauté, les recherches plus ou moins approfondies auxquelles elles ont donné lieu dans notre lac, certaines espèces seront décrites plus longuement que d'autres; je m'attai'derai sur les unes, j'expédierai les autres en quelques mots. On comprendra facilement la raison de telles différences. Je