‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 2 sur 81 · LIBRAIRIE HACHETTE ET C · texte numérisé non relu

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Lecteur, tu dois mourir. Tu mourras demain peut-être. Qu'arrivera-t-il de toi, et que seras-tu au lendemain de ta mort? Je ne parle pas de ton corps; il n'a pas plus d'importance que les vêtements qui te couvrent, ou le linceul qui enveloppera tes restes. Gomme ces vêtements, comme le drap funèbre où tu seras enveloppé, ton corps se décomposera, et ses éléments iront se perdre dans les grands réservoirs matériels de la nature, dans IW, dans la terre et dans Teau. Mais ton âme, où

ira-t-elle ? Ce qui, en toi, a senti, a aimé, a souffert, a été libre, que deviendra-t-il le lendemain de ^ mort? Tu n'admets pas sans doute que ton âme sera anéantie avec ta vie, le jour de ton trépas, et

qu'il ne restera plus rien de ce qui a palpité dans ton sein, de ce qui a vibré aux émotions du bonheur ou de la tristesse, aux douces affections, aux mille passions et agitations de la vie. Mais où ira cette âme sensible qui doit subsister par delà le tombeau, que deviendra-t-elle et que seras-tu, lecteur, au lendemain de ta mort?

Telle est la question que Ton tente d'approfondir dans ce livre.

Presque tous les penseurs ont déclaré insoluble le problème de la vie future. Ils ont prétendu que l'esprit humain n'a pas la puissance de percer un mystère aussi profond, et qu'en pareille matière il n'y a qu*à s'abstenir. Par insouciance ou par conviction, la plupart des hommes raisonnent de cette manière. D'ailleurs, quand on se hasarde à envisager un peu de près cette question redoutable, on se trouve tout de suite environné de si épaisses ténèbres, qu'on ne se sent pas le courage de pousser l'examen plus loin.

C'est ainsi que chacun est amené à se détourner de toute pensée sur la vie future.

n est pourtant des situations où l'on se voit obligé de réfléchir sur ce sujet sombre et difficile. Quand on se trouve soi-inème en danger de mort^ ou quand on a perdu un être ardemment chéri, on médite né-;

cessairement sur la vie future. Et après avoir creusé ces idées, on peut être amené à reconnaître que le problème n'est pas, autant qu'on l'avait pensé, audessus des efforts de l'esprit humain.

Pendant la plus grande partie de sa vie, l'auteur de ce livre avait cru, comme tout le monde, que le problème de la vie future est hors de notre portée, et qu'il était sage de ne pas en embarrasser notre esprit. Mais un jour, jour funeste! un coup de tonnerre l'a frappé, n a perdu le iils adoré en qui se résumaient tout l'espoir et toutes les ambitions de sa vie. Alors, et dans l'amertume de sa douleur, il a longuement réfléchi sur la vie nouvelle qui doit s'ouvrir pour nous au-delà du tombeau. Après avoir approfondi cette idée dans ses méditations solitaires, il a demandé aux sciences exactes ce qu'elles peuvent fournir de positif sur cette question, enfin il a interrogé les hommes ignorants et simples, les paysans des campagnes et les gens illettrés des villes, source d'informations toujours précieuse pour remonter aux vrais principes de la nature, car elle n'est altérée ni par les préjugés de l'éducation, ni par la routine d'une philosophie' banale.

Yoilà comment l'auteur de ce livre est parvenu à se faire tout un système d'idées sur la. vie nouvelle

qui doit succéder, pour l'homme, à la vie terrestre. Mais tout se tient dans la nature. Chaque être organisé est lié à un autre qui le précède et à un autre qui le suit, dans l'échelle de la création vivante. La plante et Tanimal, Tanimal et l'homme, se rattachent, se soudent l'un à Tautre; l'ordre physique et l'ordre moral se confondent. Il résulte de là que celui qui croit avoir trouvé l'explication d'un fait quelconque, pris dans l'organisation, est bientôt amené à étendre cette explication à tout l'ensemble des êtres vivants, à remonter, d'anneau en anneau, toute la chaîne de la nature. C'est ce qui est arrivé à Tauleur de ce livre. Après avoir cherché ce que devient l'homme au sortir de la vie terrestre, il a été conduit à appliquer ses vues à tous les êtres vivants, aux animaux, puis aux plantes. La force de la logique l'a poussé à étendre son système aux êtres, inaccessibles à nos yeux, qui doivent habiter les planètes, les soleils et tous les astres innombrables disséminés sur la vaste étendue des cieux. De sorte que ce que Ton trouvera dans cet ouvrage, ce n'est pas seulement une tentative de solution, par la science, du problème de la vie future, mais encore l'exposé de toute une théorie de la nature, une véritable philosophie de l'univers.

Je peux me tromper, je peux prendre pour des vues sérieuses les rêves de mon imagination, je peux m'égarer dans le ténébreux domaine que j*essaye de parcourir à tâtotis; mais j*écris avec une sincérité absolue, et là est mon excuse. Jespère d'ailleurs que mon exemple entraînera d'autres écrivains à tenter le même effort, c'est-à-dire à appliquer les sciences exactes à l'étude de la grande question des destinées de l'homme après cette vie. Un concours de travaux entrepris dans cette voie serait le plus grand service rendu à la philosophie naturelle, comme aux progrès de l'humanité.

Après les terribles hécatombes qui, en 1870et 1871, ont ensanglanté notre malheureuse patrie, il n'est pas une famille en France qui n'ait à pleurer un parent ou un ami. Ayant trouvé, non la consolation de ma douleur, mais l'apaisement de mon esprit dans la composition de cet ouvrage, j'ai pensé que ceux qui souffrent et ceux qui pleurent éprouveraient, en lisant ces pages, les mêmes sentiments d'espérance qui ont relevé mon cœur abattu.

La société actuelle est en proie à un mal terrible, à un cancer moral, qui menace de l'emporter. Ce mal, c'est le matérialisme. Prêché d abord en Allemagne dans les universités et dans les livres de phi*

losophie et de sciences naturelles, le matérialisme s'est répandu ensuite en France. Il n'a pas tardé à descendre de la chaire des savants dans les classes éclairées, et bientôt dans les masses populaires. Et le peuple s'est chargé de nous montrer les conséquences pratiques du matérialisme. Il s'est peu à peu détaché de tout lien, affranchi de tout respect ; il n'a plus accepté ni la religion, ni ses ministres, ni la hiérarchie sociale, ni la patrie, ni la liberté. Tout cela devait avoir un sinistre dénoûment. Après une longue anarchie politique, des fous furieux ont promené dans la capitale de la France la terreur, la mort et Fincendie.

Ce n'est pas le pétrole qui a mis le feu aux monuments de Paris, c'est le matérialisme. Il est évident, en effet, que du moment où l'on est convaincu que tout finit sur cette terre, qu'il n'y a rien après cette vie, nous n'avons plus, les uns et Içs autres, qu'à faire appel à la violence, à provoquer partout les troubles et l'anarchie, pour trouver, dans ce désordre propice, le moyen de satisfaire nos désirs brutaux, notre ambition et nos passions sensuelles.

La civilisation, la société et les mœurs sont comme un chapelet, dont le nœud est la croyance à l'immortalité de l'âme ; ôtez le nœud, tout s'en va.

Le matérialisme est donc le père de tous les maux de la société européenne ; c*est le fléau du jour. Or le matérialisme est battu en brèche dans ce livre, qui pourrait s'appeler « le spiritualisme démontré par la science ». C'est surtout cette dernière considération qu'ont fait valoir les amis de l'auteur pour le décider à faire paraître cet ouvrage.

Tels sont les motifs qui m'ont porté à publier Lt lendemain de la Mort; et cela dit, j'entre en matière.

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