‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 26 sur 81 · Le Soîeilf par A. Guillemin, page 11. j · texte numérisé non relu

Le Soîeilf par A. Guillemin, page 11. j

lies personnes qui n'ont qu'une demi-sdence vont s'écrier: «Gela est bien simple I Le Soleil étant 600 fois plus gros, à lui seul, que tous les autres astres pris ensemble, le phénomène de la circulation de tous ces astres autour de lui sezplique par la loi de l'attraction, qui dit que les corps s'attirent en raison directe des masses. Si le Soleil attire à lui les astres de notre monde, c'est que sa masse est supérieure à celle de tous ces astres réunis. »

Celui qui ferait une telle réponse commettrait Terreur, si commune, qui consiste à prendre un mot pour une chose, une hypothèse pour une explication, i mettre un terme du langage à la place d'une considération logique. Quand Newton imagina l'hypothèse et le mot d'cUlracUon réciproque de la matière^ il eut bien soin de dire qu'il ne se proposait que de caractériser par un mot un phénomène tout à fait inexplicable en lui-mèm^y et dont nous ne connaissons que le mode extérieur de manifestation, c'est-à-dire la loi mathématique. Nous savons que les corps vont les uns vers les autres, en raison de leurs masses et en raison inverse du carré de leurs distances ; mais pourquoi vont-ils ainsi les uns vers les autres ? c'est ce que nous ignorons, et ce que nous ignorerons probablement toijyours. Le mot auraction t détrôné, depuis Newton, le mot de tourbillons que Bescartes avait fait prévaloir de son temps. Au mot attraction si Ton substituait le mot électrisation^ ou bien, comme le faisait Keppler, les mots affection^ sympathie^ obéissance^ etc., on aurait une nouvelle hypothèse, avec un mot nouveau, et la loi mathématique de cette ikctrisation^ de cette affection^ sympathie ou

obéissance, serait toujours la même : il n'y aurait que l'hypothèse de changée. Quant à la véritable cause qui fait que les corps plus petits se précipitent vers les plus grands, que les astres moins volumineux tournent autour des plus volumineux, cette cause est, nous le répétons, un mystère impénétrable pour rhomme.

Quelle que soit l'hypothèse que l'on adopte pour expliquer ce fait, il est certain que le Soleil tient suspendus par-dessus les abîmes de l'espace les planètes et leurs satellites, les astéroïdes et les comètes, lesquelles 'voyagent dans les cieux sans cesser d'obéir à son influence directrice. Le Soleil entraîne tous les astres, qui le suivent et qui l'entourent, comme autant de flatteurs de sa puissance, comme les humbles esclaves de sa prépondérance universelle. Semblable à un père de famille au milieu de sa lignée, le Soleil gouverne en paix les nombreux enfants de la création sidérale. Obéissant à l'irrésistible impulsion qui émane de cet astre central, la Terre et les autres planètes circulent, gravitent autour de lui, venant recevoir de ses bienfaisants rayons la lumière, la chaleur et l'électricité, qu: sont les premiers agents de la vie. C'est le solei qui trace aux planètes leur marche dans les cieux en même temps qu'il leur distribue les jours et lei nuits, les saisons et les climats.

Le Soleil est donc tout à fois la main qui soutien les astres sur les abîmes insondables de l'espac infini, le foyer qui les échauflfe, le flambeau qui le éclaire, et la source à laquelle ils viennent puiser 1 principe de la vie.

On a compris de tout temps le rôle immense et vraiment unique que le Soleil joue dans l'économie de la nature. Mais ce n'est que de nos jours que cette vérité a élémise bien en évidence par des études approfondies. La science a même dépassé de beaucoup ce que l'imagination des poètes avait pu concevoir relativement à la prépondérance du Soleil dans notre monde. Par des expériences multipliées et des calculs d'un ordre élevé, les physiciens modernes ont prouvé que le Soleil est la cause première de presque tous les phénomènes qui s'accomplissent sur notre globe, et que sans le Soleil, la Terre, et sans doute aussi les autres planètes, ne seraient que d'inmienses déserts, des espèces de cadavres gigantesques, qui rouleraient, inutiles et glacés, dans les déserts de l'espace.

C'est un physicien anglais, M. Tyndall, qui, réunissant beaucoup de données nouvelles de la physique et de la mécanique, a mis cette vérité en parfaite évidence; et Ton peut dire que les résultats auxquels ce savant a été conduit composent la page la plus brillante peut-être de la physique contemporaine.

Nous allons essayer de faire comprendre comment tout sur la Terre, et sans doute aussi sur les autres planètes, dérive du Soleil, à ce point que Ton pourrait affirmer que végétaux, animaux, hommes et toute la création vivante, ne sont que des produits, des enfants du Soleil, qu'ils sont pour ainsi dire tissés avec des rayons solaires.

Et d'abord, le Soleil est la cause première de tous les mouvements, grands et petits, qui se manifestent à nos yeux, dans l'air, dans les eaux et sur notre sol

et qui entretiennent à la surface de notre globe l'activité, le sentiment et la vie.

Considérons, par exemple, les vents, qui ont des conséquences si importantes pour tous les phénomènes physiques de notre globe. D*où proviennent les vents? De l'action du Soleil. En effet, le Soleil échauffe très-inégalement les différentes parties de la Terre : il échauffe beaucoup les régions tropicales et équatoriales, et laisse les autres latitudes plus froides. D'un autre côté, sur chaque point de la Terre qui est frappé par le Soleil, les couches d'air voisines du sol se dilatent, s'élèvent ; elles sont aussitôt remplacées par des couches plus froides, venues des régions tempérées. Yoilà comment naissent les vents périodiques, connus sous le nom d'alizés. C'est pour cela que dans chaque hémisphère terrestre soufflent constamment deux grands courants aériens allant de Téquateur vers chaque pôle : l'un, supérieur, se dirige vers le nord-est dans l'hémisphère boréal et vers le sud-est dans l'hémisphère austral; l'autre, inférieur, qui a une direction contraire, et qui va du nord-est ou du sud-est à la ligne opposée.

Le mouvement de la Terre fait naître d'autres vents réguliers. L'action de la chaleur et de l'évaporation, jointe à la distribution inégale des continents et des eaux, en produit d'autres, qui sont irréguliers. C'est ainsi, par exemple, que dans les grandes vallées des Alpes , comme dans celles des Cordillères, réchauffement de l'air détermine l'afflux de l'air froid des montagnes, et amène des vents tumultueux, de véritables ouragans.

Les brises de mer sont dues aux différences de tem-

pérature du rivage pendant le jour et la nuit. Le soleil de la journée a échauffé le rivage et produit une dilatation considérable deTair. Quand le Soleil quitte l'horizon, cet air chaud est remplacé par des courants frais venant de Tintérieur des terres. Le même phénomène se renouvelle le matin, au retour du Soleil : le rivage étant échauffé par le Soleil, Tair chaud s* élève et est remplacé par Tair plus froid • de la mer, qui se dirige alors vers la terre. Ainsi le soir la brise vient de la côte et le matin elle vient de la mer.

C'est donc à l'apparition et à la disparition succès* sives du Soleil que sont dus ces grands mouvements de l'atmosphère que Ton nomme les vents, et ces mouvements plus faibles que Ton appelle les brises. Les positions du Soleil, qui varient constamment selon Tépoque de Tannée et Theure du jour, font comprendre Tinégalité, mais la continuelle existence, de ces courants aériens.

La chaleur du Soleil qui dilate Tair atmosphérique, son absence qui fait contracter la même masse gazeuse, telle est donc la cause générale des vents, qui servent à maintenir au même état d'homogénéité l'air de toutes les régions terrestres.

Varrosement du globe, c'est-à-dire la pluie, élément indispensable à l'exercice de la vie, est une autre conséquence de la chaleur solaire. Les eaux de la mer, les eaux des fleuves, des rivières et des lacs, celles qui imprègnent le sol,, ou qui s'exhalent des masses végétales, se transforment lentement en vapeurs, par l'action de la chaleur du Soleil, et composent les nuages et la vapeur invisible. Quand le

Soleil a quitté Thorizon, ces vapeurs se refroidissent au sein de l'atmosphère où elles flottaient, et elles retombent sur la terre, sous forme de rosée, de brouillard et de pluie.

Si le refroidissement de la vapeur d'eau au sein de l'atmosphère est plus intense, au lieu de pluie on a de la neige, c'est-à-dire une chute d'eau congelée. C'est principalement sur le sommet des montagnes que tombent et s'accumulent les neiges, parce que la température des lieux élevés est toujours froide. Dans les très-grandes altitudes, la neige, se maintenant pendant de longs intervalles sur les sommets des montagnes, passe à un état particulier, intermédiaire entre la neige et la glace pure, et finit par constituer ces amas d'eau congelée que l'on nomme glaciers. Pendant les saisons chaudes, les glaciers fondent peu à peu ; l'eau résultant de cette fusion descend le long des pentes des montagnes, dans les vallées, où elle devient l'origine des sources,, des rivières et des fleuves. Ces fleuves et ces rivières vont se déverser dans l'Océan, d'où elles s'évaporent de nouveau par l'action de la chaleur solaire et vont reconstituer de la vapeur invisible et des nuages.

C'est ainsi que s'établit et se maintient cet échange continuel, cette circulation incessante des eaux qui vont de la surface de la terre aux masses aériennes, et qui a pour effet de produire l'arrosement du globe, phénomène nécessaire à l'exercice dies êtres organisés.

Les courants réguliers qui sillonnent les eaux de

rOcéan sont encore le résultat de Faction de la chaleur solaire. Des pôles à l'équateur, Teau de la mer est inégalement échauffée, et ce défaut d'équilibre dans la température de la mer détermine, des pôles à l'équateur, un sillon régulier résultant du déplacement des eaux, les eaux froides se précipitant pour remplacer les eaux chaudes. L'évaporation inégale qui se fait par l'inégale distribution de la chaleur à l'équateur et aux pôles, concourt au même résultat; en augmentant le degré de salure à l'équateur, sans l'augmenter aux pôles, ce qui amène une certaine différence de densité, et finalement un déplacement par défaut d'équilibre. Les courants de la mer sont donc en partie provoqués par l'action du SoleU.

Ainsi les vents, l'arrosement du globe et les courants de la mer sont la conséquence de la chaleur solaire.

Les mouvements de l'aiguille aimantée sont un autre résultat physique de l'action du Soleil, s'il est vrai, comme l'a dit Ampère, que les courants magnétiques qui traversent le globe terrestre ne soient autre chose que des courants thermo-électriques^ engendrés par la distribution inégale de la chaleur à la syrface du globe.

Agent de puissantes forces physiques, le Soleil estj de plus, un agent précieux de forces chimiques, et là est surtout son grand rôle dans les phénomènes de la nature. C'est la lumière et la chaleur du Soleil qui déterminent, à la surface de la terre, les actions

chimiques les plus importantes, celles qui sont liées à l'exercice des fonctions végétales et animales. Si le soleil n'existait pas, la vie serait bannie du globe terrestre. La vie est fille du soleil ; c'est ce que nous allons nous efforcer d'établir.

Les opérations de la photographie nous serviront à faire comprendre comment la lumière du soleil préside aux actions chimiques qui s'accomplissent au sein des végétaux.

Qu'est-ce que la photographie? En quoi consiste le curieux phénomène qui permet de fixer sur une feuille de papier un dessin formé par la lumière? Un papier imprégné de chlorure ou d'iodure d'argent est placé au foyer de la lentille d'une chambre obscure, et l'on fait tomber sur ce papier, humecté d'eau, l'image formée par la lentille. Les portions non éclairées de l'image ne produisent aucun effet sur le sel d'argent qui est incorporé au papier ; au contraire, les portions éclairées décomposent le sel d'argent, et le rendent violacé ou noir. Si Ton retire ce papier de l'appareil, en opérant dans l'obscurité, on a donc un dessin qui reproduit en noir l'image lumineuse formée par la lentille. Par des moyens convenables on rend fixe, inaltérable, cette image, que la seule action chimique de la lumière a produite.

Tous les sels d'argent exposés ainsi à la lumière subissent une décomposition analogue.

Mais les sels d'argent ne sont pas les seuls que la lumière modifie. Les composés d'or, de platine, de cobalt, convenablement préparés, peuvent également s'altérer sous l'influence des rayons lumineux, di-

rects on indirects, c'est-à-dire quand on les expose au Soleil ou à la lumière diffuse.

La lumière du Soleil a la propriété de provoquer la combinaison de beaucoup d'autres corps. Tel est le cas de l'hydrogène et du chlore. Mêlez ces deux gaz dans un flacon, à la lumière ambiante, en prenant un volume égal de chlore et d'hydrogène, et exposez ce mélange au Soleil, tout aussitôt la combinaison s'opérera entre les deux gaz : il se fera du gaz acide chlorhydrique. La combinaison s'effectue avec une telle énergie, qu'elle s^accompagne d'un dégagement considérable de chaleur. Si Ton projette en l'air le flacon contenant le mélange, en le dirigeant vers un espace éclairé par le Soleil, le flacon, avant d'être retombé sur le sol, se brise, avec une explosion violente, dès qu'il est parvenu dans la région illuminée par le Soleil.

Nous pourrions multiplier les exemples do l'action chimique que la lumière seule produit sur les substances appartenant au règne minéral. Sans insister davantage, nous dirons que Faction chimique de la lumière est bien plus puissante et plus générale encore dans le règne végétal que dans le règne inorganique. Il y a ici un phénomène d'une telle importance que l'on ne peut s'empêcher d'y voir un véritable dessein prémédité de la nature.

C'est une des plus fécondes découvertes des sciences modernes d'avoir reconnu que la respiration des plantes ne s'effectue qu'en présence et par l'action directe de la lumière, c'est-à-dire que la décomposition de l'acide carbonique qui circule dans le tissu des végétaux, et qui a été aspiré du sol par les ra-

cines, ne s*accomplit que lorsque les plantes sont exposées au Soleil. On sait, depuis les travaux de Priestley, de Charles Bonnet, dlngenhouz et de Sennebier, que la décomposition de l'acide carbonique en carbone, qui reste fixé dans le tissu de la plante, et en oxygène, qui se dégage au dehors, ne peut se faire qu'en présence des rayons du Soleil, directs ou indirects.

Chacun de nos lecteurs peut se convaincre du fait.

Qu'il place dans un verre à boire rempli d'eau une poignée de feuilles vertes, et qu'il expose le tout au Soleil ; il verra, au bout d'une journée, la partie supérieure du verre se remplir de quelques centilitres d'un gaz, qui n*est autre chose que l'oxygène pur, provenant de la respiration des feuilles.

On comprendra toute l'importance, toute la valeur d'un pareil phénomène, si l'on réfléchit qu'il se passe sur toute l'étendue de notre globe, et que la respiration, c'est-à-dire la vie de toutes les masses végétales qui couvrent la terre, dépend uniquement de la lumière du Soleil. C'est grâce à la respiration des plantes, qui rend de l'oxygène à l'air atmosphérique, que la nature supplée à la disparition du même gaz dans l'air, par l'effet de la respiration des animaux, par l'absorption continuelle de ce gaz que font beaucoup de substances minérales, ainsi que les nombreuse^ combustions, naturelles ou artificielles, qui s'opèrent constamment sur notre globe. Toutes ces combustions auraient pour résultat de faire disparaître la plus grande partie de Toxygène de l'air, s'il n'existait pas une cause permanente de restitution de cet oxygène. Cette cause permanente, c'est

la respiration des plantes, provoquée par la lumière solaire.

Il est tellement vrai que la respiration des plantes est soumise à Faction de la lumière du Soleil, que si des nuages viennent à intercepter la lumière de cet astre, le dégagement de gaz oxygène provenant de la respiration des plantes subit un ralentissement marqué. Si la lumière du Soleil est brusquement arrêtée, comme dans une éclipse solaire totale, le dégagement de gaz oxygène s'arrête, et les plantes laissent transpirer l'acide carbonique intact, comme il arrive pendant la nuit.

C'est pour cette raison qu'une plante maintenue dans une obscurité complète perd ses couleurs et pâlit ; elle ne respire plus ; elle laisse passer le gaz acide carbonique sans en retenir le carbone; elle s'étiole, selon le terme consacré. Cela veut dire que la plante ne vit plus aux dépens de Tair extérieur ou des gaz fournis par le sol : elle consomme sa propre substance. Nos salades ont la couleur blanchâtre qu'on leur connaît parce qu'on les élève dans l'obscurité, et les champignons de nos tables ne sont aussi blancs que parce qu'on les fait naître et se développer au fond des caves.

M. Boussingault, qui a étudié la végétation dans l'obscurité, a reconnu que les feuilles d'un végétal qui a levé et s'est développé dans un lieu tout à fai obscur, n'exhalent jamais d'oxygène : sa respiration ne fournit que du gaz acide carbonique. La plante respire alors comme le ferait un animal. Encore faut-il bien remarquer que c'est la substance seule de la graine qui subvient à cette production. La

plante n^emprunte rien au dehors ; elle ne consomme que les éléments qui étaient contenus dans sa graine, et quand ces éléments nutritifs sont épuisés, elle meurt. La durée de son existence ne dépend que du poids de la graine qui a germé.

Si c'est une plante bien développée que Ton maintient dans l'obscurité, on remarque la même chose. La plante ne dégage que de l'acide carbonique, et comme elle n'emprunte rien au dehors, elle périt quand elle a ainsi dévoré sa propre substance.

M. Sachs dit, dans sd Physiologie végétale^ que les mouvements propres qu'exécutent les feuilles de beaucoup de végétaux ne peuvent s'accomplir si la plante est maintenue dans Tobscurité. Conservées dans les ténèbres, les plantes restent toujours en proie à cet état qu'on a appelé sommeil depuis Linné.

Les couleurs des fleurs se produisent, il est vrai, à l'intérieur d'enveloppes naturelles, qui les dérobent en grande partie à l'action de la lumière; cependant il faut remarquer que les fleurs ne peuvent se former à l'intérieur de ces enveloppes qu'aux dépens de substances contenues dans les feuilles, et que ces feuilles elles-mêmes n'avaient pu apparaître que par Tinfluence de la lumière. Il en est de même pour les fruits.

Feuilles, fleurs, fruits sont donc, ainsi que le dit un physiologiste allemand, Moleschott, «des êtres tissés d'air par la lumière. » — « Lorsque nous contemplons, ajoute le même auteur, les couleurs éclatantes des fleurs, et que de doux parfums font naître e satisfaction sereine dans l'âme poétique qui

sommeille intérieurement chez tous les hommes, c'est encore la lumière qui est la mère de la couleur et du parfum. »

L'influence du Soleil sur la végétation est donc d^une importance tout à fait fondamentale. Sans le Soleil il n*y aurait aucune plante sur notre globe. Dans les régions habituellement déshéritées de ce puissant et bienfaisant flambeau de la nature, c'està-dire vers l'extrême nord, la végétation est rabougrie, et quand on s'avance plus haut encore, elle est nulle. L'absence de lumière et le froid sont les causes de cette complète disparition de la parure naturelle et des tributs utiles que la végétation fournit à la terre. Dans les régions chaudes, la végétation prend d'autant plus de vigueur et d'extension que la lumière du Soleil est déversée avec plus d'abondance. Rien n'est comparable à la luxuriante végétation des contrées tropicales dans l'un et l'autre hémisphère. La végétation du Brésil, celle de l'intérieur de l'Afrique équatoriale, les parties intertropicales des Indes, voilà les régions les plus renommées pour la force et l'abondance de la vie végétale.

L'agriculture, éclairée par la chimie moderne, a mis en évidence l'importance toute spéciale du Soleil pour activer l'énergie de la végétation et produire des combinaisons de substances que nulle autre action que celle du Soleil ne saurait déterminer. M. Georges Ville, professeur au Muséum d'histoire naturelle de Paris, assure, d'après ses expériences, que le Soleil fait de véritables miracles par l'activité qu'il imprime à la production végétale. Aucun fait chimique, aucune théorie ne peuvent, selon le savant

professeur du Muséum, expliquer le mystère de l'influence solaire et son prodigieux pouvoir sur le développement des végétaux et le rendement des cultures.

Nous ferons remarquer, en quittant ce sujet, que, par une circonstance qui a quelque chose de providentiel, les générations humaines actuelles profitent de la force chimique du Soleil que la nature avait emmagasinée dans certains végétaux depuis des milliers de siècles. Qu'est-ce, en effet, que la houille, qui alimente notre industrie, qui sert de combustible aux foyers de nos machines à vapeur, de nos bateaux à vapeur, de nos locomotives? C'est le résidu des forêts gigantesques qui couvraient le globe pendant les périodes géologiques. La substance du bois des forêts de l'ancien monde s'est d'abord changée en tourbe. Cette tourbe, devenue, par l'accumulation des siècles, de plus en plus compacte, a fini par former le corps dur et pesant que nous appelons houille, ou charbon de terre. Mais quelle est la cause, quel est le premier agent qui avait produit les arbres de ces forêts, aux temps antédiluviens? C'était la force chimique du Soleil. Cette force, ou, si l'on veut, les produits de la force chimique du Soleil, s'étaient accumulés et conservés dans le bois, ensuite dans la houille provenant de ce bois. Nous l'y retrouvons aujourd'hui et nous l'utilisons à notre profit,

Ainsi Tardent Soleil qui échauffait les terres de l'ancien monde n'est pas perdu pour nous. Ce sont ses propres rayons, c'est sa même force chimique, dont héritent les générations contemporaines. La

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puissance dn Soleil qui dormait dans la houille depuis des millions d'années se réveille pour nous, elle renaft au jour, et se transforme entre nos mains en puissance mécanique !

On raconte que le géologue Buckland, l'auteur d'un livre célèbre en Angleterre, La Géologie dans ses rapports avec la Théologie naturelle \ se promenant un jour dans un parc, aux environs de Londres, avec George Stephenson, le constructeur de la première machine locomotive qui ait fonctionné sur un chemin de fer, une locomotive vint à passer devant eux, sur la ligne ferrée de Londres à Liverpool. Ce n'était pas la puissante et élégante locomotive de nos jours, mais sa modeste ancêtre, celle que Stephenson avait construite en appliquant pour la première fois le principe de la chaudière tubulaire, ce trait de génie d'un inventeur français, Marc-Antoine Séguin. Quoique embarrassée encore de rouages gênants et d'organes nombreux, la locomotive de Stephenson traînait son fardeau avec aisance et lançait dans les airs d'épais nuages de vapeur et de fumée.

Quand le monstre de fer et de feu fut passé devant eux, Buckland s'arrêta et dit à son compagnon :

a Savez-vous quelle est la puissance qui transporte avec tant de rapidité ces poids énormes?

— Évidemment, répondit l'ingénieur, c'est la puissance de la vapeur.

— Vous ne m'entendez pas, reprit le révérend an-

1. La traduction française, paz L. Doyère, a paru en 1838, en 2 volumes in-8, avec les planches de l'ouvrage anglais.

glais, (Buckland était ecclésiastique) je vous demande d'où vient la puissance de la vapeur ?

— Mais du charbon brûlé sous la grille, dît Stephenson, un peu surpris.

— Vous vous trompez, dit Buckland, la puissance qui tire le convoi, c'est le Soleil. »

Alors Buckland, le grand géologue, expliqua à Tillustre ingénieur que la houille n'est autre chose que l'accumulation desgrands végétaux de l'ancien monde, entassés, enfermés, noircis par le temps, et transformés en cette matière noirâtre et bitumineuse qui n'est pas du charbon, mais une matière organique altérée par le temps, la compression et la chaleur.

« Ces arbres énormes qui croissaient, dit Buckland, sur les terres de Taucien monde, jouissaient d'une puissance prodigieuse de végétation, grâce à la grande quantité de gaz acide carbonique qui existait alors dans l'atmosphère et grâce à l'ardeur du Soleil brûlant qui échauffait le globe. C'est par l'influence de cette lumière solaire intense et continue que s'étaient formées des forêts immenses aux temps primitifs de notre globe. Chaque atome de matière vé- jii gétale qui prenait naissance, était le résultat d'une '^ action chimique provoquée par la lumière du Soleil, à c'est-à-dire de la décomposition de l'acide carbonique de l'air. Le bois, les feuilles, le fruit, absorbaient s pour se former une certaine somme de lumière et N de chaleur, c'est-à-dire de Soleil. Ces deux forces étaient demeurées emprisonnées dans la houille depuis le temps prodigieusement reculé de la formation des plantes de l'ancien monde. Aujourd'hui quand vous brûlez la houille sous la grille de votre loco-

notive, cette chaleur et cette lumière endonnies se réveillent tout à coup. La combustion d'un kilo* ^amme de bouille qui vous fournit une certaine somme de chaleur, ne fait que vous rendre la chaleur et la lumière qu'avaient absorbées des milliers d'arbres dans la longue période de leur végétation, il y a quelques 10,000 années. C'est donc bien le Soleil, ajouta le savant géologue, en forme de conclusion, qui fait marcher votre locomotive. »

Stephenson s'inclina en signe d'adhésion.

La lumière et la chaleur du Soleil, qui jouent un si grand rôle dans le règne végétal, exercent une influence du même genre sur le règne animal.

Si l'on réfléchit que les plantes sont indispensables à Talimentation de la plupart des animaux, que la création des végétaux a nécessairement précédé celle des animaux terrestres (puisque ceux-ci se nourrissent de végétaux), et que les animaux disparaîtraient certainement de la terre si les plantes en étaient supprimées, on sera conduit à reconnaître que les animaux sont, quoique indirectement, aussi bien originaires de la force du Soleil que les plantes ellesmêmes.

Toutefois on peut montrer que l'action du Soleil est directement et sans aucun intermédiaire, indispensable à l'entretien de la vie des animaux.

N'est- il pas vrai d'abord que la lumière et la chaleur solaire exercent une influence immense sur la santé des animaux et des hommes? Il suffit, pour s*en convaincre, de comparer entre eux les hommes qui passent au soleil ou à l'air la plus grande partie

de leur existence, et ceux qui vivent dans des demeures privées du soleil ou du jour, au fond des rues étroites des grandes villes. Outre qu'elles sont malsaines par Thumidité, ces habitations sont funestes à la santé, parce qu*elles ne sont pas vivifiées par la présence du Soleil.

La lumière qui est tout à fait indispensable à l'exercice de la respiration chez les plantes, n'est pas indispensable au même degré, tant s'en faut, à la respiration des animaux. Il est certain pourtant que les produits de la respiration de Thomme et des animaux sont moins abondants pendant la nuit qu'ils ne le sont pendant le jour. Moleschott a reconnu que la quantité de gaz acide carbonique exhalée par un animal augmente avec l'intensité de la lumière du jour, et qu'elle est à son minimum dans une complète obscurité : « Ce qui revient à dire, ajoute cet auteur, que la lumière du Soleil accélère. le travail moléculaire chez les animaux. »

Ainsi, les rayons du Soleil sont une condition première de l'existence des animaux, soit parce qu'ils provoquent la formation des plantes, base essentielle de l'alimentation des animaux et de l'homme, soit parce qu'ils président à l'accomplissement de beaucoup de leurs fonctions physiologiques.

M. Tyndall, qui, dans un ouvrage intitulé la Chàkur^ a développé des vues du même ordre que celles qui précèdent) a résumé ces idées dans une belle page, que nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire.

« Autant il est certain , dit Tauteur anglais, que la force qui met la montre en mouvement dérive de la main qui Ta

remontée, aotant il est certain que toute puissance terrestre découle du Soleil. Sans tenir compte des éruptions des volcans, du flux et du reflux des mers, chaque action mécanique exercée à la surface de la Terre, chaque manifestation de puissance, organique et inorganique, vitale ou physique, a son origine dans le Soleil. Sa chaleur maintient la mer à Vétat liquide, et l'atmosphère à Tétat gazeux; et toutes les tempêtes qui les agitent Tune et l'autre sont soufflées par sa fprce mécanique. Il attache au flanc des montagnes les sources des rivières et les glaciers ; et par conséquent, les cataractes et les avalanches se précipitent avec une énergie qu'elles tiennent immédiatement de lui. Le tonnerre et les éclairs sont à leur tour une manifestation de sa puissance. Tout feu qui brûle et toute flamme qui brille dispensent une lumière et une chaleur qui ont appartenu originairement au Soleil. A l'époque où nous sommes, hélas! force nous est de nous familiariser avec les nouvelles des champs de bataille ; or chaque charge de cavalerie, chaque choc entre deux corps d'armée est l'emploi ou l'abus de la force mécanique du Soleil. Le Soleil vient à nous sous forme de chaleur, il nous quitte sous forme de chaleur; mais, entre son arrivée et son départ, il a fait naître les puissances variées de notre globe. Toutes sont des formes spéciales de la puissance solaire, autant de moules dans lesquels celle^i est entrée temporairement, en allant de sa source vers l'infini *. j

On est parvenu à évaluer la force mécanique que représente la chaleur du soleil, et les nombres auxquels on a été ainsi conduit sont curieux à connaître.

Pour comprendre comment on peut exprimer en Unités de force mécanique un agent de chaleur, il faut donner une idée sommaire d'une théorie qui

1. La Chaleur, traduction de M. Tabbé Moigno, iû-12; Paris, 1864^ pages 425, 426.

constitue la plus belle création de la philosophie naturelle de notre temps: nous voulons parler de la théorie mécanique de la chaleur, ou de la doctrine de la transformation mutuelle des forces physiques.

L'expérience a prouvé que la chaleur se change sous nos yeux en force mécanique. Voyez, sous le piston d'un cylindre de machine à vapeur, la vapeur d*eau se refroidissant, et la chaleur disparue produisant tout aussitôt une force mécanique, et vous comprendrez qu'on puisse soutenir que la chaleur se transforme en force. Gela étant admis, on s'expliquera que l'on puisse représenter l'un des éléments par l'autre, ou du moins évaluer par une unité de mesure commune la force et la chaleur.

On appelle calorie cette unité commune de la force et de la chaleur. Une calorie est la quantité de chaleur qui est nécessaire pour élever de 1 degré la température d'un kilogramme d'eau. D'un autre côté, on appelle, en mécanique, kilogrammètre la quantité de force qui est nécessaire pour élever, dans Fintervalle d'une seconde, un poids d'un kilogramme à la hauteur d'un mètre.

Les physiciens sont parVenus à résoudre le difficile problème consistant à savoir combien la dépense d'une . calorie, transformée en travail mécanique, produit de kilogrammètres. On sait aujourd'hui, par les beaux ^ travaux de MM. Mayer, Joule, Helmholtz, Hirn, Re- i gnault, etc., qu'une calorie équivaut à 425 kilogram- j mètres, c'est-à-dire que la quantité de chaleur qui peut élever de l degré centigrade la température d'un i kilogramme d'eau, produit un travail mécanique resenté par l'élévation de i mètre de hauteur d'un

poids de 425 kilogrammes dans l'espace d'une seconde. On appelle équivalent mécanique de la chaleur le nombre de 425 kilogrammètres.

Avec ces données on peut évaluer en unités de force mécanique le travail que produit la chaleur solaire en se transformant en force mécanique. Et si Ton fait la somme de la chaleur totale du Soleil déversée sur la Terre pendant un temps déterminé, on peut évaluer la somme des forces que développerait à la surface de la Terre toute la chaleur qu'il y distribue, si toute cette chaleur était employée à fournir un travail mécanique.

En une année, chaque mètre carré de la surface de la terre reçoit i 238157 calories, c'est-à-dire plus de 23 milliards de calories par hectare 9852200000000 de kilogrammètres par hectare.

Si Ton veut comprendre l'intensité de cette force, il faut concevoir une machine à vapeur qui, au lieu d'avoir la puissance de deux ou trois cents chevauxvapeur, comme les machines de nos plus gros steamers, réunirait une puissance de 4163 chevaux-vapeur.

Tout cela, bien entendu, ne se rapporte qu'à un hectare de terre. C'est la force que le Soleil distribue, dans l'espace d'une année, sur un seul hectare. Si Ton fait le calcul pour la surface entière de notre globe, on arrive à un total de 217 316 000 000000 chevaux-vapeur. Poursefigurerunepareilleforce, ilfautse représenter 543 milliards de machines à vapeur, chacune d'une force de 400 chevaux et travaillant sans relâche le jour et la nuit. Voilà ce que vaut pour notre globe seul la chaleur du Soleil ! *

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