‹ Le lendemain de la mort, ou, La vie future selon la scienceChapitre 61 sur 81 · LE LENDEMAIN DB LA MORT · texte numérisé non relu

LE LENDEMAIN DB LA MORT

fessé une philosophie conforme à celle de Galilée.

Kopemik, chanoine, hélas l n'avait pu ôtre poursuivi par l'inquisition romaine, par la bonne raison qu'il était mort avant la publication de son livre, Astronomia nova, dont il n'avait pu que toucher à soû lit d*agonie, et de ses mains défaillantes» le premier exemplaire sorti de la presse. On se vengea de n'avoir pu brûler Ropernik mort, en brûlant solennellement son livre , cause première de la révolte.

Keppler, l'immortel continuateur de l'œuvre de Ropernik, qui pourtant était protestant et ne quitta jamais la protestante Allemagne, fut pendant toute sa vie poursuivi par la haine des gens d'église. On l'accusa d'hérésie. Sa tante Gudelman avait été brûlée comme sorcière à Weil. Sa mère, accusée à son tour de sorcellerie, fut emprisonnée, en 1615, à Stuttgard. Elle resta cinq ans sous les verrous, et ne fut sauvée que grâce à des miracles de dévouement et au prix de mille fatigues, par son tendre et malheureux fils. Keppler lui-même mena d'ailleurs l'existence la plus inquiète et la plus tourmentée que puisse endurer un homme de génie.

Citons encore Roger Bacon, le savant moine d'Oxford, qui, devançant l'époque des découvertes scientifiques et des persécutions qu'elles attiraient sur leurs auteurs, passa la plus grande partie de son existence emprisonné, tantôt dans une cellule de son couvent, tantôt dans un cachot. Son crime était de s'occuper de physique et d'astronomie I Deux siècles après, son homonyme François Bacon était mis à Tindex par les ecclésiastiques anglais, et pour la même cause.

En France, notre illustre Descartes fut pendant sa vie entière errant et exilé. Il était poursuivi en tous lieux par la haine des dévots, lui Thomme religieux, le philosophe spiritualiste par excellence, lui dont l'orthodoxie était profonde et sincère, lui qui ne prononçait jamais ou n'entendait jamais prononcer le nom de Dieu sans se découvrir, en signe de respect. Mais il était astronome et partant considéré conmie ennemi de l'Église.

Citons encore le savant jésuite Fabri, mis en prison, à Rome, pour avoir ait dans un discours que « le mouvement de la terre une fois démontré, l'Église devra interpréter dans un sens figuré les pas-^ sages de l'Écriture qui sont contraires à ce principe.»

A la même époque, c'est-à-dire vers 1630, Galilée était poursuivi avec acharnement par les prélats romains. La publication de ses immortels Dialogues, où la doctrine du mouvement de la terre était établie conjointement avec d'autres vérités nouvelles de l'astronomie et de la physique, soulevait une tempête de fureurs, qui ne devait avoir de terme qu'à la mort du savant et malheureux Florentin. £t ce qui prouve bien que le pape Urbain YIU ne persécutait pas Galilée, comme on l'a dit, pour de mesquines et petites rancunes personnelles, mais que c'était la religion chrétienne que le pape voulait sauvegarder ou venger, c'est la correspondance que les honunes de l'entourage d*Urbain VIU entretinrent avec Galilée pendant son procès*.

1. Voyez l'histoire du] procès de Galilée, dans notre ouvrage Vie des tavanU Uluittes. X, IV (Savants da dix-septième siècle). In-8, Paris, 1869.

On trouve ces lettres réunies dans Tintéressante notice de feu Trouessart, professeur à la Faculté des sciences de Poitiers, qui a pour titre : Galilée^ sa mission scientifique^ sa vie et son procès^ publiée à Poitiers en 1865.

Son abjuration solennelle et son humble attitude devant les juges du Sacré Collège, purent seules sauver Galilée des flammes. Le bûcher qui avait dévoré en 1625, le cadavre d'Antonio de Dominis, fumait encore au champ de Flore, et de l'église du couvent de Sainte-Minerve où il prononça son abjuration, le malheureux vieillard pouvait apercevoir le théâtre de ce supplice posthume. Le reste de la vie de Galilée s'écoula dans une demi-captivité, dans un exil perpétuel, à sa villa d'Arcetri, où toute liberté d'agir lui était interdite. L'Église ne pouvait pardonner à ce grand homme le coup funeste et irréparable qu'il lui avait porté en popularisant la nouvelle astronomie.

En France, les catholiques comprenaient fort bien également que les découvertes astronomiques devaient renverser la vieille théologie. Gassendi, professeur au Collège de France, l'oracle scientifique de son temps, croyait au mouvement de la terre, et le P. le Cazre, recteur du collège de Dijon, cherchait à le détourner de cette opinion, en lui en montrant les conséquences thèologiques dans une curieuse lettre que M. Trouessart a traduite du latin, et publiée dans sa notice sur le procès de Galilée : '

c Songe bien moins, écrivait le P. le Cazre à Gassendi, à ce que tu penses peut-être toi-même qu'à ce que penseront

la plupart des autres qui, entraînés par ton autorité ou par ;es raisons, se persuaderont que le globe terrestre se meut oarmi les planètes. Ils conclueront d'abord que, si la Terre ist, sans aucun doute, une des planètes, comme elle a ses ha^ étants, il est bien à croire qu'ti en existe aussi dans lei autres ii qu'il n'en manque pas non plus dans les étoiles fixes, jpi^ils y sont même d'une nature supérieure et dans la même nesure que les autres astres surpassent la Terre en granleur et en perfection. De là s'élèveront des doutes sur la Geiès«, qui dit que la Terre a été faite avant les astres, et que !es derniers n'ont été créés que le quatrième jour, pour iluminer la Terre et mesurer les saisons et les années. Par mite toute l'économie du Verbe incarné et la vérité évangélique teront rendues suspectes. Que dis-je? Il en sera ainsi de toute b foi chrétienne elle-même, qui suppose et enseigne que tous les castres ont été produits par le Dieu créateur, non pour Vhabitation d'autres hommes ou d'autres créatures, mais seulement pour éclairer et féconder la Terre de leur lumière. Tu rois donc ambien il est dangereux que ces choses soient répan" iues dans le public, surtout par des hommes qui, par leur iutorité, paraissent en faire foi. Ce n'est donc pas sans raison que, dès le temps de Kopernik, VÉglise s'*est toujours opoosée à cette erreur, et que, tout dernièrement encore, non pas quelques cardinaux, comme tu dis, mots le chef suprême de l'Église, par un décret pontifical, l'a condamnée dans Galilée et a trè^saintement défendu de l'enseignera l'avenir, de vive voix ou par écrit '. »

Il est certain, comme le comprenait fort bien le recteur de Dijon, que les plus graves menaces se cachaient, pour l'Église et pour la société de ce temps, sous la question de la fixité du soleil. La terre n'étant plus le centre, ne formant plus le point de mire le l'univers entier, la terre se mouvant dans l'es-

1, Galilée, sa mission scientifique^ sa vie et son procès, par !^ae6sart. Poitiers, 1865, pages 125-126.

pace au même titre et en même temps que d'autres astres semblables i elle, le soleil cessant de tourna autour de la terre, interrompant son office de vassalité à regard de notre globe, c'était là le renversement de toutes les idées qui, depuis des siècles, avaient pris racine dans les esprits. Où placer maintenant le paradis et Tenfer? Rien n'était plus simple autrefois. L'enfer, ou le théâtre des punitions, était au-dessous de la terre, caché dans ses profondeurs et ses ténèbres» comme l'avaient déjà dit les anciens ; le paradis, ou le théâtre des récompenses, était au-dessus, dans le ciel. Au milieu était le séjour des épreuves. Cet échafaudage si simple et depuis si longtemps consacré par la docile imagination des masses, s'écroulait avec la multiplicité des globes planétaires semblables au nôtre. Comment concevoir un paradis ou un enfer unique dans le système compliqué de l'astronomie nouvelle? Et puis n'étaitil pas à craindre qu'une fois la théorie de Tunivers ébranlée par la science, l'esprit humain, cédant à l'impulsion de la critique et du libre examen, allât s'en prendre aux principes fondamentaux de la religion et aux bases mêmes de la société?

Voilà toutes les conséquences que Ton pouvait entrevoir de la vulgarisation dans le public du principe astronomique du mouvement de la terre, et l'on comprend que princes de l'Église, prélats, philosophes et gens en dignité, tout* le monde se réunit pour essayer d'éteindre à leur aurore les lumières de la vérité scientifique qu*apportait le physicien de Florence, et la doctrine qu'il avait su populariser dans ses admirables Dialogues^ où le bon goût et

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l'esprit ajoutaient un charme de plus à Tattrait de la nouveauté philosophique.

Mais vains efforts ! des idées émanant d'une époque de ténèbres et d'ignorance ne pouvaient subsister dans une période de lumières et avec la connaissance du monde réel. Elles devaient s'évanouir aux clartés nouvelles de la science. Aujourd'hui Thumanité raisonne. Il faut que les dogmes religieux, pour être sincèrement acceptés, s'appuient sur le véritable arrangement de cet univers sans bornes, que les religions anciennes ont méconnu. U faut que le genre humain soit considéré, noir plus conune le centre ou 1 objectif de la nature entière, non plus comme dominant tout ce qui se voit sous les deux, mais bien comme n'étant qu'une parcelle de la création, un membre obscur de la famille générale des mondes. Loin d'afiirmer que tout est fait pour rhoDune, il faut proclamer que l'univers est un tout continu, une chaîne non interrompue, dont Tespèce humaine n'est qu'un anneau. Il faut reconnaître que la terre n'est qu'un grain de sable perdu dans l'incommensurable étendue de l'espace infini.

Voilà sur quelles bases positives devra être fondée la religion de la science et de la nature. Cette religion nouvelle sera l'œuvre du vingtième siècle. Alors les esprits étant encore plus mûrs qu'ils ne le sont aujourd'hui pour cette révolution morale, les dogmes nouveaux seront acceptés sans peine; ils n'entraîneront ni luttes ni combats. Tandis que les religions actuelles se sont élevées et ont grandi dans le sang et dans les larmes, par les persécutions et les supplices, au milieu des souffrances des

martyrs et des cruelles répressions des détenteurs des vieux dogmes, la religion de l'avenir, préparée par un consentement unanime, par une universelle conversion, s'élèvera sans coûter une larme ni une goutte de sang. Elle se répandra rapidement sur la terre entière. Alors l'extrême facilité des communications ayant fait parvenir sans peine dans les différentes parties du monde ces idées simples et vraies, on verra tous les peuples adopter peu à peu la religion nouvelle. Ses avantages, sa conformité avec Tordre de la nature, apparaîtront avec tme telle évidence, que chaque nation des deux mondes l'adoptera, comme chaque nation aura déjà adopté, après en avoir reconnu les avantages, l'unité des poids et mesures, ainsi que l'unité des monnaies, fondées sur le système métrique.

Cependant nous ne sommes pas au vingtième siècle, nous sommes encore au dix-neuvième ; nous ne sommes pas en présence de la religion de la science et de la nature, nous sommes en face de religions nombreuses, diverses, toutes imparfaites quant au dogme, mais excellentes quant au culte public. Attachons-nous donc à ce culte, qui est la seule manière d'établir nos rapports avec la Divinité, d'entretenir en nos cœurs l'idée de l'Être suprême. Catholiques, entrez dans vos églises, et au milieu des pompes superbes de vos cérémonies sa* crées, élevez vers Dieu vos âmes reconnaissantes, humiliez-vous devant le souverain maître des cieux* Protestants, entonnez, dans vos temples, vos psau^ mes et vos cantiques. Russes et Grecs, agenouille:^'-' vous avec recueillement devant vos éblouissants ^^

mystérieux tabernacles. Juifs, fréquentez vos majestueuses synagogues ; entretenez ces parfums qui, s'adressant aux sens les plus subtils, parlent de Dieu aux âmes attendries. Musulmans, rendez-vous aux tranquilles mosquées. Bouddhistes, apprenez le chemin des pagodes. Peuples sauvages des deux mondes, qui adorez le soleil dans la solitude des bois, élevez vers Tastre radieux vos cœurs réconfortés. Que tous les hommes, dans tous les pays, sous tous les cieux, pratiquent la religion dans laquelle le sort les a fait naître, en attendant que les progrès de la raison des peuples aient permis de créer la religion de la science et de la nature. Tout est bon et tout est beau quand il permet de rendre hommage à la Divinité. Le culte religieux est le premier besoin de nos âmes, comme il est la garantie de la paix et du bonheur des sociétés.

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