‹ Le lendemain de la victoire: visionChapitre 15 sur 68 · BH£TO · texte numérisé non relu

BH£TO

Ce malheureux, en tombant, m'a jeté un regard que je sens toujours.

GUÏOT.

Il n'a pas plus regardé toi qu'un autre : c'est

une idée qu'on se fait. A mon premier mort, j'ai éprouvé cela aussi. Cependant je l'avais tué de ma main.

BBETO.

Oui, mais en combattant.

GUTOT.

Sans doute... C'est -â-d i re , i( avait Tarme au bras et il était en faction au coin d'une rue, sons un réverbère. Je lui ai arraché son fusil , et je lui ai plongé la baïonnette dans le ventre. 11 est tombé en disant : « Mes pauvres petites filles! » J'ai entendu ces paroles pendant un mois, jour et nuit.

RHE10.

C'est horrible !

GDÏOT.

Je ne puis pas dire que ce soit gai ; mais on sait qu'on a servi la bonne cause... et ça s'efface en en tuant d'autres. Ce n'est pas encore là ce que je trouve de plus vexant dans les révolutions : le mauvais moment, c'est quand on a fait sa position, qu'on a triomphé, qu*on sjest acquis un petit bien-être. On voudrait rester tranquille , pas moyen ! Personne n'est content. Les ambitieux et les intrigants vous traquent de tous les côtés. On voit des gredins qui

n'ont pas paru au feu s'emp^i'er tranquillement des meilleures places , et , ce qui est plus dur > des réactionnaires avoués s'attaquer aux patriotes et finir par les dégommer. Voilà ce qui m'e«t arrivé en 48. Up gueui^ de loyaliste s'est fait aominer représentant à ma place , dans h département où j'avais pjTOclamé la république. S^ nous réussissons cette fois, comnxe je l'espère^ souvieus-toi que j|e xw% être renvoyé là. Je suis doux , mais je (e réponds de les mettre au pas. Le pouvoir ih) nous écli^pp^a plus.

^opo.

Que de sang va couler !

GUTOT.

Tu songes encore a ce vieux ?

.aHBTO.

Oui.

GOÏOT.

Sois tranquille, les affaires te distrairont; car, avec ton talent , tu ne peux manquer de jouer un grand rôle.

&BETO.

Guyot, tu es mon plus ancien aoû, et je pui$ t'ouvrir mon cœur. Je t'avoue que Tavenir m'ér pouvante. J'ai envie de me retirer.

• GUrOT.

tu?...

' RHETO.

|e ne sais. En Egypte , en Amérique , loin de ces scènes de sang dont je n'avais pas prévu l'horreur.

GUTOT.

Quelle bêtise I Je te dis que dans huit jours tu n'y songeras plus. Si tu t'en allais (d'abord ça pourrait bien n'être pas facile), tu regretterais de ne pouvoir plus travailler à la régénération du monde. Tu voudrais revenir, mais tu serais dépassé ; on t'appellerait déserteur, et on pourrait bien te faire sortir par la fenêtre à Gapet. Tu verras les exilés , quand ils vont rentrer, la mine qu'on leur fera et qu'ils feront. Reste. Ce bruit , ces tumultes , ces batailles , ces conspirations , ces revers et ces triomphes, eh bien! vrai, à la fin ça amuse.

BHETO.

J'ai peine à le croire.

CUÏOT.

Je ne l'aurais pas cru moi-même; mais bah!

c'est encore une belle pièce , même pour les comparses , à plus forte raison pour les premiers sujets comme toi, mon vieux camarade... Et, a ce pro-

pos, il faut que je te donne un avis : prends garde au Vengeur; il pourrait bien nous enfoncer tous.

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