VII
Entre Galuchet, porté sur un fauteuil par quatre hommes du peuple. Des cpauletles d'officier général et pUisicurs décorations sont attachées à sa blouse en guenilles. Il est conronné de feuilles de chênei et il tient à la main une belle épée. Derrière lui, un homme de haute taille, à figure sinistre, porte au bout d^ùne pique une tête de vieillard. La foule armée traîne dans ses rangs des gardes nationaux prisonniers. Çà et là flottent sur les baïonnettes les étendards accoutumés de la guerre civile. Le cortège s'arrête; les tambours qui le précèdent font un roulement. Galuchet se lève et prend la parole..
GALCGDET.
Citoyens , si vous voulez savoir la chose , la voici : Je suis Galuchet, enfant de la Patrie , père inconnu. Donc, voyant que io^iotrie appelait ses enfants, j*ai emprunte chez Tarmitrier du coin un fusil de chasse, pour voir à descendre aussi quelques
aristoset autres moineaux voleurs. (Rires.) Une, deux, mevoilà derrière la barricade avec mon fusil à deux coups, bien chargé. La troupe parait. On lui envoie des baisers. Vive la ligne I Ça ne prend qu'à moitié. La ligne reste Tarme au bras; pas la moindre crosse en l'air. Alors lâchons-lui des dragées. Pan, pif, paf I li en tombe deux ou trois ; les autres courent sur nous , et à leur tête un vieux général tout doré. On recule; mais, un moment!
J'étais derrière les pavés, auprès d'une petite ouverture qui laissait passer mon œil et mon fusil. Le général vient se poser là tout juste. Il veut parlementer ; son discours m'embête , je tire mon premier coup. Ça lui pique la jambe , et ça lui coupe la parole. Il se couche sur le pavé, et crie : En avant! Non , que je dis, l'ancien , en arrière! et je lui plonge une autre prune dans la rate. Il se tait ; l'enfant du peuple est vainqueur du vieux crâne. Les soldats se précipitent. On les reçoit un peu bien. Le Vengeur était là ; il avait pris ses mesures. Feu de toutes les fenêtres , feu de toutes les portes , feu de tous4es toits et de toutes les caves. Les coups de fusil partaient de dessous les pavés, et semblaient pleuvoir du ciel. Ah I mes amours ! le joli
coup d'œîl ! Nos frères de l'armée, réduits des trois quarts , demandent k faire des réflexions et s'esquivent. Le Vengeur fait tuer ceux qui vivent encore , par humanité, et pour qu'ils ne recommencent pas... C'est son genre. Ensuite il monte sur la barricade , il m'appelle; on pirésente les armes, on bat le tambour, et il m'embrasse. « Galuetiet, me ditil , quel ége as-tu ? — Dix-neuf ans. — Tu as bien mérité de la patrie , et elle te récompensera , foi de Vengeur! En attendant , puisque çVst toi qui as tué le général , je te le donne. Promène-toi dans la ville , et raconte partout la victoire de l'enfant du peuple. »
CRIS DAItS LA FODLE.
Vive Gâluchet ! Vive le Vengeur I A mort les aristos !
GALUCHET
Si vous doutez dé ce que je vous dis , citoyens, voici les épaulettes du général , voici ses décorations j voici sa ceinture d'or, voici son épée...
RHETo , à part.
L'épée qui a brillé dans vingt batailleisl
Et voilà sa léte. N'est-ce pas^ raacien, gueje dis la vérité ?
(L'homme qui porte la ttte Vincline devant Galuchet. Rires et hurrahs.) GDYOT, à Rhçto.
Ce galopin-là n'a pas les nerfs si sensibles que nous.
BHETO.
C'est horrible !
GDYOT.
Ne te fais pas remarquer.
GEIFFÂRD.
Citoyens, au nom des défenseurs de celte barricade , je demande que le jeune et héroïque Galuchet veuille bien donner raccokda fraternelle a notre chef, le citoyen Rheto, dont vous connaissez tous le patriotisme et les talents.
GUYOT
Bravo ! vive Galuchet ! vive Rheto ! Tambour, un roulement. Portez araies l préseatez armes ! GALUCHET, regardant Rheto.
Tiens! la bonne farce! c'est mon arislo de rédacteur en chef. Tu vas passer au second plan, bla-
gueur ! (// descend de son fauteuil ^ et Rhelo V embrasse, applaudissements, )
GÂLUGHET.
Citoyens , pour flnir la séance, je tous prierai de vouloir bien entendre un refrain patriotique et divertissant de mon honorable ami Barnabe Chenu , pour lequel je solliciterai vos suffrages aux prochaines élections. Ce n'est pas long , mais c'est du chenu. Eu avant , Barnabe!