‹ Le lendemain de la victoire: visionChapitre 39 sur 68 · I.'ai«gien magistrat · texte numérisé non relu

I.'ai«gien magistrat

Jeune homme, vous tirez des conclusions trop rigides. La logique ne gouverne pas le monde. Nous allons nous entendre. Il y a un milieu. Nous avons le droit de nous opposer à la manifestation des doctrines antisociales, et de faire respecter les lois établies pour la conservation de la société. Il f:iut respecter la liberté, mais il faut maintenir l'ordre. Qu'on ôte la parole à un penseur, à un philosophe, a un publiciste, à une opinion assez forte dans le pays pour fournir un cautionnement de deux cent mille francs, par exemple, et pour soutenir un journal à quatre-vingts ou cent francs par an, c'est ce qui ne serait pas tolérable. Mais les misérables qui publient d'odieuses feuilles a un sou et qui en empoisonnent l'esprit du peuple n'offrent pas les mêmes garanties , ne peuvent pas avoir les mêmes libertés que des gens sages, instruits, bien élevés, cautionnés, et d'ailleurs surveillés par une magistrature inamovible. Le suffrage universel est très*

mauvais, mais le cens à deux ou trois cents francs serait fort bon. Ceux qui l'exercent ayant quelque chose à perdre, ne compromettent rien ; le pouvoir politique reste par eux dans des mains capables d'en user avec proGt et tranquillité. Quant à l'aptitude créée par la fortune, si elle peut paraître injuste, elle ne dure pas longtemps. Tout le monde a remarqué la mobilité presque excessive des fortunes. On ne pourrait les rendre plus mobiles encore qu'en portant atteinte au droit archi-sacré de la propriété. Ainsi donc, entre l'aristocratie, la monarchie de droit divin , le régime du privilège dont nous ne voulons pas, et la démagogie dont nous ne voulons pas davantage, il y a quelque chose de bon, de solide, de pur, qui est la démocratie, ou pour mieux dire la bourgeoisie. Voilà ce que nous voulons. En ce sens, nous sommes révolutionnaires.' Mais cette démocratie a besoin d'être organisée ; il lui faut un chef pour se défendre; ce chef a besoin d'être puissant et héréditaire. En ce sens, nous sommes monarchistes. De ces deux éléments résulte le gouvernement représentatif tel que nous l'avons pratiqué et que nous saurons, j'en suis convaincu, le restaurer. Éclairés

DE LA VICïOHlE. ^89

par nos désastres, nous ne nous ferons plus la guerre comme autrefois. Nous nous unirons contre l'ennemi commun. Les propriétairesi les anciens gentilshommes ne feront plus d'opposition au roi constitutionnel ; messieurs les préfets, de leur côté, n'appuieront plus les démagogues, les mauvais drôles ; ils protégeront le clergé, pourvu qu'il soit sage et se tienne è sa place ; et la magistrature maintiendra l'ordre en conservant la liberté. Ne sommes-nous pas parfaitement d'accord ?

VOnC DIVERSES.

Parfaitement I — Mais !... — Si cependant I...

l'ancien MiniSTBE.

Permettez I... Pas de roi héréditaire, s'il vous plaît. Autrement, dans un temps donné, le privilège l'emporte...

l'ancien pbéfet.

Sans hérédité royale, nous devenons infailliblement la proie du socialisme et de la démagogie.

l'ancien ambassadeur.

Avec une presse, quelque loi que vous lui donniez, et une chambre, de quelque façon que vous la composiez, vous vous tirerez difflcilement d'affaire.

l'ancien magistrat.

Mais, monsieur l'ambassadeur, songez à ce qu est devenue la monarchie absolue.

L* ANCIEN UINISTBE.

Et VOUS, monsieur le conseiller, songez à ce qu'est devenue la monarchie constitutionnelle.

l'ancien propriétaibe.

Et vous, monsieur le ministre, songez à ce qu'est devenue la république démocratique.

l'ancien ministre.

C'est votre faute.

l'ancien préfet.

C'est la vAtre. Est-ce nous qui avons rempli les fonctions publiques d'imbéciles et d*hommes tarés?

l'ancien propriétaire.

S'ils l'ont fait, vous n'y avez pas nui.

l'ancien ministre , à Vandm préfet.

Expliquez-vous, monsieur !

l'ancien préfet, à Vancien ministre.

Quand vous voudrez, monsieur! (À Vancien

propriétaire*) Que voulez-vous dire, monsieur?

{Bruit y clameurs; on se parle avec violencey on

se divise , et bientôt on se dispute. Vancien

magistrat va de groupe en groupe pour rétablir la paix. )

L^ ANCIEN MA6ISTBAT.

Messieurs^ messieurs, nous allons nous entendre. {En se hâtant y il renverse la marmite. Silence.)

vu JEUN£ fiOUME.

' Messieurs, nous avons dlué. Le ragoiit est dans la cendre. Puisse ce malheur commun réussir, mieux que tant d'autres^ a rétablir l'harmonie entre nous ! Si vous permettez à un jeune homme d^élever la voix devant tant de sages, je vous ferai remarquer qu'il n^est pas bien étonnant que les socialistes nous aient jusqu'à od moment presque toujours battus. Ils ne sont pas encore divisés au point où nous le sommes. On nous annonce une bataille pour demain ; je n'aurais nul regret d^y périr. Que ferionsnous de la victoire? Si j'échappe, je vous préviens que je déserterai. Tirai dans l'Ouest^ me mettre aut ordres de Valentin de Lavaur. Là, du moins, on sait a quelle fin on combat et pourquoi Ton meurt. Quant à vous, vous ne le savez pas. C'est vous qui avez perdu la patrie. Vous avez été égoïstes dans le pouvoir ou séditieux dans l'opposition ; vous êtes toujours en révolte contre la loi de dévouement et

d^obéissance, qui pourrait seule sauver IMiumanité. Je vous maudirais, si je n'étais pas moi-même comme vous sur le seuil de la mort.

MBmnê Me JVora» — Une We»*$Êêe»

Cris et pleurs dans la maison. La porte s'ouvre, des femmes éplorées sortent, traînant des enfants. Un homme de quarante ans les suit, pâle, les vêtements déchirés. Il soutient un vieillard presque mourant. Un jeune garçon raccompagne. Plusieurs paysans paraissent aux fenêtres, tenant des bouteilles et des verres.

UN PÀTSAN, à la fenêtre.

Bon voyage, les Gervais I Votre petit vin est gentil. Tranquillisez- vous, on soignera les vignes.

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