LE MINISTRE DU COMMERCE
C*cjst vrai.
LE MINISTEE DES FIN ANGES
C*est vrai.
LE MINISTEE DES TRAVAUX PUBLICS
Remarquez que les; travailleurs eux-mêmes recevront avec amour ces mesures. Premièrement^ elles ont un caractère énergique et Spartiate qui doit charmer des âmes républicaines; en second lieu , l'ordre qu'elles feront régner paraîtra toujours préférable au désordre actuel : les travailleurs se féliciteront de n^étre plus exposés sans cesse^ comme ils le sont aujourd'hui , à mourir de faim ou d'un coup de couteau ; enGn , et voici le grand avantage que je vous prie de méditer, ces lois, déjà si salutaires, prépareront puissamment la féconde harmonie et la vaste communauté qui fera de nous y dans l'avenir, un peuple d'égaux et de frères.
LE MINISTRE DU PROGRÈS
Nous y voici !
LE MINISTRE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE.
Tais-toi donc.
^ LE MINISTRE DU PROGRÈS
Vous n'êtes que des phalanstériens et des communistes.
LE MllCHTRE DE l'iNSTAUCTIOIX PUBLIQUE.
Et loi, tu n'es qu'un jobard. ;
LB CONSUL
Le ministre de rinslroction publique apporte ici un langage constamment irritant. S'il ne Yeul pas re8t)ecter darantage les convenances, je l'invite à sortir du conseil.
LE MINISTBE DB L^INSTaUCTION rUBLIQUC,
J'apporte ici l'amour du peuple, et la foi la plus profonde â toutes les idées qui ont fait notre sainte et immortelle révolution. Je ne liens nullement à être du conseil ; mais je tiens fort à ne pas laisser étouffer des sentiments auxquels j'ai voué ma vie.
LE 'CONSUL, à part.
Baisemain devient bien insolent ! (flati^.) Ceà sentiments t'honorent. Honore-les toi-niéme en les ex« primant avec modération.
LE MINISTRE DE l'INSTEUCZION PUBLIQUE , a part.
Il file.
LE HINISTAS DU PROGBÈS.
Baisemain est un enthousiaste, dont les paroles n'ont aucune valeur. Nous sommes de vieux amis; je lui pardonne ses sottises. H se croit socialiste, et il n'entend rien au socialisme. Aucun de vous n'y
entend rien. Vous n^étee tous que des politiques et des l|oairaes d'affaires ; vous n'avez pas pour deui liards de doctrine. Vos intentions sont bonnes; mais, au lieu d'affranchir Thumanité, vous ne rêves que de l'asservir. Vous crof ez sauver la révolutioni vous la perdez. Pourquoi ne voulez'vods ja^ mais m'écouter, jamais faire ce que je vous deolande? Saches qu'on ne fonde rien par la foreo, qu'on fonde tout par l'amour. Quand vous aurez reoou** vêlé les folies sanglantes de la première révolution, vous serez bien avancés! Voilà du beau et du nouveau, de couper des têtes, d'abattre des nK)numenfs, de faire de la patrie entière un bagne immense et plein de décombres, où les citoyens tremblent, où les garde- chiourmes régnent, le pistolet qu poing t Tout cela s'est essayé jadis* Qu'en est-il résulté?
If
Dès réactions et des restaurations. Au lieu de cornprimer en tous sens la liberté, développez*la en tous sens, dans la morale, dans les travaux, dans les plaisirs; faites que les hommes s'aiment, ils serodt heureux, et vous aurez sauvé le monde.
LE ]»[N1STAE DES TBAVAUX PUBLICS.
Je crois que le citoyen ministre du progrès a parfaitement raison ; mais je pense que les faits.
pour le moment, ne ^sont pas compléteinKent d'accord avec sa ihéorie, et que le premier progrès que nous avons a réaliser, c'est de vivre. Or, les ouvriers ne travaillant pas, ou parce quMls ne le veulent pas, ou parce qu'ils ne le peuvent pas, ils ne vivent pas , et nous non plus nous ne vivons pas. Pour les faire vivre, il faut donc les forcer à travailler. Je propose un moyen ; si le ministre du progrès en connaît un meilleur...
LE MINISTHE DU PROGRÈS
L'amour.
LE MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS
L'amour est excellent ; mais on trouverait difficilement aujourd'hui deux hommes qui consentent à s'aimeçy je dis plus, qui puissent passer ensemble quelques heures sans en venir aux coups, à moins qu'un troisième placé entre eux, et assez fort, ne les empêche. Comment les am^erons-nous à s'aimer, si d'abord nous ne les contraignons à se laisser vivre?
LE MINISTRE DU PROGRÈS
Tu me persifles, parce que, faute de m'écouter k temps, la situation s'est empirée an point de n'avoir plus d'issue pacifique. Tu crois au phalans'lère,
parce qjae lu n'as pas eu le courage de lire mes Hvres. C'est bien ; fais du phalanstère ! fais du cona* munisme ! Assouvis de jouissances l'orgueil et la sensualité de quelques adeptes, et de misère et d'ignominie le reste du genre humain ; je Terrai com<bien cela durera, et je rirai à mon tour*
LE CONSUL
Terminons cet incident.
LE MINISTRE DU PROCHES
Comment I un incident? Mais il s'agit de fe&is* tence même de la révolution et du socialisme! Vous ne devriez pas sortir d'ici que la question ne soit résolue. Vous devriez y employer au besoin la nuit.
LE MINISTRE DE L*INSTRUCTION PUBLiaUB.
Crois-moi, tu n'en verrais pas plus clair dans tes idées, ni nous non plus.
LE MINISTRE^ DU PROGRÈS
Toi, je te regarde comme tout à fait inintellectuel. Je m'adresse au consul, il doit comprendre la situation. Est-ce que tu n'es pas épouvanté, citoyen consul, de l'état des choses et de Tétat des esprits? Est-ce que tu vois en tout ce qu'on te propose un moyen de sortir de ce labyrinthe de folies où nous
jS)S8 LE UBNDEMAIN
marchons, les pieds dans le sang? Le sang monte, monte d^heure en heure. Nous en avons jusqu'aux genoux, nous en aurons bientôt jusqu'aux lè?res, noui y serons noyés et étouffés. Le fleuve roule du sang et des têtes coupées..^.. Un aulre l'avait vu déjà ; son éme est entrée en moi, pleine d'horreur pour les crimes passés, et condamnée à les voir s'accomplir encore. Fouquier-Tinville était bon. Je m'en doutais... je le vois maintenant aux transports d'amour qtie j'éprouve. . . J'aime l'humanité, je veux qu'elle soit heureuse... Vous, vous êtes des meurtriers ; vous êtes des prêtres. Exterminons les prêtres... Ils ont une idole muette et voilée ; ils lui donnent du sang. Vous dites : aLe salut par le sang ;» je dis : « Le salut par l'amour. » amour, amour, tu ne
me jugeras pas avec ces coupables 1 Je t'ai toujours chanté, ils ne t'ont jamais compris. Si Lamartineavait été philosophe, lui et moi nous aurions possédé le monde, et nous ne lui aurions fdt porter que des liens de fleurs; mais Lamartine est incomplet.... ce que un est à trois. Quant à ceux-ci, ils ne sont
point; ils n'ont point d'ailes; ils sont faits pour ramper dans cette fange rouge et chaude qui se forme de sang versé. Dieu de Goide, écrase ces
DE LA VICTÛIRE;. 250.
reptiles qut roi^gent lacbairdes cadavres; écraseles, et développe Tamour !
LE CONSUL. (Il sonne; des humifrs paraissent.) Reconduisez chez lui le ministre dû progrès, atteini d^atiénation u)s»lale.
LE SIINISTBE DU FEOGEES.
Dieu d'amour, ccrase-les 1 {On V emmène.)
LE Mir^ISlTEE DES ÀFFÀIAES ÉTEÀNGÈRES.
Le pauvre diable est décidément fou.
LE CONSUL
Il Ta toujours été.
LE anNISTRE DE L INSTRUCTION PUBLIOUE.
Nous ne devons pas cesser d'honorer en lui l'un des pères de la république sociale.
LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Assurément.
LE CONSUL
Le ministre du commerce a la parole.