LA PORTIÈRE
Les rouges. {Marques de terreur.)
DENIS DUPUIS
Allons, citoyens, mettons nos uniformes.
l'épicier.
Tiens, pourquoi n'avez-vous pas le vôtre, vous? Moi je reste. J'en ai assez du gouvernement.
Qu'est-ce que ça me fait que les rouges soient mattres.^ Ils mangeront du gruyère comme les autres.
JACQUES BONHOMME
Et ils aboliront les dettes , n'est-ce pas, voisin ?
l'épigieb.
Qii'est-ce que vous dites?
JACQUES BONHOMME
Je dis que, quand tout le monde fait faillite, il n'y a plus de honte à déposer son bilan.
l'épigieb.
Vous me payerez cela.
JACQUES bonhomme.
Ça me sera plus facile qu'à toi de payer ton 4erine. {Ils se montrent le poing.)
DENIS DUPUIS
Messieurs, messieurs, ce n'est pas le moment de disputer. Sauvons Tordre et la république.
JACQUES BONHOMME
Allez vous promener, vous, avec votre république! C'est du propre ! Elle nous a bien accommodés ! Tous les jours des banqueroutes, et tous les mois des coups de fusil I Que ceux qui Tont faite la défendent eux-mêmes. Je ne me ferai pas crever la peau pour elle.
DENIS DUPUIS
Eh ! monsieur, je ne tiens pas plus que vous à la république. Il s'agit *de l'ordre et de la propriété...
BAISE9AIN
Cest-à-dire des propriétaires.
DElflS DUPUIS.
N'est-ce pas la môme chose?
l'épicier.
Oui, c'est la même chose; et je trouve que je serais assez béte de mourir pour eux , moi qui n'ai d'autre propriété que mon corps et ma boutique,
DENIS DUPUIS
Votre boutique sera pillée.
BAISEMAIN
Vous insuhez le peuple, monsieur. (Élevant la voix. ) Croyez-vous que la blouse et la veste ne valent pas l'habit noir ?
DENIS DUPUIS
Mais, monsieur...
BAISEMAIN, plus haUt.
Vous êtes un insolent, monsieur I
LA PORTIÈBE.
A bas l'aristocrate !
PLUSIEUBS VOIX.
A bas l'aristocrate !
DENIS DUPUIS
Je ne suis pas aristocrate. Je respecte le peuple,
j'en suis. J'ai bien le droit de soutenir le gouvernement !
Biifnuii, crimit.
Non, monsieur. Quand le peuple parle, il faut obéir.
lAGQlJES BOïïfiOMME.
A bas le gouvernement ! à bas les avocats , les braillards , les bourgeois qui font des lois et qui mettent des impôts! Je demande un dictateur qui jette tout à la porte. Ça sera bien fait. Si le gouvernement veut qu'on le soutienne, pourquoi a-t-il renversé l'autre?
BAISEMAIN
II n'y a pas de gouvernement.' Il n'y a que la volonté du peuple.
DENIS DUPUIS
Mais enfin me direz-vous ce qu'il veut, le peuple?