ÉTAT DES 1 POPULATIONS
2j2 le LIBAN
Le lolal lie la population en étal de porter les armes dans le Libao est de 44,207 hommes. Les chréliens des trois rites^Maroniles, Grecs catholiques et Grecs séparés, forment un chiffre de 35,191, dont 29,301 sont Maronites, 8,665 Grecs catholiques, 6,255 Grecs non unis. Il n'y a que 6,810 Druzes et 2,158 ITutua* lis, c'est-à-dire moins du quart de la population armée ou pouvant être année. Les catholiques^ parmi les chrétiens, forment Timmense majorité; et c'est pour créer en faveur des Druzes, dont le chiffre numérique est si peu élevé, une situation égale à celle des chrétiens, que la Syrie aura clé rendue au sultan en 1840, et que la guerre civile sévil dans le Liban presque périodiquement depuis vingt ansi Âujoufd'hui que l'Europe se réunit au nom de l'humanité et non plus au nom de la politique, nous croyons «qu^il suffit d'indiquer le mal, pour qu'un remède radical y soit enfin apporté. En 1840, la Syrie a été .rendue au sultan malgré les conseils pleins de sagacité et de prévoyance de la Frappe; aujourd'hui; il n'est nullement question de faire changer de maître à la Syrie, mais d'y venhr en aide au sultan luimême, afin de préparer une ère nouvelle de paix, de bonhe.ur et de prospérité pour un pays que tous les malheurs ont visité depuis vingt ans.
Le gouvernement ottoman a détruit la féodalité sur presque tous les points de Tempire ottoman où il a pu parvenir à Tatleindre, et cependant c'était le pouvoir de chefs musulmans exercé sur des coreligionnaires auquel il s'attaquait; pourquoi lais$e*t-on
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subsister le pouvoir des sclieiks druzes sur des chrétiens dont ils sont pour ainsi dire les égorgeurs officiels depuis 1840 ? Pourquoi» dans un district comme celui de Djésin, où il y a 1,460 catholiques pouvant porter les armes et seulement 120 Druzes, le soheik est^ii Saïd-Djomblat, qu'on peut considérer comme le plus grand ennemi des chréliens et l'un des hommes les plus inexorables du Liban ?
Mais ce n'est pas seulement dans le Liban que la protection de l'Europe doit s'étendre sui les chrétiens : c'est à Laodicée, à Antiociie, en Palestine, dans l'Anti-Liban, à Damas, dans le Hauran, à Uoms, àllama, à Alep, pailuut où il y a des cliréliens, des catholiques qui vivent dans la terreur du musulman, du Druze ou du Bédouin, et à qui il faut assurer une proleclion efficace; autrement, le dépari de nos troupes serait le signal de vengeances terribles. Mais nous avons confiance ; le drapeau de la France ne se retirera de la Syrie qu'après avoir accompli sa mission de paix et d'humanité» également avantageuse, en dernière analyse, à tous les sujets du sultan.
Le débarquement en Syrie et en Palestine d'une force européenne faisait l'objet des préoccupations des voyageurs anglais, longtemps avanll'expéditionde 1840. c( 11 est surprenant, écrivait le major Mackworth en 1824, d'entendre l'expression universelle de lout^ les classes des habitants de cçs contrées, 3e voir une puissance chrétienne amenée à en prendre possession; toutes souftirent après la déhvrance, et les musulmans eux-mêmes oui un pressentiment supcrsli-
2bk ^1"^^ lieux (le la lin do leur domination. Quaire milU komms de troupes anglaises avec l'amstance indubiêable des indigènes^ suffiraieni pour prendre powessUm de toute la Syrie, cl dix mille pour conquérir l'Égy pie, sans laqu^ la possession de la première province serait précaire. Une fois mattre d'El-Arich et do Sainl-Jean-d'Acre, la Palestine ne pourrait opposer aucune résistance. Burckhardt, qui connaissait admirablement ces contrées, dit qu'une garnison de quelques milliers d'hommes dans les points forlillés du Hauran, la fertile contrée qui s'étend entre Damas et le désert, maintiendrait une entière sécurité et mettrait ûn aux exactions des Arabes. El-Hosn, Deïr-el-Kamar, Safed, Souhour et Kerek sont de fortes positions qui seraient d'une grande utilité entre les mains des Européens. Les chrétiens de VÉglise grecque ont les yeux tournés vers la Russie» et quand le voyageur Seelzen parcourait ces contrées, ils imaginèrent qu'il était enyoyé par Melekel-Asfttr {le Roi Jaune), nom donné à l'empereur de Russie, aûn d'examiner le pays et de réludier, dans la vue d'une expédition qui devait les déUvrer du joug ottoman. Les Druzes e$ les Arabes^ on a lieu de le croire, préféreraient les Anglais, qui ont, même aux yeux des Tures, le inérite de ne pas être idolâtres.
La France en accourant en Syrie au secours des chrétiens de tous les rites qu'elle veut protéger également, n'a point de projets de conquête et la convention signée par toutes les grandes puissances ©n contient la déclaration formelle. Certes l'abnégation
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de la France a été poussée bien loin, trop loin, pourrioQâ-nous dire, quand» au congrès de Paris, les plénipotentiaires ont renoncé à toute action séparée dans reiii[)ire ottoman. Cotte renonciation peut se concevoir quand il s'agit de questions purement politiques, d'intervention dans les affaires intérieures de la Turquie, mais nous avions, notamment en ce qui concerne les catholiques du Liban et de la Syrie, de vieux droits, d'anciens devoirs, une noble charge d'àmes pourrait-on dire, en faveur de laquelle on aurait pu faire quelques réserves.
Lorsqu'en 1840 Mehemet-AU-Paclia, irrité contre les Maronites soulevés contre lui, parla en termes très-vifs à notre consul général à Alexandrie de son intention d'aller lui-uienie les clicllier, M. Cochelet lui rappela que a d'anciens drmans obtenus du temps de nos rois, les mettaient sous la protection de la France, et qu'il devait user de ménagements envers eux s'il ne voulait pas compromettre l'intérêt et la bienveillance que nous lui portions, Ce langage fut entendu du vice-roi d'Égypte.
Aujourd'hui, l'Empereur, en prenant l'initiative d'une occupation armée de la Syrie pour protéger les chrétiens et venir en aide au gouvernement ottoman, afm de rendre la paix et la sécurité à cette malheureuse province, est rentré en possession des vieux droits de la France et des nobles obligations contractées par nos anciens rois*