‹ Le Liban et la Syrie 18451860Chapitre 12 sur 15 · SEANCE DE LA CHAMBRE DES PA>IIS DU 15 JUILLET 18Z · texte numérisé non relu

SEANCE DE LA CHAMBRE DES PA>IIS DU 15 JUILLET 18Z

M. LE COMTE DE MONTALEMBERT. Je désire appdler l*at- ' tention de la diambre, An ministère et de Topinion publique sur

ce qui se passe en ce moment en Syrie, à Fégard des chrétiens du Liban, protégés de la France. Je serai aussi court que possible, non-seulement parce que Tépoque de la session est trèsavancée, mais parce que je suis très-loin de connaître parfaitement cette matière. J^espérais qu*eUe aurait été traitée soit dans une autre enceinte, soit dans celle-ci, par des voix ayant plus d'autorité que la mienne ; comme cela n'a pas eu lieu, et que d*un autre côté j*ai reçu de Syrie, et sur ce siqet, des lettres émanées des personnes fos plus considérables et les plus dignes de foi, qui me supplient d'en entretenir la chambre, je me crois obligé d'en dire quelques mots, et j'espère obtenir de M. le ministre des affiiires étrangères quelques paroles rassurantes» et, . s'il est possible, consolantes.

Je ne ?eux pas, messieurs, abuser de vos moments, en tous

exposant en détail toute la skuatioii des choses dans le Liban et

en Syrie. Je suppose que vous la connaissez tous.

Vous saves tous qu*il y a là deux mes : Tune, qui est la plus nombreuse, celle de Maronites, chrétiens et spédalement aIHés à la France, depuis le temps de saint Louis, à ce qu'on assure^ et placés notamment depuis ces derniers temps, sous la protection spéciale de la France ; Tautre, celle des Druzes, moins nom* breuse, mais plus belliqueuse, plus sauvage, et faisant un cruel abua de cette supériorité belliqueuse.

Je ne vous raconterai pas les causes des discordes et guerres perpétuelles entre ces deux populations, ni les circonstances qui, dans ces derniers temps, ont rendu ces guerres infiniment plus sanglantes et plus terribles. On s'accorde à regarder comme la principale de ces causes Texpulsion de rémir Bécbir, chef de la d]fnastie qui a été éloignée par la jalouâe de TAngleterre comme spédalement protégé par l'a France. C'est à cette époque qu'on s^acoorde à taire remonter l'intensité du mal que nous déplorons aujourd'hui. Seulement on avait obtenu de la Porte, sur la demande, je crois, de la France (M. le ministre des affiûres étrangères le dira mieux que moi), une indépendance réciproque pour ces deux races, qui ni Tune ni l'autre ne devait plus être gouvernée par sa rivale. U devait y avoir deux administrateurs nom* més vekilit Vm pour la race druze et Fantre pour la race maronite. Cette condition, réclamée par le gouvernement français, n'a pas été fidèlement observée. Les ûruzes ont pris le dessus» ils ont abusé de leur force, et la position des chrétiens du Liban, c'est-à-dire des Maronites, car les Druzes ne sont ni chrétiens ni musulmans, est devenue de plus en plus cruelle.

L^année dernière, tout le monde a pu voir à Paris un archevêque de ces contrées qui fatiguait, je puis le dire, de ses

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plaintes et de ses doléances tous les ministres, et mém tous les hommes politiques, de quelque opinion que ce (ùt. Il venait nous dire à tous : Vous ne savez pas les dangers que court le Liban ; vous ne save:^ pas à quoi sont exposés vos protégés de ce pays; vous ne voulei pas le savoir, je viens vous le dire, et bien d*au* tn's le confirmeront. On ne Ta point écmilé, quoiqu'il ait prédit tout ce qui est arrivé depuis* On Ta renvoyé, et il n*a remporté que de vaines paroles. J*ai reeueilli, comme beaucoup d'autres, ses doléances et ses plaintes, et Je Tai vu se retirer en disant que la France avait renoncé à sa mission, qu'elle ne voulait rien fiiire de positif pour ses protégés de Syrie, et qu*il en résulte» rait de grands malheurs.

Eh hwù, c*est encore un exemple de ces prophéties d*attlant plus complètement vérifiées qu^elles sont plus menaçantes. Ce que cet envoyé des chrétiens du Liban a annoncé est précisément arrivé, et d'une manière plus grave encore qu'il-ne Tavait prédit.

Depuis deux mois les hostilités ont éclaté dans le Liban, le 30 avril, si je ne me trompe. Les premières lettres que j*ai

reçues sont du 13 mai, et à cette date, c'est-à-dire quinze jours après que les hostilités avaient éclaté, cinquante villages habités par les elirétiens protégés de te France étaient déj:\ incendiés dans les environs de Beyrouth et sous les yeux d'un agent de la France. On nous a bien dit depuis qu'il y avait eu une sus* pension d'armes en date du 23 mai, mais les deniières correspondances dont j'ai eu connaissance (sans doute que M. le ministre des afibires étrangères en aura eu de plus récentes) annoncent la continuation des hostilités, des ravages et des assassinats commis par les Druzes, et, ce qui ajoute considérable- . ment h la gravité de la situation, par les Druzes avec le con-

cours dcMurcs, des Turcs, responsables envers la France de raccompUsscgneiit des engagements pris envers les Maronites. Ces DfDzes donc, aidés [tar les Turcs, commettent des atrocités inouïes dans les villages des Maronites ; ils écartellent les petits enfSuits, massacrent les prêtres; ils brûlent les vieillards, et quant aux femmes, ils leur font subir des traitements tellement horribles, que je n'ose en parler à la tribune , euûn ils commettent toutes les horreurs qu^on ait jamais racontées dans This» toire, et des excès plus cruels encore que ceux qui ont été récemment dénoncés à votre juste indignation, quant à l'Afrique. Encore une fois, j*ai Fhonneur de le répéter, Je ne parle pas d'après des articles de journaux et les correspondances qu'ils contiennent, correspondapcei dont je ne révoque nullement la sincérité, mais d*après des correspondances personnelles, à moi parvenues ou coniniuniquées par des personnages parfaitement à même d'en garantir Tauthenticité.

Et non-seulement les Maronites, protégés de la France, ont en à subir ces cruautés, mais des Européens méine n'y ont point échappé. Au village d'Abbey, à peu de distance de Beyrouth, il se - trouve un couvent qui aj>partient à la France, et dont les bjibitants étaient regardés comme sujets français; ot cela en deliors même de cette synonymie, de cette identité qui existe en Orient entre les catholiques et les Français. Eh bien, dans ce couvent, propriété de la France, et dont les habitants étaient regardés comme Français, le pére Charles, supérieur, a été égorgé par les Druses, et son cadavre brûlé. (Sensation.) Deux autres prêtres ont été égorgés en même temps dans ces lieux protégés parle drapeau de la France; et ce forfait a été commis en présence

des troupes turques qui ne sont intervenues d'aucune façon. Etcependant, si je suis bien informé ; ces mêmes Turcs ont en-

Yoyé des gardes chez les missionnaires américains,, protestants qui habitent le même village. Ceci est très*loyal, très-honorable de la part des Turcs, je ne les blAme pas, mats je me demande comment la protection de la France n'a pas valu à notre couvent latin la même faveur, et n'a pas sauvé la vie à ces religieux qui ont péri martyrs, non-seulement de leur attachement à leur re-^ ligion, mais de leur confiance dans la protection et la puissance de h France»

Je sais très-Uen que les Maronites ont répondu à ees actes

par des représailles. Je ne donne pas les Maronites pour des agneaux qui se laissent paisiblement égorger; quand ils le peuvent, ils se défendent; mais ils ne le peuvent pas suffisamment, et en outre ils ont le droit de compter sur les sympathies et sur la protection de la France.

Je suis heureux de pouvoir dire que, d'après toutes les versions, un entier hommage doit être rendu au représentant de la France à Beyrouth, que le consul ou celui qui gère le consulat en ce moment, M. Poujade, a excité non-seulement la sympathie naturelle de tous ses concitoyens, mais encore Tadmiration gé* ' néride de toutes les personnes qui se trouvaient alors à Beyrouth, pour le courage, l'énergie et l'activité qu'il a déployés. ( Approbation.) J'espère que cet éloge, dans la bouche d'un pair de Topposition, ne lui nuira pas aux yeux du gouvernement.

M. GUIZOT, ministre des affaires étrangères, — Il a déjà reçu une partie de la récompense qui lui était due.

M. LE COMTE DE MONTALÀMBERT. — Je SUIS fort heurm de l'apprendre.

Maintenant, ce qu'il y ade grave dans ces événements, à part

l'horreur qu'ils doivent naturellement exciter, c'est le rôle qu'a joué l'autorité turque.

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Je retids pleine justice aux intentions du goinreniement tnrc.

Pendant le peu de temps que j'ai passé à Constaatinople, j'ai • pu acquérir la conviction, que rien n^est venu détruire, depuii qu'il y avait à Gonstantinople des hommes décidés à agir conformément aux lois de la dviiisation et à exécuter fidèlement les engagements pris par le gouvernement ottoman vit-i-vis de TEurope, surtout à Tégard de ses sujets chrétiens ; mais per« sonne n'ignore qu'il y a aussi un esprit tout à lait contraire à cet esprit-là dans le gouvernement ottoman et dans un nombre de ses fonctionnaires.

il*ai eu connaissance des instructions rendues publiques qui ont été envoyées depuis le commencement des hostilités par le gouvernement ottoman à ses agents dans le Liban^ au pacha de Beyrouth, je crois.

Ces instructions, il fout le dire; m*ont paru excessivement vagues, et m ont semblé ne pas répondre du tout à la gravité extrême des diconstances; mais quoi qu'il en soit, qu^elles soient exécutées ou non, il est évident qu'il y a eu jusqu'à présent • une partialité, une iniquité révoltante de la part des fonctionnaires turcs dans le Liban, je dirai même une complicité évidente dans les crimes commis par les Druzes. Cette complicité se prouve par un grand nombre défaits qui n'ont pas été contredits, que je rappellerai très-brièvement t en premier lieu, les troupes turques qui avaient été réparties dans la montagne, soidisant pour contenir les deux populations rivales, ne se sont jamais occupées que de contenir les Maronies chrétiens et protégés de la France ; elles ont laissé toute liberté aux Druzes, et c'est ce qui explique comment les Druzes, malgré leur petit nombre, ont pu si facilement tomber sur les Maronites et les éi^urger.

|)nsuite, quand les premières hostilités ont commencé, le^

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troupes turques se sont avancées dans le pays ; elles ont pris une attitude plus décisive, mais toujours vis-à-vis des Maro^

mtes. AÎDiif il y a eu des désarmements opérés dans la contrée

appelée Chouf ; mais ces désarmements n'ont été opérés qu'au détriment des Maronites ; les Druses ont conservé leurs armes ; et, bien plus, Ils ont reçu les armes des Maronites désarmés.

£n troisième lieu, les Druzes ont été conduits dans leurs massacres pair des chefe exilés, et qui avaient été rappelés de Texil par Tautorlté turque. ^

Ailleurs, les troupes turques voyant que les Druzes allaient être vaincus dans certaines rencontres par les Maronites, se sont jointes aux Druzes pour tomber sur les chrétiens.

£nfin, en dernier lieu, on impute aux troupes turques ellesmêmes, non pas seulement de rester spectatrices, comme je le disais tout à l'heure, dos massacres qui ont été commis àAbbey et ailleurs, mais d'avoir massacré elles-mêmes des chrétiens qui a*étaient rendus prisonniers à elles, et ceci notamment dans un

château des environs de Djezina.

Ged suffît, ce me semble, et au delà, pour constater rodieuse complicité, non pas à coup sûr des chefii du gouvernement ot«> loman, mais de ses troupes et de ses agents dans les attentats commis sur les Maronites, il y a une complicité plus odieusê encore et plus grave; c'est celle qu'on attribue généralement! l'agent de l'Angleterre dans ces parages»

Vous me connaissez assez pour savoir que je ne compte en aucune façon parmi ceux qui atiaquent en général l'Angleterre et ses agents; vous savez au contraire que je suis un très-grand admirattur de TAngleterre, un très-^rand partisan de Palliance anglaise,^ et que jamais on n'a surpris sur mes lèvres ces attaques exagérées, souvent dictées par un patriotisme bonorable,

mais qui ne sont en aucune façon ni dans mes goûts, ni dans mes habitudes.

Cependant, quand je me trouve en face de faits aussi patents

et aussi odieux que ceux que j'ai signalés, je n'écoule plus que la justice; je ne puis me défendre de vous les dénoncer, et de demander au gouvernement quelle attitude il a prise à ce sujet.

Je ne veux pas imiter ce qui a été fait dans le parlement anglais il n'y a pas longtemps, où on a attaqué un de nos âgenis diplomatiques, le ministre du roi en Grèce, avec nne violoace • certainement fort peu convenable. Je n'ai laquerai donc en aucune feçon la personne ni les intentions de Tagent anglais à Beyrouth ; je me bornerai à dire que la voix unanime des Français qui se trouvaient là, et des autres étrangers, juges encore plus impartiaux que les Français, le signale comme ayant été le principal instigateur du mouvement qui s*est effectué dans le Liban, et de Tinsurrection des Druzes contre i autorité iudépen* dante qui devait leur enlever toute espèce de pouvoir sur les Maronites.

£h bien, je demande comment une puissance chrétienne a pu accorder ce monstrueux appui à des hordes tout à fiiit sauvages, et qui font peser leurs fureurs sur d'autres chrétiens. On ne peut expliquer cette exécrable politique que par la jalousie qu'inspire à TAngleterre Tautorité séculaire de la France dans les montagnes du Liban. On sait que, depuis des siècles, la France exerce là un patronage tout à lait maternel, aussi honorable pour la France elle-même qu'avantageux pour les populations chrétien* nés du Liban; on sait cela, et on s'en indigne, et on voudrait Mve comprendre à ces populations que la protection de 1]^ France ne leur suffit plus aujourd'hui, et quil leur faut en outre celle de l'Angleterre.

G'«st la seule interprétation qu'on puisse donner à une conduite aussi odieuse ; mais c'est tine interprétation^ à coup sûr, que nous ue devons ni accepter, ni tolérer, ni surtout approuver. Ce qui est certain, c'est que c'est l'Angleterre qui a excité les Dru/.es à violer le pacte d'indépendance réciproque qui garantissait les droits de chaque race, et que c'est elle qui a soutenu les prétentions des chefs druzes dits mokatagis, qui exerçaient là une espèce d'autorité féodale à laquelle ils ne voulaient pas renoncer ; que c'est l'Angleterre qui les a exhortés à ne pas y renoncer et à ne pas reconnaître le nouvel ordre de choses qui avait été sollicité et imposé par la volonté de la France.

Ceci me conduit à déplorer, en très-peu de de mots, le changement qui s'est effectué dans notre politique générale en Orient. Je veux parler de ce changement que j'ai déjà attaqué plusieurs fois, et que je ne puis me défendre de signaler dans ce moment sur une occasion aussi grave ; ce changement qui a substitué l'action à cinq, et conduite d'accord avec quatre puissances rivales ou étrangères, à cette action indépendante et unique dont la France pouvait librement disposer autrefois en Orient.

Je me garderai bien de toucher à d'autres points de la politi • que 'de la France en Orient, où cette substitution d'une politique à cinq à la politique unique u produit, selon moi, de graves et de déplorables résultats ; mais je vous prie de remarquer ces résultats en ce qui touche le Liban.

Là, de quoi s'agit-il ? de protéger une population catholique de 4 à 500,000 âmes (légère rumeur), à peu près.

Cette population catholique se trouvait naturellement sous la protection de la première' puissance catholique de rOccident, c'était un fait reconnu, sous sa protection unique ; et, comme je le disais tout à Theure, il en était résulté cette identité glo-

riflflise et utile que toutes les personnes qui ont été en Orient

vous signaleront, et les agents Hos ullaires otrangcros en premier lieu, identité qui fiut que tout catholique oriental se regarde en quelque sorte comme Français et comme le sujet de la France,

A cet état de choses vous avez substitué une intervention de cinq puissances, dont trois se troumt naturellement hostiles au catholicisme en Orient ; en première ligue la Russie, parce qu'elle -a de son cùlé une religion orientale en hostilité directe avec celle que nous protégeons ; et, d*un autre côté, TAngleterre et la Prusse, qui ont d'autres motifs également évidents pour ne pa* être spécialement iavorahles aux catholiques de FOrient.

Et à c5té de ces trois puissances-lft, nous avons en quatrième lieu uue puissance catholique comme nous, l'Autriche, mais qui a un grand désir de se substituer à nous, désir bien naturel» dont on ne peut lui savoir mauvais gré, mais que nous avons mal fait, suivant moi, d*encourager en l'admettant au partage de nos prérogatives et de notre doit exclusif et séculaire dans ces contrées. Je crains que par cette malheureuse situation, par suite de cette infériorité relative dans laquelle on entre quand on Dût à dnq une chose qu*on frisait seul auparavant, nous n'ayons arraché la racine la plus profonde et la plus précieuse de notre influence en Orient.

Je dirai encore que la Sardaigne elle-même se met sur les rangs des puissances protectrices, et elle a raison ; car, bion qu'elle ne compte pas parmi les grandes puissances de rOcci« dent, elle est culhulique; elle a une force maritime respectable, et un grand commerce avec TOrient. Elle fait bien ; mais nous» fiusons-nous bien d'inspirer à tout le monde l'idée et le besoin de nous remplacer ?

Messieurs, je n'irai pas plus loin à cette époque si avancée de

la Mssion ; je dédare que ces obflemtîona ne me sont fias dictées

par un esprit d'hostilité contre la pulitii^ue ministérielle. Le moment n'est pas opportun pour juger cette politi<iue dans son ensemble ou dans ses détails. Je n*ai été guidé que par deux motifs que vous devez comprendre et apprécier : d'abord Thonneur da la FrancOi de notre, pavillon, ensuite et surtout le salut et la vie de ces malheureuses populations du Liban pour lesquelles il ne peut y avoir ici qu'un sentiment de pitié et de sympathie. Je me bornerai donc, avec la permission de M. le ministre des alTaires étrangères, à lui adresser ces trois questions : A-i-il obtenu quelques garanties sérieuses et solides contre le retour des indignités, des atrocités qui ont été commises contre nos protégés dans le Liban? A~t-il obtenu quelque réparation pour les meurtres commis sur des religieux protégés par le paviUon français , et le cbfttîment ou du moins des mesures répressives contre les autorités turques qui ont été directement ou indirectement compUces de ces attentats? G^est là ma première question.

£u second lieu, je lui demanderai s'il est intervenu auprès de TAngleterre pour lui faire sentir combien la conduite de son agent à Beyrouth est incompatible avec ralliancc française et avec rintérét de la civilisation et du christianisme?

Et enfin je lui demanderai si, ébranlé par ces déplorables événements, il ne se sent pas porté à se retirer plus ou moins des liens qui Tout enchaîné dans cette quintuple alliance, et à adopter» au moins en ce qui touche à la question catholique en Orients une politique plus indépendante et plus efficace?

M. 6UIZ0T, ministre des affaires étrangères, — Messieurs, je ne viens pas combattre ce qu'a dit l'honorable préopinaut, ni me plaindre de cequ'ii ait appelé rattention de lacbanibre sur cett§

question. Je déploie aussi vivement que lui les faits qu^il a rap*

pelés. La plupart de ces faits sont exacts, et si Ton en étalait le tableau sous les yeux de la chambre, on la pénétrerait d'émotion et dlndignatlon'

Messieurs, il y a plusieurs années, en 1841 , quand on a commencé & s'occuper sérieusement à Constantinople des adaires de la Syrie, nous avons prévu -ces fiiits ; nous les avons non-seulemeut prévus, mais prédits à Constantinople, et, en les prédisant, nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour les prévenir. Nous avons pensé dès lors que la chute de Taneien mode d'administration de la Syrie, d'une administration unique, nationale et chrétienne, livrerait la Syrie à une anarchie déploralle. Nous l'avons dit. Nous étions alors, et rhonorable préopinant ne peut le méconnaître, dans une assez mauvaise situation pour prendre le parti des chrétiens en Syrie ; nous les avions récemment, passez -moi le mot, abandonnés dans leur lutte contre le pacha d'Égypte ; nous avions pris le parti du pacha, non- * seulement contre la Perle, mais contre les Maronites de la Syrie insurgés contre lui. Gela affaibUssait exlrémemeut notre position à Constantinople quand nous pariions pour eux.

C*est *à raison de cet affidbUssement, pour y remédier jusqu^à un certain point, pour corriger le vice de notre position momentanée, que nous sommes entrés en intelligence, en action commune avec les antres puissances pour les engager à agir dans le même sens que nous; elles qui, pour le moment, étaient en meilleure position que nous sur les affaires de Syrie, et pour e|isayer de faire rétablir en Syrie l'ancien mode d'administration, le seul, à notre avis, qui fût propre à y maintenir un peu d'ordre et de justice. Je dis un peu, parce que, même sous l'admimstnition de l'émir Bécbir qu'on regrette si vivement aujourd'hui, il

n'y en a jamais ou boaucoup. Dès lors, no\is avons été obligés de nous borner à cette époque à obtenir, par les efforts communs de la France et des autres puissances, la reconnaissance du principe qu'il n y aurait pas en Syrie une administration musulmane, que les deux races qui se partagent ce pays seraient administrées chacune par un chef de sa religion et de son origine.

En obtenant ce pnncip<% nous avons déclaré que ce mode d*adfflinistration nous semblait très-imparfait, que nous étions convaincus quHl n*aurait pas toutes les bonnes conséquences qu on espérait , que nous persistions à demander le rétablisse- . ment de Tancien mode d*adroinistralion. Mais il a bien foUu nous contenter de ce que nous avons pu obtenir.

N'oublions jamais, messieurs, que nous sommes ici en pré- ■ sence d*un État indépendant ; que nous désirons affermir, relever, s'il est permis de le dire, rindépemlance et la consistance de la Porte, du gouvernement turc ; qu'il est de notre politique de le traiter nous-mêmes avec les égards, les ménagements, le respect pour son indépendance, que nous demandons aux autres.

Nous nous trouvons ainsi souvent dans une position difficile, ayant des devoirs, non pas contradictoires, mais différents, à

coiicilier, le devoir de protéger les catholiques d'Orient, que nous n*abandonnons jamais, et le devoir de prêter appui à Tin* dépendance de Tempire ottoman dans ses propres domaines.

Celte politique est dilUcile. Ce n'est pas une raison pour abandonner Tun ou Tautre de ses éléments. Nous ne Tavons jamais fait, mais la chambre comprend la dilTn ulté.

N'ayant ilonc pu réussir à faire adopter l'ancien mode d'administration unique et chrétienne en Syrie, ayant été obligés de nous conlenler d'un modo (pii valait mieux qu'une administration purement. turque, mais dont nous reconnaissions les imperfec-

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lions, dont nous prévoyions les mauvaises conséquences, nous avons vécu depuis lors dans cet état» renouvelant souvent nos protestations et notre demttide du rétablissement de Taneien

mode d'administration.

Les faits que Vhonorable préopinant vient de raconter ont éclaté au milieu de nos réclamations continuelles.

Il a eu raison de vous dire qu unc partie des autorités (;t même des troupes turques s'étaient en quelque sorte prêtées à ces fiiits déplorables ; qu^elies n'avaient pas déployé Timpartialité, l'énergie nécessaires pour réprimer de pareils désordres; qu'elles avaient souvent prêté appui aux Druzes contre les Maronites, tandis qu'elles auraient dû réprimer les uns et les autres. Cela est vrai. Nous avons éiiergiquement signalé au gouvernement turc cette mauvaise conduite de quelques-uns de ses agents et de ses soldats.

Nous' nous trouvons encore ici vis-à-vis du gouvernement

turc dans une situation difticiie. L'honorable M. de Montalembert Ta indiqué sans le dire expressément : il y a deux partis en Turquie ; il y a un parti intelligent, modéré, qui croil que, pour raffermir l'empire ottoman , pour y remettre un peu d'ordre et de force gouvememenlale, il iaut y introduire d'asses grandes réformes. Mais à côté, il y a un {«arti fimatique, le vièux parti turc, toujours porté à pratiquer i\an« ienne politique, la politique . violente, sanguinaire, astucieuse de Tempire ottoman.

La lutte de ces deux partis se reproduit dans toutes les pro« vinces de la Turquie conune à Gonstantinople, et elle se reproduit encore plus vivement, plus déplorablcment dans les provinces qu'à Gonstantinople. C'est ce qui est arrivé en Syrie. Le parti fanatique qui croit que tout Fart de gouverner consiste à opposer

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les deux races Tune à l'autre, qui rêve la destruction des Druzes par les Maronites, et des Maronites par les Dnites, en prêtant nieeessifement son appnl tantôt aim nns, tantôt aux antres, ce •parti a des adhérents, des agents parmi les autorités turques, .dans les rangs de Tarmée turque, quoiqu'il n'en ait pas, j'osé le dire, dans le divan , à Conslantinople. Quoique aujourd'hui l'intention , la politique habituelle du divan soient àvorabies aux bonnes et intelligentes réformes à introduire dans Fadministralion de l'empire ottoman , nous nous sommes trouvés en Syrie . en présence d'autorités qui n'avaient pas les intentions, ne suivraient pas la ligne de conduite que le gouvernement ottoman aurait voulu leur voir suivre.

Nous avons fiiit et nous faisons chaque jour ce qui est en notre pouvoir pour éclairer le gouvernement ottoman sur la conduite de ceux de ses agents qui pratiquent ce qu'il prescrit . de réprimer, qui ne se conduisent pas convenablement dans les diverses localités où ils sont envoyés par leur gouvernement ; mais la chambre comprend combien ce rôle est difficile à jduer dtt Miers, quand on est simple spectateur, un spectateur sans doute qui a de l'influence, qui a le droit d être écouté, qui peut faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal , selon qu'il approuve ou qu'il désapprouve, mais qui n'a pas d'autorité directe et immédiatement efficace.

M. de Montalembert ne pense certainement pas que la France doive envoyer des troupes en Syrie pour réprimer les désordres. * Elle ne peut procéder que par voie d'influence ; il faut qu'elle éclaire le gouvernement ottoman sur ce qui se passe en Syrie, qu'elle apprenne à diriger ses agents, à peser sur eux, à se faire obéir, à avoir une administration efficace. 11 n'y a rien de si difficile, de si nouveau en Turquie que de pareils faits, et on nous

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demande de les introduire complètement, soudainement, dans une des provinces les plus déchirées de l'empire.

Je ne refiise pas cette tâche ; c*e8t celle que nous travaillons à accomplir; mais, je le icpèle, elle est très-difticile : le succès ne peut être que Tceuvre d'une longue persévérance. Que M. de Montalembert en soit sûr, cette persévéranee nous Taurons ; nous n'avons point renoncé à faire revenir dans le Liban le mode d'administration qui nous paraît le meilleur, à fiiire réformer radministration, d*abord très-imparfeite» et en ce moment décidément mauvaise, qui pèse sur le Liban.

M. de Montalembert a cité un fait déplorable, la dévastation d*un couvent plus directement placé sous la protecdon de la France, le meurtre du supérieur de ce couvent. Nous avons à rinstant même rédamé, et de façon à ne pas être refosés, le châtiment des coupables, le châtiment réel, effectif, et une iudemnité pour les religieux ainsi dépouillés. Gela nous a été promis par la Porte. Nous veillerons à ce que Texécution suive de près la promesse. (Marques d'approbation.) - Quant aux désordres qui ne s'adressaient pas aussi directement à la France, qui tombaient sur les malheureux Maronites, nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour y remédier. L'ambassadeur du roi à Gonstantinople a immédiatement envoyé sur la côte de Syrie deux bâtiments de plus. li y en a trois dans ce moment qui portent d'un point k un autre tous les secours matériels, tout l'appui moral qu'il est possible de porter. Si cda est nécessaire, nous enverrons encore d'autres bAtiments. Je dirai, non pour rassurer complètement, ni M. de Montalembert, ni la chambre, je ne voudrais pas rassurer Êiussement, et il ne faut pas être rassuré dans ce moment, car il y a beaucoup . de choses à déplorer en Syrie ; je dirai toutefois que les hosti-

lités ont cessé, que pour le momeiit la guerre civile ne désole plus le Liban. Je ne tiens pas la position pour bonne, je tiens cette suspension d*armes pour très-précaire; le Liban restera encore longtemps dans un état di^plorable , et il y a beaucoup à £iire pour y rétablir un peu d'ordre et de justice. Le gouvernement du roi fera dans ces diconstances ce qu*il n*a pas cessé de faire un moment.

Ët que M. de Montalembert soit bien persuadé que» quand il nous est arrité de traiter de concert avec les autres puissances, à cinq comme il l'a dit, pour protéger les intérêts que nous avions â sauvegarder en Orient, ce n^est pas que nous ayons conclu à cet égard aucune alliance formelle, que nous ayons pris aucun engagement de ne jamais rien taire qu'à cinq , que nous nous soyons lié les mains, que nous ayons abandonné le droit de protéger à nous seuls les chrétiens d^Orient toutes les fois que nous le pourrions et que nous le devrions. Nous n'avons point renoncé à exercer ce protectorat unique toutes les fois que Tintérét de la * situation nous paraîtrait le comiiorter. Quand nous avons traité des questions à cinq, c'est parce que nous avons pensé que, pour les résoudre effieacemoit, proinptement, dans Fintérét même des populations dont il s'agissait , il valait mieux traiter à cinq que seuls. Quand nous avons reconnu que seuls nous pouvions résoudre les questions, nous nVons abandonné aucun de nos an« ciens privilèges. Je dirai à Tbonorable préopinaut, çt je suis sûr qu*il l'entendra avec plaisir, que de Rome, de la propagande, il est Tenu au gouvernement du roi des remerefments vifs, répétés, pour sa conduite en Syrie, et celle du consul que M. de Montalembert a rappelée, et celle de tous les autres agents français qui se trouvent dispersés sur cette partie du territoire ottoman, et celle du gouvernement du toi, qui n'avait pas cessé d'étendre

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SU protaclioa la plus activi, et daus lieaucoup de caa la plus ef»

ûcace, sur déplorables coullits.

U y a un point aor lequel M» de Montalembert a insisté, et sur lequd il troofeni bon, je pense, que je n^insiste pas. Nous avons besoin, il «si vrai, de nous mettre plus complètement d'accord avec le gonvemenumt britannique sur les bits qui se

. passent dans le Liban , sur leurs causes et sur les moyens sérieux d'y porter remède, il y a certains de ces &its, certains de ces remèdes sur lesquels les agents des deux goufemements en Syrie n'ont pas été du même avis. Les deux gouvernements out, je n*en doute pas, et non-seulement je n*en doute pas, mais je raffiime, les deux gouvernements ont la même sincère IntentieB de ne pas laisser désoler le Liban par les horreurs qui viennent de s*y passer; de ne pas livrer les Maronites aux Druies, pas plus que les Dnises aux Maronites. Le cabinet anglais est, à cet égard, dans les mômes sentiments que le gouvernement £rancais : il ne serait pas capable d'abaisser u politique au niveau de cette vieille politique turque dont je parlais tout à Theure, qui tra^ vaille i détruire les Druies par les Maronites et les Maronites par les Druies. Non, le gonvememeni anglais ne veut pas cela; il veut sincèrement , comme nous, que l'ordre et la justice soient rétablis dans le Liban.

Mais il* est vrai que nous n'avons pas été et que nous ne Sommes pas encore complètement du môme avis sur les faits^ les causes et les remèdes. Nous ne négligerons rien peur édainr le cabinet anglais, pour nous éclairer nous-mêmes, et ponr rétablir entre les deux gouvernements cette Uarmonie qui est dans leurs désirs, mais qui doit être aussi dans les idées qu'ils se forment et des laits et des remèdes, pour passer ensuite dans leurs actes, i'ai déjà agi dans ce sens ; ^espère que j'atteindrai

' ET LA SYAIE 275

le but. La ehambro et M. le. comte de Montakmbeirt peuvent

être sûrs que le gouvernement du roi uq le perdra pas de vue uii marnent (Tiè8-4>ien 1 très-bieu 1 )

(Moniteur du l(i juillet 1845.)

SÉANCE DE LA CHAMBRE DES DÉPUTAS DU 15 iOUf i%h6.

M. DE MALLBVILLB. — G*eit i roecaskiii de ce ehafitre que

j*ai demandé à la chambre rautorisation, non pas comme on Ta tant répété, d'adresser des interpellations à M. le ministre des aflbires étran^ree^ mais d'engager une diseossien qd est dans notre droit, sur nos affaires de Syrie.

lé ne méconnais pas que ce refus d'accepter la discussion, de la part de M. le ministre des affaires étrangèies, ne copstituo pour nous une situation grave et délicate.

J*ai été plus étonné qu^un autre de Tenteldie r^ser ce débat» lorsque je me rappelais que, dans une autre enceinte, loin de le redouter il le provoquait en ces termes : c L'honorable pair s'est félicité de vivre dans un pays Hbre où, sur de telles questions, l'opinion publique, le sentiment public peut se former, se manifester, se répandre, avertiri provoquer le gouvernement, le presser, rencourager, le soutenir; il a eu raison, et je m'en Hfieîl» avec lui. »

Ce qiie le ministre pensait alors, je le pense aujourd bui, et loin de croire au danger de cette discussion, je mets un vif intérêt à la provoquer» car je suis de ceux qui désirent obtenir, pour rbonneur du pays et de son gouvernement, quelques explications sur le passé, quelques consolations sur le présent^ et surtout quelques espérances pour Tavenir.

Je n'ai pas à apprécier, et j'ai eu, je vais le dire, beaucoup de peine à comprendre les raisons qui ont fait demander par M, le ministre des affiiires étrangères le silence le plus absolu sur cette question. Et je dois dire que, si ce refus de discussion m'impose quelque réserve» m'oblige à ajourner certaines explications, à ne m^appuyer que sur les feits connus, sur les documents publiés, il m'a été impossible toutefois, comme à ceux qui comptent prendre part à cette discussion, d'accepter l'obligation de me taire ; j'ai dit pourquoi.

Les affaires de Syrie ont vivement préoccupé cette législature à son début; la cbambre n'a pas perdu le souvenir de cette dis^ cussion solennelle et approfondie, où Ton examina la situation présente et les dangers à venir. Le ministère, alors, avait une opinion : il acceptait la conclusion arrêtée par les cinq puissances ; il acceptait Tarrangement de 1842, comme satîs&isant, comme réalisable, comme propre à assurer la pacification du Liban. La

chambre ne partagea pas ses espérances; car, dans un amendement célèbre que j'expliquerai tout à l'heure, elle voulut lui imposer une autre direction, indiquer une tout autre politique, une tout autre marche. Depuis cette époque, quoique nous ayons pressé le gouvernement de questions, nous avons toujours été forcés d'accepter des ajourneuients; d'année en année, on nous a demandé ce qu'on nous demande aujourd'hui, de nous taire... ^ous n'avons que trop cédé à ces éternelles supplications !

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£T LA SYKIË 277 Mais nous allons nous quitter, messieurs, et il ne serait pas honorable pour la législature de se séparer, après quatre ans, après tant d*espérance8 déçues, sans demander pourquoi des vœux qui avaient été si nettement exprimés, et que le ministère avait acceptés, n'ont pas été réalisés. C'est là le seul but de la discussion que j'engage, sans me dissimuler Tembarras de parler à un ministre qui ne doit pas me répondre.

Je ne reprendrai pas le long eiposé de cette affisdre, mais il serait puéril de ne vouloir plus nous rappeler que, dans la ques* tien de Syrie, indépendamment des intérêts sacrés qui nous sont ehers k tous, il y a un intérêt français à conserver, car c'est l*influence française en Orient qui a été attaquée en 1840, et qu'on attaque encore aujourd'hui, car la guerre n'a point cessé sur ce point, en dépit de nos concessions.

On a attaqué rinfluence française, d'abord en Egypte; la France, de sa main puissante, avait arrêté le vainqueur de Nésib, et par cette intervention elle avait fevorisé les voeux de TEurope qui ' voulait conserver Tintégrilc de 1 empire ottoman, c'est-à-dire l'intégrité de cette immense proie que d'ardentes rivalités euro* |»éennes convoitent depuis si longtemps, et dont elles veulent ajourner le partage, dans l'incertitude de la part qui leur est ré- .servée 1

La France, plus désintéressée et plus généreuse, avait arrêté

le vainqueur de rsézib, et T histoire dira si elle a tenu envers lui tous lA engagements qu'elle avait contractés eu lui imposant un pareil sacrifice ! Mais le lendemain du jour où la France avait rendu ce service à l'Europe, le lendemain du jour où l'intégrité de l'empire ottoman était garantie par son intervention spontanée, efficace ; le lendemain de ce jour on s*est inquiété en Europe de deux choses : de l'influence que la France avait en Egypte, et de

riiilluL'iice qu'elle avait eu Syrie, iiilluence qu elle devait à des Uaditioos séculaires, à des capiiulatioaft éaritcs : de là cette con* jortlion européenne contra la puiaeanee égyptienne, qui a abouti au traité du 15 juillet ; de là, vous allez le voir tout à Tlieure, roppieeaiondeschrétienade Syrie, qui, si tous n'y prenei garde, aboutirt à leur extermination ; il MnH insensé de garder le moindre doute à cet égard.

Le pacha d*Égypte s'était emparé de la Syrie ; il Tavait gouvernée pendant sept ans, et il est juste, et je ne suis ici que récho de rtiistoire contemporaine, de dire que dans ces sept années il y atait fait régner Fordie, il y avait établi Fégalité de Timpôt, la sécurité du commerce ; sous son administration, si l;i Syrie n'était pas ie pays le plus heureux, c'était un pays tranquille.

bepuis six ans que yous l'aTei prise à garder, depuis six ans que les puissances européennes prétendent la protéger, vous sa- TOI ce qui arrive : les massacres, le pillage, le meurtre... Voilà ce quil est bon de rappi ler, car c'est une cruelle leçon pour ceux qui se sont engagés dans cette politique, de voir que ce concert européen, dont on vante chaque jour les résultats pour la paix européenne, ce concert européen n'a pas su réaliser en six ans ' ce que le seul pacha d'Égypte avait réalisé si vite, et qu'on a peut-être détruit sans retour.

Il fallut i\ celte époque se créer des prétextes. La Syrie était tranquille ; il fallut Tagiter : et alors ceux qui avaient besoin du prétexte de l'intervention en Orient, ceux-là même allèrent ex* citer en Syrie la révolte contre le pacha, la division entre les races qui vivaient en paix. Une misstoni audadeusement niée, lorsqu'elle (Ût dénoncée à l'Europe parle ministère de i8i0, fut résolue ; j'en ai la preuve en mains, dans les pièces qui viennent d'être publiées en Angleterre ; il y a un an, la mission de

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M. Wood, Tagitateur du Liban, cette mission si longtemps niée, elle est moiinae, avouée à chaque page des doeume&ts oiiîciels. Les malheureux Syriens rappellent chaque instant à rAno^leterre les promesses que M. Yood leur avait Mtes s*ils voulaient consentir à ébranler, par leur révolte, la puissaDGe du pacha d*Ëgypte, qu'on voulait à toute force expulser de la Syrie.

I^ous parlons beaucoup, messieurs, de k ruse, de la perfidie .de ces races non civilisées. Si elles apprennent jaoïais à écrire riiistoire, elles auront à parler de la tclonie de TEurope, car à cette époque on est allé les agiter en leur promettant le roamtien de leurs garanties, de leurs privilèges, que dis-je, en leur promettant des les étendre.

Et voici comment on a tenu piûrole:

Les populations chrétiennes dans la montagne du Liban, oiî la croix surmonte le croissant, suivant Theureuse expression de Tun de nos collègues, ces populations qui ont été gardées, maintenues par la Providence comme une protestation éternelle . contre hi barbarie qui les entoure, étaient en réalité soustraites à radministration directe de la Porte Ottomane, qui n'exerçait ' qu'un simple droit de suzeraineté.

La montagne du Liban était depuis quarante ans gouvernée par un prince chrétien, dont le nom est devenu célèbre dans nos débats, par Témir Bécbir ; il la gouvernait si habilement et si heureusement, que les deux races qui Thabitent et que divisent leur foi religieuse, les Drutes et les Maronites, aujourd'hui si acharnés dans leurs luttes sanglantes, vivaient eu paix sous son gouvernement paternel, et depuis longtemps incontesté. A 'époque oraiîcuse de sa domination, cotte haine de r?ces, excitée par les intrigues de l'Europe^ n'existait même pas l L'émir Béchir, on est allé le tenter aussi ; on lui a demandé de venir

au secours de TKaropo contre ie maître de TE^yple qu'il fallait «(Basser de Syrie. U a cédé, comme tous les Orientaiix à Tasccndant de la force. 11 est resté fidèle à son suzerain tout le temps qu'il Ta pu ; mais enûa un jour il a cédé, et il est veau aider TAngleterre à détruire la puissance de Mebemet-Ali en Syrie ; ces nionta^^nanls ont fait cause commune avec l'ennemi. Quel en a été la récompense?

Le lendemain du jour où Beyrouth était foudroyé et la puis.

sani c du pacha perdue, le lendemain de ce jour, l'émir Béchir, à qui Ton avait promis, garanti, je ne dirai pas son pouvoir personnel, je ne m*en préoccupe pa$^, mais dans la personne de qui on garantissait aux chri^tiens les antiques privilèges ^dont ils étaient en possession ; le lendemain de ce jour-là, il a été vio* lemment expulsé de Syrie, et il a été retenu en prison à Malte. 11 a demandé comme tous les chrétiens malheureux, de ce pays, & venir en France ; on le lui a refusé ; on lui a refusé même de venir en Angleterre ; et le jour oii il a voulu changer de prison, ou l'a envoyé à Gonstantinople sous les ye\i\ de ceux qui avaient intérêt à le garder. -

Voilà la conduite tenue à l'égard de l'émir Béchir, au mépris des engagemeuts les plus solennels, les plus sacrés !

De ce jour-là, il a fallu pourvoir au gouvernement du pays auquel il avait suffi jusque-là.

La Porte Ottomane, c*était naturel» ne se contentait plus de rint^lrité de Tempire, elle voulait Fagrandir. La population chrétienne du Liban avait toujours été soustraite, en réalité, à son administration directe par les privilèges que la France avait su toujours garantir.

Et cependant l'Ëurope (vous êtes venus au pouvoir à cette époque, messieurs les ministres), TEurope n*hé$ita pas à aban-

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ET LA SYBIB 28 1

donner cette malheureuse population à Tadministration directe d*un pacha turc.

Les résultats ne se firent pas longtemps attendre. La persécution commença dès ce jour-là, et vous savez quelles avanies ont subies les chrétiens. Et le mal devint si (prand, les pUintes devinrent si vives, que, je le reconnais, le gouvernement français prit l'initiative à cet égard.

Apr^s deux années d*un état de choses qu'un de nos collègues a qualifié bien durement, je me^servirai de ce mot pour me dispenser de les raconter, après deux honteuses années, comme disait rhonorable M. de Camé à la fin de 4842, on a enfin demandé à la Porte d'administrer humainement ces populations.

Alors les habiletés diplomatiques ont été mises en jeu : il est si beau de gouverner du fond de son cabinet des populations qu'on ne connaît pas l Alors on a cherché des arrangements. On a compris qu'on ne pouvait abandonner la population chrétienne à Tadminstration directe d'une autorité musulmane.

Mais il y avait deux races : il y avait des chrétiens, il y avait des Druzes. C'est alors qu'on a imaginé ce qu'on a appelé l'arrangement de 1842, c'est-à-dire la division de Tadrainistration de la Montagne entre deux caïmacans, deux gouverneurs, l'un druze^ l'autre maronite : un émhr druzè pour les Drozes, un émir maronite pour les chrétiens.

Voilà, messieurs, de ces choses qui s'arrangent dans les chaneélleries très-vite et très-fiicilement. On avait mis alors Tidée de ce procédé sous Tautorité d'un grand nom : c'était M. de Metternich qui l'avait inventé.

Il y a une chose remarquable et que je suis heureux de rappeler à la chambre, c'est que, lorsque l'arrangement fut connu et expliqué devant cette chambre, à l'instant même il se forma ^

une opinion qui devint majorité, qui ne vit dans cet arrangement ipi*ua nouveau moyen de perpétuer la discorde et les malheurs des chrétiens dans le Liban. Le gouvcrnemcnl ravait accepté, la chambre Tavait reâisé; et je suis heureux de lui rappeler que si la responsabilité dn gouvernement est compromise dans la question, Dieu merci 1 la solidarité de la chamhre n'y a ja« mais été engagée; car, par Tamendement de M. Berryer qu'elle adopta alors, elle reftisa Tautorité de son adhésion même implicite.

On signala dans la discussion, avec une grande énergie, tous les malheurs qui allaient nattre de Tarrangement proposé ; on les a prédits, et on a eu le malheur de prédire juste.

La chambre alla plus loin ; elle indiqua par les termes mêmes de Tamendement la seule combinaison qui pût prévenir les désor* dres qui ont éclaté; elle indiqua le rétablissement de Tanciemie autorité unique et chrétienne, c'est-à-dire le rétablissement de Téniir Béchir, de la famille Cheab, qui possédait encore la confiance des deux races rivales, dès longtemps accoutumées à 8<t paternelle domination.

11 y eut à cette époque, de la part de M. le ministre des aiTaires étrangères, une assertion tellement étrange qne je devrais hésiter à la rappeler, puisqu'il ne. veut pas répondre; mais il y répondra plus tard. A cette époque ou se demandait : « Pourquoi repousserait-on Fémir Béchir î Mais s'il est une puissance qnî ait des reproches à lui faire dans le pasfsé, c'est la France, car il a abandonné son suzerain et notre allié ; que lui reproche* . tron ? Nous, dont il a abandonné TaDié, dont il a trahi la cause, nous consentons, puisqn'il est le seul qni puisse i^arantir aux populations chrétiennes du Liban une administration .patemell0, ^ demander son rétablissement ! »

A cette époque, M. le ministre des aifaires étrangères, je dois bien le supposer» voukut éviter à cette tribune d'avouer que la France avait été vainene au début des négociations, dit que si la iamille Cheab» si Témir Béchir avait été exclu par les conseils de rËurope, c'était TADgieterre qui avait été vaincue, car c*était TAngleterre qui avait demandé le rétablissement de Témir Béchir.

Je suis obligé, quand je porta de tdles assertions à cette tri*

bune, de les justifier par des citations exactes.

Voici ce que porte textuellement le Moniteur ;

f La puissance qui a le plus tenu, disait rhonorable M* Guizot en 1843, qui a le plus tenu au rétablissement de la famille Gheab dans la domination du Uban, c'est TAngletenre ; c'est elle qui Ta formellement demandé. » Et sur ces mots M. de Carné se récrie et demande la parole.

M. Guizot continue : i C'est le foit pur et simple ; c*est l'Angleterre qui a particulièrement insisté pour que la fiunille Gheab fût rétablie dans la domination du Liban. »

Et dans les pièces publiées à cette époque, qui étaient aux archives, se trouve précisément une dépêche de notre chargé d'a£Bûres à Constantinople, qui déclarait au ministre • qu'il n a«vait pas pu s'entendre avec Tambassadeur d*Angleterre, attendu que sa cour avait été la première à exclure formellement l'émir Béchir du choix que l'Europe pouvait faire. >

Je cite, et comme mès notes portent Tindication du Moni-leur, je les fournirai à M. le ministre le jour qu'il voudra répondre.

Je suis revenu à ces souvenirs, parce qu*il faut, pour la sincérité de mes débats, que cette erreur soit expliquée ; ce ne peut (tre une erreur de niémoire, elle serait trop étrange, j'ai pensé

que, M. le ministre, à cette épocfue, espérant qu'on reviendrait bientôt à la pensée de rétablir en effet l'administration unique et chfétieiuie qui devait être le but constant» le but unique de ses eiforts, espérant que ce résultat arriverait bientôt, il faillait éviter d*avouer que nous avions échoué au début. Je ne pub pas expliquer autrement cette erreur inexplicable ; mais ce qui est vrai, ce qui résuite de documents nombreux que j'ai dans les mains et que je neveux pas analyser, je fatiguerais la chambre, c'est que TAngleterre a mis depuis cinq ans Tardeurlaplus soutenue à écarter à tant prix le rétablissement de la famille Cheab et de réroir Béchir. £t pourquoi ? Personne ne s'y trompe, le rétablissement de Tautorité unique et chrétienne dans le Liban, c'est la restauration de Tinilueuce française, et c'est là ce qu'on vous refuse toujours.

Je pourrais accumuler les preuves et les citations les plus concluantes, mais ces iaits-là ne seront pas niés, il est fort inutile d'insister plus longtemps...

La seule question qui me préoccupe, celle sur laquelle nous désirons le plus avoir des explications de la part du gouvernement, c'est celle de savoir comment il a pu se faire que lorsque le rétablissement de l administration unique et chrétienne devait être le but de tous les hommes sensés, lorsque la chambre avait exprimé à ce sujet une opinion si nette et si précise, il n'appa- • raisse rien pendant cinq ans des efforts faits par le gouveruement pour y parvenir.

Je dis qu'il n'en apparaît, et il n'y a qu'à lire une des dépêches adressées par M. le ministre des ailaircs étrangères à notre chargé d'afEûres, pour comprendre comment nous avons été si faibles dans la poursuite de ce résultat.

En 1842, M. le ministre écrivait :

ET LA SYRIB 285

c II fiiut soigneusement éviter tout ce qui risquerait de nous donner aux yeux des cours Tapparence d^une dbtion propre, cherchant h devancer ou à dépasser la leur. La conséquence inévi- . lable serait de les réunir encore une fois couti*e nous, et de nous rejeter dans Fisolement. »

C'est là la préoccupation conslante ; voilà ce que la France a gagné à rentrer sans conditions, sans réserves iaiis le concert européen.

£t la faute éclate dans les affaires de Syrie plus que partout aîneurs, car, lorsque vous êtes rentrés dans le concert européen, qu^avez-vous fait? Vous «wt abandonné des droits que vous teniez de traditions séculaires, de capitulations écrites qui remon- ^tent jusqu'à saint Louis, qui n'avaient jamais été abandonnées même par la convention nationale au moment de sa lutte la plus terrible avec TËurope ; voi|s avez subordonné, ce jour-là, Texer* cice de vos droits primitifs, de droits qui étaient à vous, que nul ne pouvait vous contester, qu'on ne vous contestait même pas au début des négociations, vous les avez abandonnés, vous les avez subordonnés à ce droit d'assistance, à ces conseils oà une majorité est toujours formée contre vous. Mais, cette faute commise, je demande, je veux savoir quels sont les efforts que vous avez faits.

Quand je lis les documents publiés en Angleterre, documents bien autrement complets que les vôtres , quand je lis ceux que • nous vous avons arrachés avec beaucoup de peine, vous en conviendrez, je ne vois jamais trace d'un effort. Je vois en Angleterre, je vois en Russie, je vois de la part de toutes les puissances d*Europe, une préoccupation constante d'éloigner la pensée de rétablir T administration unique et chrétienne et le besoin de maintenir l'arrangement de 1842, au mépris de tous

28& UfiAN

les malheurs qui en résultent. Les malheurs qui éclatent dans le Liban ne les éelairent pas; non, elles trouvent que Texpérience n*est pas suffisante; et quand^ en iSH, rhonorable ministre des affaires étrangères de France s'inquiète euûn des résultats deFanangement de 1842, quand il signale pour la première

feîs les inconvénients, et les mconvénients nombreux de cet arrangement, il i^oute cependant ; « Je ne puis encore rien indiquer à la place^ car je ne suis pas suffisamment édairé. •

D y a autre chose : en 4815, c'est-à-dire après des malheurs dont j'omets le récit, et qui sont connus de toute FEurope... je ne cherche pas à passionner la chambre par le récit des liorreurs qui ont été commises dans le Lihan; elles ne sont .pas niées, les dépêches, je dois le dire, les constatent avec une extrême fidélité I... Lorsque enfin il a fallu essayer d'indiquer à r£urope quelle était la pensée de la France, quels étaient ses désirs ; savez-vous dans quels termes onFa fait ?

Is chargé d'affaires écrivait le 17 mai 1844:

« À cet état de choses , je n'étais pas encore chargé de {)roposer un remède unique et d'un succès certain; mais il m'était impossible de ne pas me rappeler que la Montagne avait pros]icré sous d'autres cheis, sous une autre .forme de gouvernement, et je ne pouvais m'empécher de réfléchir avec un sentiment bien vif de regret que la Porte, en innovant, scmhiait avoir elle-, même cré S les difficultés de sa tâche » qui devait être comme la nôtre la pacification et le bonheur de ses sujets du Liban.

» Cette première ouverture, gui désianait les Cheab sans lii nommer f a été très-bien comprise de Kissaat-Pacha; je hi crois, quant à présent, d'une bonne mesure: e'eit une base (Topéralion pour une campagne laborieuse. »

La politique de la France en est là, qu'elle ne peut agir que

par insinuation timide; elle indique, elle espère qu'on la deviiMit, elle indique les Gheab tant Us nommer.

On ajoute plus loin : « Cet ordre de dSsoission met^ je crois, suffisamment en évidence la pensée du gouvernement du roi, sans attacher son crédit et son influence d'une manière trop absolue à telle ou telle solution, sans le commettre trop profondément dans une entreprise oik il n'y a pas d'intérêts assez sé* Heux engagés pour risquer les conséquences d'une lutte ou^ verte. »

D*où je tice la preuve que c'est la première fois, le 17 mai iSii, puisqu'il s*ag!t d*une nouvelle base d'opérations qu'on a

osé dire aux conseils de TËurope qu'il fallait songer aux Gheab.. . toujours sam les nommer.

M. de Bourqueney revient deux fois sur cette singulière manière d'introduire la question, et M. le ministre lui répond:

■ J'apprécie la parfaite netteté de ' langage avec laquelle^ ainsi que vous m'en informez dans votre di^pèche du 17 mai dernier, vous avez soutenu le^ considérations de droit et de fiiit, etc. i

En vérité, si la question n'était pas si grave, et si M. le ministre n'était pas un homme aussi sérieux, je prendrais la réponse pournne épigramme. Mais le chargé d'affaires, en exprimant des vœux aussi timides , des intentions aussi détournées, n'était que le trop fidèle interprète d'une pensée fiiible et hésitante; il avait droit à Tapprobatioii de son ministre.

On voit avec quelle mollesse d'action le gouvernement, bien qu'il M sous la pression même de cette tribune, bien qu*il eût été fortement invité à poursuivre, comme le seul moyen de rétablir l'ordre dans le Liban et de maintenir aussi notre inlluence, qui est notre droit, le rétablissement de la fiunille Gheab, sou-

tenait la lutle engagée dans les conseils de TEuropc. Il exprimait des doutes, ipanifestait des craintes et allait quelquefois jusqu à prédire des malheurs sans rien foire pour les prévenir.

11 serait facile de mettre en regard raclivité, la vigueur avec laquelle les agents anglais repoussent le retour des Cheab, et font des efforis inconcevables pour maintenir un arrangement déplorable pour la Syrie, mais qui avait le mérite de réaliser leur véritable but : l'exclusion de la France en Orient et l'anéantissement de som influence.

Les documents anglais sont d'une grande franchise à cet égard. La partialité des agents anglais pour les Druzes est arrivée jus* qu'au scandale. Je ne veux en cela qu'une senle preuve.

En 1811, et au moment où il s'agissait de régler entre les Druzes et les Maronites des intérêts très-importants (il s'agissait de connaître le montant des indemnités résultant du pillage que les chrétiens avaient subi), on avait appelé à Beyrouth les représentants des oppresseurs elr des victimes. Arrivés à Beyrouth, les- Druzes trouvent dans le colonel Rose, consul général d'An* gleterre, un avocat qui ne les quitte pas, qui les appuie, les soutient; il le raconte lui-même.

L'agent de France, M. Poujade, ce n'est pas que je veuille le lui reprocher, car nous aurons tout à Theure un hommage éclatant à lui rendre, M. Poujade n'assiste pas à cette assemblée. On lui demande pourquoi; il répoud : « Je n'ai pas d'instructions! > Ët il ajoute, en parlant aux chefs chrétiens : « Je vous engage à vous soumettre, car je n'ai aucun mpyon de vous soutenir. » Et le colonel Rose ne manque pus de dire à sou gouvernement : • Cette attitude du consul frauçais a singulièrement ^lité les négociations; • et il dissimule si peu le r^le d'avocat qu'il a joué dans cette affaire, eu laveur des Druzes contre les

BT I.A STRIE 289

chrétiens, qu'il dit encore, je ii*ai pas besoin de traduire, je me rappelle bien la phrase : i Je tous engage à remercier beaucoup le sultan de la générosité qu'il a eue en se chargeant de payer peur vous la plus forte somme de Tindemnité dont vous êtes redefables. »

Il faut vraiment toutes les préoccupations des passions politiques pour se vanter soi-même d*un pareil patronage; ear c*était tout simplement le règlement des indemnités dues pour pillages, ineurtre^ et incendies : le colonçl Rose se félicitait d'avoir si bien Appuyé des Druies, ses dieiitS) qu*il avait obtenu du sultanquil voulût bien payer pour eux.

11 y a un autre indice de cette partialité, et je dois dire à rinstant à M. le ministre pourquoi j'insiste sur ee fidt; c*est que je l'ai entendu, il y a qjielques jours, se calomnier lui-même, lorsqull disait, à roecasion de la conduite de TAngleterre en Orient : t Mais les Anglais ont les mêmes sentiments que nous pour les populations chrétiennes ; ils ont les mêmes vues; ce n^est pas moi que je défends, c^est le ministère anglais. » Vous vous êtes calomnié alors. Non, vous nVez pas eu les mêmes vues, les mêmes intérêts : je suis de ceux qui vous reprochent de tt*avoir pas su défendre les nêtres» qui vous reprochent beaucoup de faiblesse; mais je ne vous reproche aucune complicité. Non, je ne crois pas que i'enteute cordiale soit allée jusque-là, non, je ne crois pas que vous ayez voulu, comme fAngleterre» maintenir un arrangement qui deux fois a livré nos frères chrétiens au massacre et à Tincendie, et que vous ayez jamais par^ tagé son aveugle partialité pour les Druzes; vous allez en ju-» ger.

Il y a dans les documents de Londres un long rapport feitpar un agent envoyé spécialement par le gouvernement an^s dans

tT

290 Lit UiiAN

)c Liban, afin d^cxaaiiuer sur les lieux et do juger la situation des deux races et leur valeur relative.

* Je lis dans ce rapport, signé Alison : c Les Druzes sont, comme les chrétiens, de très-mauvaise foi ; mais ils leur sont infiniment supérieurs par leur courage personnel, leur habileté et leur tolérance rdigiense. ■ (Mouvement.)

La tolérance relirieuse de misérables barbares qui n'ont pas même de foi positive, qui égorgent les prêtres qui outrageot les femmes, incendient les couvents l... G*est la tolérance religieuse des Druzes qui explique la préférence que leur donuc l'Angleterre. Voilà le document que j*ai sous les 3feux.

On a souvent accusé les documents anglais de dissimulation ; je ne puis partager aujourd'hui celte opinion, quand je vois des publications dans lesquelles éclate une si brutale franchise.

La partialité révoltante des Anglais pour les Druzes,' après de semblables révélations, ne peut être niée, et l'honorable ministre des affiiires étrangères aura alors à expliquer comment il entendait que les vues de TAngleterre et les siennes pouvaient être semblables.

Aujourd'hui* qu*il est bien établi que les chrétiens, depuis cinq ans, ont été, je n'ose pas dire complètement, mais enfin trop souvent abandonnés, tandis que leurs rivaux, inférieurs en nombre, ont été soutenus, non pas seulement par PAngleterre activement, mais par toutes les puissances, faut-il être étonné des malheurs qui sont venus fondre sur eux» et peut-on nous reprocher, & nous, les craintes que nou; avons de voir se réaliser la plus grande honte de celte époque, c'est-à-dire Textirpatio» complète de la population chrétienne en Orient, soit par Textermination des forts, soit par Tapostasie des bibles? C'est à ce but qu'on marche, c'est à ce but qu'on parviendra, si eniin le

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gouveroeineiitfraBcaî», excité par le pays, soutena par TopiiiMn

publique et surtout par les déplorables exemples du passé, n'a pas la force morale suffisante pour faire comprendre que le seul moyen aujourd'hui d'arracher ces populations au sort qui les menace, c'est de leur rendre ce qui leuf a toujours appartenu, eurs aacieas privilèges ^; ia raffermissement de l'autorité qui seule peut les consacrer.

Eh bien, dans tous les faits qui nous sont connus jusqu'à présent, la plus grande faiblesse morale s'est toujours révélée. Nous nous rappelons tous qu*il y a deux ans Févéque de Laodioée, Murad, fut envoyé par ses frères d'Orient pour supplier le gouvernement français de venir à leur aide et pour kii dénoncer la partialité des agents de PAngleterre et des autres puissances, pour venir signaler toutes les avanies qu'il avait subies. Je ne sais pas comment Tévéque Murad fut accueilli par M. leministré des affaires étrangères, mais je sais ce qu*ena dit lordCowley. Lorsque cet envoyé du Liban découragé, probablement par l'accueil qu*il avait reçu en France, demandait de passer en Angleterre et n*ohtenait que le refus le pins amer. cVous verres, dit lord Aberdeen à sir Strafiford-Canning par la dépêche de lord Cowley que je vous envoie, que Fagént maronite n'a pas été plus heureux auprès du gouvernement français. » Voilà ce qu*on dit en Angleterre, ce que vous ne démentez pas, ce que vous n'expli* quez pas« .

Mais ce n'est passe ilement désintérêts chrétiens que le gouvp-rnement français a eu à se préoccuper en Orient ; lorsque s'est réalisée la mission qu*on avait annoncée comme devant être réparatrice, et qu'on avait confiée h un ministre de la t*orte Ottomane, Ghékib-Ëffendi, le plus perfide et le phis hypocrite des penéenteurs, ce ne sont plus senlement les populations du Li-

ban qui aot eu à sauiTrir de Tadministration tiKquç : les intérêts

MdvttwmMt kwm ont éké mmé4mimwi cuiagd»; U am*

Uui^ o*éCait m ras» iafeniale paur épuiser Ténergie de nos représentaïUs, ies (uréoecuper de leur défense jtarsomiâUi eileur

{Mrére d» vii5 leg iatMla cMUm qu'on vQulûl immc^ar ;

âwi« été iutéreasés directement ; car le prenwer j^cte du dernier envoyé de la Porte Oltomaue, envoyé jioiur léparer .Uil de Bmix, a été éo fiûre brMe à rime des capituletiona le$ plus positives, à Tart. 32 de nos capitulations écrites qui gawntit à nos nationaux en ûrieni le iiltre eieiaoe de leiiiv {vepriéléa. Ghékîb-EiNidi dem Terdre à. toui iee léfodanla, à tous h» résidents français, de quitter la Montagne, leur dédaioat qucs sHa Bo la quillaieat fas» Mfoimii bien gamûr Iee prépiiéléa, RMÎe «fu^d ne farantirût pae lenr ik, Queiques-uns eat eu le courage, malgré cette menace^ de rester sur les lieux oi!i leur dfoit et la protaotionde ia ftaaco devaient les retenir. D*antma sont venoe cheithef à Beyrouth un asOe. C'était bien l'intérêt et l'honneur de la France qui étaient engagés» car ces négociants français étaient là en vertu d nn droit éerit qu les avait tons mis à l'abri des avanies de la police turque dans tous les temps.

11 y a eu, de la pari du cbargé d'affaires de Gonstanlinoplo, je dois le ën, une extitee vigueur pour le ledressenient de ce grief inattendu. Il est allé jusqu'à menacer de demander ses passe- ports et de se retirer; et ce n'est que sous le coup de cotte inenace qull a obtenu la proBiesae des réparatioas dont je n*ai pas encore trouvé la trace ; mais enfin l'engagement de faire des réparations a été pris. Mais il y a eu quelque chose de plus grave t parce que inunédiatement un dregman du consulat de France à Beyrouth s'était rendu dans un village, à Djeuni» pour s'opposer à de neuveaux naeeaerai dont lot ebréliini étMW^

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menacés, il a été saisi par les autoril(îs turques, bâtonné, enfermé» Le coAsul, M. Poujaée, et je suis empressé de lui rendre cel hommage, M. Poujade, ne prenant conseil que de sa dignité et dê son courage.... heureusement il n'avait pas d'instructions ! (Mouvement.) a demandé immédiatement une ré|Niratiwi de ces outrages ; elle lui a été refusée. Une frégate française, h BtVe^ Poule, était dans le port : il la ût avancer, et il déclara que si soft drogman ne lui était pas rendu, la Beilt^Poule allait débarquer; il a fallu que le débarquement s'opérftt. Alors, sous le coup de cet acte de vigueur, cet acte de vive force, le drogmaa a été rendu.»

C'est un fait honorable, et je suis très-heureux de le signaler à Taltention de mon pays; mais je $uis bien malheureux de loi rappeler au m^e instant que cet acte si hommble a été sin* gulièrement affaibli depuis; il a été suivi d'abord d'une dépêche de M. le ministre des afiïûres étrangères, dans laquelle je trouve cette phrase déplorable, el je dois la lire en feisant allusion à ku démonstration de la Belle-Poule. M. le ministre écrit i * C'est une mesure grave et dont il ne faudrait pas user souvent* » (Exdamstions au «entre» ^ Rires ironiquis aux extrémités»)

Permettez! il s'agit d'une violation du droit des gens que nous avions subie : nous n'étions pas les agresseurs, nous n*avottS fait que nous défendre et user dt» notre droit : cet acte était si bien dans les limites de notre droit, que vous avez osé l'approu** ver ! Il n*y a pas eu de désaveu cette fois. Mais (fire à ése agents* lorsqu'ils sont dans leur droit, lorsqu'ils n'ont fait que repousser ime violation odieuse par un acte de force, leur dire : « Il ne &ttt pas y reveuir souvent, • cela nr se comprend pas. Il fh!» lait dire cela à la Porte Ottomane, à ceux qui nous avaient in» sultés; mais à ceuk qui ont repoussé l'insulte, ce n'est pas le

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langage qu'il faillail k\iv tenir. Quant à ceux-là, vous. leur deycx la plus éclatante approbation, un assentiment sans restriction,

(Très-bien ! )

Mais il y a autre chose. Gel acte aurait été suivi à Constantin nople d'une demande d'explication; la dépêche le prouve. Je Us : f Quand la plainte oîlicielle qu'il à cru devoir nous adresser.... »

Ainsi il y a eu une explication demandée au gouvernement français, et une réponse à Êdre. Ce sont là les deux notes, les deux pièces, la chambre s'en souviendra, dont j'avais demandé la communication. Je l'avais demandée, et M. le ministre des aflSûres étrangères me dit ce jour-là qu'il examinerait de nouveau s'il pouvait fournir ces deux pièces. Elles n'ont pas été communiquées. Je dis qu'elles devaient l'être : elles devaient Tétre pour nous venger d'une liijure. On a dit à l'étranger : La . France, ce jour-là, a fait respecter son pavillon, son honneur ; mais plus tard sa diplomatie a fiiit des excuses. . Voilà ce qu'on a dit dans les journaux de l'Europe ; voilà ce à quoi il fallait répondre.

£h bien, j'ai le malheur de savoir aujourd'hui, pas depuis longtemps, que les deux pièces, vous ne pouvez pas me les produire : elles sont perdues pour la discussion, mais elles ne seront pas perdues pour l'histoife, car elles sont connues ; et je dois dire que l'impression qu'elles ont produite sur ceux qui les ont lues, m'explique très-bien pourquoi vous ne pouvez pas les communiquer, alors pourtant qu'il s'agit d'un acte séparé, d'un cas accidentel dans cette grande affaire, alors que les explications ont été données et reçues, que tout est fini. 11 n'y a qu'une raison pour ne pas les communiquer, c'est le texte même de ce ces explications; nous nels aurons pas; et je rappellerai toujours, toujours, que, dans cette affaire si honorable, il est bien mal-

heureux que tous ne puissiez pas compléter, que tous ayez

quelque raison pour ne pas compléter la démonstratioii que notre gouvernement, ce jour-là, ce n est pa s beaucoup, un seul juuFi a été digne, -ferme et vigoureux.

Messieurs, je craindrais de fetiguer la chandMre en prolongeant cet exposé, dans lequel je mets peut-être beaucoup de désordre par le besoin que Réprouve de resserrer un peu la discussion à une heure aussi avancée de la séance. Mais je dirai quel est le but que jevoudrais atteindre. Je dis, moi, et les puissants collègues qui vont me prêter leur aide

Je n*ai pas Tespoir qu'en insistant de nouveau auprès de notre diplomatie, nous obtenions un acte plus vigoureux, une action plus ferme. Non, je nerespèreplus. Ce n*est pas après cinq ans, lorsqu'elle a eu des arguments, si tristement fondés, à faire valoir, lorsque, depuis cinq ans, elle n'a rien obtenu, après nous avoir toujours promis, après nous avoir dit à chaque fin de session : « Nous touchons au but, nous allons y arriver, » et chaque année elle a été obligée de venir, par son silence du moins, nous dire que le but est éloigné.

Je n'attends rien de notre diplomatie, je ne puis rien en attendre.

Bans une autre enceinte, M. le ministre des affaires étrangères, pour faire partager sa confiance à l'orateur auquel il répondait, disait :

« La pensée d*une administration unique et chrétienne entr peu à peu dans les idées de TEurope, elle est acceptée par l'Autriche, t

Et, deux mois après, deux dépêches de M. de Mellernich... (ftl. le ministre des affaires étrangères fait un signe de dcuci^ation. )

296 • Ll UBAN

Jo n'ai pas vu le cachet de la chancellerie autrichienue. Ce que je sais, c'sst quo les dépêches ont été publiées, qu'elles sont formelles. Je yuk les lire i la cbambre si elle y tient. (Lisez 1 lisez!) Ce que je dirai, c'est que ces dépêches, qui sont depuis longtemps dans le domaine de la publicité, contredisent de la manièie la plus formelle les assertions de M. le ninistre, et il est bienétrangequ'oa aait pas piis la peine de les démentir en de les expliquer.

Voici ces deux dépêches.

La première est du 27 février 1846* £ile se rapproche par sa datedu jour où M« le ministre des affiûies étrangères avait

fait euteiidre que rAutrichc était de notre avis.

« .Cependant nous éprouverions un regret sincère de nous être abstenu, si la Porte, en adoptant pour le Liban le système du gouvernement d'un seul chef, s'exposait à exciter le juste mécontentement de la partie de la population qui ne partage pat la foi religieuse de ce chef unique. Nous ne pensions pas non plus pouvoir accorder notre appui moral à une combinaison qui, en * remettant radministration du Liban à un individu présenté et protégé par une puissance étrangère, donnerait aux agents de cette puissance une prépondérance exclusive en Syrie. »

La seconde dépêche porte textuellement : c En outre, le gouverneraent d'un chef unique, dernièrement proposé parla France, présentera toujours de sérieuses difficultés. •

La réfutation est complète. Si la dépêche n'est pas authentique, personne ne sait mieux que M. le ministre des afïiiires étrangères si elle exprime )a véritable opinion de M. de Metter** nich.

Quant à moi, je n'espère rien de M. de Metternich, rien do l'Autriche, et je le dis avec regret, je n'espère rien du gouver-

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uement francs dans cette question» Ce que j'espère, c'est qa'aprè« cinq ans d^atteate, il s'élèvera un cri d'alarme en Europe ; je l'espère de TAngleterre protestante comme de la France catholique» car c'est du berceau commua de notre foi qu'il s'agit; notre foi vient 4e Jérusalem ; il est impossible que dans le monde chrétien il ne s'élève pas une opinion puissante qui viendra peser sur les gouvernements, et qu'il se passera pour la Syrie cfaré* tienne ce qni s'est passé il y a vingt ans pour la Grèce.

On Ta dit avec raison, ce ne sont pas les gouvernements de TEnrope qni ont sauvé la Grèce, c'est l'opinion publique, c'est un simple citoyen de Genève, M. Eynard, qui a iippelé toute l'Europe au secours de la Grèce ; c'est à la voix de cet homme vénérable qua toutes les consciences, et bientôt tontm les intelligences de l'Europe ont répondu, c'est à cette action constante qu'a été dû le réveil du sentiment religieux pour cette sainte cause, et le jour où l'Europe a voulu que la Grèce fût. sauvée, elle Ta été.

£h bien, le jour où l'opinion européenne voudra que la population chrétienne de Syrie soit sauvée; le jour où elle voudra

échapper à la honte de voir externnner sous ses yeux une popu. lation qui a des privilèges séculaires, et qui semble n'être vouée à la destruction que du jour où cinq grandes puissances du monde l'ont prise sous leur protection ; le jour où cette opinion aura éclaté aux deux tribunes, dans les deux pays, dans tous les pays de l'Europe, ce jour-là, les ehancelierîes commenceront k comprendre qu'il y a dans cette opération une force à laquelle on ne fésiste pas. ( Trèfr-bien 4 très^bien l )

Oui, nous avons eu tort de croire à vos promesses constantes, faites avec bonne foi sans doute, mais que les événements ont toiqonrs démenties.

208 LIBAN

Nous avons eu tort de perdre du temps; mais nous n'en perdrons plus. Cette question que nous engageons aujourd*hui, nous la soutiendrons jusqu'au bout, et nous trouverons écho dans TEurope, et j*espère qué nous obtiendrons plus de cette opinion qui s'éveillera que de Faction lente des chancelleries qui, en six ans, n'ont su laire de ce pays qu'un théâtre de désordre, de massacres et dMncendies.

Je n'ai pas voulu passionner la chambre par d^horribles récils, je ne lui ai pas parlé des massacres tolérés, encouragés par une administration perfide, des assassins honteusement acquittés et conduits en triomphe... Ces faits déplorables, la chambre et la France les connaissent... Qu'elles s'en souviennent !

Vos amis disaient il y a quelques jours 1 11 fiiut fiiire une Suisse en Orient ; moi je demande qu'on n'en fasse pas une Pologne ! (Adhésion à gauche.)

{Moniteur du IG juin 1840.)

Après cet incident, le chapitre des chancelleries, qu'on avait réservé d'un accord unanime, a été mis .en délibération. C'est Il cette occasion que deviût s'élever un débat sur les affaires de Syrie. M. Guizot avait d'avance refiisé d'entrer en discussion, mais, comme l'a fait rcmaniucr Thonorable M. Léon de Malleville, depuis quatre ans le ministre demande et obtient le silence

BT LA STRIB 299

sur cette question, par des ajouraemeuts sans fin et des promesses sans résultat. La légîslatuie va se terminer. La chambre ne peut pas se séparer sans avctir exprimé clairement ses vœux et sa pensée, reiativement aux intérêts français et chrétiens qui souffrent en Orient.

M. de Malleville a exposé rapidement, éloquemment, les faits trop négligés jusqu'à ce jour par Topinion publique. 11 y a en Syrie une population nombreuse, en partie française, chrétienne du moins, et tout entière sous la protection de la France, qui depuis quatre années souffre des maux inouïs. Le meurtre, le pillage, rincendie, ravagent cette contrée. Le gouvernement de lai^orte paraît s'attacher à détruire les infortunés débris du peuple maronite. Les puissances européomes semblent d*accord pour laisser éteindre dans le sang chrétien ce qui reste de lin • fluence française.

Il n*y a qu*un remède aux maux de k Syrie. M. Guizot le connaît, il le proclame, il prétend travailler depuis quatre ans à en procurer Tapplication. Ce remède, c'est la réunion des populations de la Montagne tfous un gouvernement unique et chré* tien, celui d'une famille illustre qui a déjà pacifié et régi cette eontrée, la Amille Gheab.

M. de Malleville a prouvé que le ministère, taudis quMl aflir • mait à la tribune que ce gouvernement unique de la Montagne était le but constant de ses efforts, et qu'il était près de l'atteindre, trompait la chambre, abandonnait en réalité les intérêts qu'il était chargé de défendre, livrait la Syrie à des intlencos contraires, n*avait aucun plan arrêté, aucun dessein, de peur d*étre condamné à montrer quelque courage.

En faut-il citer les témoigna;^es éclatants? £n 1844, au moment même où M. Guizot faisait les plus pompeuses protesta-

tiuus à la tribune, voici ce que lui écrivait M. de Bourqueney, dans àu «lépéchesi modèlas d« naïveté primitive. Le 17 mai, Botn» ambassadeur disaiU

« A cet état de choses (les désastres du libauj^^e n et' us pas encore chargé de proposer un remède mnique et d'un succès eeriain ; mm û m*était impeesible de M (M» me rappeler que la Montagne avait prospéré sous d autres chefs, etc.

• Cette première ouwerluref qui désignait lee Gheab sans les nommer, a été très-bien comprise. Jelacrois, quant àprh sent d'une bonne mesure. •

Le même disait encore dans une autre dépéchet

0 Enfin j'ai appuyé sur toutes les considérations qui se;ublaient de plus en plus recommander le retour au passé comme le remède le plus pratiqué et le plus certain aux complieatioBi qui s'annoncent et qui menacent de charger ravenir»

» Cet ordre de discusaion met, je ciOif> suffisamment en évidence la pensée du gouvernement du roi> simn attacher %on crédit et son in/iuence d'une manière trop absolue à telle ou telle solutten^ sans U commettre tA>p profondément dans une entreprise oi!i il n*y a pas dMntéréts asset sérieux engagés pour risquer les conséquences d'une lutte ouverte. »

Il n^y avait pas d'intérêts asseï sérieux et on ne voulait pas s'engager! alors que tout le pays prot(^gé par la France, presque français, était d.évasté par le fer et la flamme l alors que M. Guizot assurait la chambre des efforts constants, deTénergie du gouvernement, de sa résolution arrôlée dans cette affaire !

Le 27 septembre, M. de Bourqueney, après tant de massa* cres, écrivait encore d'un ton dégagé;

« Votre Excellence voit que je reste invariablement attaché à la ligne de conduite que j*ai suivie depuis que la question du

ûiyitizea by ^OOglc

BT Là SYIUB SOI

Liban est ouverte. Je me porte au secours de Tintérét chrétien partout où jo foit meuMé, •! je travaiU» à raméliontion des mesures dê détaily en résemiit ropinioH de mou gouvernement sur le fond. Ce système de conduite, appliqué loyalement à Cenataiiftiiiople et à Beyroiitli, deulile nés km» povr le jour oû échoueront les arrangements remaniés de 184S. C'est vraisemblablemeiki kur destinée, j»

Et à esla M. Giiiiet cépeadtit;

f J'apprécie la p arfaite netteté de langage avec laquelle vous am soutenu les considérations de droit et de Êùt, qui ne permettent plus de s^eB tenir aux règlements adoptés en i9A% à titre d'essai| pour le gouvernement de la Montagne, et les motila fui com mand ent de ne procéder à un neuv^ examen de la question^ que sur la base d*une restauration politique de la (k^ mille Cbeab. »

Las deux interlocuteurs ont Tair, en véHté, de se moquer Fun de rautrs. Mais eomprend-on qu'on ait Taudaee de mettre

sous les yeux des cliatnhres ces contradictions et ces aveux !

Pendait que M. de Bourqueney poursuivait cette diplomatie toute platonique, et que M. Guizot trouvait que c'était nettement soutenir la famille Cbeab que de n'oser la nommer ot de réserver toute opinion sur le fond , les malheurs de la Syn» devenaient plus intolérables, et l'insulte finissait par nous atteindre directe* ment. Un sujet français était arrêté, bàillonië, jeté en prison, stil Êdlait qu*un eonsid fiwicais, M. Poujade, qui, hetÊmifement, comme Ta dit , avec une vive ironie, M. de Maleville, n'avait pns d^msirmtiO'ns, employât la meBaes des canons d'une de nos frégates, pour protéger un Flrançais et rhonHeur de la France.

Dans des leHies échangées entre M. Guiiot el M. de Bour-

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queney, il semble que 1 acte énergique de M. Po^jade ait été approvfé. Ma» ces lettres, écrites pour la tribune^ ne sont pas Iss actes internatioDaux. Ce qu'il fallait publier» c^était la note émanée de la Porte, pour réclamer contre la conduite de notre consul , et la réponse de M. de Bourqueney. On n*a Touln publier ni Tune, ni Taulre.

Nous nous trompons, cependant; M. Guizot a été sur le point de livrer xes deux pièces à 1^ chambre. Mais quelques-uns de ses amis, qui en avaient pris connaissance, Ten ont détourné en lui disant qu'il allait porter le plus grave préjudice ou à luimême, ou à Fambassadeur, selon qu*il accepterait ou qu*il repousserait la responsabilité de riricroyalile répunse qui a, dit-on, été faite. M. Guizot, qui se rend diâicilement compte de ce qu'on appelle la susceptibilité nationale, se rendit pourtant.

Mais la dépèche avait été vue par une commission ; plusieurs membres de la nuyorité la connaissaient. On a su dans toute la chambre quel en était le sens, et nous n'apprendrons rien à la plupart des députés en la résumant ainsi :

M. de Bourqueney y exprimait sans réserve a U profond regret que lui avait fait é[)rouver la seule apparence d'une in- ' fraction au principe de respect de la dignité de la Porte, professé par le gouvernement français, b.

C'était à nous de nous plaindre : c'est nous qui avons fdh des excuses. m

M. Guizot a prononcé quelques phrases embarrassées pour dire qu'il ne répondrait point , et pour faire entendre qu'en ce moment on opérait de petites réformes en Syrie, sans toucher à l'organisation du gouvernement.

M. de Lamartine a annoncé qu'il prendrait demain la parole. (Extrait du Constitutionnel du 16 juin 1846.)

KT LA SÏRIB 303

No 4.

Syrie. — GorrespondanGe de VUnitm franc^eomtoise.

La compagnie de Jésus vient de faire une grande perle dan» la personne de Mgr Planchet. Ce n'est plus une n»ttrdle, puisque les journaux en ont parlé à différentes reprises ; mais néâumoins il ne sera pas inutile de revenir encore sur ce siget, soit pour rectifier des erreurs échappées aux premiers récits, soit surtout pour payer une dette sacrée à h mémoire de ce prélat missionnaire, qui pendant vingt-neuf ans a fécondé de ses sueurs les pays lointains qall était venu évangéliser.

Appelé à Rome, Mgr Planchet quitte Mossoul, où il avait établi le siège de sa délégation , et se dirige d'abord sur Diarbékir, accompagné du P. Laborde, de Villenekive-d^Ageu, et du P. Ganuti, Italien. Après douze jours d'un voyage pénible à travers le désert et sous un ciel de feu, il arrive le 11 septembre, un peu travaillé par la fièvre. Le 16, il se met de nouveau en • route, débarrassé de sa ûèvre et eu parfaite sauté. Il dit même an P. Laborde : c Je sens que je respire la vie à pleins* poumons, et il me semble que jamais je ne ne suis mieux porté qu'à présent. » Cependant , le troisième jour, avant d'arriver au village kurde appelé Baudane, il se trouve tellement Êitigué, qu*il laisse la caravane marcher devant; le P. Laborde, son fidèle compagnon , reste avec lui, et tous deux arrivent plus tard que les autres, chose qui est remarquée par certains individus de la localité...

Le lendemain , à la fraîcheur de l'aurore, la caravane continua son pénible voyage, non point à travers un désert poétique tel que les poètes aiment à se Timaginer, mais à travers un désert des plus tristes et des plus sauvages. Elle avait devant elle un horizon immense et une plaine désespérante où Tceil attristé ne pouvait découvrir le moindre signe de végétation , pas même un brin d'herbe pour réjouir un peu le regard fatigué. C'était partout une couche épaisse de ferres basaltiques qui étouffiûent, comme dans un linceul , toute plante qni aurait désiré regarder le ciel. C'ébiit vraiment une terre maudite, et cette malédiction, qui pèse depuis des eîèeles, peut se reeonnattre à chaque pas . dans ce pays désolé où était autrefois le jardin de délices.

C*est en suivant un sentier étroit et tortueux, qui comme un serpent ftbuleux déroule ses anneaux infinis, que la caravane cheminait lentement sous un soleil dévorant. Vers les neuf heures, Monseigneur se sent fotigué : c Je n'en puis plus, dit-^il au P. Laborde^ reposons-nous ici quelques Instants. »

Le P. Laborde cherche à Ten dissuader, vu que la caravane ne peut s'arrêter, et qu'il y aurait imprudence à ne point la suivre dans un désert oû les accidents sont presque journaliers. Pour toute réponse, Monseigneur descend de cheval et s'étend sur les pierres, matelas très-dur qu'alors cependant il trouva fort doux. Voyant qu'il n'y avait rien à répliquer, le P. Laborde descend lui aussi, mais bien à contre-ccBur. £n quittant Mossoul, de tristes pressentiments lui disaient qu*une grande catastrophe les menaçait en route, et la détermination prise par Monseigneur de vouloir s'arrêter là, loin de la caravane, le confirmait davantage encm dans ses noires pensées. .

L'âme toute pleine de ses appréhensions, le P. Laborde va donc s'asseoir à côté de lui pour le gsrantir un tant soit peu contc«

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ET LA SYHIE 305

les ardeurs brAtan^ dHin soleil tropical. Le fidèle compagnon étend sur la téte de Monseigneur un pauvre parapluie qui alors remplaçait la tente.

Pendant (fueMons^gneur dormait, le pèreveillatt sur hit, ainsi .qu'un Jeune Arménien qui se rendait au Liban pour entrer au monastère de Saint-Antoine, et trois jacobites qui s'étaient également détacliés de la caravane. Une demi-heure s'était à peine écoulée, qu'un de ces jacobites, qui était muet, se mit à regarder à rhorizon dhin air inquiet. Bientôt il se lève tout troublé, et montre au père, à la distance d'une dizaine de minutes, des individus qni avaient Tair de louvoyer. Comme le père ne paraissait pas s^nquiéter' beaucoup de l'apparition de ces hommes, le muet commença à s'agiter, à faire des signes, à crier, en un mot à dire à sa Ikçon : On vient nous attaquer, sauvons-nous. Réflexion fkite, le P. Laborde crut quHl était prudent dMveiller Monseigneur et de l'avertir du danger qui les menaçait tous. Voir les individus aux allures suspectes et monter vite à cheval, fut Taffkire d^un instant. On pressa le pas en silence, et on prit la direction de la caravane, que déjà on ne voyait plus. £n attendant, on se recommandait à Marie, guide des voyageurs, car TArménîen et les jacobites n*avaient point leurs armes. Quant à nos hommes, ils avaient disparu derrière un accident de terrain. On avance toujours, et on arrive jusqu'à un monticule de pierretqui bordait le chemin.

Ce monticule était devenu une espèce de retranchement pour les Kurdes, qui, ayant remarqué que Monseigneur était arrivé à Baudane bien après les autres, l'avaient suivi à la piste, dans . Fespoir qu'il se séparerait de la caravane encore une autre fois. G^est là qu*ils 8*étaient eacbés en épiant leur proie, fis avaient le sabre au càié et leurs lusils, chargés à balles, étaient couchés

sur le mur, prêts à faire feu à la moindre résistance. A la sommation terrible : Bourse ou la vie \ Monseigneur arrêta un moment son cheval, tandis qu un des jacobites, qui savait le kurde, cherchait à détourner Torage en disant : « Prenez garde, car ce sont des Français dont la mort sera vengée immanquablement. • Voyant qu'ils étaient décidés à faire un mauvais coup, iMonseigneur piqua son cheval et poussa en avant. Sur le point de iaire ieu, les Kurdes s'arrêtèrent, dans la crainte d'attirer l'attention de la caravane. C'est alors que Tun d'entre eux lui lança à la téte, pour le faire tomber de cheval, une grosse pierre basaltique qui, détournée par le parasol, vint tomber lourdement sur le cou. Une autre pierre de même calibre, lancée avec la même rage, atteignit au milieu de Péchine, en rendant un bruit sourd. Monseigneur, qui cependant parvint à s'échapper des mains de ces Kurdes et à rejoindre h caravane. Dès le commencement de l'attaque, les jacobites avaient pris la fîiite ; l'Arménien, maltraité lui aussi parce qu'il cherchait à parer les coups, fut bientôt obligé d'en faire autant, de sorte qu'à la fin il ne resta^ plus que le P. Laborde.

Ënhardi par la fuite de Monseigneur, il lance son cheval pour le suivre, mais en même tempft un des Kurdes fit un bond et saisit la bride de la monture, tandis qu'un autre lève sur la tête du père un glaive étincelant et prêt à frapper. « Arrête 1 lui dit alors le pauvre prisonnier; prends mon cheval, prends'ma valise, mais laisse-moi la vie. » Le sabre est remis dans le fourreau, le père descend, abandonne tout, quitte le chemin battu et se sauve à travers le désert, seul, sans provisions, à k merci de la Providence.

Pendant que 4e P. Laborde courrait dans la direction d'une chaîne de moAtagnes qui bordent le désert , en était fort inquiet

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h son sujet, et celte inquiétude redoubla lorsqu'on vit son cheval, que les Kurdes avaient laissé ensuite dans la crainte d'avoir en lui uu témoin à charge, rejoindre tram^uilleinent la caravane, se::l, sans bride et sans selie. Monseigneur dépécha aussitôt à la recherche de son infortuné compagnon un homme fidèle et courageux. Il fait aller son cheval dans (onles les directions^ et finit enfin par Tapercevoir. 11 le voit étendu par terre, souflirant, tout essoufflé, ft hout de forces. Tous deux se mettent en route, et leur arrivée est une féle pour la caravane , malgré le triste état du père, qui, an moment de sa fuite, avait reçu au haut du bras gauche deux énormes pierres lancées avec la force d'une balle. Gomme on le croyait mort, les cusurs s'abandonnèrent à la joie. Cette joie devait être de bien courte durée.

On fit halte dans la petite ville de Suerek. à cinq heures du théâtre de l'événement, et on logea dans le khan ou auberge arabe. Ceux qui ont voyagé en Orient savent très-bien à quoi 8*en tenir sur la somptuosité de ces hôtels. Une espèce de hangar ouvert à tous les vents» et dont les murs ne sont pa» crépis, rien pour s^asseoir si ce n*e8t le sol Ini-méma, ni cuillère, ni couteau, ni fourchette, si on veut manger les provisions que chacun doit apporter avec soi sous peine de s'en passer, et pour lit une pauvre natte qu*on ne trouve pas toujours; voilà le khan, voilà où était logé Monseigneur avec sa suite.

Pendant que tout dormait autour de Jui, il éprouvait dans tout son corps un bouleversement extraordinaire, accompagné de fréquents vomissements. Au point du jour, un domestique vient trouver le P. Laborde et lui raconte le triste état daqs lequel il vient de trouver Monseigneur. Le P. Laborde, malade lui-même, se traîne auprès de Monseigneur, qu'il a peine à reconnaître. iSa respiration, extrêmement gênée, ressemblait au râle d'un mou-

rant, et les mouvements da malade étaient des mouvements con-

vulsifs qui n'avaient rien que de sinistre. Pour ramener la chaleur vitale qui semblait l'avoir abandouné, on plongea dans Teau chaude ses pieds et ses mains, qui en sortirent froids comme des glaçons ; trois coups de lancette ne purent taire sortir une seule goutte de sang. Le P. Laborde dit alors au P. Ganuti ; t U est perdu... » Toute celle journée se passa dans une espèce d agonie» et chaque minute semblait être la dernière. La nuit suivante, vers minuit, le P. Canuti, appelé par Monseigneur, reçoit sa confession encore une lois et lui appli(|ue les indulgence de la bonne mort.

Vers les deux heures du matin, le domestique, après lui avoir donné à boire, le laisse seul pendant quelques minutes, et retourne à la hâte. Un cri perçant annonce que Monseigneur vient d'expirer...

C'est ainsi que» le 21 septembroi fête de saint Mathieu, apôtre, qui lui aussi fut assassiné par les ordres d^Hirtacus; mourut à trois journées d'Orf.i, l'imcienne Édesse, Mgr Plaiicliet, évéque de Trajanople et délégué du Kurdistan, de l'Arménie et de la Mésopotamie^ Comme dans le pays il n'y avait point de cimetière catholique, on fut obligé de Tenlerrer provisoirement dans la cimitière des Arméniens schismatiques.

Mgr Planchet, natif de Gap, fit ses éludes à Péris, au collège Charlem>)gne. Se sentant appelé à Tétat ecclésiastique, il entra au séminaire de i^aint-Sulpicei et n'en sortit que pour entrer dans la compagnie de Jésus. Amt de partir pour les missions, un jour qu'il était agenouillé sur le tombeau de s^inl François- Régis, le saint lui apparut et lui prédit, entre autres choses, qu'il mourrait de mort violente. Comme on le voit, la prédiction a eu son entier accomplissement.

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KT ]iA SYRIE * 309

Ceci me rappelle un Mi qui s^eet passé en i853, le lendemain de la féte de Tlmmaculée Conception. J'avais obtenu une audience da souverain pontife. Quand je me trouvai en présence de rimmortel Pie IX : « Je sais qui vous êtes, me dit-il en français et avec cet aimable sourire qui lui est propre ; vous êtes un jésuite français, et voua partei pour le Liban.. Eh bien, sachez que j'aime beaucoup et les Français et les ôls de Loyola, et ces bons Maronites qui, par leur foi simple et leur iidéiité au milieu de tant d*infidèles et de sehismatiques» font fleurir le Liban comme un lis au milieu du désert. » Puis il ajouta: « Si vous arhvei à temps pour voir Mgr Ploncbet, que j'ai moimême nommé évéque, et qui actuellement doit se trouver sur la sainte Montagne pour présider un s^ynode d'évéques syriens, dites-lui que je lui envoie de tout moncorar une bénédiction toute particuMèroi • ^

A Alep, un service solennel a eu lieu pour le saint prélat. Les PP. Ganuti et Laborde ne forent pas plus tôt arrivés dans cette ville» que le eensul fifançais, M. Ghatery de Lafosse, se concerta à ce sujet avec les PP. franciscains. Le consul et sa famille, les Européens de la ville, s'empressèrent également d'assister à la cérémonie, qui prenait par là mémo un caractère tout à la fois religieux et national. Les évèques et le clergé des (lillurentes coiMmuiiions vouliireiil aussi, par leur présence, lionorer la mémoire du prélat français et du missionnaire. Par les soins du consul, les coupables sont arrêtés malgré milles intrigues qu'il a su déjouer. L*atttbassadeur a été itistruit, etTafibii^, qui n'est pas encore terminée** cause des lenteurs et des cliicanes des agents du gouvernement turc, se poursuit avec une activité digne de tous les élogeSi

Gbaiir, • terrier «seo. GUIORNAUD, S. J.

(Extrait du gournai ï Union Franc-Cvinl' isc )

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VR LytAN

PROVISIONS OE CONSDL EN L^ESGHELLE BE BARUT

POUR l'Émir ua&san casen.

Louis, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre, comte de Provence, Forcalquier et terres adjacentes, à tous ceux qui ces présentes verront, salut.

Ayant bien voulu, pour gratifier Témir Hassan Gasen, recevoir la trfts-bumble supplication qu*il nous a Êdte de le pourvoir du consulat de Teschelle de Barut, ainsy que son père et son ayeul Tout esté par nos lettres patentes du l'^" janvier 1662, et connoissant le zèle qu*il a pour nostre service et le bien de nos sujets,^ nous aAons par ces présentes signées de nostre main, désuni la dite escbelle de Barut du consulat de Seyde, duquel elle dépend à présent, iroulant qu'eUe en soit à Tavenir séparée jusqu'à ce qu'autrement par nous eu ayt esté ordonné ; et nous avonr. commis, ordonné et establi, commettons, ordonnons et establissons le dit sieur Hassan Casen pour consul de la nation française dans la dite eschellede Barut, ses appartenances et ses dépendances, pour la dite charge avoir, tenir et exercer pendant le temps de sa vie, aux Ijonneurs, autorités, prééminences, prérogatives, privilèges et exemptions dont jouissent les. autres consuls du Levant? avec la fagilté de subdéléguer un vice* consul, pourvu qu'il soit François de nation et qu'il en demeure civilement responsable. Si donnons et mandons à notre ami et féal conseiller en notre conseil et notre ambassadeur en Levant, le sieur de Ghanneub de Gastagnière, qui luy apparoissant des

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XT LA STRIE 311

bonnes vie, mœurs, religion calholique, apostoligue et romaine du dit 8ieur Hassan Gasen, il le mette en la possession et jouis- • sance du dit consulat, nonobstant tous arrests à ee contraires, et lui donne toute assistance et protection. Enjoignons à tous capitaines , de vaisseaux et barques et négocians sous la dite bannière de le reconnoître vice-consul, nonobstant Tarresl que nous avons rendu par notre ordonnance du 11 mars 1685 de reconnoisire pour consul français les estrangers établis en ladite qualité, à laquelle nous avons dérogé et dérogeons en laveur du dit sieur Hassan Gasen et sans tirer à conséquence, car tel est nostre plaisir; prions et requérons les illustres et magnifiques pachas, etc.

£n tesmmns de quoy nous avons lait mettre notre scel à ces présentes. ^

Donné à Versailles, le onze juin, Tan de grftce mil six cent quatre-viniçt-dix-sept, et de nostre rèj^ue le cinquante-cinquième.

Signé : LOUIS, Par le roy, comte de Provence.

Signé : Phélypeaux.

Sur le dos :

Enregistrées en la chambre de commerce de Marseille, le 4« du mois de septembre 1693, par nous sous-ardiivaire, en scellé soubsigné.

Signé i Ysard.

PROVIttOirS DB CONSUL A BEYROUTH POUR L'ÉMIR

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