‹ Le Liban et la Syrie 18451860Chapitre 9 sur 15 · LE UBAN · texte numérisé non relu

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pereur une récompense éclatante (il vient d'être élevé à la dignité de grand cordon de la Légion d'honneur).

L'émir, entouré d'une petite troupe d'Algériens, arracha les victimes des mains des bourreauxi les recueOlit au nombre de plusieurs milliers dans son palais, en conduisit à la citadelle, paya partout de sa personne sans s'arrêter devant les menaces furieuses lies égorgeurs, devant une mort imminente, conduisit lui-même les convois de chrétiens qu'il dirigeait sur Beyrouth afin de les arracher à la famine après les avoir ravisa une mort presque certaine.* Certes le sultan et tous les vrais musulmans doivent une profonde reconnaissance à l'homme qui a seul réussi dans des conjonctures aussi terribles à préserver de la mort des milliers de chrétiens et montré que l'islamisme peut encore inspirer de nobles sentiments. Un grand rôle est peut-être réservé, en Syrie, à rhonime qui a si longtemps balancé notre fortune en Afrique.

Je n'ai pas voulu m'étendre sur les crimes commis dans le Liban, l'Anti-Liban et Damas; j'ai évité de citer les noms de tous les officiers et fonctionnaires ottomans qui sont dénoncés comme complices des massacres par toutes les correspondances des

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journaux. Fuod-Paclia, le minisire des affaires élrangères, est sur les lieux ; le jcbâtiment a commencé, et, à l'heure oii j'écris, les bâtiments de la France portent à toute vapeur nos soldats vers la Syrie. Quel dqiit être le but de Teipédition que la France lait en Syrie? Il me semble qu'elle a, avant tout et par^ dessus tout, un but d'iiamanité, de civilisation, de réparation! Il faut d'abord faire cesser Teffusion du sang, adoucir des maux dont Télendue n'est pas encore connue, rétablir Tordre et la sécurité dans le Liban et la Syrie. Pour atteindre ce but, il ne faut pas se le dissimuler, il taut des châtiments prompts et terribles. Si, en 1845, Scheik-Hamoud-Abou-N^ked eût été décapité dans le village d'Abey ou à Beyrouth immédiatement après le forfait qu'il avait commis, nos religieux n'eussent pas été égorgés cette année à DamasI Si, à Djeddah, la mort de notre consul avait été suivie d'une vengeance sanglante, les mu- * sulmans de Damas n'eussent pas osé exécuter les épouvantables tueries qui viennent d'avoir lieu. Mais trouvera-t-on les principaux coupables? N'auront-ils pas gagné le désert? Sur ce point il faut s'en remettre àrénei^e des autorités françaises auxquelles est confié aujourd'liui le soin de nous faire donner une réparation aussi terrible pour les coupables qu'éclatante pour nous. On peut tout attendre de la vigueur de M. le marquis de Lavalette, notre ambassadeur à Ck)nstantinople et du général commandant l'expédition. Mais ce n'est pas tout que d'inlliger des châtimenis exemplaires pour le mal qui a été accompli,

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il faut, par des mesures décisives, en préveoir le retour. Ghékib-Ëffendi n'ayait-il pas annoncé que le Liban était pour toujours pacifié ? Aujourd'liui les puissances ne doivent plus se laisser arrêter par des rivalités dont les conséquences ont fait coulerUes . flots de sang. La coalition, en 1840, prit les armes contre le protégé de la France en Syrie; ce protégé j maintenait l'ordre, la sécurité et offrait à la religion chrétienne des garanties et désavantages qu'elle n'a plus retrouvés» et que les Maronites et les religieui européens, qui avaient fait cause commune avec les Anglo-Turcsi ont depuis amèrement regrettés.

Les rivalités doivent aujourd'hui disparaître complètement; ce n'est point sur le terrain de la politique que les grandes puissances réunies toutes sans exception, se donnent la main dans la question de Syrie; c'est sur un terrain où les dissidences ne sont pas possibles ; il s'agit d'humanité, de vie et de mort pour des milliers de coreligionnaires ^ il ne faut voir en Syrie et dans le Liban ni des catholiques, ni des Grecs séparés du saint-siége, il il ne faut voir que des chrétiens; il faut que les musulmans et les Druzes» ces ennemis acharnés des chrétiens comprennent que désormais toute yen«geance, toute persécution leur est interdite; il faut en un mot que ce qui va se passer en Syrie et dans le Liban ait un tel retentissement que ce soit une leçon, un avertissement salutaire pour les musulmans, une sauvegarde pour les chrétiens sur tous les

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autres points de la Turquie. Le gouvernement de Damas doit être confié comme du temps de Mehemet-Ali-Pacba à un homme énergique décidé à accorder aux chiéliens une protcclion vigoureuse, de tous les moments, et qu'il soiUppuyé sur une force armée qui ne joue pas à Theure où la répression est nécessaire r infâme rôle joué par Ahmet-Pacha et ses soldats. Quelle divergence peut sur ce point séparer les puissances ? N'est-ce pas leur intérêt à toutes y compris la Turquie ?

C'est surtout dans lé Liban que nous souhaiterions vivement voir apporter un changement radical, parce que ce sont les événements du Liban qui ont toujours un contre-coup dans le reste de la Syrie. Le gouvernement des caîmacans est jugé par les fruits amers qu'il a portés, et les chefs druzes ne sauraient plus prétendre h conserver sur les chrétiens une juri« diction quelconque,,après ce qui vient de se passer. Il faut que TEurope se décide à revenir hardiment sur les arrangements de 18i5, autrement elle s'expose à voir le renouvellement des atrocités qui viennent de la plonger dans la stupeur et rindignation. Yeuton une preuve de ma sincérité et de ma conviction sur ce point ? Mieux vaut céder enfin au vœu si longtemps caressé en secret par la Porte Ottomane et confier le gouvernement du Liban àunOltoman agréé pâr l'Europe, que de laisser subsister Je dualisme rnlnel et le gouvernement d'un émir druze avec des mokatagis druzes, administrant les chrétiens. Je ne ' suis point systématiquement ennemi des Druzes ; j'ai

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vécu au milieu d'eux, je coonais leurs qualités, je sais qu'ils ont même des vertusi mais ils ne peuvent

plus prétendre, après les cruelles expériences faites à plusieurs reprises à couserver des droits sur les chrétiens.

Les Druzes ne peuverU conserver leur situation actuelle qu'à la condition qu'un chef chrétien et unique soit replacé à la léle des Maronites et des Druzes réunis, c'est-à-dire ayant tout le Liban dans son gouvernement, avec un pouvoir, tel que l'exerçait rémîrBéchïT.

Pourquoi les puissances ne pourraient-elles pas s'entendre pour obtenir ce résultat qui ne serait que la restauration d'un ordre de choses si souvent, si solennellenienl promis aux Libanais? La famille Gheab inspire de Téloignement à quelques puissances, et d'ailleurs elle n'a peut-être pas aujourd'hui un prince capable de porter le fardeau d'.un pareil gouvernement ? £h bien ! que la Porte Ottomanè y confie le pouvoir à un de ses sujets cbréliens, fait pour mériter la confiance de l'Europe et des populations ; aujourd'hui l'étal de la Syrie est tel qu'il ne saurait plus y avoir de dissidence profonde entre les puissances; partout» l'opinion publique s'est prononcée, et dison&-le hautement, attend une éclatante satisfaction. Les Druzes ne trouveront plus dans les agents anglais une protection ou du moins une bienveillance qui a été la source de tant de maux. La Russie necbercljera pointàséparerla cause des chréliensgrecs schismatiques de celles des autres chétiens maronites

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OU Grecs catholiques; toutes les puissances réunies ne doivent plus voir que des chrétiens qu'ils s'agît de défendre, de proléger contre le fanatisme musulman, la faiblesse des autorités turques» l'ambilioa des chefs druzes. £n 1845^ les habitants de la ville de Zalilé qui à été si cruellement éprouvée encore récemment, m'écrivaient ces lignes si significatives :

« Les Druzes étant venus nous attaquer, habillés en Albanais, nos chrétiens se sont portés contre eux et les ont mis en déroute, leur tuant six hommes et le scheik Gassem- Abdallah, dont ils ont pris le cheval. Lorsque les Turcs ont vu que nous étions les vainqueurs, ils nous ont envoyé Gebran-Aura, Cassera et Mustapha-Aga avec des soldats qui ont tiré sur nous ; nous nous sommes alors retirés. Au même mo« ment d'autres Druzes attaquaient lesciirétiens campés , à Rasel-Meten et les ont vaincus. Le paclia ne s'est pas pressé d'arrêter les vainqueurs des chrétiens, au contraire il leur a laissé brûler tout le Meten, tandis que lorsqu'il nous a vus vaincre les Druzes il nous a fait arrêter par ses soldats.

i> D'après les rapports qui nous sont faits, il paraît positif que les Druzes ne viennent nous faire la guerre . que parce qu'ils y sont forcés par leurs mokatagis, même à coups de bâton.

» Ën effet, tant que les chefs auront des prétentions, des privilèges, des immunités, le Liban ne pourra pas jouir de la paix, car en réalité ces privilèges et ces immunités n'étaient accordés aux Druzes que par

le prince de la Moolagne, à qui ils rendaient desser-. Yices et qui les leur retirait à sa volonté.

» Le Liban n*est point la propriété des Druzes, il est à nous. Les Druzes sont des réfugiés que nous avons bien xoulu accueillir lorsqu'ils ont fui de i'Égypte après le meurtre de l'imposteur Hskim-el-Amrihei ils ne sont donc point les vrais propriétaires du pays : ils sont étrangers. En 1840, ils nous ont surpris» ils ont voulu nous accabler, mais Dieu nous a accordé la victoire sur ces perûdes. Les Druzes se sont soulevés contre la Porte elle-même, et c'est nous qui les avons réprimés.

B Le gouvernement avait proscrit Sayd-Djomblat, rémir Roslan, Hamoud et Nassif-Abou-Naked, Hat- .lar-Amad, Vussef-AbdulrMelek, (:e|tendant aucun de ces scbeiks n'a été puni, et on leur a permis de rentrer dans le Liban pour soulever les Druzes contre nous.

» La paix peut bien se faire entre les piaysans druzes et les chrétiens mais non avec leurs chefs qui

voudront toujours avoir des prérogatives sur nos frères, ce qui est la chose la plus impossible*

» ffattar-Amad ne cesse (T écrire aux musulmans de Damas pour les exciter et les chrétiens de cette ville sont dans une triste position.

» Les Druzps de Sal'ed sont arrivés à Medjel-Ghems, pour se joindre aux autres Druzes et nous accabler, mais nous sommes prêts à soutenir leurs attaques, nous prions le ciel de vous conserver! »

Quelle lumière cette lettre écrite en 1845 jette sur

les événements actuels! d'après toutes les correspondances, Hallar-Amad, Sclieik-llamoud-AbourNaked sont parmi les chefs druzes qui ont le plus coopéré aux massacres. Veut -on lire des lettres écrites par le plus considérable de tous les chefs druzes par Scb6ik*Sayd-Djomblat au moment de la guerre civile en 1845? Ces lettres tombèrent entre mes mains, furent remises par moi-même à Yedgi-Pachai et le muchir de Seyda les reconnut pour être du puissantmokatagi ée Mokiara.

Ces lettres contenaient un plan de éampagne qui fut suivi de point en point. Ce n'est pas sans frémir d'indignation qu'on Ut dans celle adressée au scheikHamoud-Abou-Naked que les troupes cantonnées à Abey avaient reçu l'ordre de lui prêter assistance ; cette indignation redouble quand on sait que le muchir de Seyda et Daoud-Paclm , qui alors commandait les troupes, donnaient le titre d'émir au scheik Sayd-Djomblat et on est attristé en se rappelant qu'il était le candidat anglais à la caïmiicanie des Druzes. .

Lettre du scheik Sayd-Djomblat au scheik Hamoud^

ÀboU'Nahed.

(( Illuslie frère, père de Cassem, vénérable sclieik- Uamoud.

» Vous avez satis doute appris ce que la nation des

infidèles chrétiens a fait chez nous dans le CliouT, si la Porte et ses troupes ne nous avaient pas secourus,

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ils nous auraient dispersés. Maintenant nous avons été autorisés ainsi que les autres rassemblements des Druzes par S. E. l'illustre Daoud-Pacha à tomber sur la nation clirélienne et à l'anéantir. Conrormémeat à cette autorisation, il est de votre devoir de vous lever sur-le-champ avec vos hommes, de tomber sur les chrétiens du Chahar et de Dubbié, de' brûler leurs maisons, et de faire en un mot contre eux ce que ■ vous avez fait la première fois. Ne craignez rien* Les troupes mêmes qui sont à Abey, oût<' ordre de vous aider, c'est donc le moment de profiter de l'occasion pour anéantir cette nation, perverse. Que Dieu vous conserve. »

Lettre du scheik Sayd-Djomblat aux scheiks et notables musulmans du district de Harroub,

(( Ghers Irères , illustres scheiks el notables de Harroub, vous n'ignorez pas que la nation des infi* dèles chrétiens s'est levée contre les musulmans qui reconnaissent un Dieu unique. La Sublime Porte nous a accordé la faveur de tomber sur eux, et d'effacer leurs traces; et S. E. notre maître, l'illustre Daoud-Pacha nous a autorisés et nous a aidés à leur faire la guerre avec les troupes impériales.

» Ceci étant, il est du devoir de tous ceux qui reconnaissent un Dieu unique et qui croient en son prophète de se lever avec zèle et de faire la guerre à cette nation infidèle. Nous voulons, de votre sollicitude et de votre courage» que tous vous vous

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leviez immédiatement et veniez attaquer jJubbié. Les soldats qui s'y trouvaient en sont sortis par ordre de S. E. Mustaplia-Bey ; faites donc une guerre de religion, et ne craignez rien, car nous et la Porte nous De faisons qu'une seule main contre eux (les chrétiens). Ceci doit suffire pour votre sécurité et remplace tout ce que je pourrais dire, »

Ces lettres étaient tellement compromettantes pour - les autorités militaires ottomanes et les cliefs druzes, qu'après en avoir reconnu l'authenticité, le muchir de Seyda voulut la contester par des explications ridicules ; mais elles étaient commentées et corroborées d'une manière si terrible par les événements, que le doute n'était pas permis Comment, après de pareils faits pouvait-on vivre en sécurité sur l'ayenir du Liban et des populations chrétiennes en Syrie ?

Le pouvoir suprême peut-il eire maintenu entre les mains des Druzes? Nous disons non sans hésiter, et nous faisons des vœux ardents pour que cette fois l'Europe s'unisse dans un sentiment d'iiumanité, de prévoyance et de haute civilisation, pour mettre de c6té toutes les rivalités, et s'entendre sur la question du gouvernement du Liban de manière à assurer enfin le sort des chrétiens.

Les puissances signalaires du traité de juillet avaient pris solennellement cet engagement en 1840 ; la France . a fait à toutes les époques des efforts constants pour atteindre ce but, le congrès l'a proclamé bien haut en 1856. Maintenant que le drapeau français ilolle au . pied du Liban, et peut-être à Deïr*el-Kamar et à

Lûiras, il ne faut pas qu'il quitte celte terre clas- • sique de notre ancieDoe gloire sans avoir réglé définitivement pour Tavenir le sort des chrétiems. Faire leur bonheur, ce sera, n'en doutons pas, faire aussi celui des populations, musulmanes ou non, qui cou* vrent le sol de la Syrie.

Le tableau suivant des hommes pouvant porter les armes dans le Liban, prouvera sufabondamment à tout esprit impartial, qu'en confiant le gouvernement de cette montagne à un cbrétien, eu établissant d'ailleurs des garanties en faveur des cultes dissidents, on ne fait qu'obéir à la logique des faits et à la justice.

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