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LA ROME DES PAPES

de tous les Romains, en chantant sur les théâtres, et en se faisant cocher dans le cirque ; le trésor était â sec, on l’accusait d’avoir fait brûler Rome pour agrandir ses palais. A ce moment, il revenait de son voyage de Grèce, où on lui avait décerné des prix de poésie et de chant. Ses courtisans lui assuraient, sans doute, qu’il était aimé autant qu’estimé de ses sujets.

Cependant, de mauvaises nouvelles commençaient à parvenir à ses oreilles ! Vindex s’était insurgé dans les Gaules, puis Galba, un des meilleurs généraux de l’empire, levait l’étendard de la révolte en Espagne.

Immédiatement, le lâche tyran se trouble, et des accès de peur succèdent à des accès de cruauté. Il agite mille projets dans son esprit et ne sait se déterminer à rien. Tantôt, il veut faire massacrer tout le Sénat et mettre le feu à Rome, après avoir lâché, à travers les rues, les bêtes féroces destinées aux chasses publiques dans l’arène; tantôt il veut aller en suppliant, implorer la clémence du peuple, puis il lui prend l’idée de gagner la mer, et de se réfugier chez les Parthes.

Son immense demeure sur le Palatin se vide peu à peu de courtisans. Il la quitte, et va s’établir sur l’Aven tin, au milieu de la plus vile populace de Rome, qui avait quelques sympathies pour ce monstre. Il y est assez bien reçu, mais personne ne s’arme pour le soutenir. Enfin, un matin en se levant, il se trouve abandonné de ses gardes, de ses esclaves ; il appelle et parcourt en tremblant toute la maison. Il ne reste plus que quatre personnes avec lui.

Il faut rappeler leurs noms. La fidélité au malheur est une chose si rare, quelle ennoblit même lesscélé-

rats. Les affranchis Phaon et Épaphrodite ; un esclave, et le jeune Sporus qui, déguisé en femme, figurait comme impératrice dans les saturnales, Néron se décide alors à fuir. Il veut aller trouver sa flotte, dont les matelots, les plus grands bandits de l’empire, lui sont assez dévoués. Mais la route d’Ostie est surveillée, Phaon luioflre alors un refuge temporaire dans sa villa, entre la Via Nomentana et la Via Salara,

Il se déguise, et part, à cheval, aux premières lueurs du jour. Il faut passer près du camp des prétoriens. Là, il entend les soldats qui le maudissent et proclament empereur Galba. Plus loin, son cheval effrayé d’un coup de tonnerre, se cabre et le renverse. Enfin, il arrive à la villa. Tout auprès sont de vastes souterrains, creusés pour extraire le sable, et qu’il ne faut pas confondre avec les catacombes. Phaon lui conseille de s’y cacher, mais il tremble devant l’obscurité et lui dit en pleurant qu’il ne veut pas s’ensevelir vivant. Il entre dans la. chambre d’un esclave. Là, étendu par terre sur un lit de paille, il examine deux poignards qu’il a portés avec lui, sans oser s’en frapper. Il demande à Sporus de lui donner un peu de courage. Enfin il entend arriver les soldats envoyés par le Sénat à sa poursuite, et Epaphrodite lui donne la mort pour le dérober à l’ignominie et aux tortures.

Tout criminel que soit Néron, il faut le plaindre. Ailleurs qu’ empereur à Rome il aurait pu être bon : s’il fut bourreau, il fut aussi victime : victime de ce nions-, trueux gouvernement des peuples par un seul, que la pauvre humanité si débile, si lentement progressive a tant de peine à définitivement abolir, même dans ces jours de superbe, où elle se déclare émancipée.

LA ROME DES PAPES

17 Janvier. — A San Pietro in Montorio, sur le Janicule, de l’autre côté du Tibre. C’est peut-être la plus belle vue de Rome. Même pendant les beaux jours de l’hiver dernier, nous n’avons pas eu un temps plus admirable. Les montagnes se dessinent nettement, bien assises dans l’air bleu.

Quittant l’éblouissement du paysage, nous entrons dans l’église tranquille et sombre. La première chose qui frappe nos yeux est un évêque couché sur son tombeau, sa figure respire la paix, et nous lisons au-dessous cette belle et touchante inscription : « Bonis et mors et vita dulcis est. » Voilà un de ces contrastes où respire l’âme de Rome. Plus loin, un vieux moine Franciscain nous montre, au-dessous du petit temple de Rramante, le lieu où fut crucifié saint Pierre. Tiré de la prison Mamertine, il avait été promené dans les rues de la ville avant de souffrir le martyre au milieu du quartier juif.

Plus on songe à l’invasion du christianisme dans la Rome impériale, plus on la trouve mystérieuse et divine.

De San-Pietro-in-Montorio, nous allons près de Sainte- Marie-Majeure, à l’église de Saint-Antoine, abbé, dont c’est aujourd’hui la fête. Autrefois, presque tous les chevaux de Rome venaient ici pour être bénis. C’était une des cérémonies curieuses fréquentées par les étrangers. Cet usage se perd. L’église cependant est trèspleine de gens du peuple, car, comme me dit un paysan de la campagne, saint Antoine a douze grâces à accorder chaque jour.

18 Janvier. — C’est aujourd’hui la fête de la chaire

de Saint-Pierre, le pape assiste à la messe. Il fait beau. Le soleil rayonne dans la vaste basilique. La douce figure de Pie IX me paraît aussi calme, aussi confiante que jamais. Contemplons-nous les dernières cérémonies de la papauté, et un avenir prochain doit-il nous montrer dans Saint-Pierre, Victor Emmanuel, la comtesse Mi rafiori et un cortège de mauvais prêtres? Je ne puis le croire.

Le soir, nous assistons à une scène tout autre, mais le contraste est le piment de la vie.

A un petit théâtre construit en planches sur la place Navone, la famille Grégoire donne la première représentation de la Grande- duchesse de Gérolstein. Je suis curieux de voir comment le public romain accueillera cette petite pièce qui a fait courir pendant six mois notre Paris abruti par la Bourse et autre chose.

Il n’y a là, ni gaieté, ni vérité, ce n’est même pas une bonne grosse farce. C’est une chose qui échappe à toute analyse et dont le mérite est dans l’absence entière de sens commun, sans oublier les contorsions des acteurs qui me rappellent ce qui fait les délices des rouglis américains dans les théâtres infimes de New- York. La seule chose qu’on puisse trouver drôle dans la Grande-duchesse, c’est le souvenir de Catherine II et de ses procédés amoureux.

C’est pour cela, sans doute, que le spirituel tsar de toutes les Russies a voulu consacrer sa première soirée dans Paris à cette pièce, où les fredaines desa bisaïeule sont si délicatement raillées.

Le commencement est écouté avec patience ; mais quand arrive cette scène insensée où la Grande-duchesse , couronne en tête, se met à danser un cancan ,

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