‹ Le Liban, la Galilée et RomeChapitre 24 sur 46 · I.A HOME DES PAPES · texte numérisé non relu

I.A HOME DES PAPES

(né en 1717, mort en 1708;. C’était un vrai grand seigneur, plein de libéralité et de goût pour les arts, pour la sculpture surtout. Il fit construire cette belle villa pour recevoir sa collection.

Elle fut disposée par Winckelmann, homme bizarre, mais vraiment possédé du sentiment du beau.

C’était une âme inquiète, tourmentée, avec certains côtés déplaisants et bas. L’histoire de ses abjurations lui fait peu d’honneur. Il changeait de religion pour de l’argent et trouvait toujours qu’on ne lui en donnait pas assez. Il avait la passion des aventures, des voyages ; il partait à pied, sans argent, se confiant au hasard des rencontres. Il mourut cependant sans avoir réalisé son rêve qui était un voyage en Grèce. Sa fin fut trèstriste.

Dans une de ses courses, il avait rencontré un jeune cuisinier toscan et l’avait mené loger avec lui à Trieste, il avait eu l’imprudence de lui faire des promesses et de lui montrer des médailles en or. Ce misérable voulut s’en emparer et dans l’altercation donna des coups de couteau au pauvre Winckelmann qui mourut peu de temps après. L’assassin fut arrêté immédiatement, condamné à mort et exécuté.

Le souvenir de Winckelmann est partout à la villa Albani. Le roi Louis de Bavière y a fait placer son buste colossal. Malgré beaucoup de pertes à l’époque du premier empire, la collection de sculpture est encore trèsriche.

La gloire de ce musée est le buste d’Antinoüs couronné de fleurs, trouvé dans les fouilles de la villa d’Adrien à Tivoli. Winckelmann et les autres grands critiques qui ont écrit sur l’art, considèrent ce bas-re-

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lief comme un clés monuments les plus précieux de l’art antique, Le temps l’a endommagé à peine, et il est tel qu’il lut présenté aux regards d’Adrien.

Ce beau jeune homme, le lotus sacré à la main, semble offrir un sacrifice aux sombres divinités égyptiennes; c’est le soleil radieux avant l’orage, Osirls avant d’être vaincu par Typhon.

Sa large poitrine paraît pleine de vigueur et de jeunesse, ses cheveux bouclés tombent bas sur le front sans rides de ces peuples du Midi qui ignorent les soucis, Sa narine, ses lèvres sont à la fois voluptueuses et fières, Aucune afféterie. C’est le type de la grande beauté. Quelque chose de rayonnant comme l’Apollon ou la Vénus de Milo mêlé à l’expression tragique de ceux que doit frapper une mort prématurée.

L’histoire d’Antinoüs est entourée de mystère. Se précipita — t — il dans le Nil pour sauver les jours d’Adrien, ou fut-il enlevé par une des fièvres foudroyantes de ces climats? Quelle fut son origine? Son pays? Quel hasard l’amena auprès de l’empereur. On peut croire que ce ne fut pas à un favori vulgaire qu Adrien éleva ces statues, ces temples.

On découvre une vue merveilleuse des fenêtres de la chambre de l’Antinoüs, La villa est tournée vers le midi. Droit devant les yeux s’élève le massif du Mont Albain. Un peu à gauche, la ligne d’une pureté admirable qui descend de Palestrina pour monter vers Tusculum. Cette ligne en escarpolette ressemble à celle qui part de l’hermitage du Vésuve pour aboutir aux Camaldules et sur laquelle Naples semble assise quand on la regarde de Sorrente. Puis viennent Palombara et la forêt d’oliviers

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de Tivoli où erre encore la mémoire d’Horace et de Mécène.

La villa est dessinée à l’italienne. Un beau parterre soleilleux, des allées droites bordées de hautes haies de buis qui protègent les promeneurs contre les vents froids de l’Est et du Nord. Pour l’été une terrasse ombragée par de vieux chênes verts au feuillage touffu , impénétrable au soleil. Que je préfère ces beaux jardins à nos petits parcs pseudo-anglais ; mais ils ne sont plus de notre temps. C’est comme les vêtements de soie et de velours, les beaux costumes Louis XIII et Louis XIV, ils répugnent à nos idées égalitaires, à notre amour de tout ce qui est simplement commode. Tout le monde peut porter le costume moderne , tout chef de bureau retraité peut avoir son jardin anglais. Ces terrasses, ces allées droites, ces parterres sont faits pour un monde d’élégance et de beauté qu’a mis en fuite la triste démocratie.

Le dernier prince-cardinal Albani fut secrétaire d’État de Pie VIII (1829-1830), pape bon, distingué, qui mourut trop tôt.

A la mort du cardinal , la Villa Albani passa à des collatéraux, les Castelbarco de Milan. Par son testament, suivant l’exemple du cardinal Consalvi pour Pie VII, il laissa une somme destinée à élever un monument à Pie VIII dans Saint-Pierre.

Ce monument a été découvert l’an passé. Il occupe le dernier endroit disponible au-dessus de la porte de la sacristie. A moins de supprimer des autels , il n’y a plus de place pour un tombeau de pape, à Saint-Pierre.

Le sculpteur Tenerani a voulu éviter les fatigantes allégories et produire quelque chose de nouveau, Le

Christ, les bras étendus , est assis entre saint Pierre et saint Paul. Au devant, le pape est agenouillé. Chaque figure prise isolément ne manque pas de mérite, mais l’ensemble est sec et dur; enfin le pape agenouillé, tourne le dos à Notre-Seigneur. Il était difficile de faire autrement, mais cela produit un effet fâcheux, un vrai contre-sens.

11 Janvier. — Nous visitons l’atelier de Benzoni, un des plus célèbres sculpteurs modernes. 11 est de la vieille ville lombarde de Bergame. Sa famille était pauvre. Un riche propriétaire de son pays natal le prit sous sa protection et l’envoya étudier à Rome.

Il y est resté depuis. Ilaimeavec passion son art, mais avec une bonhomie et une modestie que n’auraient pas lemoindrerapin,le plus mince sculpteur en pierre parisien. Il travaille en ce moment au tombeau d’une dame irlandaise, dont tous ceux qui l’ont connue conservent le plus affectueux souvenir. Ce tombeau doit être placé dans l’église des Franciscains irlandais, Saint-Isidore au Pincio. Ce sera un de ses ouvrages les mieux réussis.

La morte, la figure empreinte d’une douce paix, est étendue sur le sarcophage, vêtue de l’habit des Carmélites ; au-dessus est la madone, un scapulaire à la main, et ayant sur ses genoux l’enfant Jésus, qui montre à la mère une de ses filles, morte à Rome, il y a vingt ans.

C’est d’une simplicité touchante, et combien j’aime mieux les tombeaux de ce genre que ces pompeux étalages de vertus allégoriques, si en vogue au dernier siècle.

Benzoni est heureux dans les sujets religieux. Ce que nous voyons de plus achevé dans son atelier, est ce

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tombeau ; le projet d’un autre tombeau qu’on doit élever aux enfants du duc Grazioli, et une Mater Dolorosa. dette statue, qu’il vient de terminer en terre, est d’une grande beauté. La sainte Vierge vieillie, amaigrie par la douleur, est assise, les yeux fixés sur la couronne d’épines quelle tient entre ses mains. Les draperies sont très-belles, la pose naturelle et abandonnée.

Parmi les statues profanes, nous remarquons une jeune fille voilée, dont les traits sont extrêmement bien dessinés à travers son voile ; une enfant fille du sculpteur disant sa prière ; mais beaucoup sont médiocres et presque toutes sont gâtées par l’ afféterie.

La statuaire plus que tout autre art répugne aux concetti. Les petits détails font perdre l’effet d’ensemble. En outre ce genre a besoin du nu que le cant moderne tend de plus en plus à proscrire.

Dans la dernière salle, nos yeux fatigués du nu de Benzoni qui est mauvais, éprouvent une sensation vive, à voir deux siatues pleines de brio, de jeunesse et de vie. Nous ne les reconnaissons pas tout d’abord, mais nous sentons que nous sommes en présence d’une de ces œuvres de l'heureux temps de la renaissance qui eut encore un reflet de la beauté antique. Le protestantisme l’éteignit bientôt.

Ce sont des copies de deux des quatre jeunes hommes qui le pied sur des dauphins et des tortues à la main, soutiennent la gracieuse fontaine dite des Tartarughe , œuvre de Giacomo délia Porta et de Taddeo Landi. Cela nous met en goût de visiter cette fontaine dans l’après-midi. Elle se trouve au nord du Capitole sur une petite place peu connue des étrangers, non loin des palais Caëtani et Mattéi.

C’est un tel bijou, que Consalvi voulait la faire transporter dans la cour du Belvédère au Vatican.

Elle est tellement salie par l’eau et le manque de soins qu’il faut l’examiner avec attention pour s’apercevoir que les figures sont en bronze et le reste en marbre les plus précieux. Il y a même de la brèche africaine.

Nous avons vu dans l’atelier de Benzoni un curieux exemple du prix qu’on attachait à ce marbre, même sous les Romains. Il nous en montre un morceau provenant des fouilles faites par le prince Torlonia dans une vigne près la porte St-Paul. Ce bloc de trois pieds de long sur deux de large, porte le nom grossièrement sculpté de Domitien, auquel il était directement expédié. D’autres blocs portent le nom de différents empereurs. Beaucoup de ces carrières précieuses sont perdues.

Une histoire des marbres précieux sous les Romains serait un sujet très-intéressant, mais il faudrait être à la fois au moins antiquaire, géologue et grand voya geur.

12 janvier. — Promenade sur la Via-Salara et dans les champs entre la Via-Salara et la Via-Nomentana où se trouvait la villa de Phaon célèbre par la mort de Néron.

Fidène était ici, la rivale de Rome,

En ce temps si lointain

Où Romulus avait sa cabane de chaume Sur le mont Palatin.

Antemne vit ici, quand finit l’espérance,

Se livrer à Sylla, ■ ' .

Les Samnites défaits, qu’un vainqueur sans clémence Dans le cirque immola.

Souvenir éternel d’horreur et d’épouvante,

Leçon pour les tyrans !

Ici Néron cacha sa figure sanglante Loin de ses courtisans.

Tout pâle, il refusait l’asile des abîmes Qui devaient le couvrir ;

Tremblant au moindre bruit, poursuivi par ses crimes. Ne sachant point mourir.

Dans des combats cruels, sans espoir pour les braves Condamnés à périr;

Ici l’on vit couler et le sang des esclaves Et le sang du martyr.

Et cependant le vent souffle joyeux et libre Le long de ce pré vert,

Le soleil luit au loin sur les coteaux du Tibre Par un beau jour d’hiver.

Les monts sont revêtus de teintes violette Ou gorge de pigeon,

Et de Valmontoné la belle escarpolette Se fond à l’horizon.

Rien n’arrête l’élan de la grande nature,

Car Dieu le veut ainsi ;

Elle ne prend de l’homme, infime créature.

Qu’un médiocre souci.

Ainsi du beau, du grand, de l’amour plein de grâce. Du poëme inspiré,

Quand une voix faiblit une autre prend sa place,

Dans le concert sacré.

Sache donc supporter la fin de ta jeunesse,

Le monde marche encor.

Et mêlera toujours la joie et la tristesse,

Et la vie et la mort.

Ce sont, en effet, des souvenirs de carnage, qui frappent l’esprit le long de la Via-Salara. Sylla, après avoir vaincu une première fois le parti de Marius par sa marche hardie sur Rome, au moment où on le croyait occupé au siège de Nola, Sylla était parti pour l’Orient.

Il y passa plus de trois ans occupé à soumettre Mithridate. Pendant ce temps-là, Marius reprenait Rome, et mourait au milieu de sa victoire. Sa puissance passait à son fds ; mais Sylla victorieux reprenait le chemin de l’Europe; l’ami de Marius, Ginna, était massacré à Brindes par ses soldats révoltés ; Sylla débarquait sans coup férir.

Ce fut alors une lutte de vitesse à qui gagnerait Rome le premier. Le jeune Marius appela à son aide Pontius et ses Samnites, débris de la guerre sociale. Pleins de haines, de vengeances, ils s’avancèrent sur Rome désarmée.

Jamais la ville aux sept collines n’avait été aussi près de sa perte. Mais Sylla devança Pontius de quelques heures, et se posta devant la porte Salara et la porte Colline. Le combat dura deux jours. Le premier jour il fut vaincu et presque fait prisonnier. Le second jour, les Samniles, entourés de toute part, furent obligés de se rendre. Quand ils furent désarmés, Sylla les fit massacrer jusqu’au dernier, dans le grand cirque où il les avait fait conduire.

L’amphithéâtre de Fidène était célèbre. Sous Tibère, il s’écroula pendant un combat de gladiateurs, et un grand nombre de personnes périrent dans cet accident.

Mais la mort de Néron épouvante plus la pensée que tous les autres souvenirs. C’est un récit qui, étant raconté de la même manière par Tacite et Suétone, a le plus grand caractère de vérité historique.

Néron avait assassiné son frère adoptif, ses deux femmes, sa mère. 11 s’était baigné dans le sang des plus illustres de l’empire. Il s’était avili, dans l’opinion

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