‹ Le Liban, la Galilée et RomeChapitre 27 sur 46 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LE FORUM ET LE VATICAN

Le forum romain. — Les triomphateurs. — La grande Némésis. — Un fratricide. — L’arc de Titus. — Le Colisée. — Saint-Paul hors les murs.

— Stendhal. — L’esprit romain. — La tramontana et le sirocco. — Les tableaux du Vatican. — Saint-Clément. — Les dominicains irlandais. — Le goût des modernes pour la laideur. — La beauté antique.

— Les statues du Vatican. — Le Belvédère. — Le Méléagre. — L’Apollon. — L’Hercule Mastaï. — L’autel d’Auguste. — Les sépultures impériales et la crémation. — Le tombeau de L. Cornélius Scipion.

22, 23 Janvier. — Nous profitons de deux belles journées d’hiver pour errer dans le forum et ses alentours.

Une vallée à deux étages s’étendait entre le Capitole, le Palatin et le Quirinal, le Cœlius et l’Esquilin.

Le forum romain occupait la partie la plus élevée au pied du Capitole, ayant le Palatin au sud et le Quirinal au nord. La partie la plus basse entre le Cœlius et l’Esquilin est remplie aujourd’hui par le Colisée, œuvre des empereurs Vespasien et Titus. Ces deux étages étaient séparés par un monticule où un bois s’élevait du temps de la république, et où Adrien construisit un temple de Vénus et de Rome, dont quelques murs restent encore debout derrière l’église de Santa-Francesca Romana.

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Cet espace vit les événements les plus importants de l’histoire politique du monde, il l’ emporte même sur l’Acropole d’Athènes et n’est surpassé en intérêt que par les souvenirs divins de la Galilée et de Jérusalem. L’emplacement général est parfaitement déterminé. Personne ne peut en douter raisonnablement. Plusieurs des ruines le sont aussi comme les arcs de Titus et de Septime Sévère et le temple d’Antonin et de Faustine.

Celui qui n’est pa6 archéologue doit se contenter de cette certitude qui donne une satisfaction entière à l’imagination. Pour l’archéologue, le forum romain sera un éternel sujet d’études intéressantes et de controverses.

Il faut observer, en effet, que ce forum et ses environs étaient encombrés de monuments divers. Les Romains isolaient peu leurs édifices et n’auraient pas apprécié la belle symétrie du génie militaire. Les incendies étaient fréquents. Dans les longs siècles qui s’étendirent depuis la fondation de Rome jusqu’au moyen âge et pendant lesquels le forum fut toujours le centre de la ville, deux, trois, quatre monuments peut-être, s’élevèrent à la même place.

Dans leurs descriptions, les auteurs anciens, bien différents en cela de l’exactitude topographique de la Bible, restent presque constamment dans le vague. Il faut ajouter que le forum est recouvert d’une couche épaisse de terre et de décombres inégalement distribuée, et que les fouilles n’ont pas été générales. Il est probable, du reste, qu’on ne trouverait que des fondations.

Nous ne chercherons pas à expliquer cet exhaussement du sol, et j’avoue que la grande quantité de

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bonne terre végétale qu’on y trouve est un fait bizarre. Elle peut, à la rigueur, avoir été amenée par les grandes pluies des jardins qui se trouvent sur les collines. Le Tibre dans ses inondations charrie aussi une quantité de limon.

Et cependant on est loin encore à Rome des prodigieuses couches de décombres que l’on trouve à Jérusalem. Il est vrai que Jérusalem fut bien des fois systématiquement détruite et que Rome ne le fut jamais.

Avec les difficultés que nous venons d’énumérer, il est fort naturel que les antiquaires ne soient pas d’accord et que plusieurs ruines aient bien des fois changé de nom.

Pour nous, qu’il nous suffise de savoir que voici le forum qui vit passer tous les grands hommes de la fière cité républicaine, où Scipion accusé convia le peuple à remercier les dieux, où parlèrent les Gracques, où Cicéron prononça ces mots fameux : Ils onl vécu. C’est ici que les triomphateurs montaient au Capitole ; Sylla après Marius, Octave après Pompée. Ici que Marc Antoine exposa au peuple le cadavre sanglant de César.

Que ce lieu devait être beau, splendide, saisissant, quand l’appareil glorieux du triomphe montait la voie sacrée ; quand la foule immense encombrait le seuil des édifices et les portiques des temples ; quand les piques, les étendards, les riches dépouilles des vaincus brillaient au soleil éclatant de l’Italie. Les innombrables statues des illustres ancêtres paraissaient contempler avec joie les conquêtes de Rome et la majesté, la richesse, la force, semblaient promettre une domination éternelle à la ville aux sept collines.

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Mais au milieu de la splendeur des réjouissances, la cruauté romaine implacable et calme n’oubliait pas ses victimes. Point de grâce pour les faibles. Toujours le Væ vie lis.

Au moment où fier, rayonnant, le triomphateur entrait dans le temple, les illustres vaincus, ceux qui avaient osé balancer la fortune des aigles, Jugurtha sous Marius, Pontius sous Sylla, Vercingétorix sous César, entraînés au fond de la prison Mamertine, étaient immolés sans remords à la puissance de Rome.

C’était bien toujours la grande cité féroce, ivre de sang, dont parle l’Apocalypse avec tant de haine.

Mais les conquérants sont tous les mêmes ; le char de la Victoire est toujours aussi implacable. Et ces triomphateurs que la foule admire, que de larmes et de crimes après eux ! Et même de nos temps ! Le jour où Pie VII, dans l’espoir de servir la religion, couronnait Bonaparte, les fossés de Vincennes n’étaient pas secs encore du sang du duc d’Enghien !

Ce que le xix,n* siècle ne permettrait pas avec sa police savante et ses troupes de sergents de ville, ce sont les vers satiriques qu’il était d’usage de faire entendre au triomphateur. La superstition antique les regardait comme une sorte d’expiation du succès, faite pour désarmer « la Reine des hommes et des dieux, la grande Némésis. »

Ainsi César même pendant son triomphe, à son grand déplaisir, s'entendit appeler « Reine » , allusion soit à Cléopâtre soit à ses faiblesses, quand, jeuhe homme* il Visita la Bithynie»

La gente* the vieil con noi, offesfc

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Di ci ô, perché già César trionfando,

Regina contra sè chiamar s’intese.

(Purgatoire, chant, XXVI.)

Quand on descend du Capitole vers le forum, on trouve d’abord trois colonnes corinthiennes qui appartenaient selon l’opinion généralement admise aujourd’hui au temple de Vespasien; huit colonnes ioniques en granit d’Égypte du temple de Saturne où était renfermé le trésor public ; l’arc de Septime Sévère.

Ces ruines, surtout quand on les voit la nuit par un beau clair de lune, produisent le plus grand effet. Elles montrentcependant déjà une certaine décadence de l’art, celles du temple de Saturne surtout.

L'arc de Septime Sévère est remarquable en ce qu’il porte encore la preuve d’un fratricide.

Le monstre Caracalla après avoir tué Géta, son frère, fit remplacer le nom de celui-ci (sanglante dérision) par ces mots : Optimis fortissimisque principibus. On distingue très-bien l’endroit où le marbre fut creusé pour faire cette substitution. Septime Sévère (103-211) méritait cet arc de triomphe. 11 vint à un moment où l’empire Romain semblait en dissolution, après l’assassinat de Commode et l’extinction de la famille des Antonins qui avait donné quatre-vingts ans debonheur àl’univers.

Il rétablit le bon ordre d’une manière rigoureuse. Son plus grand tort aux yeux de la postérité, fut d’avoir engendré Caracalla. Mais que dire de la colonne élevée

(I) Celle gent que le feu derrière nous entraîne A commis le péché qui (il du nom de Reine Injurier jadis César victorieux.

L’historien impérial de César ignore entièrement cet épisode de la vio de son demi-dieu.

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à Phocas (602-610), un des plus exécrables entre les monstrueux empereurs d’Orient? Cette colonne resta à moitié ensevelie jusqu’en 1819. Byron la nomme

« The nameless column with the buried base » (1).

L’amie fidèle de Consalvi, la duchesse de Devonshire, fit faire des excavations d’où résulta la découverte d’une longue inscription qui ne laisse plus de doutes sur sa dédicace à Phocas. Les rostres ou tribunes publiques s’élevaient auprès de l’arc de Sévère et de la colonne de Phocas.

A droite du Forum, entre le Capitole, le Palatin et le Tibre, se trouvait le Vélabre lieu marécageux, exposé aux inondations du Tibre. A gauche la Suburra. C’était le quartier le plus peuplé de Rome à la fin de la République. Contrairement à l’idée qu’on est tenté d’avoir après des visites à Pompéi, les maisons de Rome étaient fort élevées comme le prouvent de nombreux passages d’auteurs latins, entre autres de Martial.

Sous l’Empire il se passa le même phénomène que nous voyons de nos jours (sous un autre Empire) à Paris. Le centre de la ville fut dépeuplé pour faire place à des monuments. Les demeures d’ouvriers furent reléguées dans les immenses faubourgs qui entourèrent Rome, principalement le long du fleuve, sur la route d’Ostie. La populace de Rome semblait si heureuse de sa servitude, qu’on ne peut cependant pas attribuer ce changement à des motifs stratégiques.

Déjà sous Auguste une partie considérable de la Suburra disparut pour être remplacée par les forums de César et d’Auguste. Ensuite vinrent le forum de la Paix

(1) La colonne sans nom A la base enterrée.

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ou de Vespasien, le forum de Nerva avec un temple de Pallas.

Il ne reste presque pas de traces de ces monuments ; ce quartier est un des plus sales de Rome. A moitié ensevelies et entourées d’immondices sont les deux colonnes du temple de Pallas que le peuple nomme le Golonnacce. Au xvin,# siècle ce temple était encore presque intact, mais les premiers papes du xvnme siècle, Paul V Borghèse (J 605-1621), Urbain VIII Barberini (1623-1644), s’ils construisirent beaucoup d; édifices modernes, furent de grands destructeurs d’antiquités, et le dragon des Borghèse ou les abeilles des Barberini se voient sur bien des monuments élevés avec de regrettables débris. Une partie du mur du Forum d’Auguste est encore debout ainsi que trois colonnes du temple de Mars Ultor que ce prince éleva pour célébrer sa vengeance sur les meurtriers de César. Ce mur construit en pépérin, comme les monuments de la République, ressemble à l’enceinte d’une citadelle. Il est irrégulier car l’habile tyran modéré dans les petites choses évita de déranger les propriétaires qui refusaient de lui vendre leurs maisons. L’expropriation était très-impopulaire à Rome. La rue moderne passe sous l’une des portes de ce forum. On nomme ce lieu Arco de Pantani.

Les trois colonnes en marbre blanc du temple de Mars, sont de magnifiques modèles de l’ordre corinthien dans la meilleure période de l’art.

Revenant au forum, j’en dirai autant de trois autres colonnes d’un édifice élevé par Auguste au pied du Palatin et au sujet duquel les antiquaires ont eu et auront une controverse sans fin (Græcostasis, temple de Minerve, de Castor et Pollux, etc. , etc.) .

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Les colonnes corinthiennes de Baalbek sont assurément plus grandioses, mais les ornements sont moins purs, la surcharge des temps de décadence se fait déjà sentir. En face de ces colonnes si contestées, est le temple d’Antonin et de sa femme Faustine dont les mœurs furent imitées plus tard par Catherine de Russie et qui méritait peu les honneurs de l’apothéose. Mais le bon Antonin était un mari philosophe.

La frise de ce temple avec des griffons et des candélabres est admirablement conservée; c’est un des plus jolis morceaux d’architecture de Rome. Les grosses colonnes de cipollino qui forment le portique sont fort endommagées, car ce marbre ale grand inconvénient de s’écailler.

Viennent ensuite les voûtes immenses de la Basilique de Constantin, et l’arc de triomphe de Titus par lequel on descend au Colisée.

Un bas-relief de la plus haute importance historique orne encore cet arc. On y voit les soldats victorieux de Titus, portant les dépouilles du temple de Jérusalem; la table d'or, les trompettes d’argent et le fameux chandelier aux sept branches, qu’on pourrait encore retrouver quelque jour, car il tomba, dit-on, dans le Tibre, du haut du pont Milvius le jour où Maxence fut mis en déroute par les soldats chrétiens de Constantin. Il est vrai qu’on ne s’explique pas trop comment il avait été amené là.

L’immense monument qui occupe le fond de la deuxième vallée est l’antithèse terrible du forum romain. Plus haut, au pied du Capitole, les instincts généreux, le courage sublime tempéraient la férocité native de Rome. Ici, près du palais de l’exécrable famille des Césars, il

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n’y a plus de place que pour les débauches et la cruauté. C’est l’empire après la république, les massacres après la gloire, les saturnales après la liberté.

Comme pour présider à ces infamies, devant son entrée se dressait la statue gigantesque de Néron.

Mais même dans ses plus mauvais jours, le génie de Rome était colossal. Le mesquin lui était inconnu. Le Colisée malgré les dévastations du temps et des hommes malgré les palais entiers qui ont été construits avec ses pierres, reste une des merveilles de l’univers.

L’intérieur est dévasté partout, mais la partie extérieure à l’Est est presque intacte encore.

Les matériaux sont la brique et le travertin (pierre calcaire des environs de Tivoli , Saint-Pierre est en travertin), généralement employé sous l’empire, comme le pépérin, (pierre volcanique d’ Albano) l’était du temps de la République.

Le Colisée a quatre étages, le premier est dorique , le second ionique, le troisième corinthien, tandis que le dernier est orné de pilastres composites.

Je ne puis dire l’effet que produit cette masse immense se détachant sur le ciel bleu, ou vaguement éclairée par les rayons de la lune dans un beau soir d’hiver.

Une veille de Noël (1804), en attendant la messe de minuit, j’ai erré dans ces ruines. Le ciel était d’un bleu noir, la pleine lune versait sur cette scène sa froide et chaste clarté. Les ruines , les débris antiques paraissaient encoreplus grands, l’esprit évoquait sans peine les mille souvenirs du passé. Mais dans cette nuit sacrée où l’étoile guidait les mages, où le cantique des anges annonça le grand mystère aux bergers, comment ne pas songer aux pêcheurs galiléens qui venaient conquérir le

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monde par la croix, comme les Césars s’en emparèrent parle glaive; aux disciples de Saint-Pierre qui virent la dédicace du cirque ; aux martyrs qui y confessaient le Christ au temps heureux où la foi et le courage pouvaient racheter tout.

D’autres fois j’ai vu le Colisée illuminé par des feux de Bengale, splendide, rayonnant comme aux jours des grandes fêtes de Vespasien et de Titus, où quatre-vingt dix mille spectateurs, sénateurs, consuls, vestaless’ enivraient de lubricité et de sang, où les gladiateurs adressaient à l’Empereur les mots fameux Cœsar morituri te salutant.

Mais toujours ces murs m’ont paru étranges et saisissants. L’habitude de les contempler n’a pas affaibli cette magie des souvenirs. Que d’heures paisibles passées sous les arches du Colisée pendant que l’existence s’écoulait comme un songe.

25 Janvier. — Fête de la conversion de saint Paul.

Beaucoup de monde se rend à la Basilique de Saint- Paul hors des murs où l’on célèbre des vêpres solennelles. Les Anglais et les Américains rassurés depuis que Garibaldi est rentré à Caprera arrivent en foule à la grande joie des voituriers et des aubergistes. Près de Damas, nous avons vu le lieu où l’ardent persécuteur Saul fut terrassé par la grâce de Dieu. Les beaux jardins de figuiers et d’abricotiers couvraient les eaux courantes de leur épaisse verdure ; quand ils s’éclaircissaient on voyait au loin le dôme majestueux de l’Hermon. Nous venons voir aujourd’hui l’endroit où les fidèles ensevelirent le fougueux apôtre après son martyre.

On sort de Rome par la porte Saint-Paul, en passant

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au pied de la tombe en forme de pyramide de Gestius. Ce riche Romain mourut sous Auguste, et Agrippa était un de ses exécuteurs testamentaires. Cette forme qui apparaît pour la première fois dans les tombeaux romains, montre le commencement de cette invasion de Rome par les religions et par les modes de l’Orient qui devait favoriser l’établissement du christianisme.

En dehors de cette porte tout le long de la route d’Ostie, s’étendait un immense faubourg, la population en était pauvre, c’étaient des esclaves, des portefaix, desmatelots : on y trouvait beaucoup de Syriens. Saint Paul avait une grande influence parmi ces derniers. La prédication de saint Pierre s’adressait de préférence aux Juifs. L’arrestation des deux apôtres avait été plutôt politique que religieuse. Sous Néron on ne se rendait pas clairement compte du christianisme.

Mais il y avait une fermentation extraordinaire parmi les peuples de l’Orient. On craignait même un soulèvement dans Rome. L’autorité voulut frapper un grand coup. Les deux étrangers les plus populaires, les plus vénérés des basses classes de leur nation pris à tort pour des meneurs, furent conduits à la prison Mamertine. Mais cela ne suffisait pas à la cruauté de l’Empereur. Nous avons vu que saint Pierre fut crucifié sur le Janicule au milieu du quartier juif. Celui que la postérité devait nommer l’Apôtre des gentils fut conduit enchaîné à travers les faubourgs pour jeter l’épouvante parmi ses disciples. Lorsqu’il fut arrivé aux eaux Salviennes (San Paolo aile tre fontane) on lui trancha la tête. Son titre de citoyen romain le préserva du supplice de la croix. Au-dessus des lieux où les premiers chrétiens ensevelirent le corps de saint Paul, Constantin éleva une basilique

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superbe; tous les âges contribuèrent à embellir cet édifice qui était sous la protection du roi d’Angleterre, comme Saint-Jean de Latran sous celle du roi de France et Sainte-Marie Majeure sous celle du roi d’Espagne.

Dans la nuit du 15 au 1(5 juillet 1823, les flammes allumées par imprudence consumèrent cette vénérable relique des premiers âges chrétiens. Ce fut un désespoir dans Rome. On cacha cette triste nouvelle à Pie VII qui était fort malade et qui mourut quelques jours après sans l’avoir jamais sue. A peine monté sur le trône, Léon XII (délia Genga de Spolète 1823-1827) déclara que l’église serait réédifiée. Cette entreprise paraissait insensée voici ce qu’en dit Stendhal en 1828 :

« Léon XII a entrepris de reconstruire Saint-Paul. Quelques « phrases pleines d’emphase, placées dans le journal officiel de « Cracns, nous apprennent de temps à autre, que l’on a fait « venir, pour Saint-Paul, une colonne de marbre de la car- « rière, qui est sur le lac Majeur, près des îles Borromée, en « Lombardie. Ces colonnes sont embarquées sur le fameux ca- « nal du Milanais, perfectionné par Léonard de Vinci. Elles « arrivent à Venise, font le tour de l’Italie, et le Tibre les •• transporte à quelques centaines de pas de Saint-Paul. Après « un siècle ou deux d’efforts inutiles, on renoncera au projet « de refaire cette église, qui est d’ailleurs tout à fait inutile. *»

Stendhal avait raison en jugeant ainsi la mesquinerie moderne. Mais c’est une des gloires de la papauté d’y avoir échappé jusqu’ici.

Saint-Paul est aujourd’hui relevé de ses ruines ; sauf la façade et quelques détails d’ornementation, tout est terminé.

En dehors c’est une vaste grange avec un assez médiocre campanile , mais lorsqu’on pénètre dans l’intérieur, quelle fête pour les yeux! Tous les caractères

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du beau s’y trouvent réunis; simplicité, grandeur, unité. Quatre rangées de colonnes de granit du Simplon forment cinq nefs; le maître-autel orné de porphyre, de malachite, de lapis lazuli, est surmonté d’un baldaquin soutenu par des colonnes d’albâtre oriental, don de Méhémet-Ali à Grégoire XVI.

L’ancienne basilique était célèbre pour ses magnifiques colonnes de marbre précieux. Elles furent endommagées par l’incendie, mais avec leurs restes on a exécuté d’habiles placages. Les murs de l’église sont couverts de lambris de brèche coralline, de marbre lilas (paonazzo) , de marbre fleur de pêcher et de cipollino.

Il n’y a que sept autels. Le maître autel, les deux qui se trouvent dans le transept et ceux des quatre chapelles de saint Étienne, du Crucifix, du choeur et de saint Benoît. Cette dernière, originale et élégante, a de petites colonnes en marbre gris qui proviennent des ruines de Veies. Les bénédictins ont la garde de cette basilique. Leur couvent est à côté. Le cloître avec des colonnettes variées à l’infini est fort curieux, ainsi que la série d’inscriptions antiques recueillies par ces savants moines.

Ce monument sera singulièrement à l’honneur de Grégoire XVI et de Pie IX. Le pauvre gouvernement papal avec ses ressources si restreintes et toujours harcelé par les sectaires, a réussi là où auraient échoué Ces pouvoirs qui gaspillent des milliards pour des cahons tayés ou des boulevards insipides Sahs pouvoir élever tin seul édifice grandiose en l’hohneur de Dieu.

La papauté a été au-dessus des petites considérations Vulgaires du genre de celles-ci : A quoi bon rebâtir une église dans un lieu marécageux et malsain où il n’y a

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pas réunion de fidèles; il faudrait plutôt élever cinq ou six chapelles dans les quartiers populeux. Ne vaudraitil pas mieux consacrer cet argent à élargir le Corso et à le rendre digne du boulevard Montmartre, etc. , etc.

La gent moutonnière débiterait de ces raisonnements à l’ infini. Aussi Saint-Paul fait-il une vive impression de plaisir à ceux qui sont fatigués de l’insupportable pédantisme des utilitaires.

A deux milles plus loin est l’endroit nommé Saint- Paul aux trois fontaines, où l’apôtre eut la tête tranchée. Trois petites églises se trouvent au milieu de ce vallon. Dans l’une, ornée de beaux marbres, on nous montre les trois fontaines qui jaillirent, selon la tradition, à la place où tomba la tête de saint Paul.

Ce lieu, tout sauvage qu’il soit, est bien connu des touristes anglais, car c’est un des rendez-vous de la chasse' aux renards. Cet amusement britannique s’est tout à fait acclimaté à Rome. Il est vrai que la Campagna s’y prêtait admirablement.

Du plateau qui domine la vallée de Saint-Paul aux trois fontaines et par lequel on peut regagner la voie Ardeatine et Saint-Sébastien, la vue est merveilleuse sur les collines d’Albano et les prairies ondulées qui s’étendent jusqu’à la mer. C’est par là que Cicéron s’enfuit devant les proscriptions des triumvirs.

Le temps est beau. Une tramonlana froide souffle dans le ciel pur.

30 Janvier 1868. — Au Vatican.

Les journées de tramonlana (vent du nord) sont excellentes pour visiter les musées. 11 n’y fait pas trop froid et la lumière est bonne. Lorsque souffle le sirocco,

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l’humidité pénétrante de ces longues galeries empêche toute autre sensation. Bien des personnes n’ont pas assez apprécié Rome pour n’avoir pas tenu compte des impressions climatériques. Ainsi, on sent le sirocco dans Taine.

Le Vatican, vu delà place Saint-Pierre, n’a rien de fort beau. On ne se rend pas bien compte de sa grandeur.

Quelques constructions au-dessus de la colonnade méritent même le nom de bicoques.

Mais quand on pénètre dans le palais, on est frappé de la beauté des salles, de la commodité des escaliers et d’une solidité qu’on ne trouve pas dans les bâtisses modernes. L’exposition est excellente et le Pape et les hauts dignitaires de sa Cour s’arrangent facilement des installations d’hiver et d’été. Ils habitent les étages les plus élevés. La malaria y est moins à craindre et la vue est admirable.

En fait d’objets d’art, le Vatican en contient plus que tout autre palais du inonde, n’en déplaise au Louvre ou aux Uflizi de Florence. C’est une mine inépuisable du beau.

La galerie de tableaux est extrêmement bien distribuée dansdes salles du temps de Grégoire XIII (Buoncompagni), (fresques astronomiques, calendrier grégorien) : elle contient peu de tableaux, ce qui est un mérite à mes yeux.

Dès la première visite, on y peut jouir à son aise de quelques chefs-d’œuvre sans l’ ahurissement ordinaire qu’on éprouve en voyant des collections immenses. Les tableaux sont comme les pâtés de foies gras, c’est exquis, mais on peut fort bien s’en donner une indigestion.

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Dans la première salle sont quelques tableaux estimés de Murillo qui frappent pourtant fort peu peu ceux qui ont admiré ce grand peintre à Madrid et à Séville, à Séville surtout.

11 n’y a que trois tableaux dans la seconde salle, la Transfiguration, la Vierge de Foligno, de Raphaël, et la Communion de saint Jérôme, chef-d’œuvre du Dominiquin qui n’est nullement agréable aux yeux.

Aucune copie ne rend le mystérieux je ne sais quoi de la Transfiguration ; l’air qui circule, Notre-Seigneur si bien enlevé de terre ; la grandeur, la noblesse sont incomparables. Faut-il ajouter que la tête du Christ ne m’a jamais plu et qu’on y remarque ces tons noirs qui, quand ils sont outrés, déparent les œuvres de Jules Romain.

Comme JByron, qui mourut au même âge, Raphaël était arrivé au point culminant. Doit-on regretter sa mort ? Il n’aurait peut-être fait que décroître.

Byron à Missolonghi, après le quatrième chant de Ghilde-IIarold et Don Juan, Raphaël après la Transfiguration et le Portement de croix ( spasimo di Sicilia de Madrid) , expirèrent au milieu de la splendeur et de la gloire, et leurs noms seront éternellement couverts d’une auréole charmante de beauté et de jeunesse.

Si quelqu’un veut se pénétrer de la différence qu’il y a entre le beau et le très-joli, qu’il compare attentivement la Madone de Foligno, ou même le Couronnement de la Vierge, ouvrage de la première manière de Raphaël, avec la Madone de Sassoferrato, qui est tou-^ jours entourée d’une foule d’Anglaises* J’en dirai autant d’une insipide Madeleine du Guerchin et de l’Annonciation du Baroccio, ouvrages d’un maniéré et d’une

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fadeur si intolérables que l’on sent bien en les voyant que la fière période de l’art est passée.

On la voit, au contraire, pleine de sève et de vigueur dans un tableau du Titien (signé de lui : Titien faciebat) représentant la sainte Vierge dans la gloire et des saints au-dessous. Le saint Sébastien est merveilleux, ce jeune soldat de la Croix semble vivre. On voit des types pareils parmi les beaux contadini de Trévise et d’Udine.

Dans la dernière salle : le saint Pierre du Guide, un des meilleurs tableaux de ce peintre inégal qu’on voit dans toute sa gloire au musée de Bologne ; un Christ du Corrégè, qui appartenait à la famille Marescalchi, de Bologne; bien conservé, mais peu divin (il faut absolument aller à Parme pour connaître le Corrége) ; le Martyr de saint Érasme, du Poussin. On sait combien sont rares les compositions de ce genre du grand peintre des Andelys. Le sujet est ingrat, le coloris a des teintes rouges désagréables, mais la composition est belle. Une statue d’empereur romain, un Commode, en Hercule, plein de luxure et d’orgueil, semble présider à cette scène de sang. Les bourreaux sont magnifiques dans leur férocité romaine. Un vif sentiment de la beauté et des types qu’on rencontre encore dans le Trastevère, se trouve dans le soldat qui montre du doigt le supplice à un passant curieux.

Ce tableau ainsi que beaucoup d’autres de cette galerie sont copiés en mosaïque à Saint-Pierre.

En sortant du Vatican nous allons, par les murs de Rome, de la porte Cavaleggieri à la porte Portèse. C’est l’endroit le plus soleilleux de Rome. Je le recommande aux frileux ou aux malades, on y est entièrement protégé contre les vents du nord. Allez-y en

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voiture fermée et faites une promenade d’une heure. Je ne connais pas un endroit aussi favorable dans les stations d’hiver les plus vantées : Cannes, Nice, Pise, Païenne, le Caire, etc. , etc.

En descendant vers la porte Portèse on a une belle vue sur le cours inférieur du Tibre et sur ces collines où se trouvaient les jardins que César légua au peuple romain. Au faite de ces collines, s’étend maintenant la prairie aérienne des grands pins de la villa Pamfilj.

En rentrant en ville nous passons au Colisée, et ensuite à l’antique église de Saint-Clément.

Presque tout le monde a entendu parler des fouilles de Saint-Clément Cette église était déjà considérée comme une des plus intéressantes de Rome, à cause de son antiquité et de son plan qui reproduisait exactement la forme des basiliques primitives. On savait quelle avait été élevée sur l’emplacement de la maison de saint Clément, disciple de saint Pierre et son premier ou second successeur. Ce pontife était proche parent des empereurs Vespasien, Titus et Domilien. Sainte Flavie Domitilla, qui fut martyrisée avec ses serviteurs Nérée et Achille, appartenait aussi à cette famille, dont les chefs, non loin de cette église, construisirent et dédièrent l’énorme Colisée. On voit donc que sous l’apostolat de saint Pierre, trente ans après la tragédie du Golgotha, le christianisme était déjà arrivé jusqu’aux marches du trône. On voyait à Saint-Clément des mosaïques curieuses, des ambons, un autel tourné vers les lidèles et vers l’Orient, etc., etc.; la tradition y plaçait les restes de saint Clément et de saint Ignace, évêque d’Antioche, qui fut livré aux bêtes dans le Colisée, sous le règne de Trajan.

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Mais des découvertes récentes ont augmenté encore r intérêt attaché à cette église. Le prieur de Saint- Clément , le P. Mulloolv (le couvent appartient' aux dominicains irlandais depuis le pape Urbain VIIÏ), en faisant exécuter quelques restaurations, rencontra des murailles très-anciennes, ornées de fresques curieuses.

Il se décida à continuer les fouilles. Ces excavations, faites avec une habileté et une initiative très-rares, malgré des difficultés dont la moindre était le manque de fonds suffisants, ont mis à jour toute une église ancienne souterraine plus vaste que la nouvelle, et dont le toit était supporté par deux rangées de colonnes des marbres les plus précieux. Les substructions sont d’énormes blocs de pépérin surmontés d’une corniche de travertin ayant une grande ressemblance avec la muraille encore debout du forum d’Auguste. Elles doivent dater du commencement de l’empire, peut-être même des dernières années de la république. Nous n’avons pas la prétention de décrire cette basilique souterraine ; ce serait un long travail qui demanderait de vastes connaissances sur l’église primitive. Le guide Murray donne d’amples détails sur Saint-Clément. Nous parlerons seulement de ce qui a trait à la cérémonie d’aujourd’hui.

Dans le cours des travaux on rencontra un coffret avec une inscription constatant qu’il contenait les restes des saints Clément et Ignace, martyrs. Quand on l’ouvrit, avec la permission du Saint-Père, on y trouva des ossements brisés, des cendres et deux petites croix tachées de sang, etc., etc. Aujourd’hui ces précieuses reliques, ayant un si grand caractère d’authenticité, ont été transférées de l’endroit où elles furent trouvées

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dans une châsse magnifique préparée sous le maîtreautel de la nouvelle basilique, mais auparavant la procession a fait le tour du Colisée, où saint Ignace et peut-être saint Clément furent martyrisés.

Cette procession est belle et touche le cœur par les contrastes et les associations d’idées qui remplissent si souvent l’esprit dans cette ville étrange. Elle est suivie par six cardinaux, beaucoup d’évêques et une grande foule.

Les dominicains irlandais sont très-aimés et trèsrespectés à Rome. Le P. Mullooly est un homme distingué qui a bien mérité de la science ecclésiastique par ses découvertes à Saint- Clément. Le P. Burke est un prédicateur remarquable, plein d’entrain et d’autorité. Pendant la saison où les étrangers fréquentent Rome, il prêche tous les dimanches à Santa Maria de Monte Santo, sur la place du Peuple. Ses sermons sont trèsfréquentés par les Anglais. On sait le goût britannique pour la controverse et les sermons; c’est une grâce d’état que n’ont pas beaucoup de catholiques pleinement satisfaits de leur religion.

31 Janvier. — Au musée du Vatican.

Aucun autre musée ne peut lui être comparé pour la richesse, la variété. Il faut y passer de longues heures pour en avoir une idée un peu claire; le connaître à fond demanderait un travail de plusieurs années.

Quand on entre dans ces belles salles, où parmi le granit et le marbre se dresse ce peuple de statues gracieuses ou fières, empreintes toutes d’un vif caractère de beauté, on se sent transporté dans un monde qui n’est plus, et non loin de la majesté chrétienne de

LE FORUM ET LE VATICAN

Saint-Pierre, on se trouve, par un des contrastes de Home, ramené au milieu de l’enivrement païen.

Au premier moment, c’est l’enivrement qui domine ; le nu, proscrit par les modernes, apparaît dans toute sa splendeür : la beauté des formes, la connaissance intime du corps humain, ce chef-d’œuvre de la création, frappent les regards émerveillés ; ces beaux corps se présentent sans indécence ; le mot était inventé à peine, mais dans la conscience d’un charme que les peuples adoraient ; les traits généraux sont le calme et la grandeur, rarement seulement de la grâce; de l’afféterie presque jamais.

Ces Faunes, ces Bacchus, ces Dianes, ces Vénus triomphantes, ces Antinoüs déifiés, ces jeunes athlètes, n’ont pas la prétention d’être au-dessus de l’humanité. Ce ne sont que des types bien choisis de la beauté. L’antiquité avec ses Thermes, ses jeux du Cirque, ses courses de la jeunesse dans les Champs de Mars, ses exercices de natation dans le fleuve, avait le sentiment de la beauté des formes. La Renaissance l’eut encore tant soit peu; il manque entièrement aujourd’hui. Le goût du maladif et du grêle tue la sculpture. On cherche maintenant la laideur curieuse.

Si on trouve que je calomnie mon temps, qu’on regarde de bonne foi les modèles de l’Académie de France. Quelle collection de difformités choisies dans cette ville de Rome où la beauté est encore si commune ; mais l’une a un regard de poitrinaire, l’un une barbe à caractère et un nez d’ivrogne réjouissant, et ainsi de suite.

Tel n’était pas le goût des anciens, et en errant dans le musée du Vatican, on peut se croire transporté dans le Champ de Mars, le jour où Caïus et Lucius petit-fils

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d’Auguste, princes de la jeunesse, présidaient aux jeux séculaires, pendant que des chœurs de jeunes filles célébraient Diane, et que les adolescents chantaient les louanges d’Apollon.

Les statues du Musée peuvent se classer en deux catégories, les œuvres d’art proprement dites et les ou vrages qui ont trait cà l’histoire. Mais ces deux catégories ne sont pas séparées et c’est avec raison, car elles se confondent bien souvent.

Ainsi pour commencer par le Braccio Nuovo, magnifique galerie construite par Pie VII et que l’on visite en général d’abord, la statue d’Auguste trouvée en 1864 dans la villa de Livie sur la voie Flaminienne, et celle de Lucius Verus la victoire ailée à la main, sont à la fois des curiosités historiques et des œuvres d’art d’un grand prix.

Les jeunes athlètes (99, 103, 105) semblent être des statues purement artistiques, mais ils furent trouvés dans les mines de la villa de Varus le vaincu des Germains et indiquent le goût éclairé de ce général malheureux.

Dès le Braccio Nuovo on peut commencer cet examen des portraits qui complète l’étude de l’histoire Romaine. Voici les figures intelligentes mais laides de Nerva et de Trajan; Adrien avec ses lèvres pincées et ironiques; Marc-Aurèle beau dans sa jeunesse, mais prenant dans l’âge mûr un air benêt et débonnaire qui convient au mari trop indulgent de la seconde Faustine; Commode, brutal, grossier et donnant tout lieu de croire aux amours de l’Impératrice sa mère avec un Gladiateur.

Deux statues, portraits exacts, nous montrent Titus et Domitien. Les deux frères se ressemblent beaucoup;

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