‹ Le libelliste, 1651-1652Chapitre 17 sur 23 · A L'HOTEL DE VILLE · texte numérisé non relu

A L'HOTEL DE VILLE

n osant plus le supplier que du regard ; mais cette prière fut impuissante comme les autres.

Elle resta long-temps accoudée à une croisée après l'avoir vu disparaître.

La journée s avançait : les grands bruits du Pont-Neuf et des halles arrivaient avec les bouffées du vent jusque dans la rue des Prétres-Saint- Germain.

Tout a coup la jeune fille vit un homme du peuple heurter à la porte, et remettre une lettre au petit laquais de la maison.

Elle sortit précipitamment de sa chanïbre, et courut savoir ce dont il s'agissait.

— C'est pour vous , mademoiselle.

Elle lut rapidement et par deux fois, pâlit et trembla de tout son corps.

— Courez chez M. de Ncsmond, s*écria-t-elle d'une voix altérée, et conjurez mon père, en mon nom , de revenir ici avant de se rendre à l'assemblée !

.Elle attendit le retour de son messager dans une anxiété inexprimable....

— Mademoiselle, monsieur était déjà parti avec M. de INesmond.

A cette réponse, elle chancela, comme si elle

2G>ft LE LIBELLISTE.

eût été pros de défaillir, puis joignit les mains avec force en regardant le ciel, mit la lettre dans son sein, et alla rejoindre sa mère.

Le marteau retentit de nouveau : des pas rapides montèrent l'escalier, et quelqu'un entra brusquement dans la chambre.

Un cri échappa en même temps à la mère et à la fille :

— Madame Marti neau !

Elle était arrivée, les yeux hagards, respirant à peine, avec une impétuosité qui tenait de l'égarement.

L'aspect de ces deux femmes lui rendit le sentiment de sa honte : elle se cacha le visage, et sembla douter un moment si elle ne fuirait pas leur présence.

Elle resta, et commença d'une voix basse et presque inintelligible , sans relever la tête :

— Pardon, si je vous viens importuner ! Mon dessein n'était pas de m'ofFrir h votre vue, bien que j*eusse résolu de livrer par écrit ma vie à votre jugement; mais c'est pour mon fils ! — ^ Mon fils m'a quittée : on me Fa enlevé! Je ne l'ai pas revu depuis hier. — Je le cherche partout. Je viens vous le demander aussi! — =

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Avez-vous VU mon fils? — Dites-le-moi, par pitié ! Rendez-le-moi ! — Il me le faut , ou je

meurs !

Son accent, qui s'était élevé par degrés, éclatait enfin en cris d'alarmes.

Henriette poussa un soupir rempli d'angoisse, et entrouvrit les lèvres, mais elle ne répondit point.

— Nous ne l'avons point vu! dit madame Miron,

La malheureuse mère gémit profondément; une faible et dernière espérance venait de s'éteindre dans son âme.

Elle s'inclina, et se retourna vers la porte d'un pas mal assuré,

Henriette regarda sa mère d'un œil baigné de larmes , et courut vers Marie.

Le cœur de madame Miron n'y put tenir.

- — Vous ne nous quitterez pas dans cet état, s'écria-t-clle. Restez avec nous jusqu'à ce que vous en ayez des nouvelles.

Elle l'assit presque de force sur un pliant.

■ — Mais aussi vous vous épouvantez par trop : quel si grand péril court-il donc?

Marie exposa en pleurant les motifs trop fon-

(lés de ses craintes; elle n'avait que trop bien vu les apprêts des scènes de désordre où elle doutait à peine que Paul ne se trouvât engagé.

Madame Miron affectait de repousser toute appréhension et de braver les événemens, mais la douleur de Marie et l'effroi comprimé qui agitait involontairement les nerfs d'Henriette, faisaient sur elle une impression toujours croissante.

Cette pénible situation continua plusieurs heures; les domestiques envoyés à la découverte n'avaient pu apercevoir Paul.

Elles tressaillirent soudain toutes trois; une vaste et lointaine rumeur grossissait en se prolongeant comme la rafale qui précède une tempête.

— Qu'est ceci, mon Dieu? s'écria Henriette en se levant blême de terreur.

— Tu l'entends bien ? répliqua sa mère d'une voix qui contrastait avec ses paroles. C'est le peuple qui crie contre les Mazarins ! — Hé! où donc veux-tu aller ?

Elle la retint par le bras; dans les mouve-/ mens d'Henriette, la lettre cachée dans son sein s'en échappa, et glissa aux pieds de Marie.

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