A L'HOTEL DE VILLE! '^Q
Celle-ci machinalement y laissa tomber im regard ; elle jeta un cri , et s'en saisit avec la promptitude de l'éclair.
— C'est de mon fils ! s'écria- t-elle. C'est de mon fils, et elle me la cachait! — Dieu ! il la conjure de détourner son père de se rendre à l'assemblée , à cause des choses qui pourront advenir ce soir. - — Si elle n'y peut réussir , qu'elle ne se désespère pas ! — > Lui, Paul , sera là pour garantir les jours de M. Miron au prix des siens !
Hélas ! c'était encore par dévouement qu'Henriette gardait pour elle seule cette confirmation de leurs alarmes communes.
A la lecture entre-coupée de cet effrayant avis , madame Miron s'était affaissée sur une chaise , abandonnée de toute sa raideur factice.
- — Ma mère ! s'écria Henriette d'une voix déchirante, en se jetant dans ses bras
La fusillade roulait, roulait sans fin Puis
la générale fit vibrer leurs croisées....
— Sortons d'ici ! cria madame Miron en s'emparant du bras de ses deux compagnes; sortons : c'est l'enfer que de rester là !
Les autres la suivirent sans dire mot.
Elles franchirent le seuil de la maison ; la rue Saint-Germain et les alentours étaient pleins de gard es bourgeois qui formaient en hâte leurs compagnies, et se mettaient en marche vers la Grève.
Elles allèrent droit devant elles jusqu'en face du grand Chàtelet,
Un homme, sans chapeau , sans manteau , accourait d*une des ruelles qui sont autour de Saint- Jacques-la^Boucherie , Tépée nue au poing, et criant : Aux armes !
Des acclamations s'élevèrent du milieu de la garde-bourgeoise.
— A moi , camarades ! l'Hôtel-de-Ville est assiégé; on veut couper la gorge à tout ce qu'il y a de gens de bien dans Paris ! — Marchons ! 11 s'agit ici de vaincre ou de mourir !
— Mon mari ! — Mon père ! s'écria-t-on à quelques pas du harangueur.
Et il se sentit enlacé dans les bras de sa femme et de sa fille.
— Adieu! — adieu ! dit-il en les embrassant; et, se dégageant avec force de leurs étreintes, il s'élança à la tête de ses soldats.