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Pour nous, disent candidement les troisièmes, nous voulons ques les âmes dés individus et toutes les choses spirituelles soient sous la dépendance absolue de Dieu, administrées et gouvernées avec une entière liberté par ses représentants sur la terre ; mais les affaires sociales et politiques peuvent parfaitement se passer de lui, et se gérer, en toute liberté, dans une pleine et entière indépendance par rapport à toute direction venant des hautes sphères de l'ordre surnaturel. L'Eglise libre dans l'Etat libre, ce qui, dans la pensée des libéraux catholiques, veut plutôt dire : Eglise libre et l'Etat libre : chäcun chez soi.—Nous en parlerons plus tard.
Le Catholique sincère obéit tout simplement à l'Eglise de Dieu.
Le Libéral franc se met en révolte ouverte contre elle.
Le Catholique libéral, lui, se fait tirer l'oreille. N’osant lever ouvertement l’étendard de la rebellion, parce qu'il a peur àes fondres suspendues au-dessus de sa tête, il a recours à mille et mille subterfuges pour obéir le moins possible et arracher le plus de concessions qu'il peut.
Selon les Enfants de la lumière, l'humanité a besoin de tutelle, d’un système protectioniste qui étende sur elle une influence directe et active, par le ministère d'un médiateur envoyé de Dieu pour l'aider d'un secours supérieur à bien voir la voie à suivre, et y marcher avec constance et fermeté.
Selon les Enfants des ténèbres, les lumières de la raison et les lois intimes de Ia conscience résument tout le personnel tutélaire dont la race humaine a besoin pour
marcher dans les voies de la vérité. Les conditions essentielles dans lesquelles le créateur a dû poser sa eréature raisonnable sont immuables et définitives ; et aucune introduction personnelle de la divinité dans le monde terrestre ne doit jamais porter atteinte à la saprématie inaliénable de la raison ni à l'autonomie rigoureuse de la nature humaine.
Selon les Enfants bâtards issus de l'illégitime union du jour et de la nuit, bien que, disent-ils, la pure doctrine eatholique soit bonne, et même, en théorie, de beaucoup la meilleure, cependant, vu le siècle où nous sommes et les idées courantes qui dominent aujourd'hui dans le monde, il vaut mieux, en pratique, conformer son tempérament à l'atmosphère au sein de laquelle on est forcé de vivre, afin de ne pas s'en trouver trop mal. Allons donc, s’écrient les catholiques libéraux d’un bout à l’autre du monde, allons nous abriter sous les ailes du droit commun. Elles couvrent et protégent aujourd’hui la terre entière. Voilà la tutelle, sinon la meilleure en principe, du moins la seule admissible en fait, la seule praticable de nos jours.
En accordant une égale liberté au bien et au mal, à la vérité et à l'erreur, la vérité et le bien ne pourront que bénéficier de cette commune franchise ; car, grâce au principe de vitalité placé au fond de leur nature intime, ils finiront par triompher malgré tout.
Peu importent, à leurs yeux, les droits de Dieu et les blessures faites à la nature de l’homme par suite de la déchéance originelle.
Peu importe la vraie notion de la liberté.
Fi ! de tout cela : liberté illimitée à la presse, à la conscience, aux cultes, aux associations, etc. ; et voilà toute la phalange des idées libérales, ou des libertés modernes, qui prend son essor et va charger cette atmosphère à laquelle il faut à tout prix conformer son tempérament !—Et ces braves gens s'en vont gaillardement se nourrir de plats où sont mêlées la lumière et les ténèbres.
Ils invitent gracieusement les vrais catholiques à venir prendre part à leur festin.
Ils supplient le Pape lui-même de ne pas être si regardant, et de daigner occuper le siége présidentiel.
Pauvres fous ! ils semblent ignorer ce que tous les enfants savent : c'est qu'un drachme de poison mélé à une livre de nourriture saine suffit pour empoisonner le sang tout entier et causer la mort.
Voilà le libéralisme assez clairement défini. Du moins
je le crois.
Son principe, c’est l'indépendance de l'ordre naturel, indépendance que l’on décore du grand nom de liberté.
C'est au nom de la liberté que l’on cherche à cons-
tituer, à tous les dégrés, l'émancipation de l'existence humaine.
Ce qui diversifie les deux catégories des libéraux naturalistes et des libéraux catholiques, c’est le degré d'indépendance qu’ils prétendent établir.
Chez les premiers, émancipation radicale et absolue,
Chez les seconds subordination de l'ordre naturel à l'ordre surnaturel, en théorie, mais en pratique séparation des deux ordres, sans ingérence du spirituel dans le temporel.
Chez les deux, liberté sortant de sa place, et par conséquent faussée.
Dieu a dit à la mer : tu n'iras pas audelà des digues que je t'ai posées.—Or, si par suite d’un cataclysme, l’ordre de Dieu est violé, il y a inondation, désordre, ruine—Ainsi en est-il des hommes et des sociétés. Dieu, en leur donnant la liberté, leur a dit : voilà des bornes que vous ne devrez pas dépasser.—Et de fait, la liberté sera d'autant plus parfaite qu'elle se tiendra plus strictement en deäans de sa sphère.--Un fleuve, roulant avec majesté le grand volume de ses eaux, est-il gêné dans la liberté de son cours par les deux digues qui le contiennent ?—Qu'il vienne, au contraire, à briser ces digues : il se déplace, il se répand, il s’amoindrit, il s’affaiblit, il finit par aller mourir en un marais stagnant et boueux.
Les hommes et les sociétés sont vraiment libres tant que, dans toutes leurs évolutions, ils se tiennent à la place que Dieu leur a assignée. S'ils sortent de là, ils se déplacent, ils s’'amoindrissent, ils se décomposent, et finissent par aller s’éteindre dans un marais tout fumant du sang versé par la révolution.
Le libéralisme, Messieurs, opère ce déplacement.
Le. libéralisme est donc une liberté débordant son cadre naturel, une liberté extravasée, une liberté cor-
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rompue, une liberté qui ne peut vivre longtemps, parce qu’en voulant trop s'agrandir elle ne réussit qu’à s’amoindrir pour aboutir à sa propre ruine. La grenouille, à force de vouloir se grossir à la taille du bœuf, a fini par en crever, et devenir rien du tout.
Le libéralisme est donc ni plus ni moins un abus de liberté. C'est un libertinage, pour emloyer le mot propre, un Zbertinage de l'esprit, moins grossier, mais plus funeste encore que le libertinage des sens.
Le libéralisme pur abuse de la liberté, en brisant tout simplement les bornes déterminées par le Créateur. Aussi se fait-il bientôt l’égoût commun où viennent confluer toutes les erreurs qui l’ont précédé.
Le libéralisme catholique ne brise pas les bornes ; il
se contente de sauter par-dessus sans les toucher, et
d'aller folâtrer dans le champ des libertés modernes. S'il ne devient pas l’égoût commun de toutes les erreurs humaines, il leur tend, au moins, complaisamment la main à toutes. -
Voilà pourquoi, il se pavane si fièrement tout panaché de la brillante cocarde de la conciliation.
La conciliation ! voilà la grande marotte des catholiques libéraux: conciliateurs téméraires qui n’ont reçu de mandat que d'eux-mêmes.
Voyez un peu l'attitude d'un catholique libéral.
Homme louche, il regarde la vérité d’un œil et l'erreur de l'autre. Il tend une main à Dieu, et l’autre au démon.
Il fléchit un genou devant le Christ et l’autre devant Satan. D'une oreille il écoute les enseignements de l'Eglise, et de l’autre ceux de la franc-maçonnerie.
Au nom de la pacification universelle, dont il se déclare l’apôtre en face de Dieu et des hommes, il pose en docteur entre le catholicisme et l'esprit moderne. Il prêche au premier l'opportunité de tempérer un peu la rigueur de sa doctrine ; il invite le second à froncer un peu moins les sourcils.
Il se place entre le Pape de Rome et le Pontife des loges, les invitant tous les deux à venir à lui, et là en s1 présence, et à sa grande jubilation, se donner enfin l’accolade fraternelle.
Ne voyez-vous pas que le rêve qu’il caresse si chèrement lui donne le délire et lui fait oublier que le Pape ne descend jamais du rocher où il est assis depuis dixhuit cents ans, et que le Pontife des loges est incapable de monter jusques là.
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Il oublie en outre un point capital, le seul qui, une fois résolu, pourrait placer dans sa main la clef du succès qu’il poursuit avec tant d’ardeur : c’est que, pour réussir à concilier la vérité catholique avec l'erreur moderne, il faudrait d’abord, reconcilier Dieu avec Lucifer. Qu'il tente ce tour de force ; et s’il réussit, oh ! alors, quel spectacle grandiose ! quel triomphe ! Les cieux s’entr'ouvrent, et les myriades des anges, Michel en tête, s'élancent dans l'espace à la rencontre de leurs vieux compagnons de jadis. Ceux-ci, à leur tour, sortent de l'abîme en jubilant, à la suite de Lucifer. Tous ensemble,
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après avoir signé l'acte de réconciliation, chantent en chœur : pa’x, paix, paix, sur la terre aux hommes de bonne volonté.
Le Pape descend de son trône et va se jeter entre les bras de Bismarck et de Paul Bert,
Catholiques et Franc-Maçons jettent bas les armes, et s’'embrassent comme des frères à jamais unis.
Les Religieux expulsés rentrent dans leur patrie où ils sont accueillis en triomphe par Gambetta et Cie,
Le vieux Ve : ‘lot brise sa plume et court auprès de tous ceux à qui il en a tant donné sur les nerfs ; et tous l’accueillent avec le plus gracieux sourire.
L'humanité tout entière prend place à un grand banquet où coule à grands flots le doux miel de la paix.
Voilà donc que l'Eglise de Dieu cesse d’être militante sur la terre. Elle va s'appeler l'Eglise pacifiée, avant de recevoir, au sein de l'éternité, le nom définitif d'Eglise triomphante.
Quelle atmosphère de délices enveloppe désormais notre planète ! Les vents eux-mêmes se taisent. À peine si la brise rafraîchissante ose troubler de son léger souffle l'océan de quiétude dans lequel est plongé l'univers tout entier. Seul, le libéralisme catholique, et certes il a bien gagné cela, seul, il a le droit de faire entendre sa voix de sirène. Ses accents moëlleux s’infiltrent comme
. des flèches d’une douceur inénarrable dans toutes les
ames, au fond desquelles distillent goutte à goutte les avant-goûts des délices future du ciel,
baie DD ie
Dites maintenant, Messieurs, s’il n’y a pas là de quoi captiver toutes les puissances d'une âme libérale. Dites s’il n’y a pas là de quoi donner le délire à une tête libérale !
Oh ! mais par exemple, s’il y a échec du côté du point capital ; si Dieu se refuse à la réconciliation, alors, mes bous amis les libéraux, adieu veau, vache, cochon, couvée. Sous la tête de la sirène reparaissent tout à coup les pieds du satyre. ( \
Les anges restent dans le ciel, où ils continuent leur chant favori : Saint, Saint, Saint est le Seigneur. Le démons demeurent dans l’abîime qu'ils font retentir, comme de plus belle, de la lugubre cacaphonie de leurs blasphèmes.
Le Pape demeure sur son roc, et les catholiques persistent à serrer leurs rangs autour de lui ; et la lutte contre Dieu, contre l'Eglise, contre la ver..: se poursuit a dans le monde.
Les Religieux expulsés continuent à manger le pain de l'exil, et Gambetta et Cie à dire et faire des sottises au parlement de Paris, pour ne rien dire des autres.
En un mot, le monde reste ce qu'il est ; l'Eglise demeure militante sur la terre, et nous, Messieurs, nous continuerons à faire ensemble la guerre au libéralisme
RE catholique.
Ce soir, nous avons vu son principe fondamenta! et ; sa définition. Dans d’autres entretiens nous le poursui- | * yrons sous les différentes formes qu’il a si bien l’art de
Le
uoi A tes revêtir selon les besoins de la polémique et la marche ête des événements.
Merci, messieurs, de l'attention que vous m'avez int accordée avec tant de bienveillance. Vous venez, par nes là, de faire preuve de tant de patience, que je serais à vée, : jamais convaincu, si je ne l'étais déjà, que pas un
les d'entre vous veut être Catholique libéral.