LUTTE
C'est l’ordre essentiel des choses interverti:; c'est le principal mis à la place de l'accessoire, et l'accessoire élevé à celle du principal.
C'est une véritable opération de bascule, qui met la liberté à la place de la vérité, l'homme à la place de Dieu.—Je me ferai semblable à Dieu, avait dit jadis Lucifer, le premier et le grand maitre des libéraux. Æ£ritis sicut di, répéta-t-il ensuite à ceux qu'il voulut admettre à son école.
Les vrais libéraux de nos jours, comme ceux de tous les temps, ont l'oreille excessivement délicate aux échos de cette orgueilleuse parole. Ils en font leur devise, et, au moins implicitement, le fond de leur programme.
Quelles sont les conséquences de ee renversement des choses ?--La liberté se trouvant placée au centre du système, et la vérité ramenée au second rang, rien n’empêche à l'erreur de venir, le front haut, s'asseoir à ses côtés.
C'est ainsi que, dans l'ordre intellectuel, la liberté de penser devient le premier principe: peu importe que l'on arrive à la vérité ou à l'erreur, pourvu que l'on soit libre dans ses recherches.
Les francs libéraux ne reculent pas devant cette conséquence qui étonne tout esprit sain. Ecoutons un de leurs maitres, Paul Janet : “ La liberté de penser, dit-il dans ses Problèmes du dix-reuvième siècle, est pour nous le premier principe ; et par rapport à cette condition fonda-
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mentale les dissidences ultérieures n'ont en quelque sorte qu'une importance secondaire. ”
Dans l'ordre moral, la liberté d'agir est aussi le premier principe: peu importe le caractère ultérieur des actes, qu'ils soient pour ou contre le décalogue, fidèles ou rebelles à l'honnêteté, pourvu que l'on soit libre. Tout est là.
Dans l'ordre religieux, la liberté est encore le premier principe : peu importe que l'on arrive à croire au chrislianisme où à le nier, pourvu que l'on soit libre dans ses investigations relatives à l'existence de la divinité où au culte qui doive lui être rendu. Ecoutons encore Paul Janet: “La liberté n'est ni catholique, ni protestante, ni philosophique, ni croyante, ni inerédule : elle est au-dessus de tout cela... Elle est le droit de toutes les écoles. de toutes les opinions, de toutes les sectes.”
Ainsi, Messieurs, arrive-t-on à glisser aux abimes : le droit de l'erreur dans l'ordre intellectuel, le droit de l'immoralité dans l’ordre moral, le droit de l’athéisme dans l'ordre religieux, et, par une conséquence toute naturelle, le droit de la révolution dans l'ordre social. Tant il est vrai que les libéraux sont foncièrement révolutionnaires. Après s'être débarrassés de Dieu, rien de plus naturel que de se débarrasser des rois et de tous ceux qui, au nom de l'autorité, tendent à gêner leur liberté dans son émancipation.
Voilà la liberté des libre-penseurs. Dites, Messieurs, s’il est possible de concevoir quelque chose de plus
radicalement faux, une liberté débordant plus complètement son cadre naturel, une liberté plus entièrement extravasée,
Mais, entre Dieu complètement écarté, et Dieu completement accepté, combien ne peut-il pas y avoir d'étapes intermédiaires ?—C'est au milieu de ces étapes que se déploie la liberté des Catholiques libéraux.
Abordons maintenant ces braves gens.
Is tentent bien un peu d'imprimer à Dieu, à l'Eglise, à la Vérité, le mouvement de bascule : mois ils ne vont pas jusqu'au bout. [ls s'arrêtent à mi-chemin.
Je m'explique.
Ils n’osent faire abstraction de Dieu: ils sont bien trop honnêtes pour cela; seulement ils lui font céder un peu de terrain pour y mettre eux-mêmes le pied. Ils font un pas en dehors de leur sphère: mais ja crainte les retient et les empêche d'aller jusqu'au bout.
Ce sont, Toyez-vous, des gens tout confis dans la prudence, cette bonne mère de la sureté,
Donc, ils acceptent Dieu; mais ils:le placent dans un écrin, ne lui permettant pas d'exposer ses rayons au contact de la poussière de ce monde.
Ils donnent congé au Dieu authentique, à leurs yeux trop enclin à se mêler des choses de la terre ; et ils mettent à sa place un Dieu constitutionnel, à qui ils permettent de règner sur le monde, sur les sociétés, pourvu
qu'il se garde bien de les gouverner. Au Dieu régnant, ils rendent force respects, force hommages, force adorations, sauf la conditionÿde pouvoir se gouverner eux mêmes à leur guise. Voilà pour Dieu.
Quant à l'Eglise, ils ne la rejettent pas. Oh! non ; ils sont trop bons catholiquesi pour cela. Neulement ils l'enferment soigneusement sous clef dans l'intérieur de la sacristie, ne jugeant pas convenable qu'elle vienne à tout propos se salir au contact des affaires civiles et politiques.
Ils montent sur les toits pour proclamer au monde entier que l'autorité de l'Eglise est souverainement respectable, et anathématiser quiconque refuserait de s'incliner respectueusement devant elle: mais ils descendent des toits pour travailler à la sourdine, comme des läches qu'ils sont, à en faire une espèce d'autorité consiitutionnelle, munie des titres les plus légitimes pour règner sur le monde chrétien du haut du trône de sa doctrine toute divine, libre de proclamer ses dogmes tout à son aise, pourvu qu'elle ne s’avise jamais de prétendre gouverner les sociétés par la vergé de ses enseignements.
Que le monde prête l'oreille à ces enseignements sublimes ! très-bien. Mais, par exemple, qu'il soit libre à son tour de se gouverner à sa manière, sans que jamais l'Eglise enseignante se “donne le#role intempestif de venir troubler les ébats de sa liberté politique et sociale.
Avouez, Messieurs, que les catholiques libéraux donnent là, par imprudence ou par ignorance, un solide
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coup de main aux libéraux libre-penseurs et révolutionnaires. Voilà pour l'Eglise.
Reste la Vérité. Ils ne l'enlèvent pas du centre du systeme ; au contraire, tant il est vrai que le diable qui les inspire est habile, ils l'éléven t plus haut, très haut, trop haut, et cela, pour être atteints de moins près par sa juste et sévère direction.
Ils s'eforcent de la cloitrer, en la logeant dans l'empyrée.
Et, si vous voulez leur montrer le précipice vers lequel ils cheminent : * voilà, vous répondent-ils, voilà l'étoile sur laquelle nous jetons les regards 6n temps oppor-
tun.”
Et, avec cette prétendue assurance, l'étoile, pour étre placée trop haut, se couvrant trop souvent hélas ! de nuages plus où moins sombres, nos bons catholiques libéraux peuvent tout à leur aise aller tirer des bordées dans des eaux de toutes sortes. Et ils se donnent euxmémes des brevets d'habilité, de sagesse ef de prudence !
Pauvres sens lil ne faut pas leur en vouloir : il faut les plaindre !
Ainsi donc, les catholiques Hbéraux adhérent encore à Dieu, à l'Eglise, à la Vérité : seulement ïls les écartent un peu, leur font céder quelques pieds de terrain afin que Satan, la franc-maçonnerie et l'erreur, puissent venir déposer leurs cartes d'admission.
Us sont donc dans leur élément lorsqu'ils montent à
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cheval sur les libertés modernes et s’en vont en chevauchant légèrement, présenter,leurs hommages et offrir leurs services à tous les can:ns.
Hs ne déplacent pas l'absolu ; mais ils cherchent à l'éparpiller en quelque sorte.
Les catholiques le laissent là où il doit étre: en Dieu.
Les francs Tibéraux l'ôtent de là, pour le placer dans la liberté.
Les catholiques Hbéraux, pour contenter tout le monde, font comme la fausse mère du jugement de Salomon : ils consentent volontiers au partage de l’homme entre Dieu et Ta Hiberté émancipée, entre l'Eglise et l'esprit moderne.
Je vous disais, à notre réunion précédente, qu'ils aiment pardessus tout à se nourrir de plats où sont mèlés Ja lumière et les ténèbres. (C’est exactement ce qu'ils font à l'endroit de Ja liberté,
[ls prennent ün peu de Ia vraie liberté, °t un peu de la fausse liberté : et ils arrivent ainsi, peut-être sans qu'ils s'en doutent, à une liberté qui n'est ni vraie ni fausse, à une liberté nulle.
Personne, en effet, est moins libre qu'un catholique Hbéral. T'ne jouit pas même de la liberté si élémentaire de pouvoir faire une discussion sérieuse de ses théories.
Pourquoi?— Parce que, s’il discute avec un catholique, celui-ci n’a qu'à lui dire pour le battre en brèches : les
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principes que vous émettez sont condamnés par l'Eglise, et conséquemment vous êtes dans l'erreur.
S'il veut tirer une passe d'armes avec un Hbéral pur, celui-ci le terrasse de suite en lui disant: * vos principes sont les miens; seulement, moi je suis logique, et vou: ne l'êtes pas.”
Vous convieudrez ave: moi, Messieurs, que cest un triste role que celui d'un catholique-libéral. C'est de Ja bien petite besogne.
Un eéatholique-libéral, c'est uu cathohique-raalade. fl est d'autant plus malade qu'il est plus Hbéral, et autant moins malade qu'il est plus catholique.
Pour être en parlaite santé, il faut etre tout-à-fait catholique et point du tout Hbéra’
Quelle est maintenant le fond de l'erreur libérale en fait de liberté ?
C'est un principe fondamental radicalement erroné. Ce principe proclame qu'il est de l'essence de fa Dberté de peuvoir faire le bien où le mal.
—Non, Messieurs ; la possibilité de faire le mal n'entre pas dans la notion essentielle de Ia Hberté.
Non, messieurs, le pouvoir de faire le mal n'est pas k liberté, ni une partie de la liberté.
Qui est plus libre, en effet, que Dieu, le Grand Libre par excellence ? Et cependant Dieu ne peut pas faire le mal.
— Qui, après Dieu, peut être plus libre que nous le serons dans le ciel, au sein de Dieu ?
Et cependant nous ne pourrons plus alors faire le mal, parce que nous serons confirmés dans le bien.
Je vous le demande, Messieurs, la liberté est-elle parfaite en Dieu et dans son ciel ?
Faut-il descendre dans les sombres régions de cette vallée de larmes, de misère et d'esclavage, pour trouver la perfection de cette grande chose que l'on nomme la liberté ?
Noit, dira-t-on : mais il v a une liberté dans Le ciel, et il y a une liberté dans la vie présente ; et ces deux libertés sont essentiellement différentes—Non, Messieurs, ces deux libertés ne sont pas deux libertés essentiellement difiérentes. Ce sont deux états différents de la même Bberté essentielle. L'un est parfait, l'autre est imparfait, Voilà tout.
La possibilité de faire le mal sur la terre, est inhérente à notre liberté: mais c’est mentir contre Dieu de dire qu'elle Tuï est essentielle, Pas n'est besoin de faire un grand eflort d'intelligence pour comprendre qu'entre ce qui appartient à l'essence d'une chose et ce qui Jui est accidentel, la différence est du tout au tout. C’est pourtant cette différence que les libéraux ne voient pas ou jeignent de ne pas voir.
Faire le mal de préférence au bien, c'est l'abus, la défulance de la liberté. C'est la licence.
La lumière qui nous éclaire en ce monde est sujette à s'obseureir : est-ce à dire que les ténèbres sont de l'essence de lumière ?
L'intelligence est la faculté de connaitre la vérité. Cependant, dans notre état présent, elle peut se tromper
et adhérer à l'erreur: est-ce à dire que la faillhbilité
entre dans l'essence de notre entendement ?
La possibilité d'ètre malade est inhérente à notre nature en cette vie: est-ce à dire qu'elle appartient à la notion essentielle de Ja santé 2
Ridicule au sublime serait quiconque se mettrait en tôte de soutenir de pareilles absurdités.
Ainsi en est-il de la possibilité de faire le mal par rapport à notre liberté. La licence est aussi opposée à la liberté que les ténèbres le sont à la lumière, que l'erreur l'est à la vérité, la maladie à la santé, la mort à la vie, Satan à Jésus-Christ.
La liberté est une faculté ; le mal choisi de prélérence au bien est la défaillance de cette faculté.
Ici-bas, notre liberté n'est pas parfaite parce qu'elle est sujette à cette défaillance.
Au ciel elle sera parfaite parce que nous serons impeccables, de même que notre entendement sera parlait parce que nous serons infullibles, de mème que notre vie sera parfaite parce que nous serons immortels apres la résurrection.
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Je disais au commencement, que la iiberté est d'invention chrétienne.
HERien de plus vrai, Messieurs.
Jésus-Christ a apporté la liberté à la terre : et ceux-là seuls connaissent la liberté, qui connaissent Jésus- Christ ; ceux-là seuls vivent libres, qui vivent de la vie Jésus-Christ, de la vie chrétienne.
La liberté est la fille du Sauveur : elle le suit à où il va: elle disparait d'où il se retire.
Avant Jésus-Christ, la pauvre humanité était la prisonnière du démon. Lui seul avait le pouvoir de briser ses lens, de l’arracher à son esclavage, et de Ini rendre la liberté,
C'est ce qu'il a fait sur le haut du Calvaire.
Pour que cette liberté se conscrvât au sein de l'humanité, il lui donna une gardienne, à laquelle il commu niqua tous ses pouvoirs.
Cette gardienne de la liberté, vous la connaissez. Messieurs, c'est l'Eglise : l'Eglise chargée de la mission souveraine de délivrer le monde, en appliquant à tous les hommes les bienfaits de la délivrance consommée par Jésus-Christ.
N'est-ce pas l'Eglise qui a rendu la liberté aux péuples courbés comme de vils troupeaux sous la brutale domination de la tyrannie, et a créé les nations libres
qu'a vu naitre l'ère chrétienne.
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N'est-ce pas l'Eglise qui a délivré les souverains euxmêmes en leur apprenant ce qu'est réellement l'autorité et la grande mission qu'elle a à remplir vis-à-vis des sociétés ?
N'est-ce pas l'Eglise qui a remplacé les tyrans et les Césars par des rois chrétiens, ‘pères de leurs peuples ?
N'est-ce pas l'Eglise qui a rendu la bberté à la femme en l'arrachant à l’humiliant esclavage où la retenait le paganisme ?
N'est-ce pas l'Eglise qui a rendu la Hiherté à l'entant, au pauvre, à tous ceux qui souffrent ?
N'est-ce pas l'Eglise, en an mot, qui a mis et maintient chaque personne et chaque chose à sa place, et écarte constamment les obstacles qui empêchent les individus et les sociétés d'atteindre leur fin ?
C'est donc avec raison que le Pontife. lorsqu'il consacre une église, dit cette grande parole de la liturgie : Mon Dieu. que les fidèles viennent ici apprendre la véritable liberté.
Oui, Messieurs, c'est dans l'Église que l'on apprend la vraie Hberté.
C'est en vivant dans son sein et de sa vie que l'homme est vraiment libre. Il cesse d'être libre dès qu'il en sort.
Les libres penseurs de toutes catégories sont des esclaves de la plus triste espèce.
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Le catholique libéral est plus où moins libre, selon qu'il est plus ou moins catholique ; il est plus ou moins esclave selon la dose de libéralisme qu’il a absorbée.
Les seuls vrais libres sont les vrais catholiques.
Voilà, Messieurs, ce que j'avais à vous dire sur la liberté en genéral. Il me resterait beaucoup à ajouter sur ce que l'on appelle les libertés modernes : la liberté de la presse, de conscience, des cultes, d'association, etc. [y à la liberté et la licence de la presse, la liberté et la licence de conscience, des cultes, des associations, etc. Mais ces divers sujets demandent trop à dire; et pour ne pas abuser plus longtemps de votre bienveillante attention, je les renvoie à ma prochaine conférence.