COMMENT AGIRONT LES LIBERAUX A L’EGARD DES BIENS ECCLESIASTIQUES
S’ils deviennent nos maîtres, nous pouvons compter que les libéraux ne se feront pas scrupule de dépouiller l’Eglise de ses biens, en même temps qu’ils se substitueront à elle dans l’accomplissement de la tâche d’élever et d’instruire les enfants et les jeunes gens. C’est leur volonté bien connue d’en agir de la sorte, d’abord parcequ’ils admettent le principe : qui peut plus, peut moins ; ensuite, parcequ’ils se sont plus d’une fois exprimés clairement là-dessus. Ajoutons qu’ils ne se lassent point d’admirer les libéraux français, et qu’ils se font un honneur et un devoir de les imiter en tout.
Il ne faut pas prêter longtemps l’oreille à leurs discours, ni lire beaucoup leurs écrits pour acquérir la certitude qu’un de leurs cauchemars, c’est de voir l’Eglise et ses ministres, les couvents d’hommes et de femmes, les congrégations religieuses en possession de certains biens temporels, tout comme n’importe quel individu, n’importe quelle association civile et laïque. A les entendre, les prêtres, en général, sont trop bien logés, trop bien nourris, trop bien vêtus, trop riches en un mot, beaucoup trop riches, et cette trop grande richesse est de provenance illégitime parceque les prêtres font argent de tout : ils se font payer des honoraires de messes, le casuel, des suppléments à la dîme, etc. Ils leur font surtout un crime de percevoir les dîmes, lesquelles, d’après eux, produisent des sommes fabuleu-
ses. Ce qu’ils disent des prêtres, ils le disent des communautés religieuses qu’ils représentent comme des gouffres où s’ensevelissent d’immenses trésors, que la supercherie a patiemment amassés, et que la paresse, ou d’autres vices, va transformer en perpétuelles jouissances illicites. Et puis, disent-ils encore, que de folles et ruineuses dépenses à propos du culte rendu à un Dieu quia voulu naître dans une étable et être pauvre toute sa vie ! Demande-t-il des temples si somptueux, qui coûtent si cher ? Demande-t-il qu’on déploie to ute cette pompe et cette magnificence de décorations dans les cérémonies religieuses et les fêtes en son honneur ? Nos prêtres d’aujourd’hui ne font-ils pas comme les prêtres des faux dieux, ne s’engraissent-ils pas des dons et des offrandes faits à la Divinité ?
Tant d’argent, continuent nos libéraux, tant d’argent arraché au pauvre peuple qui en a si grand besoin ! Ta nt d’argent si mal employé, si honteusement gaspillé ! Et, pour mettre le comble à tout, ces prêtres qui trafiquent de la piété, ces communautés qui absorbent et absorbent toujours 11e paient point de taxes, tandis que le pauvre peuple, sur lequel on prélève toujours, gémit, sue et s’affaisse mourant de faim, sous le poids des plus lourds impôts.
Et pour qu’on ne nous accuse pas d’exagération ni d’outrer à plaisir quelques expressions peu mesurées, tombées par inadvertance de la bouche ou de la plume de nos libéraux, nous les laisserons dire eux-mêmes ce qu’ils pensent et répéter des paroles prononcées déjà plus d’une fois.
“ Les faits démontrent qu’il n’y a personne plus dévoué au vil métal qu’un homme en soutane. Le Deutéronome défend pourtant aux prêtres de posséder les biens de la terre et d'avoir part à aucun héritage parceque le Seigneur est lui-même leur héritage , mais que leur im-
porte les ordonnances du dernier livre du Pentateuque ? •Jésus-Christ a dit à ses apôtres et à leurs successeurs : Ne portez ni or, ni argent , ni autre monnaie dans vos bourses, mais que leur importe Jésus-Christ ?
“ Le dimanche, le curé montera bien en chaire pour vous dire de ne pas aimer les richesses, de faire l’aumône ; mais lui, dans les six jours qui suivent le dimanche, il emploiera son temps à thésauriser, à faire payer .son métier, à entasser desécus, etc. Notre clergé ne parle maintenant que business. Jetons un coup d’œil sur les dîmes, les presbytères, le casuel, etc. et l’on pourra .se convaincre de ce que je dis,
“ Dans toutes les paroisses de la province, ou à peu près toutes, les curés ont établi de nouvelles dîmes et ils ont fini même par établir le supplément pour grossir leurs rentes. C’est un impôt illégal, mais on se sert de la sainte table pour en faire la perception . Ils conti¬
nuent l’exploitation sur différente échelle et d’après maint système : ça va à merveille.
“ Outre la dîme, le supplément et le casuel permis, nos pasteurs ont toute une organisation pour rentrer des éeus. Ils font des quêtes pour ci, pour ça et n’en rendent jamais compte ; ils tiennent eux-mêmes les livres des fabriques et manigancent audacieusement les chiffres; ils organisent des bazars, des pèlerinages ; ils vendent des chapelets, scapulaires, médailles, des images ; ils établissent des congrégations ; ils commercent sur les prières et les indulgences ; enfin, ils savent faire fructifier la plus ridicule même de leurs simagrées et ils ont le talent de rendre la blague payante .
“ Pour mieux connaître ces harpagons, on n’a qu’à
parcourir les presbytères. Ce sont des châteaux .
C’est une honte de voiries pittoresques apôtres du Christ se prélasser dans des manoirs et sous des lambris somptueux, quand leur maître a passé sa vie à prêcher d’ex-
ernpïe l’ humilité et la, pauvreté Depuis un quart de
siècle, tout notre diocèse se saigne pour construire une cathédrale et on ne sait où s’engloutissent les millierssouscrits. Il leur faut de l’argent, toujours de l’argent. L’écu est devenu pour eux une hostie. ”
La conclusion de tout ce hideux fatras de mensonges, calculé tout exprès pour exaspérer le peuple ouvrier, qui est le plus nombreux et le plus facile à émouvoir, c’est qu’il est urgent de prendre des mesures sévères contre la rapacité du clergé et des communautés religieuses. Il importe et il faut que clergé et communautés religieuses n’aient aucune exemption de taxes ; que de bonnes lois mettent un frein à leur cupidité et leur interdisent tout moyen, direct et indirect, de percevoir plus qu’il ne convient ; que les dîmes soient abolies et remplacées par un mode de rétribution sujet à moins d’abus ; qu’on pourvoie enfin à éliminer pour toujours tout ce qui, sous prétexte de charité ou de piété, n’aboutit qu’à soutirer de l’argent, et qu’en conséquence on déclare nuis et de nulle valeur tous les legs ou dispositions testamentaires en faveur de l’Eglise, de ses ministres, des communautés d’hommes ou de femmes, parcequ’il est à présumer que ces actes de dernières volontés ont été extorqués par des moyens frauduleux.
Ces conclusions et plusieurs autres pourraient être tirées bien plus tôt qu’on ne le pense. Plus que jamais il est temps d’avoir l’œil au guet et de faire bonne garde. Ah ! défions-nous en particulier de ces endormeurs qui se rient de nos alarmes, et qui, par un aveuglement qui devient de plus en plus inexplicable, s’obstinent opiniâtrement à voir dans nos libéraux les hommes les mieux intentionnés du monde, d’excellent^ catholiques, des catholiques à la foi vive qui n’hésiteraient pas à donner pour elle jusqu’à la dernière goutte de leur sang.
LéoTaxil, le grand fumiste, nous donne très-à propos
un salutaire enseignement. On l’a vu, lui aussi, le misérable, quasi transfiguré, quand il voulait le mieux tromoer, par une piété de commande, et, sous ce trèsbel extérieur, jouer le rôle le plus infâme qui ait encoie été imaginé. Eh bien ! disons-le hautement, crions-le de toutes nos forces ; qu'ils sont nombreux les Taxils pai mi nous, qu’ils donnent habilement le change sui leurs desseins, et qu’ils savent aussi remporter de beaux succès. Il y a certaines victimes de ces Taxils qu il faut plaindre plus que les autres, car elles ne sont pas sans donner scandale. Espérons qu’elles n’attendront pas que des coups de tonnerre viennent les tirer de leur illusion et les forcer d’ouvrir les yeux.
LES CATHOLIQUES LIBERAUX OU LIBERAUX MODERES SONT LA FORCE DES LIBERAUX AVANCES.
» Qet exposé des projets et des agissements de la secte libérale parmi nous serait incomplet, si nous ne consacrions pas un chapitre spécial aux catholiques libéraux. Ce que nous avons dit jusqu’ici ne suffit pas pour les mettre en pleine lumière.
Quelque pervers, que soient les desseins de nos libéraux avancés, quelque tenaces et persévérants qu’ils se montrent dans la lutte qu’ils soutiennent pour venir à bout de les mettre à exécution, nous aurions fort peu de chose à craindre de leur part, s’ils n’avaient à compter que sur eux seuls pour réussir. Mais, comme nous l’avons déjà dit plus d’une fois, ce qui les rend infiniment redoutables, c’est l’appui que leur prêtent une foule d’autres libéraux, qui ceux-là se disent modérés, et qui, par amour de la paix et de la tranquillité, pour
île pas troubler Tordre,, ni blesser la charité, veulent à tout prix, que les questions irritantes se règlent sur le terrain de la conciliation.
Ces libéraux modérés quir de leur vrai nom, s'appellent catholiques libéraux, font un mal immense,, et, tout en prétendant servir l’Eglise et protéger les intérêts religieux, ils travaillent efficacement à asservir l’une et à sacrifier les autres. Honnêtes, même pieux et aimant l’Eglise pour un bo 1 nombre, ils s’illusionnent sur le mal qu’ils font, et s’opiniâtrent à poursuivre dans leur fausse voie à un point d’autant plus avancé qu'ils se sentent animés des intentions les plus louables. Par malheur, leur amour-propre les empêche d’abord de voir que les bonnes intentions, pas plus dans Tordre moral que dans Tordre physique, n’ont le pouvoir de neutraliser ou de détruire les effets du poison, et, en second lieu, que toute erreur doctrinale est ce funeste poison qui, paraissant agir comme calmant au moment où il s’insinue dans les veines du corps social, finit 'bientôt par le jeter dans de terribles accès de fièvre, après en avoir altéré et vicié les organes.
Il importe donc beaucoup de savoir pourquoi les catholiques libéraux sont ce qu’ils sont, c’est-à-dire des hommes qui, malgré leurs belles qualités et leur amour du bien, en sont arrivés à n’être plus que le fléau de l’Eglise et de la société ; pourquoi, de plus, ils sont illusionnés sur leur propre compte au point de croire que ce sont leurs adversaires qui jouent ce triste rôle.
La grande, si non Tunique cause de Terreur des catholiques libéraux, c’est qu’ils ont perdu le sens catholique de certains mots répondant à des idées de majeure importance, car Tune des ruses les plus subtiles de l’Esprit du mal a été de dénaturer insensiblement le sens de ces mots, afin de tromper par leur moyen ceux qui ne sont pas suffisamment sur leurs gardes, tout comme
celui qui met de la fausse monnaie en circulation. Les mots dont nous voulons parler sont, en particulier, ceux de paix , d 'ordre, de charité et de liberté , qu’ils entendent mal et auxquels ils appliquent néanmoins ce qu’on en dit, lorsqu’ils sont pris dans leur vrai sens.
Ainsi, la vraie paix, qui n’est que le répons dans l’ordre, ils s’imaginent que c’est le repos n’importe où et n’importe comment ; l’ordre, qui consiste dans le constant respect de la volonté divine indiquant à chaque être sa fin propre, puis sa place hiérarchique et son action en rapport avec cette fin, ils s’imaginent que c’est un fruit de la volonté de l’homme et des simples calculs de sa sagesse; la charité, qui est l’amour de Dieu, Vérité Suprême, pour lui-même et de ses créatures pour lui, paiceque toutes sont ses œuvres, ils s’imaginent qu’elle peut se trouver là où il n’y a pas amour prédominant de la vérité ; la liberté enfin, qui n’est que la faculté de se mouvoir dans l’ordre, ils s’imaginent qu’elle consiste dans n’importe quel mouvement de la volonté humaine, surtout lorsque cette volonté ne prend qu’elle pour règle. En d’autres termes, pour les catholiques libéraux, la stagnation dans un état quel qu’il soit, bon ou mauvais, c’est la paix ; le mal qui se dissimule sous le voile d’une certaine organisation, c’est l’ordre; le sacrifice de la vérité, en tout ou en partie, aux exigences ou aux caprices de ceux qu’on ne veut ni contrister, ni froisser, ni irriter en la proclamant ou en 1a. défendant, c’est la charité ; et le pouvoir de faire le mal, c’est la liberté.
A l’heure qu’il est, ces fausses notions de choses si importantes sont logées, avec des nuan'ces fort diversifiées, bien entendu, dans une foule de têtes, qui y tiennent d’autant plus qu’elles les regardent comme donnant le caractère distinctif de biens très-précieux. Avec de telles notions, les catholiques libéraux se font
une loi d’agir toujours avec une sage modération ; mais, comme ces notions sont fausses, il arrive tout naturellement que leur modération dégénère en excès et devient le modérantisme, qui ouvre la porte à tous les maux. Ces fausses notions sont ce que Pie IX, dont nous citerons les paroles plus loin, appelle les principes pernicieux sur lesquels s'appuient les doctrines catholiques libérales.
Voyons maintenant comment il arrive que ces principes pernicieux, c’est-à-dire, ces notions fausses de la paix, de l’ordre, de la charité et de la liberté servent d’appui et de base aux doctrines catholiques libérales, qui toutes tendent à concilier l’erreur avec la vérité, le bien avec le mal. Le voici. Comme c’est toujours un mal de troubler la vraie paix de même que l’ordre véritable ; comme c’en est toujours un aussi de blesser la vraie charité et de porter atteinte à la véritable liberté, les libéraux modérés ou catholiques libéraux appliquent à la fausse paix et à la fausse charité, ainsi qu’à une liberté menteuse et aune organisation du mal ayant quelque apparence d’ordre, ce qui est justement dit de la paix, de l’ordre, de la charité et de la liberté entendus dans leur vrai sens. Puis partant de là, ils prétendent que toutes les fois que la vérité ne peut être entendue, la justice invoquée et le bien pratiqué sans que la paix et l’ordre soient troublés, sans que la charité et la liberté soient blessées, c’est-à-dire, sans qu’il y ait soulèvement de mauvaises passions chez les méchants et vive opposition de leur part, sans qu’il faille les dénoncer, flétrir leurs desseins et réprimer leur audace, il y a obligation de se taire et de 11e pas remuer, afin de ne pas faire un mal pour produire un bien, ce qui est toujours illicite ; ou que, si l’on parle et l’on agit, il faut trouver le moyen de dire la vérité ei de mettre en pratique le bien et la justice, de façon à ne troubler ni l’ordre ni la paix, à ne blesser ni la charité, ni la liberté.
Et de là, enfin, cette manie chez eux, ou plutôt cette passion, de vouloir Wt concilier, conséquemment de sacrifier toujours plus ou moins la vérité al erreui, la justice à l’iniquité, en un mot le bien au mal. Il est bon de remarquer aussi, eu passant, que cette conciliation à outrance se prête admirablement à favoriser une multitude de petits intérêts propres, ceux delà vanité surtout. Ce côté alléchant du système en rehausse de beaucoup la valeur aux yeux de plus d’un, et lui promet longue vie dans une époque où l’on n’aime guère les
sacrifices. ^
Voulez- vous des faits qui justifient ces affirmations ? L’heure présente nous en fournit beaucoup plus que nous n’en pouvons enregistrer. L’examen d’un seul suffira pour le but que nous proposons. Prenons, par exemple, ce qui s’est passé quand nos évêques ont jugé à propos d’intervenir dans la question des écoles de Manitoba. Qu’ils aient eu le droit d’intervenir alors, c’est ce que nos catholiques libéraux ne nient pas, ou du moins n’osent pas nier ; qu’ils aient eu le droit de réclamer des écoles catholiques, ils ne le nient pas non plus et eux-mêmes réclament de telles écoles ; que les évêques enfin aient le droit de dire en quoi consiste l’école catholique, ils l’admettent encore. Mais, considérant ce qu’il y a à faire pour passer du domaine des idées à celui des faits, ils disent que sur le mode d’opérer ils sont aussi bons et même meilleurs juges que les évêques, vu les difficultés à résoudre, et que par conséquent ils ne sont pas tenus de suivre leur direction. De cette manière, tout en respectant l’autorité doctrinale des évêques dans la spéculation, ils la rendent illusoire et y échappent dans la pratique, sans paraître biesseï en rien l’orthodoxie, et cela, sous prétexte de sauvegarder les intérêts de la paix et du bon ordre.
D’autres admettent que le règlement Laurier-Green-
way ne peut être accepté d’une manière définitive, puisque les évêques le jugent radicalement mauvais et partant inacceptable ; mais ils sont d’avis qu’il est sage et prudent, et surtout dans l’intérêt de la paix, de s’y conformer en attendant que te mauvais vouloir des fanatiques de Manitoba se change en bonne volonté. En restreignant ainsi, quoique d’une façon tout-à-fait indéterminée, la durée de l’acceptation d’un tel règlement, ils s’imaginent qu’ils conservent intacts les droits de la justice et de la religion, bien qu’ils les sacrifient complètement. En effet, ce qui est mauvais en soi ne peut pas plus être accepté pour un temps quelconque que Pour toujours. Et, en outre, par cette acceptation dont le terme de la durée est fixé à l’éclosion de meilleurs jours, on ne voit pas ou l’on ne veut pas voir que les victimes du règlement Laurier-G-reenway, s’habituant à vivre sacrifiées, finiront par juger qu’elles n’ont plus de raisons assez graves pour recommencer, au prix de nouveaux labeurs, une nouvelle agitation, et qu’alors, l’injustice, avec tous ses mauvais fruits, sera devenue irréparable. Ici donc, comme chez les premiers, par un singulier tour de logique, on fait tout justement le contraire de ce que veut un principe quand il s’agit de 1 appliquer. Et c’est l’amour de la paix qui ménage de ces surprises !
D autres encore tout, les mêmes concessions en faveur des évêques, mais ils disent que, malgré tout, il faut se contenter du règlement Laurier-Green way, parcequ’il est impossible d’obtenir davantage, et que s’obstiner à vouloir que les catholiques de Manitoba soient réintégrés dans la possession des droits qu’on leur a injustement ravis, ce serait produire une ogitation et une irritation qui, détruisant l’ordre et la paix, aboutiraient à un désastre. Geux-la donc aussi reconnaissent bien les droits sacrés de lajustice, mais ils se croient dispensés
d’aller au-delà de cette reconnaissance, parcequ’à leurs yeux la lutte à soutenir pour les faire triompher serait un mal plus grand que le sacrifice de ces droits.
D’autres encore ne font pas difficulté d’avouer que les évêques parlent le langage de la vérité catholique et qu’il faut professer la doctrine qu’ils enseignent ; mais ils sont d’opinion qu’ils parlent inopportunément, qu’ils choisissent très- mal leur temps, et que les difficultés du moment à aplanir, les irritations à calmer sont une raison suffisante pour permettre de 11e pas presser l’exécution des règles de conduite qu’ils donnent.
D’autres encore disent que les évêques entendent bien la théologie, mais qu’ils ne sont pas suffisamment au fait de la politique ; que si la théologie a ses droits, la politique a aussi les siens qu’il est juste de respecter, puisqu’elle a pour fin spéciale de s’occuper des affaires temporelles ; que, dans ces questions, où la théologie et la politque interviennent simultanément et en sens contraire, il faut donner la priorité à celle des deux qui favorise le mieux la paix et le bon ordre, et que, dans la présente question, c’est évidemment la politique qui atteint le plus sûrement ce but, sachant mieux fléchir et se plier aux exigences des partis. E11 conclusion, c’est donc elle qu’il faut invoquer et suivre.
D’autres encore, faisant abstraction, volontairement ou non, des circonstances différentes de temps, de lieux ou de personnes, citent ce qu’ont dit les évêques sur une même matière en ces diverses circonstances, et montrent qu’ils ne sont pas tout-à-fait d’accord avec euxmêmes ou les uns avec les autres. D’où ils concluent que, puisque les évêques pensent différemment sur celte matière, ils ont bien le droit, eux aussi, d’user de la liberté de penser et de refuser toute direction qu’011 voudrait leur donner en pareille matière. Ils sont surit
tout heureux de recourir à cet expédient pour pratiquer ce qu’ils appellent la charité envers des amis poûtiques, qui seraient fort contrariés si les évêques étaient obéis dans les circonstances mêmes à propos desquelles il i élèvent la Yoix. Il n’est pourtant pas nécessaire d’être doué d’une très-grande perspicacité pour comprendre qu’une même chose, pouvant se présenter sous différents aspects, surtout à différentes époques de son existence, tombe naturellement par cela même sous le coup d’appréciations diverses.
D’autres enfin font profession de beaucoup de respect pour la parole des évêques, mais d’un respect qui ne dépasse point ce qu’on dod, si l’on veut garder les convenances, à des hommes très-honorables occupant une haute position. Ils déclarent donc qu’ils veulent bien croire tout ce qu’enseigne l’Eglise et se conformera ses préceptes, mais en autant que c’est l’Egiise universelle qui parle et qui commande. Ainsi donc, d’après ces derniers, comme il n’est jamais sûr que l’évêque dans son diocèse, ou qu’un groupe d’évêques, dans une province ecclésiastique ou un pays quelconque, transmettent réellement les enseignements, les ordres ou les directions de l’Eglise universelle, on peut toujours décliner respectueusement leur compétence et regarder ce qu’ils disent comme non avenu. La liberté, disent- ils, ne souffre pas les entraves de l’arbitraire. Si cette prétention est bien fondée, il en résulte que le mode de prédication de l’Evangile, établi par .Tésus- Christ lui-même, est très-imparfait ; qu’il a toujours laissé et qu’il laisse encore beaucoup à désirer.
Qu’on relise maintenant ce qu’a publié Y Electeur; qu'on relise aussi ce qu’ont publié et ce que publient encore la Patrie, le Soleil , le Cultivateur et autres journaux qui se disent catholiques en même temps que libéraux, et l’on se convaincra que ce sont toutes leurs opi-
nions, fidèlement exposées, que nous venons de grouper pour donner une idée exacte de leur système et de leur manière de procéder.
Pour juger sainement ce système et cette manière, nous ue saurions certes mieux faire que de rappeler ce qu’en a dit Pie IX dans plusieurs Brefs très-importants, où il parlait évidemment pour que sa parole fut acceptée comme celle du Pape enseignant les pasteurs et les fidèles. A la date donc du 6 mars 1873, il disait, dans un Bref au Cercle de la jeunesse catholique de Milan :
“ Bien que les enfants du siècle soient plus habiles que les enfants de la lumière, leurs ruses et leurs violences auraient sans doute moins de succès si un grand nombre, parmi ceux qui portent le nom de catholiques, ne leur tendaient une main amie. Oui, hélas ! il y en a qui ont l’air de vouloir marcher d’accord avec nos ennemis, et s’efforcent d’établir une alliance entre la lumière et les ténèbres, un accord entre la justice et l’iniquité au moyen de ces doctrines qu’on appelle catholiques libérales , lesquelles, s’appuyant sur les principes les plus pernicieux, flattent le pouvoir laïque quand il envahit les choses spirituelles, et poussent les esprits au respect, ou tout au moins à la tolérance des lois les plu i iniques, tout comme s’il n’était pas écrit que personne ne peut servir deux maîtres.
“ Or, ceux-ci sont plus dangereux assurément et plus funestes que des ennemis déclarés, et parce qu’ils secondent leurs efforts sans être remarqués, peut-être même sans s’en douter, et parceque se maintenant sur l’extrême limite des opinions formellement condamnées, ils se donnent une certaine apparence d’intégrité et de doctrine irréprochable, alléchant ainsi les imprudents amateurs de conciliation et trompant les gens honnêtes, lesquels se révolteraient contre une erreur déc’arée. De la sorte, ils divisent les esprits, déchirent
Funité et affaiblissent les forces qu’il faudrait réunir pour les tourner toutes ensemble contre l’ennemi.
Le 8 mai de la même année 18*73, Pie IX adressait un autre Bref à la Fédération des Cercles catholiques de Belgique ; on y lit ce qui suit :
“ Dans le but, non seulement de faire échouer les efforts de l’impiété, mais aussi de Nous attacher les fidèles par des liens constamment plus étroits, vou> mettez en commun vos lumières, vos forces et vos ressources. Ce que nous louons le plus dans cette religieuse entreprise, c’est que vous êtes, dit-on, remplis d’aversion pour les principes catholiques libéraux que vous tâchez d’effacer des intelligences, autant qu’il est en votre pouvoir.
“ Ceux qui sont imbus de ces principes font profession, il est vrai, d’amour et de respect pour l’Eglise et semblent consacrer à sa défense leurs talents et leurs travaux, mais ils n’en travaillent pas moins à pervertir son esprit et sa doctrine, et chacun d’eux, suivant la tournure paticulière de son esprit, incline à se mettre au service ou de César, ou de ceux qui inventent des droits en faveur d’une fausse liberté. Ils pensent qu’il faut absolument suivre cette voie pour enlever la cause des dissensions, pour concilier avec l’Evangile le progrès de la société actuelle, et pour rétablir l’ordre et la tranquillité. Comme si la vérité ne cessait pas d’être la vérité dès qu’on lui fait violence en la détournant de sa véritable signification, et en la dépouillant de la fixité inhérente à sa nature.
“ Cette insidieuse erreur est plus dangereuse ou’une inimitié ouverte, pareequ’elle se couvre du voile spécieux du zèle et de la charité ; et c’est assurément en vous efforçant de la combattre et en mettant un soin assidu à en éloigner les esprits sans défiance, que vous extirperez la racine fatale des discordes, et que voustra-
vaillerez efficacement à produire et à entretenir Burnou étroite des âmes. ”
Le 10 février 1873, dans un Bref au Président et à tous les membres de l’Association cathol que de5 Allemands, à Mayence, Pie IX avait donné les solennels enseignements et avertissements qui suivent :
Votre association ne saurait en ce moment atteindre son but, qui est de défendre la doctrine et les droits de l’Eglise, ainsi que le libre exercice de ces droits dam tout le domaine de la vie publique, si vous ne franchissez pas l’étroite limite des choses saintes, pour vous opposer, par tous les moyens que vous fournit la Constitution , à 1a, domination de l’arbitraire et à cette foule de lois injustes que l’on dirige contre l’Eglise. ”
Arrêtons-nous ici un moment. En présence de telles paroles, que ‘peuvent décemment alléguer nos catholiques libéraux pour se justifier à l’heure actuelle, eux qui, non seulement ont refusé de se servir de la Constitution qui consacre les droits de la minorité catholique de Manitoba dans la question des écoles, mais qui, pour favoriser les libéraux impies, leurs amis, ont énergiquement travaillé dans le but d’altérer profondément cette Constitution, en ce qu’elle contient de favorable aux catholiques, et qui y travaillent encore ? Que dire surtout du tourment qu’ils se sont donné, afin d’affaiblir la portée du dernier jugement du Conseil Privé d’ Angleterre dans cette question des écoles, et de faire ainsi accepter l’odieux règlement Laurier-Grreenway ? En vérité, c’est une honte, une ignominie pour nos libéraux. d’avoir moins souci de nos droits, comme cathoqires, que la protestante Angleterre. Continuons maintenant la citation commencée :
“ En effet, quand tous les droits de l’autorité ecclésiastique sont foulés aux pieds, quand la liberté du saint ministère est comprimée, quand on ferme la bouche
au sacerdoce , si le peuple catholique, fort de son droit sacré, ne se lève tout entier pour protéger sa religion, il n’y aura plus personne qui soit assez puissant pour résister effi.oacem.ent, sur le terrain de la légalité, aux adversaires de l’Eglise et pour la défendre contre l’arbitraire. ’’
Et qui, au Canada, s’est voué à la tâche d’empêcher le peuple catholique de la Province de Québec de revendiquer sérieusement les droits sacrés des catholiques de Manitoba, et lui a persuadé de dire amen à tout ce qu’il plairait à MM. Laurier et Green way de décréter relativement à ces droits, si ce ne sont nos catholiques libéraux ? Et que deviendront ces droits, si ceux qui devaient naturellement les protéger et les défendre sont les premiers à les sacrifier, sous prétexte de faire de la conciliation, au grand scandale des protestants honnêtes et intelligents qui ne comprennent guère que le catholicisme, tel qu’ils l’ont, toujours connu, puisse permettre semblable lâcheté ? Nos catholiques libéraux veulent à tout prix s’illustrer en prêtant leur concours à l’accomplissement de la grande œuvre, qui est depuis longtemps le rêve très-caressé de M. Laurier : détruire la nationalité canadienne-française, qui a ses racines dans l’antique foi de nos pères, pour lui substituer une nationalité purement canadienne, qui ne portera pas d’empreinte religieuse. Dans cet avenir béni, nous pleurèrons tous de tendresse dans les douces étreintes de l’union législative. En attendant, continuons de citer Pie IX :
“ Oette situation par trop lamentable devrait à elle seule suffire pour faire évanouir ce rêve détestable, si souvent réprouvé et condamné, d’après lequel le pouvoir civil serait la source de tout droit, et l’Eglise ellemême, par conséquent, soumise à l’omnipotence de l’Etat. Or, il n’y a pas un chrétien qui ne sache d’abord que Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui tout pouvoir a été
donné au ciel et sur la terre , ” a transmis ce pouvoir à son Eglise, et cela précisément pour qu’elle enseignât tous les peuples de l’univers, sans l’autorisation et même malgré les oppositions des princes, et ensuite qu’il a condamné, sans en excepter les rois, tous ceux qui refuseraient d’écouter l'Eglise et d’ajouter foi à ses enseignements. Aussi, avons-Nous appris avec douleur que cette erreur pernicieuse n’est pas seulement défendue aujourd’hui par des hommes étrangers à l’Eglise, mais qu’elle est même acceptée par quelques catholiques. ’’
Après de telles paroles, que penser et que dire de ce grand, grand, trois fois grand principe que M. Laurier, qui semble ne se douter guère des énormités qu’il débite, déclare solennellement et emphatiquement avoir pris pour base de sa phénoménale politique : “ Ne tenir absolument aucun compte de n’importe quelle foi religieuse ? ” M. Laurier dit que la reconnaissance de ce principe s’impose dans un pays mixte. Pie IX enseigne tout le contraire, puisqu’il s’adresse ici à des Allemands, chez qui les croyances religieuses diffèrent comme au Canada.
Yoici encore un autre Bref très-explicite, en date du 9 juin 1873. Pie IX l’adressait au Président et à tout le Conseil du Comité catholique, à Orléans.
“ Nous Nous réjouissons de ce que vous aussi, vous avez formé un Comité pour combattre l’impiété qui travaille au renversement de tout ordre, et Nous voyons avec joie que vous avez à cœur de commencer vos luttes sous d’heureux auspices en demandant le secours et la bénédicion de ce Siège Apostolique, à qui seul a été promise une constante victoire sur les puissances des ténèbres.
“ Mais, bien que vous ayez en effet à cœur de soutenir la lutte contre l’impiété, cependant vous avez moins à redouter de ce côté, peut-être, que de la part d’un grou-
pe ami composé d'hommes imbus de cette doctrine équivoque , laquelle, tout en repoussant les conséquences extrêmes des erreurs, en retient et en nourrit obstinément le premier germe, et qui, ne voulant pas embrasser la vérité tout entière, n’osant pas non plus la rejeter tout entière, s’efforcent d’interpréter les enseignements de l’Eglise de manière à les faire concorder à peu près avec ses propres sentiments. ”
Yoilà bien le très-fidèle portrait des catholiques libéraux sous n’importe quelle latitude, des nôtres en particulier. Qui ne les a entendus, ces bons apôtres, protester maintes et maintes fois qu’ils n’aiment rien tant que l’Eglise et la vérité qu’elle a mission de prêcher au monde ? Et cependant, tout en faisant retentir bien haut certaines vérités, iis ont une manière de les articuler, une manière de les entendre et surtout une manière de les appliquer qui déroute et déconcerte. En passant par leur bouche, la vérité perd toujours quelque chose de ce qu’elle est, soit de son inflexibilité, soit de sa limpidité. Dans le catholique libéral, il semble qu’il y ait quelque chose de la ruse du semi-arien et beaucoup de la souplesse du janséniste, qui glisse si bien qu’on ne peut le saisir.
Pie IX continue et dit : “ Aujourd’hui encore, il en est qui adhèrent aux vérités récemment définies par un pur effort de la volonté, et cela pour éviter l’accusation de schisme et pour abuser leur propre conscience, mais ils n’ont nullement déposé cette hauteur qui s'élève contre la science de Dieu , ni réduit leur intelligence en captivité sous l'obéissance de Jésus- Christ .
>>i de telles opinions s étaient glissées secrètement dans votre esprit et y dominaient, vous n’auriez certainement point à espérer cette fermeté et cette force que peut seule vous apporter une parfaite adhésion à l’esprit et aux doctrines de la chaire de Pierre ; et pour
cette raison, non seulement vous ne seriez pas en état de soutenir utilement la lutte, mais vous causeriez peut-être un plus grand dommage à la cause que vous voulez défendre. Soyez donc en garde contre cet ennemi caché ; repoussez ses dangereuses suggestions. ” Enfin, dans un Bref qu’il adressait le 21 juillet 1873 à Mgr l’évêque de Quimper, Pie IX disait encore : “ Les membres de l’Association catholique, qui, sous votre présidence, ont tenu leur première réunion dans votre ville épiscopale, . ne seront pas détournés de l’obéis¬
sance, due au magistère infaillible du successeur de St Pierre, par les écrits et les efforts des ennemis de l’Eglise et de ce Siège Apostolique, puisque c’est précisément contre eux qu’ils ont engagé la lutte. Mais ils pourraient trouver une voie glissante vers l’erreur dans ces opinions soi-disant libérales qui sont accueillies par beaucoup de catholiques , honnêtes d’ailleurs et pieux, dont par conséquent la religion et l’autorité peuvent très-facilement attirer à eux les esprits, et les incliner vers des opinions trèspernicieuses. Avertissez donc, Vénérable Frère, les membres de l’Association catholique que, dans les nombreuses occasions où Nous avons repris les sectateurs des idées libérales, Nous n’avons pas eu en vue ceux qui haïssent l’Eglise, et qu’il eût été inutile de désigner, mais bien ceux que nous venons de signaler, lesquels, conservant et entretenant le virus caché des principes libéraux qu’ils ont sucé avec le lait, sous prétexte qu’il n’est pas infecté d’une malice manifeste et n’est pas, suivanteux, nuisible à la religion, l’inoculent aisément aux esprits et propagent ainsi les semences de cee révolutions dont le monde est depuis longtemps ébranlé. ” Malgré des avertissements de tous genres et venant de tous les côtés, nos libéraux modérés ou «‘atholiques libéraux demeurent toujours fermes sur leurs étriers. Dans le temps, ils ne sont pas plus émus des Brefs que
nous venons de citer, qu’ils n’en tiennent compte aujourd’hui. On a beau dire et beau faire, ils parviennent toujours à trouver des raisons qui démontrent que, selon leur manière de les comprendre, la paix, l’ordre, la charité et la liberté nous font un devoir de vivre en bons termes avec les impies, et, par conséquent, pour éviter toute guerre avec eux, de se les concilier par des tempéraments et des concessions. Ils ont si bien réussi par ce moyen à dénaturer la vérité et, par suite, à affaiblir le >sens moral, qu’aux yeux des masses qui les acclament, le décalogue ne condamne plus guère que le vol, l’homicide, la prostitution, et encore ! En somme, les doctrines catholiques libérales minent sourdement, mais très-efficacement, l’esprit de foi et d’obéissance, et nous jettent dans la large voie du libre examen, en attendant qu’elles nous précipitent dans l’abîme de la révolution.
Mais, aux yeux de nos catholiques libéraux, quelle extravagance que d’exprimer de pareilles idées ! Qiioi ! les doctrines catholiques libérales seraient à ce point criminelles, et elles n’auraient de fécondité que pour produire des catastrophes ? Le contraire, pensent-ils, est d’une telle évidence que, pour ne pas le voir, il faut être aveuglé par trop de lumière. En effet, par leur prudence et leur sage modération, nos catholiques libéraux ne forment-ils pas la digue en talus qui reçoit sans heurt tout l’effort des vagues en courroux de l’impiété, et ne leur permet de déverser au-delà que juste ce qu’il faut pour fertiliser le sol ? A jamais admirable économie du système catholique libéral ! Il s’oppose mal en lui présentant une surface si doucement inclinée qu’il en jaillit toujours un grand bien ! A preuve, ce que disait le Réveil , il y a quelques semaines, en nous montrant, dans un rapide exposé, les progrès toujours croissants et vraiment étonnants que le libéralisme impie a fait parmi
nous, depuis quil s’y est introduit. Le morceau est à lire et à conserver. On n’y verra pas sans intérêt que M. Laurier, parfaitement connu au Réveil, est bien ce que nous avons dit : un fourbe fieffé qui fait de son mieux pour jouer les catholiques. Yoici l’article du Réveil: il donne l’exacte, la vraie pensée de tous ceux qui, dans le passé et dans le présent, ont été et sont l’âme et la vie du x>arti libéral.
“ Lî parti de V Avenir de 1854 fut fondé au sein d’une jeunesse généreuse, pleine de chaleur, de valeur et de rare talent.
“ On décida de reprendre l’agitation et d’employer trois forces :
“ 1° La Presse, et V Avenir entonna fièrement la bataille ;
“ 2° L' Association, dont l’arme fat l’Institut canadien ;
“ 3° Le Parlement, en poussant dans l'enceinte législative les 13 de 1854.
(Notons, entre parenthèse, que ces 13, rendus célèbres par la PI éïade Rouge, étaient MM. A. A. Dorion, Papin, Prévost, J. B. E. Dorion, Daoust, Joseph Dufresne, Laberge, Bourassa, Darche, G-uèvremout, Bureau, Valois et Jobin ).
Voilà ce qui fut fait, voilà le noyau dont découle le parti libéral, du général au caporal, du premier ar rivé, M. Laurier, au dernier accepté, M. Tarte.
“ Nous citerons une autre fois le programme qui e&t la tunique de Nessus donc M. Laurier ne peut se dégager sans renoncer au titre de libéral, et qu’il supporte d’ailleurs avec aisance, car, né dans ces principes, il ne peut les renier aujourd’hui. Ce lait qu’il a sucé, c'est la chair de sa chair, ce libéralisme anglais, qu'il invoque pour le public comme un dérivatif \ c’est le libéralisme de 1854, ne courbant la tête devant aucune puissance sur laquelle le sujet n’a pas de contrôle, et ne pouvant s’hu-
milier devant aucune puissance spirituelle sur le terrain matériel ; c’est le positivisme, c’est Papineau retour de France. ( Or, Papineau retour de France étant véritablement impie, il est aisé de conclure ce qu’est M. Laurier.)
L’Ecole de 1854, par exemple, n’y mit pas d’hypocrisie. ( Tiens, il parait que M. Laurier fait un peu l’hypocrite ! )
“ Elle fut logique et admit avec toutes ses conséquences la nécessité d'écraser le clergé pour faire triompher son programme.
“ Aujourd’hui le programme est le même, mais on tente de le faire passer sous la robe du clergé, et voilà ce qui nous révolte.
L'heure des calculs arrivait.
“ Nous sommes sûrs des opinions de nos chefs ; eussions-nous des doutes, les discours qui, depuis huit jours se prononcent à Ottawa, suffiraient à nous prouver qu’au fond nous sommes avec eux en communauté d idées. La lutte de Champlain est un indice, les relations du gouvernement et du clergé le démontrent fatalement, mais les uns manquent de bravoure, si les autres, nous peut-être, manquent de discrétion. u En 1817, Laurier vint.
" Tous les vieux chefs, fatigués, avaient disparu ; les
uns étaient morts, les autres casés comme les Dorion.
“ Nous ne lui ferons pas l’injure de croire qu’il ait renié une seule de ses convictions libérales ; mais il prit une ligne nouvelle qu’il suit encore, sans que les progrès qu’il accomplit en soient pour cela, moins réels.
“ Dè's son premier discours, en 1877, il jeta du lest pour se débarrasser des questions gênantes et il affecta de ne plus parler du vieux programme ; mais, Dieu merci, suivant le mot de G-ambetta, en y pensant toujours.
8>es discours sont à cet égard conçus dans une fi-
liesse et une prudence qui reflètent un puissant tacticien.
Une fois seulement, en vingt ans, il s’est livré au point de déclarer qu’il ne reniait pas la foi ancienne, et que le vieux libéral ne faisait que dormir dans son cœur.
“ La sécularisation des écoles au Manitoba, cette idée chère aux vrais amis de la liberté , n’est pas l’œuvre du hasard. Elle eût pu être entravée en 1890 d’un mot du chef libéral des Canadiens de Québec au chef libéral des Canadiens de Manitoba ; ce mot magique eut fait cent fois plus que le désaveu, et n’a pas été prononcé.
“ Et cela ,parceque la sécularisation est dans le programme.
“ La lutte anticléricale continue, nos amis peuvent en être sûrs, et le chef libéral l'approuve , mais il se couvre derrière un paravent. Ce paravant est aujourd’hui Merry del Val, demain ce sera un autre, et pourtant l’œuvre progresse. ”
Les catholiques libéraux ne sauraient applaudir à toutes ces paroles ; mais ils n’en demeurent pas moins les très-fermes appuis de ceux qui les prononcent. Et quelles louanges, quels applaudissements pourraient valoir cet appui !