DOCTRINES CONSTAMMENT PROFESSÉES PAR LES CHEFS DU PARTI LIBERAI
Les libéraux, dont nous combattons les principes et les moyens d’action, sont les libéraux canadiens-franeais, et pas d’autres. Leur libéralisme est une importation de France et de Belgique ; il leur a été inoculé par la fréquentation des hommes ou la lecture des ouvrages imbus de cette pernicieuse erreur. Comme les libéraux français et belges, les nôtres se rangent aussi en deux catégories : les uns, libéraux avancés ou impies, purs rationalistes ; les autres, libéraux catholiques, prêtant appui et main forte aux premiers, sans toutefois professer leurs erreurs. Les premiers sont fils de Voltaire ; les seconds sont de l’école qui veut la paix ave. tout le monde, excepté avec ceux qui fonl profession d’aimer la vérité et de la défendre telle qu’elle est, tout entière, sans la voiler, ni l’amoindrir pour aucune considération.
üapiès (xrégoire XVI et Pie IX, les libéraux impies sont ceux qui veulent la sécularisation de la politique et de l’enseignement, qui réclament la liberté de cons¬
cience, d’où découle l’égalité des cultes, puis, la liberté de la presse, c’est-à-dire la liberté de parler et d’écrin conformément à la liberté de penser ; les catholique libéraux sont ceux qui, sans donner dans l’erreur de, libéraux imuies, leur prêtent néanmoins une maii
amie, tantôt d’une façon, tantôt d’une autre, et favorisent par là la diffusion de cette erreur.
Or, depuis plus de quarante ans, nous avons vu des hommes de notre race, qui, pleins de, l’impiété française, ont fait non seulement de, la propagande par leurs discours pour répandre cette impiété parmi nous, mais qui même ont fondé des journaux pour la propager plus rapidement et d’une manière plus efficace. Et ces journaux, loin de tomber dans le discrédit, ont constamment, vu s’accroître h* nombre de leurs abonnes. Le premier, en date, de cette famille a paru en 1848 et s’intitula Y Avenir ; d’autres ont suivi, se sont régulièrement succédé ou ont existé simultanément, croissant toujours en nombre jusqu’à nos jours. Les principaux ont été le Pays de Montréal, le Défricheur , le Semeur, le National, de Québec, la Lanterne , la Patrie , le Réveil , etc.
Les doctrines qu’ils n’ont cessé de soutenir et de propager, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, ont été les suivantes, qui} nous extrayons des écrits mêmes de leurs rédacteurs :
“ Nous attendons, en le favorisant le plus possible, le règne des idées démocrates. Nous 1 attendons avec certitude, car, nous le répétons, cette doctrine est le rationalisme, en politique, et la raison doit dominer en ce
monde . On craint la lumière, et le moyen du clergé
pour empêcher la lumière, c’est de ne donner que l’éducation qui lui convient. On craint la lumière, parceque la lumière amène l’examen, parceque la lumière apprend à penser par soi-même, que la lumière amène la liberté, car il n’y a que les peuples ignorent* qui soient esclaves .
“ L’alliance de l’Eglise et de l’Etat a toujours été malheureuse pour les peuples . Les dernières nouvelles
nous apprennent la déchéance du lape comme îoi et la proclamation de la République à Rome . Nous sa-
luons avec enthousiasme cet évènement, que nous n'hésitons pas à proclamer comme glorieux pour la cause
des nations . Dans le siècle où nous vivons, nous ne
comprenons pas l’existence de communautés d’hommes, se livrant à la vie contemplative, dans le ci lice et dans la haire. C’est à nos yeux une déplorable aberration du spiritualisme . Périclès, Cicéron auraient-ils pu ja¬
mais s’imaginer que leur belle patrie serait envahie un. jour par des barbares, et que les papes et les moines y domineraient un jour ? Qui peut dire ce que les destinées réservent au Canada '{
Ces idées et d’autres non moins funestes, avec force commentaires et développements, étaient de 1849 à 1850, mises en circulation dans le public parle journal V Avenir, organe des fondateurs de notre parti libéral actuel.
Un peu plus tard on écrivait : “ L’ultramontanisme rend de plus en plus irrémédiable l’antagonisme profond qui existe depuis si longtemps entre la conscience de l’humanité et les détestables traditions politiques de la Papauté. On veut nous soumettre au contrôle d’hommes qui n’ont d’autres notions politiques que celles qu’ils ont pu acquérir sous le régime papal , le pire qui existât en Europe avec le régime russe ou le régime autrichien en Vénétie .
“ Il n’existe pas un homme digne d’entrer dans un gouvernement qui consentirait à recevoir sa direction des membres des congrégations romaines, dont quelques-unes sont si décriées par leurs arrêts, ou par les opinions ou les décisions qu’elles ont émises à différentes époques . L’essence du pouvoir clérical est la né¬
gation de tout droit qui ue découle pas du bon plaisir du Pape, principe odieux qui sape par sa base tout droit naturel et politique .
“ L’infaillibilité d’un homme (le Pape) sur les ques-
fions de mœurs , c’est-à-dire en matière sociale , politique , législative , légale ou scientifique , donc sur tous les sujets de l’ordre temporel , est la plus terrible aberration de l’iiistoire .
“ L’Eglise dit que l’Etat doit lui être soumis pareeque sou pouvoir est d’une nature supérieure au sien. Ceci est une pure confusion d’idées, puisque le spirituel et le temporel sont deux ordres de choses essentiellement distinctes. Dans le domaine spirituel, l’Etat n’a pas de compétence ; mais dans le domaine temporel l’Eglise n’a pas de compétence non plus, puisque ne possédant pas, par la nature de son institution, la puissance coercitive, elle ne saurait commander les actes de la vie civile, ni punir la violation de la loi. Ceci est incontestablement la part du pouvoir civil . Et puis, si l’Etat
est soumis à l’Eglise, celle-ci sera donc juge en dernier ressort dans toutes les questions qui surgiront entre elles et l’Etat, ou par l’Etat entre elle et les particuliers ; donc toujours juge en sa propre cause. Ce serait donc le règne de l’arbitraire, et de l’arbitraire de la pire espèce, puisqu’elle ne reconnaît aucune responsabilité en ce monde. Or, l’Eglise a trop montré, à toutes les époques de son histoire, combien il est dangereux de ne pas la tenir en bride, pour qu’aprôs tant d’amères expériences de sou esprit d’accaparement et de domination, l’Etat puisse consentir à se faire son instrument....
“ D’une personne à une autre, d’une intelligence à un autre, il ne saurait y avoir d’autre rapport possible que la parole et la discussion. Pour faire accepter une vérité, il ne faut pas seulement affirmer, mais il faut examiner, discuter et convaincre. Et le seul résultat possible de notre entretien, vous, m’affirmant une opinion et moi l’examinant, c’est la conclusion : Je suis convaincu ou je ne le suis pas. Si je ne le suis pas, comme la loi du Christ est la loi parfaite de la liberté, vous n’avez
pas le droit de m’imposer une opinion dont, dans ma conscience, cette lumière intérieure que Dieu m’a donnée, je ne puis voir la rectitude . Voilà ce qui montre
que l’Eglise ne saurait être autre chose que la société libre et universelle des esprits ; et d’un esprit à un autre on ne conçoit pas la coercition.
L’humanité repousse de plus en plus énergiquement les entraves à son progrès, et son mot d’ordre est aujourd’hui : Respect au sacerdoce vraiment humble» éclairé, charitable et chrétien ; mais résistance énergique, et guerre, s’il le faut, au sacerdoce dominateur l Revendication des droits de la raison humaine ! Guerre à tous les dispotismes ! Suprématie du corps social ! Souveraineté du peuple et rétablissement définitif de la liberté ! Malheur à qui ne comprend pas ! ”
Ét depuis que ces lignes ont été écrites, c’est-à-dire, depuis une vingtaine d’années, qu’avons-nous entendu répéter à peu près chaque jour par ceux qui se disent et sont en réalité les porte-drapeaux du parti libéral? Ouvrons la Patrie , l’organe sans peur et sans reproche du parti ; l’organe qu’il reconnaît comme parfaitement orthodoxe et professant le libéralisme le plus pur ; l’organe dont l’autorité est incontestable et incontestée, et qui nourrit tout sou peuple de sa plénitude sans s’épuiser jamais ; l’organe enfin qui est le chef de file, le guide et l’inspirateur de tous ces goglus qui modulent chacun selon la force de son gosier, dans les prés toujours verts du libéralisme : ouvrons la Patrie et écoutons ce qu’elle dit. Comme il serait trop long de citer textuellement, contentons-nous de résumer fidèlement.
Ce que la Patrie , depuis vingt ans et jusqu’à ces trois derniers mois, où elle a changé de propriétaire et de rédacteur, n’a cessé de redire sous toutes les formes et sur tous les tons, c’est que les hommes naissent égaux, libres, et qu’ils ne sont soumis qu’aux lois qu’ils veulent
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bien se donner orr accepter; que le Créateur n’a pas fait l’homme pour se l’asservir, mais pour qu’il se développe, se perfectionne librement, conformément à sa nature, sous l’impulsion des facultés qui lui sont inhérentes, avec la seule raison pour lumière et pour guide ; que la religion, eu tant que sentiment intérieur et personnel, est chose infiniment respectable, puisqu’elle relie l’homme à son Créateur, mais que sitôt qu’on veut lui donner d’autres sanctuaires que celui des âmes, et lui faire prendre un corps sensible dans une association ou une organisation quelconque, elle s’altère considérablement et sert de prétexte et de masque à l’orgueil, à l’ambition, au despotisme et à toutes les cupidités de ceux qui veulent régner par la superstition ; que l’Etat est souverain, complètement indépendant, puisqu’il est l’expression de la raison commune et de la volonté de tous ; qu’il a tous les droits par conséquent, que rien ne lui est supérieur en ce monde, et que toutes les sociétés religieuses ne doivent se mouvoir dans son sein que selon son bon plaisir et les privilèges qu’il leur concède ; que nulle société religieuse, l’Eglise catholique pas plus que les autres, n’a le droit d’intervenir dans les questions politiques ; que les Papes, mettant le pied sur ce terrain, ont usurpé les droits de l’Etat, et que c’est grâce à l’ignorance du moyen-âge qu’ils ont pu agir de la sorte ; que le pouvoir temporel du Pape n’a pas de raison d’être, et que les révolutionnaires d’Italie doivent être comptés parmi les intelligents bienfaiteurs de l’humanité ; que la prospérité publique demande qu’il y ait le moins possible de biens en main-morte, lesquels 11e fructifient en aucune manière, et qu’il faut en conséquence limiter de plus en plus la permission de posséder jusqu’ici accordée aux congrégations religieuses; que tous doivent concourir au bien de l’Etal et par suite en porter les charges, soit en payant les taxes
ou autrement, le clergé, les communautés religieuses, comme les autres, selon que la loi l’aura réglé et décrété ; qu’il est expédient d’abolir la dîme, telle qu’elle existe encore en Canada, et de soumettre le clergé au régime au vigueur chez les Français, où le gouvernement se charge de lui donner une rétribution convenable ; que l’Etat doit avoir la haute main sur l’éducation, puisque l’éducation forme les citoyens et qu’il a le plus grand intérêt dans cette formation ; qu’il a le droit, 1 par conséquent, de faire donner l’enseignement qu’il juge le plus propre à la la bonne formation de la jeunesse ; que les écoles, les académies, les collèges et les universités, étant surtout des pépinières de citoyens, le bon sens et la raison exigent que les enfants et les jeunes gens qui les fréquentent y soient formés à la vie civile et laïque, par des instituteurs laïques, les seuls aptes à cette importante fonction ; que l’enseignement public doit uniquement tendre à mettre chacun en état de gagner sa vie selon ses goûts et ses aptitudes, et à remplir les divers emplois publics ; que, quant à l’instruction religieuse, elle doit se donner dans la famille et à l’Eglise, si on la regarde utile ou nécessaire ; qu’il est enfin important de mettre les jeunes intelligences en contact journalier avec les grands esprits du siècle, tels qu’Eugène Suc, Quinet, Victor Hugo, Zola etc.
De plus, la Patrie n’a eu que de constants éloges à donner à la France révolutionnaire, dans la personne de tous ses principaux représentants, tels que Gambetta, Ferry, Goblet, Bourgeois. Elle a toujours dit. que pour elle il n’y avait de vraie France que celle-là, et que le comble de ses vœux serait d’avoir un Canada à l’image de cette France. Et, en attendant leur accomplissement, elle soupirait après l’annexion du Canada aux Etats-Unis.
Si maintenant l’on prête l’oreille à ce que disent nos
libéraux d’aujourd’hu", l’on trouve que, loiu de le eéder à leurs devanciers, ils sont même en progrès et l’emportent sur eux dans l’art de défigurer, de dégrader et de salir tout ce qui est respectable et sacré pour le vouer ensuite au mépris et à la haine. Qu’on lise les extraits suivants et l’on s’en convaincra : ces ineptes et sacrilèges brutalités, accommodées à une espèce de sauce philanthropique, sont le fait des priucipaux écrivains de notre parti libéral :
“ La liberté la plus précieuse, la plus sacrée, la liberté de penser, la liberté de se conformer en tout aux règles de la saine raison, cette liberté même nous est refu-ée, à nous, peuple canadien ! Ou ne nous impose qu’un credo : le credo de l’absurde ! On ne nous impose qu’une posture : l’agenouillement ! On ne nous impose qu’une science : le psautier de David ! On ne nous laisse qu’une arme : le chapelet ! C’est le croupissement d’une race dans l’accroupi: sement. Et lorsque quelques rares esprits éclairés et indépendants ont voulu faire entendre leur voix autorisée ; lorsqu’ils ont voulu affranchir leurs frères de l’esclavage moral dans lequel ils étaient plongés, le clergé en masse s’est ligué contre ces hommes de cœur, il les a anathématisés, flétris et voués au mépris et à la haine de leurs concitoyens .
“ Bien des préjugés, bien des croyances même se fondront au creuset de notre analyse. Nous 11e répondons même pas que les dogmes subsisteront dans toute leur intégrité ; mais nous prions nos lecteurs de ne pas s’alarmer outre mesure et de considérer que ces dogmes sont l’œuvre des hommes. Les seuls intéressés à leur maintien, c’est-à-dire les prêtres, les moines et les nonnes, de tout froc et de toute coiffe, ont le droit de verser de pieuses larmes sur cet attentat ; mais le peuple doit s’en réjouir et nous aider à renverser la pyramide d’a-
bus sous laquelle nous étouffons depuis si lougtemps- Nous n’avons pas l’intention de toucher à la Religion, c’est-à-dire à la sublime doctrine du Christ. Mais à cet te organisation anti-sociale qui s’appelle le cléricalisme et qui, depuis tant de siècles, pèse sur les intelligences et sur les consciences dans un but de cupidité, nous prétendons arracher les masques .
“ L’Eglise a enfanté des théologiens, c’est-à-dire des hommes qui prétendent posséder la science de Dieu par la révélation directe ou par l’entremise du Saint-Esprit. Ces théologiens outragent la raison pas des sophismes et des absurdités, et corrompent toutes les vertus par leur soif effrénée des honneurs et des richesses .. .La théologie, quintessence du cléricalisme, n’est-elle pas le lien brutal qui fixe les peuples au poteau infâme de l’igno' rance, qui les réduit, les immobilise et permet aux théologiens oie venir impunément les bafouer et le s dépouiller . Et si la catholicité tout entière se révol¬
te contre la casuistique immorale des théologiens, quel cri ne pousse -t-elle pas contre la vermine monacale ? A quoi servent ces moines et moinillons parasites, ces nonnes et ces nonnettes stériles ? Partout on manque de cultivateurs ; partout on réclame plus de mains pour travailler et moins d’oisifs qui augmentent. ”
Plus on lit les tirades échevelées de nos écrivains libéraux, plus on croit entendre les voix furibondes des jacobins du siècle dernier. Voici encore un échantillon de leur manière d’éclairer le peuple sur ses devoirs et ses droits :
“ Que faut-il au clergé pour régner ? Pour régner, il lui faut de l’or : il le prend. Pour le prendre, il lui faut subjuguer le peuple : il l’abrutit. Pour l’abrutir, il lui faut le droit d’élever la jeunesse : il se l’arroge. Alors, il peut, sans danger, et sans crainte, fouiller les poches et les vider .
“ Notre bon peuple est exploité, surmené, pressuré, bâillonné, aveuglé, damné par un clergé avide d’or, insatiable d’autorité et jaloux de ses prérogatives jusqu’à la fureur. Et le peuple canadien, peuple débonnaire, qui a en horreur les agitations, les querelles et les représailles : le peuple soumis, habitué à courber .le front sous la main rigide des marchands de salut ; le peuple craintif, qui tremble à l’idée d’un enfer fictif et qui supporte toute sa vie un enfer réel ; le peuple ignorant ) qui est incapable d’établir une distinction entre la vie, les maximes et la doctrine du Christ, et la vie, les maximes et la doctrine des pharisiens pillards qui ont usurpé sa divinité ; eh ! bien, ce peuple a tressailli ! ..
“ Il s’est aperçu, ce bon peuple canadien, qu’il n’était qu’un instrument entre des mains expertes, et, depuis sa découverte, il n’aspire qu’après son émancipation matérielle et morale .
“ A l’époque où nous sommes, la servitude d’un peuple comme le peuple canadien français, qui participe des deux plus fortes races du vieux monde, serait une monstrueuse anomalie si elle se prolongeait au-delà du temps matériellement nécessaire à une révolution pacifique qui, sans secousses violentes, émancipera les esclaves de ce clergé autoritaire, avare, ignorant, jouisseur et paresseux. ”