‹ Le libéralisme dans la Province de QuébecChapitre 3 sur 12 · COMMENT PROCEDENT NOS LIBERAUX · texte numérisé non relu

COMMENT PROCEDENT NOS LIBERAUX

Ces quelques citations nous font bien voir quelles ont été et quelles sont toujours les aspirations de ceux qui forment la partie dirigeante du parti libéral canadien français : ils veulent la destruction du catholicisme au

profit du rationalisme. Mnis une chose a remarquer, c’est que tous ne professent pas ouvertement, publiquement les funestes erreurs dont ils sont imbus. La plupart s’en gardent bien : ils se dissimulent très-habilement, et c’est par ce moyen qu’ils en imposent à la bonne foi et font un grand nombre de victimes. Impies qui ne le cèdent en rien aux plus huppés de 1a. France, ils l’emportent sirr ces derniers en ce sens qu’ils sont d’une astuce à faire pâlir le serpent.

En effet, bien qu’ils haïssent souverainement l’Eglise, qu’ils nient même la divinité de Jésus-Christ et regar dent la religion comme une abrutissante superstition, ils se disent néanmoins catholiques, catholiques sincères, et tiennent à passer pour tels. Dans l’occasion, ils 11e craindraient même pas de le jurer au Pape, s’ils avaient l’espoir d’en tirer profit, un jour ou l’autre, pour le succès du leur cause. Aussi n’hésitent-ils pas à prendre part aux bonnes œuvres qui ont de l’éclat, et ils les encouragent parfois très-généreusement. Ils font davan tage : ils vont même à la messe, communient, s’il le faut, pour conserver leur influence, et, en général, professent extérieurement un grand respect pour la religion et ses ministres,

Ils soutiennent, il est vrai, que la religion n’a aucun contrôle à exercer sur la politiqrre ; mais tout de suite, pour calmer les appréhensions que l’énoncée d’un tel principe pourrait faire naître, ils se hâtent d’ajouter qu’ils reconnaissent aux prêtres le droit de s’en occuper, pourvu qu’ils le fassent comme simples citoyens, et non comme ministres de la religion. Par cette ingénieuse manière de sembler meltre chaque chose à la place qui lui convient, ils font avaler à une masse de gens cette impiété de premier ordre, grosse de tous les maux, qui exclut la religion de la politique, et ils y réussissent d’autant mieux qu’ils la donnent comme l’expression en

pratique du respect avec lequel on doit traiter les choses divines. Eux seuls et leurs intimes connaissent tou' te la perversité de leurs desseins, et ils se promettent de joyeuses ripailles, après avoir adroitement et poliment éconduit de son domaine le Dieu dont le peuple, veut qu’on respecte l’autorité partout où il est.

Cette doctrine erronnée, ou plutôt ce criminel délire, qui affirme que la politique est par sa nature en dehors de toute religion, pleinement indépendante, et que par suite l’autorité spirituelle ou ecclésiastique n’a pas le moindre contrôle à exercer sur elle, est d’une extrême fécondité et la plupart de ses fruits sont des catholiques libéraux. Aussi, nos libéraux impies s’efforcent-ils de la loger dans toutes les têtes et de l’y river pour toujours. À la vérité, le très-grand nombre des catholiques libéraux la rejettent dans t<mte sa crudité native ; mais iis l’ acceptent sitôt qu’ils croient y découvrir un point qui leur permette de la mettre en contact avec quelque chose de l’affirmatian catholique. Ils s’imaginent alors que l’erreur a été en quelque sorte baptisée, et qu’elle n’a plus rien de redoutable. C’est ainsi que,, pour les uns, elle a reçu le baptême dans ce fam ?ux linitif qui reconnaît aux prêtres le droit de se mêler de politique comme citoyens et à la manière des simples citoyens ; que, pour les autres, elle l’a reçu dans cette restriction qu’ils y mettent, savoir, qu’il y a réellement des cas, quoique très-rares, où l’autorité spirituelle peut intervenir en politique, mais seulement quand c’est urgent et d’une évidente nécessité. Et ils sous-entendent qu’il n'appartient qu’à eux seuls de juger quand il y a urgence ou nécessité. De fait donc et eu pratique, il arrive que les catholiques libéraux, tout comme les libéraux avancés, bannissent la religion de la politique. Aussi, l’application, même à outrance, de la loi dite de l 'influence indue à nos évêques et à nos prêtres, est-elle le fait do nos eatho-

liqnes libéraux Les protestants saus fanatisme, comme il y en a beaucoup au Canada, n’auraient jamais osé ni voulu prendre cette initiative.

Si grand nombre de nos libéraux impies se déguisent et se cachent, il est néeesaire que quelques-uns au moins se montrent tels qu’ils sont et parlent ouvertement, car on ne peut pas semer et propager une doctrine quelconque sans se montrer ni parler. Ces quelques-uns, nous l’avons vu, ne font pas défaut, et ils s’expriment avec une désinvolture, une audace et une impudence qui atteignent la perfection du genre. Sans vergogne aucune, ils sont très-experts dans l’art de mentir, et ils connaissent au parfait quels ressorts il faut faire jouer pour imprimer certains mouvements à la bêtise humaine et la mettre à leur service. Profitant donc de tous ces avantages qui leur sont propres, ils procèdent avec d’autant plus d’assurance que leurs amis, dans l’ombre, et les catholiques libéraux, ouvertement mais avec inconscience, leur prêtent un précieux et puissant secours. Et c’est alors que nos impies, qui se dissimulent et se cachent, jouent un rôle d’une grande imporce. Tout en feignant de déplorer on 11e peut plus les excès de plume qui se commettent, ils entonnent une antienne qu’ils savent fort bien dans le ton qu’aiment à moduler les catholiques libéraux, et que ces derniers continuent avec entrain et répètent même à satiété. Ils disent donc que le plus sage est de ne tenir aucun compte de tels excès, et de les laisser passer sans rien dire ; que paraître y prêter attention et s’en inquiéter leur donnerait une importance qu’ils n’auraient pas autrement. Quant à certaines iniquités commises, ou sur le point de l'être, contre la liberté et les droits de l’Eglise, v ils prétendent que la prudence conseille de s’en tenir à une simple protestation, qui finira tôt ou tard par toucher les cœurs bien disposés ; que vouloir maintenant aller

au-delà de ce que dicte cette prudence et réclamer avec énergie et persévérance pourrait tout gâter et tout perdre, vu les obstacles qui se dressent de toutes parts ; que le seul parti à prendre est d’accepter la situation telle qu’elle est, d’en tirer le meilleur parti possible en atattendant mieux, et puis enfin de compter sur l’avenir, qui finit toujours par aplanir les difficultés et les résoudre d’une manière équitable.

Insidieusement pris dans cet engrenage et vigoureusement lancés, nos catholiques libéraux se mettent aisément en frais d’éloquence. Ils brodent donc sur le thème qu’on leur a fourni et ils concluent en demandant, au nom de la paix, de la charité, de la modération et du scandale à éviter, qu’on se taise en présence de ces doctrines et de ces actes qui blessent la justice et la vérité, et cela, sous prétexte d’éviter tout ce qui pourrait aggraver une situation déjà fort difficile. Ils sont d’avis qu’il vaut mieux sacrifier en tout ou en partie la vérité et la justice, que de soulever des discussions retentissantes et d’exposer les méchants à s’irriter davantage. Il arrive ainsi que, par le fait des catholiques libéraux et des impies aux trompeuses livrées, le mal et l’erreur ont leurs franches coudées et parviennent rapidement à dominer partout.

Il est impossible, après sérieux examen, de ne pas re connaître que, par le fait des libéraux impies, tout a été et est encore très-habilement combiné chez nous de façon à leur permettre de déchristianiser la Province de Québec, et que les succès, obtenus en ce sens jusqu’ici, leur sont un gage de la réalisation plus ou moins prochaine de cet infernal projet. L’audace toujours croissante des prédicants de doctrines subversives et anti-religieuses ; la parfaite dissimulation de leurs complices, qui font métier d’endormir toute vigilance et de calmer toute crainte, en répétant que le mal ne sera que passager

et tombera de lui-même, si l’on se contente de le mépriser ; l’attitude enfin des catholiques libéraux qui ne semblent rien tant redouter que la lutte contre les impies,, pareeque, disent-ils,, elle les aigrit,, les irrite outre mesure et de simples adversaires, avec qui l’on peut finir par s’entendre, les transforme en ennemis irréconciliables ; tout cela nous a jetés dans la terrible impasse que nous traversons, et nous conduira infailliblement à l’abîme, si l’on n’y apporte promptement remède. Puisse-t-il n’être pas déjà trop tard L

Page 1