‹ Le libéralisme dans la Province de QuébecChapitre 4 sur 12 · ELLE EST DIRIGEE CONTRE LA PRESSE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

ELLE EST DIRIGEE CONTRE LA PRESSE CATHOLIQUE

Pour réussir dans leurs desseins pervers, nos libéraux ont parfaitement compris, ce que comprennent d’ailleurs les libéraux de même acabit, quelque soit le pays qu’ils habitent, France, Belgique, Italie ou l’Equateur, qu’il fallait, coûte que coûte, empêcher tout d’abord la vérité d’être entendue, car là où règne la vérité ils ne peuvent absolument rien. Leur tactique, depuis plus de trente ans, a donc toujours été de semer l’erreur et le mensonge librement, et par suite d’établir le règne du mal, sans être dérangés dans cette criminelle besogne par des importuns qui, toujours en éveil et l’œil au guet, dénonçaient l’iniquité de leurs manœuvres. Il leur importait donc beaucoup, immensément même, d’étouffer la voix de ces importuns, de quelque côté ou de quelque hauteur qu’elle se fit entendre, et ils avaient juré de déclarer une guerre sans merci à tout ce qui leur ferait obstacle.

Or, deux ennemis formidables se dressaient devant

eux: la voix constamment retentissante de la presse catholique, et la voix infiniment plus autorisée du prêtre enseignaut du haut de la chaire de vérité. Ils ont >en conséquence dressé et dirigé toutes leurs batteries du côté que venaient ces voix. Dans toutes leurs attaques, ils se sont mus avec la prudence du serpent, calculant tout et ne procédant que par degrés, prudemment et très-adroitement. S’agissait-il par exemple de .surpre ndre quelqu’un, qu’ils avaient intérêt à tromper, mais qu’ils n’osaient eux-mêmes aborder, ils communiquaient avec lui, sans même le lui laisser soupçonner, mu moyeu d’une série parfois assez longue d’intermédiaires, dont les derniers au moins, très-respectables à tous égards, ne pouvaient qu’inspirer la confiance et étaient eux-mêmes les instruments inconscients d’une habile machination.

Comme l’arme favorite des libéraux est toujours le mensonge sous l’une ou l’autre de ses multiples formes ils ont d’abord travaillé, par suppositions gratuites, insinuations malveillantes et imputations le plus souvent calomnieuses, à faire tomber la presse catholique en défaveur dans l’opinion des masses. Il n’y a pas, en effet, de moyen plus sûr de ruiner un journal que de lui enlever ses abonnés ; c’est lui couper les vivres et par suite le condamner à vivoter quelque temps, puis à mourir.

Mais ce à quoi ils se sont voués avec une persévérance que rien n’a pu lasser, c’est à discréditer 1a, presse catholique en appliquant à elle seule les paroles de juste sévérité que les évêques faisaient parfois entendre à l’égard des imprudences, des écarts et des excès de plus d’un genre qui se commettaient dans la presse en général. Ils se sont alors bâtés de dire et de répéter que la presse catholique empiétait sur le terrain d’autrui ; qu’elle répandait le trouble et la confusion dans les esprits ; qu’elle faussait les consciences ; qu’elle comprommettait

£a religion! par de constantes et dangereuses exagérations ; qu’elle voulait substituer son enseignement à celui des évêques, et qu’elle n’obtenait enfin pour résultat que de faire haïr ce qu’elle s’était chargé de défendre et de faire respecter. Nos impies déguisés, n’ayant pas assez de poumons pour crier contre toutes ces horreurs, trouvèrent des suppléants dévoués et empressés dans le camp des catholiques libéraux, qui, après avoir crié comme on le voulait, ne cessèrent de roucouler tristement qu’en effet la presse catholique était la cause de tout le mal, qu’elle n’était plus qu’un engin de discussions et de luttes interminables et partant de divisions, d’irritation et d’inextinguibles animosités.

Dans tout ce brouhaha, les écrivains catholiques ne furent pas toujours assez sur leurs gardes, et ne se défièrent pas assez des pièges que leur tendaient leurs adversaires. Ils ne gardèrent pas toujours la juste mesure, et s’aventurèrent parfois dans des directions qu’ils n’auraient pa i suivies, s’ils avaient eu plus de déférence pour les conseils de l’épiscopat. Leurs fautes n’étaient que légères peccadilles, comparées aux faits et gestes, aux allures très-dégagées que se permettait la presse libérale, folâtrant en toute liberté sur n’importe quel terrain ; mais enfin, c’étaient des fautes, et, aux yeux d’un grand nombre, elles suffisaient pour justifier tous les torts mis à leur charge.

Bref, on fit tant et si bien qu’on découragea la plupart de ceux qui rendaient de précieux services dans la presse. De guerre las et dégoûtés, parcequ’ils avaient constamment à lutter contre la plus insigne mauvaise foi, ils renoncèrent à poursuivre dans une voie qui. semée de mille difficultés, semblait ne donner sur aucune heureuse issue. La presse catholique, quasi mortellement atteinte, n’a plus aujourd’ui que de rares organes, généralement regardés comme les ridicules repré-

sentants d’un autre âge. Nous eu sommes réduits, à l'heure présente, à regarder comme bons les journaux qui, n’attaquant pas la religion, disent parfois, comme en passant, quelques mots en sa faveur, mais qui en réalité ne traitent que de choses purement temporelles et, se font un mérite de donner toutes les petites nouvelles, plus ou moins édifiantes, recueillies de partout. Cet état de chose réjouit fort nos libéraux, car plus la religion perd d’influence sur un terrain, plus ils y voient grandir leur autorité.

ITn fait digne de remarque et que tous ont constaté depuis longtemps, c’est que les protestants drr Canada, quelque soit le fanatisme de certains d’entre eux, n’ont jamais, dans leurs plus mauvais journaux, attaqué la religion catholique et le clergé avec cette persévérance, cette astuce, cette perfidie, cette malice et cette haine qu’y ont mis et qu’y mettent encore nos libéraux canadiens-français. Sous main, ce sont eux qui souvent donnent l’éveil aux protestants, leur signalent les prétendus dangers que courent leurs droits et leurs libertés et les poussent à réclamer contre l’action des catholiques. Et ce tour joué, ils opposent aux mille fois justes revendications des catholiques cette fin de non-recevoir : il n’y a pas moyen d’agir, les protestants s’y opposeni trop fortement.

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