ELECTIONS DE CH AELE VOIX ET DE BERTHIER
Ce que nous venons de relater se passait en 1871. Malgré tous leurs efforts et tout le mal qu’ils s’étaient donné, pour forcer le clergé de garder la silence sur leurs pernicieuses doctrines et leurs criminels agissements, nos libéraux n’avaient cependant rien gagné encore sur ce point. Rageant au fond de l’âme, mais nullement découragés, ils. attendirent avec patience qu’une nouvelle occasion se présentât de reprendre la lutte contre lui. Elle ne tarda pas. Des élections générales pour les Communes d’Ottawa eurent lieu en 1873, et comme les principes libéraux s’affirmaient avec une hardiesse de plus en plus grande, les prêtres crurent urgent de mettre en pratique les enseignements que ne cessait alors de faire retentir Pie IX. Ce grand Pontife, en effet, ne laissait passer aucune occasion de signaler les immenses dangers que le libéralisme, et en particulier le libéralisme catholique, faisait courir à l’Eglise et à la société civile, et il recommandait en même temps avec la plus grande énergie de le combattre sans relâche dans ses diverses manifestations. Quelques-uns mal-
heureusement se laissèrent emporter par un zèle excessif, et ne surent pas assez se dégager de toute préoccupation politique. Ils commirent, par cela même, de regrettables imprudences de langage.
Les élections de 18*73 furent favorables aux libéraux et ils montèrent au pouvoir. A la première session de ce nouveau Parlement, un des leurs, M. Fournier/ministre du Revenu de l’Intérieur, se hâta de proposer et de faire accepter une loi, à propos des élections. Cette loi que nul catholique alors ne songea à combattre à l’état de simple projet, parceque nul, en dehors du camp libéral, ne pouvait soupçonner la portée qu’on avait l’intention de lui donner, statuait que toute influence indue, exercée sur les électeurs, était une cause de nullité des élections où elle se produirait. Par influence indue, il était naturel d’entendre tout moyen illégitime et coupable, employé pour agir sur la volonté des électeurs, et pas autre chose. Là cependant était le piège habilement tendu par nos libéraux, qui ne tardèrent pas à manifester en public quel but ils avaient eu dessein d’atteindre. Ils attaquèrent, en effet, devant les tribunaux civils, la validité de deux élections qui avaient eu lieu après l’adoption de cette loi dite de l’influence indue ; l’une, dans le comté de Charlevoix, en 18*76 ; l’autre, quelques années plus tard, dans le comté de Berthier, sous prétexte que nombre d’électeurs, dans, ces deux comtés, avaient été illicitement influencés par leurs curés qui s’étalent permis de tonner du haut de la chaire contre le libéralisme et ceux qui en faisait profession.
A l’enquête qui eut lieu pour servir de base à la plaidoirie et par suite à la sentence qui serait rendue, il ne fut question que des sermons etdes prônes de ces curés, lesquels furent plus ou moins fidèlement rapportés de mémoire, longtemps après avoir été prononcés et par
des personnes fort ignorantes pour la plupart. Les deux élections contestées furent déclarées nulles, et les évêques, pour obvier à bien des inconvénients que la situation venait de mettre en pleine lumière, crurent alors prudent de défendre à leurs prêtres de parler en chaire des questions religieuses, se rattachant aux questions politiques débattues en temps d’élections. Ils se réservèrent d’élever la voix en pareille occurence et .d’indiquer à tous, prêtres et laïques, la ligne de conduite à suivre. Nos évêques ont eu cela suivi la direction du Saint Siège, direction pleine de sagesse, qui leur laisse le plein droit de dénoncer les idées libérales eu matière politico-religieuse, quand ils le jugent opportun et de la manière qu’ils croient la meilleure.
Entr’autres résultats de cette première campagne, eu égard à toutes les faussetés partout répandues par les libéraux, le peuple demeura aux trois quarts convaincu, si non entièrement, qu’il n’y a pas de préceptes religieux à observer quand il s’agit de politique ; que vouloir lui en imposer sur ce terrain, c’est attenter à ce qu’il il a de plus inviolable dans ses droits.