ELLE EST DIRIGEE CONTRE LES EVEQUES
CE qu’ils invoquent.
Des mesures de prudence que l’attitude de plus en plus hostile de nos libéraux avait porté nos évêques à prendre dans la direction du clergé, en' temps d’élections surtout, il ne résultait nullement que le parti libéral eut été injustement mis en suspicion jusqu’alors. On pouvait encore moins l’inférer de ce que le Saint Siège
ïl'avait pas condamné ce parti comme tel. Semblable condamnation importait fort peu d’ailleurs, puisqu’on savait très-bien que ses doctrines politico-religieuses étaient de celles que l’Eglise a formellement condamnées. Les libéraux cependant se sont prévalus du silence de Rome et des mesures de prudence de nos évêques à leur égard, pour se proclamer bons catholiques et dignes de b»ute confiance dans la conduite des affaires.
Comptant donc de plus en plus sur leur force, ils se dirent que le temps n’était pas éloigné où il faudrait attaquer l’ennemi dans son chateau- fort , et ils ont dans cette prévisien dressé leur plan de campagne, qui est toujours le même au fond avec quelques variantes. Quoique toujours activement occupés, soit dans la presse, soit dans leurs clubs politiques, soit dans les luttes électorales qui reviennent assez souvent, à propager et inculquer profondément leurs doctrines révolutionnaires, ils ont en ces derniers temps décidé de se mettre plus sérieusement à l’œuvre, et c’est aujourd’hui le très-légitime exercice de l’autorité épiscopale qu’ils contestent et veulent battre en brèche. Candides comme des félins et d’une hypocrisie surfine, qui les distingue de tous les fourbes du monde, ils osent, par l’entremise et l’organe des catholiques libéraux, toujours prompts à leur prêter appui, se plaindre à Rome de nos évêques et se donner comme de malheureux persécutés. On n’a pas, prétendent-ils, l’intelligence de leur dévouement à l’Église, ni du zèle éclairé qu’ils mettent à son service ; aussi ne recueillent-ils comme prix de leurs vertus que des soupçons injurieux, des dénis de justice, des imputations calomnieuses et de terribles anathèmes. Mais tout cela, on le voit de suite, n’est que pure comédie de leur part.
Comme ils ont profité de toutes les circulaires épiscopales, rappelant au clergé la réserve qu’il doit garder
«?t les règles de prudence à suivre eu temps d’agitation électorale, pour prêcher partout que la politique est un terrain essentiellement en dehors de la religion, de même aussi ils veulent se servir de toutes les tracasseries qu’ils suscitent aujourd’hui à nos évêques, en les accusant de pénétrer contre tout droit sur ce terrain, pour confirmer le peuple dans la même funeste erreur. Aussi, a-t-elle pris tant de force partout, en particulier dans les campagnes, qu’on ose trop souvent se répandre en murmures injurieux, parfois en menaces, contre le prêtre ou l’évêque qui veut donner aux fidèles une direction dans ces questions politiques où l’avenir religieux du pays est intéressé au plus haut point.
Si nos libéraux sont très-enclins à rogner de plus en plus, jusqu’à les détruire, les droits d’autrui, ils sont par contre très-disposés à étendre indéfiniment les leurs. Ainsi, chaque fois qu’ils trouvent à propos de s’occuper d’une question et de la traiter comme politiciens,' c’en est fait d’elle à tous autres égards. A leurs yeux et à ceux de leurs partisans, elle a par là même perdu tous les caractères qu’on lui avait reconnus jusque là, pour n’être plus qu’une pure question politique. Tombée dans ce domaine, elle devient tellement leur chose qu’ils la manipulent comme ils l’entendent, sans trop se soucier des réclamations qui s’élèvent de maints endroits. C’est ainsi, par exemple, que, dans leur manière de voir, la question des écoles de Manitoba est sortie du domaine religieux, parcequ’ils s’en sont occupés. Dès lors, elle ne peut être4bien comprise que par eux, et elle sera indubitablement très-bien réglée, se sont eux qui la réglé à leur guise, quelles que soient les réclamations et les protestations des catholiques. S’il arrive qu’ils tiennent compte de ces dernières, ce ne sera qu’autanr qu’il faudra pour sauvegarder leurs intérêts propres
Il est donc facile de porter un juste jugement sur la
Valeur de tous ces gens-là, qui grimacent l’orthodoxie pour la mieux détruire. Après l’avoir exploitée autant qu’ils l’ont pu, ils font fi de toute autorité qui ne veut pas abjurer ses droits et devenir leur conquête ; ils se substituent à elle, se chargent de prononcer seuls sur les plus grands intérêts de la société, et veulent que l’autorité religieuse ne parle et n’agisse que dans les limites qu’ils lui assignent, dans la mesure qu’ils jugent co îvenable, dans le sens et sur le ton qui leur plaisent . Et si quelqu’un qui voit bie i clair dans leurs manœuvres, se lève avec courage et signale leur pharisaïque orgueil, ils font de suite crier par l’escouade des catholiques libéraux que cet exalté sème la division, suscite des querelles pleines de dangers et qu’il calomnie les hommes les plus honorables et les mieux intentionnés du monde.
Une des plus ordinaires supercheries de nos libéraux de toute nuance, lorsqu’ils prennent la détermination d’écrire ou d’aller à Rome pour en imposer sur leurs faits et gestes, et faire croire que leur conduite est dictée par la vertu de prudence, c’est d’essayer d’établir que les catholiques dans le Dominion, et même dans la Province de Québec, sont une minorité qui n’a pas de droits à revendiquer, mais qui dépend absolument du bon vouloir d’une majorité protestante fanatique, qui ne veut pas entendre raison, si l’on fait mine de la contrecarrer. Or, ce qui met à nu le faux de ces assertions, c’est d’abord qu’il y a beaucoup de protestants au Canada qui sont animés d’un véritablé esprit de justice, et que les catholiques peuvent compter sur eux dans la revendication de leurs droits ; c’est ensuite que les catholiques dans la Province de Québec ont leurs droits garantis par la constitution, et peuvent jouir des plus précieuses libertés, s’ils veulent en user et les conserver. Au Parlement fédéral, les choses sont tellement
pondérées que, vu l’existence des deux partis qui se dis* putent le pouvoir, nos députés catholiques de Québec obtiendraient toujours justice pour la minorité catholique opprimée dans n’importe quelle province du Dominion, s’ils savaient tous être vraiment catholiques et marcher a nsi dans une p irfaite union.
Sous l’ég'ide de notre co istitution et la protection de i’Angdeterre, .1 n’y a pas de peuple, aujourd’hui existant, qui soit autant que nous, peuple canadien-français, en possession de la liberté religieuse. Et malgré leur fanatisme, il est impossible à certains clans protestants de nous en enlever la moindre parcelle, tant qu’ils ne trouveront pas d’alliés parmi les nôtres. Ils eu trouvent malheureusement, car nos libéraux avancés, qui n’ont pas seulement la haine du catholicisme, mais surtout celle du christianisme, se rangent spontanément de leur côté, les appuient et les encouragent.
Nos impies déguisés se servent adroitement de nos catholiques libéraux pour mettre en œuvre un autre artifice qui ne manque pas de produire son effet. On s’efforce de nous persuader de plus en plus que, dans les cas où nos droits religieux sont méconnus ou attaqués et qu’il s’agit de réclamer, il est nécessaire de procéder avec la plus grande circo ispection, comme on le ferait chezla plupart des nations européennes, où le catholicisme doit reprendre vie au milieu des ruines qu’ont amoncelées l’hérésie et l’impiété révolutionnaire, c’està-dire êire prêché à des peuples remplis de défiance qu’il faut ramener de l’erreur à la vérité. On conçoit fort bien que, dans de telles circonstances, le travail de reconstruction religieuse ne peut produire d’heureux résultats que s’il se poursuit avec tous les ménagements possibles. Mais nous n’en sommes pas du tout là au Canada ; nous n’avons pas à reconstruire, mais à empêcher de détruire ce qui existe ; il s’agit uniquement de proté-
ger et de défendre un pays qui a toujours été franchement et foncièrement catholique, et qu’une bande de mécréants a entrepris de déchristianiser. En pareil cas, user des ménagements qu’on nous conseille, ce serait capituler par pure lâcheté, par crainte de la peine qu’impose l’accomplissement de tout devoir ; ce serait se laisser tondre et rogner de toutes parts, pour l’unique satisfaction de savoir expérimentalement quelle sensation on éprouve après avoir subi une opération de cette nature. Aux brigands qui veulent s’introduire de force dans une maison, on riposte autrement que par des m’amours.