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que les intérêts du pays soient bien surveillés, sauvegardés, protégés et favorisés ? Rien absolument ; tout au contraire. Ne peut-on pas lutter à qui sera le plus habile administrateur, professera les doctrines les plus saines en fait d'économie politique, développera le mieux les ressources du pays, donnera un plus vigoureux essor aux entreprises utiles, favorisera davantage les vrais intérêts de tous par de sages mesures et de bonnes lois, sans être impie, mécréant, révolutionnaire, sans travailler à asservir l'Eglise pour faire régner l'irréligion ? Assurément oui : Et alors, quelle est la raison d’être de notre parti libéral tel qu'il s’est constitué ? La réponse est accablante pour lui.
Il y en a beaucoup aussi qui prétendent qu'on peut s’affilier à ce parti d’une telle façon qu'il n’en résulte aucun préjudice, soit pour les autres, soit pour soi-méme. C’est encore une erreur. Quelque bons que soient les motifs des hommes honorables et pieux qui entrent dans ce parti, il est sûr qu'ils font un acte dangereux et très-préjudiciable à la société. En effet, leurs bonnes intentions n’'empêchent point qu'ils donnent leur appui à des hommes pervers qui, de près ou de loin, font tout converger en politique vers l’anéantissement de l’autorité de l’Église et la déchristianisation de notre peuple. Maintenir de tels hommes au pouvoir, e’est participer à leurs méfaits ; c’est être coupable par conséquent. Tout en prétendant ne vouloir les appuyer que dans l'administration d'intérêts matériels, ils leur fourn'ssent une arme toute-puissante pour l'exécution de leurs criminels desseins.
I y a plus : on ne peut guère même se défendre d'’étre entamé dans l’intégrité de ses princ'pes religieux, si l’on fait alliance avec nos libéraux et si l'on s'obstine à rester dans leur parti. Entr'autres preuves, en voici une qui parle bien hant. Afin de mieux :e concilier l'opinion
publique, nos libéraux ont compris qu'il fallait, au moins pour ua temps, modifier de beaucoup le langage de l’un de leurs principaux organes, la Patrie de Montréal, dont les doctrines ont toujours été très-avancées. On lui a donc donné pour nouveau directeur un homme tout-à-fait estimable et reconnu partout comme excellent catholique. Or, voici ce qu'il crut à propos de déclarer en prenant la direction du journal: “ Je n'ai pas besoin de le répéter: sur le terrain religieux, la Patrie est et sera franchement catholique ; non pas catholique de telle école et de telle nuance, mais catholique suivant le cœur et l'esprit de l'Eglise, croyant au dogme tel que l'Eglise l'enseigne, obéissant à la discipline de l'Elise, telle que l'Eglise lapplique. ?
Il n'y a assurément qu'à louer de teiles paroles. Mais ce Monsieur a malheureusement senti le besoin d'en atténuer la portée, afin sans doute de ne point cesser d'avoir un point de contact avec son parti. I continue done : “ Je veux qu'on me comprenne bien : par l'Eglise je n’entends pas telle ou teile autorité particulière dans l'Egiise, mais l'Eglise universelle que dirige aujourd'hui Léon XII. Ce grand Pape commande par la profondeur de sa science politique et sociale, par la lareur de ses vues personnelles, le respect et l'admiration de tous les peuples, de ceux mêmes qui ne reconnaissest pas son autorité doctrinaie.
Ce langage n'a plus la rectitude du premier ; on Y sent le louche, le tortueux qui veut se ménager une 1ssue pour échapper au moins en partie à ce qui a été affirmé tout d'abord. Sans doute, c'est l'en: elgnement de l'Eglise universelie que nous devons recevoir, et pas d'autre. Mais comment nous arrive cet enselgnement, sinon par ces telles ou telles autorités particulières dans l'Eglise, qui, sans être, chacune d'elles, l'Eglise universelle, sont cependant les voix autorisées par lesquelles
tel
elle nous parle ? Comment M. le directeur de [a Patrie veut-il que l'enseignement catholique nous arrive et “impose à chacun de nous, sile fidèle est libre de rejeter l'enseignement du prêtre, parlant au nom de son évêque qui est en communion avec le Pape ? C'est se ménager assurément une grande liberté d'allures et en méme temps une grande liberté de penser, que de ne pas vouloir admettre d'intermédiaires entre l'Eglise universelle et soi pour connaître les vérités à croire et les ordres à suivre. La shnple raison démontre la nécessité de ce: intermédiaires, et la foi nou: enseigne qu'ils ont été institués de par autorité divine. Ajoutons que M. le directeur de la Patrie semble beaucoup plus respecter le Pape, à cause de ses qualités personnelles qu'à cause du privilége qu'il a d’être l'organe spécial et infaiHibie de l'Esprit-Naint. C'est du moins ce que donne un peu à entendre son insistance à louer Léon XIII de la manière qu'il le fait, et, si tel est bien le cas, cette manière un peu trop humaine d'apprécier l’action du Pape, dirigeant la sainte Eglise de Dieu, ne serait pas sans inconvénients.
Les catholiques libéraux 1ivoquent enfin cette autre ralson pour rendre compte de leurs prédilection: en politique. [ls disent que le parti libéral vaut au moins autant que ie parti conservateur, et qu'en pareil cas ils sont bien libres de choï:ir selon leur goût. Cette affirmation es: Justement le contre-pied du vrai. Notre par- 1 libéral, canadien-français, n’a aucune valeur réelle, puiqu'il n'est organisé qu'en vue de mal faire ; il sait presque toujours donaer un pli plus ou moins mauvais à toute boïne mesure politique qu'il appuie ou meten
avant. Le parti conservateur n'a pas ce vice d’origine, et ue l'a contracté à aucune époque de son existence. Il a toujours voulu servir les intérêts du pays, et nous lui devons tous les avantages, toutes les libertés dont
nous jouissons, et aussi tous les progrès dont nous sommes légitimement fiers ; il n’a jamais voulu mettre d’entraves à l'exercice de no: droits religieux ; ils les a, au contraire, défendus et protégés. Il a pu se tromper parfois ; mais, en somme, c’est dans son sein que se sont conservées et se conservent encore les nobles traditions de nos ancêtres, si vraiment patriotes et chrétiens. Qu'il se rencontre dans ses rangs des individualités plus ou moins honorables, des hommes imbus de mauvais principes, tout disposés à faire cause commune avec les libéraux, si certains intérêts temporels n'y mettaient point d'obstacles, c’est ce que nous sommes les premiers à reconnaître. Mais ces hommes n’ont jamais compté dans la classe dirigeante du parti, et quand ils ont tenté d'y exercer quelqu'influence, on leur a toujours fait échec.
Quant aux alliances que le parti conservateur, tout comme le parti libéral, est dans la nécessité de contracter avec les protestants d'Outario et des autres provinces du Dominion, illes a toujours ménagées de telle sorte qu'il a généralement compté dans son sein ceux qui étaient le plus animés d'ui véritable esprit de justice envers nous. Et l’an dernier même, quand les libéraux, pour tromper le peuple, faisaient hypocritement un erime aux conservateurs d'être les alliés des orangistes d'Ontario, c'était justement l’un des plus marquants d'entre ces derniers, l'honorable sir M Kenzie Boweil qui, malgré les mille obstacles qu'ils lui suscitaient, réclamait le plus hautement, le plus sincèrement et avec le dévouement le plus opiniâtre la justice qui était due à la minorité catholique de Manitoba. Nous avons beaucoup mois à craindre des orangistes que des chefs du parti libéral et de leurs adeptes.