‹ Le libéralisme dans la province de Québec [microforme]Chapitre 17 sur 23 · A EE · texte numérisé non relu

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1896, “ d’une façon violente pour entraver la liberté électorale, en prenant fait et cause ouvertement pour le parti conservateur à l'encontre du parti libéral, jusqu'au point de déclarer coupables de péché grave ceux des électeurs qui voteraient pour les candidats du parti libéral ? ” Et, après avoir ajouté que les prêtres et les évêques abusent étrangement de leur autorité spituelle, au nom de laquelle ils agissent dans le domaine politique, eux qui n’ont la permission de figurer là que comme simples citoyens, M. Tarte et ses amis ne disentils pas au Saint-Père que “ nos prêtres et nos évêques menacent de jeter de nouveau le trouble parmi nous, et de compromettre non seulement les intérêts catholiques en ce pays, mais la paix et l'harmonie entre Les divers éléments de la population, ” et ne lui demandent-ils pas en conséquence “ de leur défendre de s'occuper de politique comme ils font, et de protéger contre eux la couscience des électeurs catholiques ? ”

Protéger la conscience des catholiques contre l’action des évêques ! Quel langage ! Peut-on imaginer perfidie plus noire et hypocrisie plus huppée que celle de M. Tarte, lorsau’il parle de la sorte ? Lui qui connait si bien les libéraux, qui a si bien dévoilé ce qu'il y a de criminel dans leurs desseins, et tout ce que ces desseins amèneraient de désastres, s'ils se réalisaient, peut-il s'étonner que l'on dise que c’est une faute, même grave et très-grave, de leur fournir les moyens, en les choisissant pour députés, de parvenir à leur but ? N'est-ce pas une conclusion qui s'impese, d'après les enseignements que Pie IX et Léon XITIT ont donnés à propos de l'erreur libérale et qu'ils ont si souvent répétés. M. Tarte connait cela aussi bien, peut-être mieux que nous. Avec nos libéraux, s'il s'agit de voter pour eux, quand une question religieuse est en jeu, il faut raisonner et agir comme dans le cas où il est question de francs-ma:

cons. Voter pour les libéraux alors, c'est toujours voter en définitive pour la révolution, telle qu'elle sévit en ee moment à l'Equateur, c'est-à-dire pour le mal le plus grave qui puisse fondre surun peuple. Etil n’y aurait pas de mal à cela ? Ou, s’il y a mal, il n’est que léger! À ce compte-là, nous suivons une théologie beaucou} trop sévère à l'égard de dommages de particulier à partieulier, et nous inclinerions fort à penser que celui qui mettrait le feu à la maison de M. Tarte, pour le seul agrément de la voir flamber, ne pécherait pas du tout.

Inutile d’insister sur les autres dires de M. Tarte ; 1l s'est lui-même refuté d'avance par ce que nous avons cité de lui.

Lorsque nos libéraux, l'automne dernier, ont porté à Rome leurs plaintes contre les évêques et le clergé en général, ils avaient pour but d'empêcher les évêques de se prononcer tous ensemble, par voie de mandement collectif, sur la valeur du fameux projet de règlement Laurier-Greenway, qu'ils s'efforçaient de faire regarder comme beaucoup plus avantageux que le bill du gouvernement Tupper. C'était fort habile de leur part. Par cette évolution, ils mettaient, pour un temps suffisamment long, leur méfait à l'abri de toute flétrissure ; ils : se proposaient d'en tirer ensuite tout le parti possible dans les élections à faire, au profit de leur cause ; ce méfait, enfin, finirait par prendre toutes les apparences, et aurait par conséquent tout l'honneur et le mérite d’un acte de dévouement à la cause catholique.

Comme les plaintes, portées contre nos évêques, ne parurent pas produire un grand effet à Rome, où elles furent très-probablement assez mal accueillies, à cause de leur forte odeur de passion mal comprimée, nos libéraux, qu’on ne prend guère au dépourvu, eurent de sui: te recours à une autre manœuvre, toujours dans le but d'empêcher nos évêques de parler, surtout avant les

élections de la Province de Québec, qu'ils voulaient emporter à tout prix. Ils se présentèrent donc de nouveau à Rome, et, cette fois, pour affirmer que si le Saint- Siège envoyait un délégus au Canada, à propos de la question des écoles, cause de toute l'agitation qui y régnait, ce délégué pourrait facilement, par voie diplomatique, obtenir de M. Greenivay des conditions trèsacceptables. Le Saint-Siège, toujours disposé à favoriser l’heureuse issue d’une affaire avec le moins de commotion possible, erut à nos libéraux et décida d'envoyer un délégué au Canada. [l était dans l’ordre que les évêques s’abstinssent d'agir dans une question, qui f::: sait l’objet tout spécial de la mission d’un délégué, tant que cette mission n'aurait pas été remplie, complètement terminée. C’est ce qu'ils ont fait, et c'est ce que voulaient nos libéraux, pas autre chose.

Mais examinons un peu la conduite de ces derniers, dans quelques-uns dans ses détails ; elle nous montre: ra, une fois de plus, combien 1ls sont francs, honnêtes et quelle foi on peut reposer en eux. Le délégué apostolique n’était encore qu’en route pour le Canada, que déjà la législature de Manitoba, pour se rendre aux vœux de M. Greenway, approuvait, comme règlement définitif de la question des écoles, le fameux compropris Laurier-Greenway, quoique l’on sût fort bien que ce délégué venait tout exprès, eu égard à de pressantes sollicitations, pour traiter de cette affaire. Ét quelques jours plus tard, juste au moment où le délégué apostolique arrivait au Canada, M. Tarte, sous prétexte de répondre à un adversaire, lut en plein parlement l’acte d'accusation porté à Rome par M. Laurier et lui, suivis de quarante autres tous canadiens-français, contre le clergé et les évêques de la Province de Québec.

Ce fut vraiment un grand scandale ; et cet acte, venantd'un catholique, quoique tel par accident, comme il

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dit, fut regardé comme atroce. Il l’est tellement, en effet, que nos annales parlementaires ne renferment rien qui lui soit comparable, de la part même des protestants les plus fanatiques et les moins bien disposés envers notre clergé. Cet acte cepei ‘ant révolte encore plus par la dégnûütante fourberie qu. l’a dicté, que parle caractère saillant de malveillance extrême qu'il revêt à l’égard des évêques. M. Tarte voulait par là mettre le public sous l'impression que Rome blâämait l'attitude, prise par nos évêques dans les dernières élections fédérales à propos de la question des écoles, et qu’elle nous envoyait un délégué pour réprimer la violence, les excès et les abus dont les évêques et le clergé s'étaient rendus coupables, à son avis. C’était une éloquente manière de dire à tous qu'aux élections futures 1l n’y aurait plus à s'occuper de la direction donnée par les évêques.

Auprès de certaines gens, M. Tarte et ses amis tireront un autre profit de la présence d’un délégué apos-. tolique au Canada. Si quelqu'un, par exemple s’avise de leur dire : ** Mais, en fin de compte, vous n’avez pas assez fait en faveur des catholiques de Manitoba, ” ils lui répondront : “ Que voulez-vous que nous fissions de plus, et qui pouvait faire plus que nous ? Nous avons tâché d'obtenir le plus possible de M. Greenway, et comme ce qu'il a accordé ne paraissait pas suffisant à plusieurs, nous avons poussé le bon vouloir jusqu’à prier Rome de nous envoyer un délégué qui, après avoir examiné et pesé toutes cho-es sur les lieux, travaillerait, s’il y avait moyen, à améliorer ce que nous avons fait et à obtenir davantage. Or, ce délégué, le seul qui pût réussir mieux que nous en cette affaire de Manitoba, s’est, tout comme nous, heurté à l'impossible. Ne nous accusez done pas, vous seriez très-injustes à notre égard, car à l'impossible, nul n’est tenu. ”

Et après s'être cyniquement joué de tout honneur,

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de toute bonne foi et de ce qu’il y a de plus respectable au monde, nos libéraux, comme autant de hideux Taxils, s’applaudiront de leurs méfaits, et continueront à user de leur pouvoir pour outrager de plus en plus la justice et la vérité.

ON NE PEUT AVOIR D'ATTACHES A NOTRE PARTI LIBERAL SANS SERVIR PLUS OÙ MOINS LA CAUSE DU MAL.

Nous l’avon* déjà dit, bon nombre d'hommes honnétes, catholiques pratiquants et dévoués, marchent sous la bannière du parti libéral. Ce sont de précieux auxiliaires à son service, et l’on peut dire en toute vérité qu'ils coistituent sa vraie force, et que c’est par eux et à cause d'eux qu’il devient une pierre d’achoppeme:t si redoutable, une constante menace d’un immense péril social. Ils sont là comme échantillons de bon aloi, ce qui induit en erreur sur la qualité du tout ; ils y sont aussi comme amorces, car c’est par leur moyen que les recrues lui viennent de tous côtés.

Ces braves gens sont sous l'empire d’une illusion qui ne se dissipe que rarement. Îls tiennent à leur parti comme à leurs entrailles, sont toujours prêts à amoindrir ou à excuser ses torts, s'ils lui en reconnaissent, et ils s’irritent outre mesure contre quiconque entreprend de les désabuser. Pour se justifier d’appartenir au parti libéral, ils allèguent que la machine constitutionnelle, dans notre mode de gouvernement, ne peut fonctionner que par la lutte des parti. Nous l’admettons volontiers. Mas quiexige que l’impiété ou la haine du catholicisme s’incarne dans l’un ou l’autre de ces partis pour que la machine se meuve régulièrement,

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