‹ Le liberalisme de LaurierChapitre 9 sur 9 · PR PEL · texte numérisé non relu

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bien des années — si nombreuses que j'aime mieux ne pas les compter. Je sens chaque jour que je deviens de plus en plus mûr pour le Ciel. Je laisserais bien volontiers cette position que je dois à la confiance et a l’amitié des libéraux du Canada pour remettre la tâche entre les mains de plus jeunes que moi. Mais tant que Dieu me conservera la santé dont je jouis présentement — bien qu’elle ne soit pas aussi bonne qu’elle l’a déjà été, je crois que j’ai encore en moi un reste de vigueur dont je pourrai me servir à l’occasion — je vais rester à mon poste et faire ma part. Je ferai ma part dans n’importe quelle position que me désignera le parti, que ce soit celle de général, de capitaine ou de simple soldat. Quelle que soit cette position je remplirai mon devoir joyeusement. Je n'aurais pas de plus grande satisfaction, maintenant que je commence à sentir le poids des ans, que de laisser la direction du parti dans des mains plus jeunes. Cette satisfaction me sera accordée ou elle ne le sera pas ; mais mon devoir est encore de combattre, et je combattrai aussi longtemps que Dieu me donnera la santé. Je regrette de ne pas avoir vingt ans de moins et de ne pas pouvoir faire la lutte avec la même vigueur que je le faisais alors.”

C'est dans cette grandeur suprême, l’élevant au-dessus des contingences fragiles et éphémères, que la Mort l’a trouvé le 17 février 1919, entouré de l’affection et de l’admiration unanime de tout son peuple, resté fidèle jusqu’au dernier souffle à son magnifique Idéal.

Et voilà quelle fut, — aperçue à la lueur imparfaite d’une trop rapide analyse, — la carrière de Laurier, répandue sur une période de cinquante années, la plénitude d’une vie sans tache et sans faiblesse, animée par les buts les plus nobles, fécondée par les oeuvres les plus fructueuses.

Et si nous essayons de tirer, de ces multiples exemples, les principes dominants du libéralisme de Laurier, nous voyons que, fidèle à ses aspirations de 1877, il chercha toute sa vie le progrès ide son pays :

Dans la tolérance ; dans la conciliation entre les dif-

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férents éléments qui composent notre pays ; dans le respect des croyances de chacun ; dans l’autonomie parfaite du Canada au sein de l’empire ; dans la liberté souveraine du suffrage populaire.

Ce sont ces grands principes que nous avons vu se lever de chacun de ses discours, de chacun des actes de sa vie.

Et c'était aussi, dans leur nuance propre, ceux qui coloraient ses moindres gestes et qui firent de lui non seument le plus grand des Canadiens, mais aussi le meilleur et le plus tendre des hommes.

Il restera à la gloire de ce grand Canadien que les plus vifs éloges qui furent déposés sur sa tombe, et qui ralliaient en un même deuil toute la population mixte du pays, s’adressaient à son caractère, à ses qualités personnelles éminentes, à la grandeur souveraïne de son âme en même temps qu’à sa politique et à ses enseignements de chef.

C’est que le libéralisme de Laurier, dans le sens le plus large du mot, n’était pas chez lui une formule extérieure ; il faisait partie de lui-même : il était une émanation constante de son être.

Le souvenir qu’il nous lègue est plus encore de beauté et de tendresse que de force et de logique implacable. Il fut grand par l'esprit, par l’élévation supérieure de la pensée, par la noblesse de son idéal.

Et quand, dans notre horizon politique brouillé de nuages, nous voudrons chercher une lueur d’espérance et de foi, c’est vers la mémoire de Laurier que nous nous tournerons ; c’est son libéralisme que nous évoquerons, cet évangile de bonté, de tolérance et de justice.

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