‹ Le libéralisme de Laurier [microforme]Chapitre 6 sur 7 · IR · texte numérisé non relu

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blement exprimée dans sa conférence sur le libéralisme, dix-neuf ans plus tôt ; c'était dans la pensée une constance et une logique parfaite).

Et il ajoutait, en magnifique conclusion :

“Je représente ici non seulement les catholiques, mais les protestants, et je dois rendre compte de mon administration à toutes les classes. Catholique et Français d'origine, je suis ici chargé par la confiance des hommes qui m'entourent, de grands et importants devoirs, en vertu de notre système de gouvernement constitutionnel. Je suis ici le chef reconnu d’un grand parti composé de catholiques et de protestants, dont la majorité est formée de ces derniers.

“Va-t-il être dit qu’occupant une position de cette nature, l’on me dictera la ligne de conduite que je dois suivre en cette Chambre, pour des raisons qui peuvent s’adresser aux consciences de mes collègues catholiques, mais qui ne s’adressent pas de même aux consciences de mes collègues protestants ? Non.

“Tant que j'occuperai un siège en cette Chambre, tant que j'occuperai le poste que j'occupe, chaque fois qu’il sera de mon devoir de prendre sur une question quelconque cette position, je la prendrai, non pas au point de vue du catholicisme, non pas au point de vue du protestantisme ; mais je la prendrai pour des motifs qui peuvent s’adresser aux consciences de tous les hommes, indépendamment de leur foi, pour des motifs qui peuvent animer tous les hommes aimant la justice, la liberté et la tolérance.”

Et l’on sait quel fut le résultat de cette attitude.

Le parti libéral combattit en Chambre par tous les moyens le bill “réparateur”. Le gouvernement Tupper, qui n'avait plus que quelques mois à vivre, se raccrocha au pouvoir jusqu’au dernier jour ; mais il dût enfin venir devant le peuple.

Et le 23 juin 1896 le parti libéral, Laurier en tête, remportait la victoire aux élections générales.

IV. — La victoire de 1896. — La guerre sud-africaine. — La question des écoles en 1905. — Laurier au grand Congrès eucharistique de

de Montréal : un exemple unique de tolérance et de liberté.

En 1896, notre pays était sage et son peuple bien avisé; j'ajouterai que personne n'était alors privé de son droit de vote,

Le pays porta Laurier au pouvoir le 28 juin 1896 ; et en échange Laurier donna à son pays se1ze années de paix, de prospérité, d’un progrès inouï dans tous les domaines. Et ce fut la période la plus prodigieuse de toute notre histoire.

Que pouvait faire une nature d'élite et un caractère de l'élévation de Laurier, sinon de mettre en pratique, avec une constante ferveur les principes qu’il avait prêchés dans l'opposition ? Ce n’est pas sans orgueil, ni sans regret que nous songeons à ce qu'était le Canada d’alors. Nous avions un gouvernement vraiment libéral, un gouvernement de concorde et de tolérance, jouissant de la confiance de toutes les parties du dominion, rendant justice à toutes pour le plus grand bien du pays; et maintenant nous avons un gouvernement d’union, mais unioniste de nom seulement, un gouvernement par décrets et par coercion, un gou\ :rnement qui ne représente rien d. la minorité et seulement les préjugés de la majorité !

Au pouvoir, Laurier restait fidèle à ses grands principes.

Ici encore, il m’est impossible de citer de nombreux exemples; je dois me contenter d'en rappeler brièvement quelques-uns. L'un des plus brillants discours de sa carrière de pouvoir, fut celui qu’il prononça au sujet de la guerre sud-africaine et de la part qu’y prit le Canada. Cette guerre était alors en notre pays un objet de vive discussion; et on a gardé souvenir d’une résolution blâmant le Souvernement d'envoyer des troupes en Afrique, bien qu’il ne s’agit alors que de volontaires.

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Sir Wilfrid Laurier, dans un vigoureux discours, justifia la conduite de son &ouvernement, expliqua les raisons qui avait fait agir l'Angleterre “dont il fallait dire, à sa gloire, que cette guerre l'avait trouvée non-préparée” ; et il exprima surtout l'espoir que cette participation aurait pour effet d’unir les divers éléments du Canada, en les habituant à la poursuite d’un même idéal :

“L'oeuvre d'union, d'harmonie et de concorde entre les deux principales races ‘2 ce pays n’est pas encore terminée, disait-il, nous savons par ce qui s’est passé la semaine dernière qu’il nous 1este encore beaucoup à faire à cet égard. Mais, M. l'Orateur, il n’y a rien comme d’avoir souffert ensemble, d’avoir enduré les mêmes souffrances pour unir les hommes et les nations.

“En ce moment, dans le Sud-africain, les hommes représentant les deux éléments de la famille canadienne se battent pour le même drapeau. ::6jà, plusieurs sont tombés au poste d'honneur en payant le suprême tribut à leur patrie commune, Leurs dépouilles reposent dan: la même fosse pour y dormir jusqu’à la fin des temps, dans un embrassement fraternel. Ne nous est-il pas permis d’espérer, — je le demande à mon honorable ami— que dans ce tombeau ont aussi été ensevelis jusqu'aux derniers vestiges de notre antagonisme passé ? Si ce résultat doit se produire, s’il nous est permis d’entretenir cet espoir, l'envoi de ces régiments aura été le plus grand service qu’on ait jamais rendu au Canada, depuis la confédération.

Il se présenta en 1905 une autre question d'écoles, celles des nouvelles provinces d’Alberta et de Saskatche- Wan; et on n’a pas oublié qu’à un moment donné, le ministère Laurier fut menacé d’une crise, Mais Laurier fut :lors inébranlable et sut résister aux assauts qui lui vinrent de tous côtés; du fanatisme tory qui demandait les écoles publiques refusant aux populations mixtes de ces nouvelles provinces les privilèges de Québec ou d’Ontcrio, et des ultra-zélés de notre propre province qui Par icurs réclamations excessives risquaient de tout perdre,

“Nous avons incorporé dans la résolution, disait

Laurier, deux propositions: l’une portant que la minorité a le pouvoir d'établir ses propres écoles, et l’autre qu’elle a droit à une part des deniers publics.”

Cela était conforme à la loi de l'Amérique britannique du nord (le B. N. A.); et, ajoutait l’orateur, si au lieu d’être en 1905 on avait légiféré en 1867, il est très certain que les nouvelles provinces eussent obtenu ces privilèges à l'égal des anciennes.

Le haut prestige et l'influence de Laurier réussit à obtenir à nos compatriotes de l’ouest, en cette circonstance, un traitement de concession dont aujourd’hui encore les évêques de l’ouest se déclarent satisfaits et qui est à coup sûr fort supérieur à celui des Crnadiensfrançais d'Ontario.

C’est en usant de diplomatie et de tact que Laurier réussit à rallier l’assentiment de ses ministres (la démission de M. Sifton ne fut qu’un leurre), et à faire adopter son bill avec des modifications qui n’en changeaient pas le motif essentiel,

On ne saurait rappeler plus bel exemple de sa tolérance en matière religieuse que celui que nous donna Laurier en l’église Notre-Dame, à Montréal, lors du grand congrès eucharistique de 1910 (on me pardonnera de franchir si rapidement les étapes, mais je ne puis qu’effleurer les cîmes.)

On n’a pas oublié les attaques dont Laurier fut alors l’objet de ia part des orangistes parce qu’il assista aux manifestations de ce Congrès (elles jouèrent un rôle important aux élections de 1911.) Cependant son attitude y fut aussi prudente que recommandable. Et quand, dans la vaste assemblée de l’église Notre-Dame Laurier fut invité à prendre la parole, il donna un fier spectacle de courage, d'élévation de vues et de haute tolérance, Parlant dans la chaire catholique, aux plus hauts dignitaires de l'Eglise, Laurier n’en oublia pas moins qu’il était comme premier ministre le représentant de toutes les croyances et de tous les cultes. Et il prononça ces mémorab'es paroles:

“Le vwouvernement, ne devant songer qu'aux inté-

rêts de son peuple, n'a pas à s’immiscer dans les affaires de conscience, autrement que pour assurer à chaque citoyen la pleine liberté de ses croyances. Les devoirs d’un chef d'Etat, ne sont-ils pas de sauvegarder en même temps les intérêts généraux du pays et les intérêts particuliers, c’est-à-dire les croyances de chacun. C’est sur ce principe que doit être établie la politique de celui qui est appelé à gouverner une nation, car ces vérités sont éternelles et il est reconnu que l'esprit d’intolérance a toujours poussé un pays à sa déchéance et à sa perte.”

Et si l’on tient compte de la majesté du lieu, de la solennité de l’occasion et de la grandeur de l'évènement, on devra admettre que jamais dans l’histoire de notre pays on n’a rendu à la liberté religieuse un hommage plus élevé et plus remarquable.

V. — Laurier et l'impérialisme. — La défaite de 1911 : la réciprocité. — Dans l’opposition. — La question du Keewatin. — Le tribut.

Ces principes de tolérance et de liberté d’ailleurs que Laurier faisait rayonner au sein de la nation, il voulait également que le Canada en jouisse dans l'empire ; et c'est ce qui explique !« noble et fière attitude qu'il a toujours tenue, — et notamment aux conférences impériales de 1902 et de 1907, — en face des menées impérialistes.

Dans tout l'empire anglais, le parti impérialiste qui voulait tout centraliser à Londres et que le Canada ne fût qu’une colonie payant tribut, n'ayant qu’un semblant d'autonomie, — ce parti ne trouve nulle part d’adversaire à la fois plus digne et plus puissant que Sir Wilfrid Laurier.

Laurier sut concrétiser en des formules lumineuses les aspirations du Canada libre et autonome :

“Daughter in my mother’s house, mistress in my own,” disait-il en reprenant avec un rare bonheur l'expression de Rudyard Kipling.

“Il faut fonder l’unité impériale sur la liberté locale,” disait-il encore en donnant la vraie thèse des relations impériales.

Pour lui l’empire était une alliance de véritables nations, unies par le sentiments mais libres de leurs actes : “a galaxy of sister-nations,” autre formule qui fit fortune,

Cette question nous entraînerait trop loin pour que je puisse la développer ici ; mais il m'était impossible de n’en pas faire mention dans cette série de petits tableaux rapides et à peine dessinés.

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