L) D EL
C'est une promesse qu'il a noblement tenue, qu'il tenait encore l'année suivante, en 1890, quand MeCarthy revenant à la charge par un autre sentier, demandait la suppression de la langue française au Nord-Ouest. Laurier fit bien voir l'odieux de la demande et tout le danger de cette agitation anti-française pour l'avenir du pays ; il réclama les droits de ses compatriotes à leur langue, en un remarquable discours qui devint en même temps un plaidoyer d'érudition en faveur de l'éducation bilingue.
“Il est d'une nécessité absolue pour nous, Canadiensfrançais, d'apprendre l'anglais ÿ mais — il ne m'appartient pas de donner des conseils à qui que ce soit — si j'avais un conseil à donner à mes amis anglo-canadiens, je leur dirais qu'ils feraient bien aussi d'apprendre le français. Les Anglais sont une race fii::, mais les Romains ét:.ient aussi une race fière ; et après qu'ils eurent conquis l’univers, un Romain avouait que l'éducation de son fils n'était pas complète, s'il ne savait pas le grec aussi bien que le latin.”
Comme ces paroles ont singulièrement gardé toute
leur actualité.
Mais à mesu’: que j'avance en cette étude rapide de la vie de La:rier, je réalise mieux la témérité de l’entreprise. Nous traversons un pays merveilleux, riche en sites naturels et en souvenirs historiques ; et nous n'avons que le temps de jeter un coup d'oeil. Il nous faut avancer toujours, dépassant tant de Paysages nobles et beaux, qu’on ne sait plus s’il vaut mieux admirer ou regretter de passer si vite.
Je voudrais cependant relever, avant d'en venir aux années de pouvoir, l'attitude de Laurier à la veille de l'élection de 1896, sur la fameuse question des écoles au Manitoba. Elle tient toute en un paragraphe, mais il est un splendide exemple de sa mentalité.
Laurier était déjà, — comme il le fut toute sa vie, — dénoncé par les extrémistes des deux partis (tory, ou conservateur, où unioniste d'une part ; bleu, ou castor, ou
nationaliste de l’autre, ce ne sont là que des étiquettes). Les réactionnaires de tous les coins du pays l’attaquaient.
Nous ne pouvons entrer dans les détails de cette vasté
question qui a défrayé pendant des années la discussion
politique au point d’en devenir fastidieuse. Nous ne voulons qu’en retenir le caractère général de l'attitude de Laurier,
Placé entre les fanatiques manitobains qui voulaient l’entraîner aux extrêmes et le parti castor de Québec, auquel s'était rallié publiquement une part importante du clergé de la province, Laurier s'opposa à l’ingérence du gouvernement fédéral dans les questions scolaires, réclama pour chaque province sa liberté en la matière et combattit le fameux bill soi-disant “réparateur” de Sir Chs. Tupper.
Comme cette attitude nous paraît sage aujourd'hui où nos propres libeïtés scolaires dans Québec peuvent être menacées au parlement d'Ottawa, le sont déjà par la résolution Edwards.
Chaque province a droit de légiférer sur son système scolaire, telle était l'attitude de Laurier, dans son discours sur la 2ème lecture du bill, le 3 mars 1896. C'était une attitude de suprême et courageuse dignité qui s’exprimait par les paroles suivantes :
“Quand bien même des menaces venant, comme on me le dit, des hauts dignitaires de l'Eglise à laquelle j'appartiens me seraient faites, je ne prononcerai jamais de paroles d’amertume contre cette Eglise. Je la respecte et je l'aime, Je ne fais pas partie de cette école qui a longtemps dominé en France et dans d’autres parties de l’Europe continentale, qui refuse aux ecclésiastiques le droit de se mêler des affaires publiques. Non, je suis un libéral de l’école anglaise. Je crois en cette école qui a toujours prétendu que c’est le privilège de tous les sujet", grands ou petits, riches ou pauvres, ecclésiastiques ou laïques, de participer à l'administration des affaires publiques, de discuter, d’influencer, de persuader, de convaincre, mais qui a toujours refusé, fût-ce au plus grand, le droit de dicter même au plus petit la ligne de conduite qu’il doit suivre.”
(Laurier répétait là la théorie qu’il avait déjà si no-