‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 105 sur 127 · H. Samuel, op. cit., p · texte numérisé non relu

H. Samuel, op. cit., p

trop restreint, puisque près de 3 millions et demi de citoyens, adultes et majeurs, en sont exclus par la subsistance d’un cens électoral. Vestige du temps où elle détenait le pouvoir, la propriété foncière confère encore à ses possesseurs le vote dans chaque circonscription où le landlord est.détenteur d’un ou de plusieurs immeubles. Faire disparaître les anomalies et les inconséquences de la loi électorale, dénotant le manque d’esprit de suite qui a présidé à sa confection opérée, nous l'avons vu, par étapes successives ; supprimer le vote plural des propriétaires qui aurait sa raison d’être pour des intérêts locaux, mais dont l'esprit se refuse à saisir le motif quand les soucis nationaux sont seuls en cause ; étendre la franchise électorale à tout habitant de l'Angleterre qui s'en montrerait digne autrement que par la fortune ; comprendre même dans le corps électoral l'élément féminin, dont l’expérience des colonies océaniennes témoigne l'aptitude politique : telles sont les mesures qui figurent à son programme actuel et dont l’adoption assurera le triomphe véritable de la démocratie. D’autres propositions s'imposent aussi à l’attention du réformateur, et leur aecomplissement dans un avenir plus ou moins lointain sera seul de nature à faire disparaitre les traces de l’ancienne oligarchie. La Chambre des lords, organe de l'aristocratie recrutée par l’hérédité ou le choix du souverain, sans que ses membres soient soumis à aucune garantie de capacité, dernier rempart de

l'esprit rétrograde et hostile aux progrès sociaux, se

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verra retirer le droit de s'opposer aux mesures régulièrement votées par la Chambre des communes, seul miroir de la volonté du pays. L'organisation même de cette dernière aurait besoin de quelques améliorations pour remplir le rôle que l’on attend d'elle : les Parlements annuels, réclamés par les radicaux de la pre nière heure, se heurtent au reproche de renouveler trop souvent une factice agitation ; cependant une convocation plus fréquente au moins en théorie, du corps électoral, maintiendrail mieux le contrat entre électeurs et élus ; le paiement des membres assurerait un recrutement plus populaire ; une plus juste proportionnalité des sièges à la population permettrait d'éviter les inconvénients dont la loi actuelle nous offre des exemples (1).

En possession des causes et des effets de l’évolution du libéralisme anglais au x1x° siècle nous pouvons maintenant en apprécier l'étendue. Confondu au début avec l'individualisme naturaliste du xvur° siècle, l'Etat lui inspirait une aversion insurmontable que contribuaient, du reste, à entretenir le spectacle permanent d'une cour grossière et corrompue et la concentration du pouvoir entre les mains d’une classe unique l’employant, dans son propre intérêt, au mépris de toute justice. L'industrie était à la merci d’un Parlement ignorant les premières règles de l'économie polilique, d’une administration et

d’une magistrature totalement incapables de remplir

1. H. Samuel, op. cit., 3e partie, ch. Il, IL et IV. Oualid 17

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dignement le rôle que la nation attendait d’elles: L'Etat lui-même, non représentatif et inintelligent, était l’objet du mépris des penseurs. Aujourd’hui, au contraire, les appels que les libéraux font à l’action du gouvernement sont de plus en plus fréquents, alors que les conservateurs, autrefois partisans de son ingérence, s'en montrent les plus acharnés adversaires. C’est que les réformes successives électorales et constitutionnelles ont fait de lui le véritable organe de la société dont il est chargé d'assurer le bonheur. Au fur et à mesure qu’augmentait le nombre de ceux destinés à collaborer à sa formation, la défiance qu'il inspirait aux libéraux, amis du progrès et défenseurs des intérêts généraux, faisait place à une confiance absolue dans la puissance et la sagesse de son intervention : Sa compétence s’est accrue par l'élargissement du champ de recrutement de ses fonctionnaires, la machine gouvernementale, en un mot, a subi un changement complet et de multiples améliorations par la création d’administrations centrale et locales incorruptibles. Grâce surtout aux efforts des premiers libéraux, un nouveau régime a élé mis à jour, et l'Etat actuel est enfin considéré comme le véritable agent des intérêts de la communauté, là où les whigs d'autrefois le jugeaient inapte

à rendre les moindres services à la société.

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