‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 122 sur 127 · Review of Reviews, 1903, vol. XXVIII, p · texte numérisé non relu

Review of Reviews, 1903, vol. XXVIII, p

et convertir le pays par une campagne de discours, M. Chamberlain remettait le 17 septembre sa démission de secrétaire des Colonies. Obéissant à des raisons opposées, M. Richtie et Lord Hamilton, secrétaire d'Etat pour l'Inde, résignaient également leur mandat, suivis dansleur retraite, au bout de quelques jours, par Lord Balfour de Burleigh, M. A. Eliotetun membre influent du conseil privé : le duc de Devonshire. Le parti conservateur-unioniste était ainsi réduit au sort qu'avait $ubi son adversaire deux ans auparavant : le désordre et le désaccord s’y étaient introduits; ses chefs divergeaient sur la politique commerciale à suivre ; ses défenseurs se séparaient de lui comme les dissidents avaient autrefois rompu avec Gladstone sur la question du Æome Rule.

Cependant les causes de dissensions des Tories fournissaient aux libéraux l’occasion de retrouver leur unité perdue, et ils ne la laissèrent pas échapper. Le drapeau du libre-échange, porté si haut par ses anciens chefs allait servir à rallier leurs troupes

en vue du futur assaut. Abandonnant leurs vieilles

querelles, Lord Roseberg et Sir Bannerman tombaïent dans les bras l’un de l’autre. Le premier prononçait, à Sheffield, le 3 octobre 1903, un grand discours où il condamnait vivement les projets Chamberlain. La conférence des cinq cents délégués des Unions en coopératives de Lancashire, assemblée à Manchester, votait une résolution déclinant toute soli-

darité avecle soi-disant défenseur delaclasse ouvrière,

L Enfin, le Congrès des Trade-Unions de Leice

ster faisait raison de ses fallacieuses promesses. Partout nais-

sait une agitation qu’on aurait pu croire due à une

résurrection de la grande Ligue. Les échos de la vieille Angleterre retentissaient à nouveau, des termes de protection et free trade, l'autorité des Peel, des Cobden, des Bright était invoquée à tout instant, les journaux, les revues mensuelles, fidèles miroirs de la pensée politique, descendaient dans l’arêne pour y briser quelques lances en faveur ou contre la liberté commerciale. Les {racts à bon marché ou gratuits revoyaient le jour, le Cobden Club, le Liberal publication department assuraient la diffusion de brochures, mettant le problème à Ia portée du public en termes simples et clairs. Les élections partielles, résultant des vacances de la Chambre des communes, donnaient enfin aux deux partis l’occasion de se mesurer. Ce fut la question du «pain cher » (dear loaf) que les candidats libéraux portèrent devant le pays et, avec leur sens pratique, ils en tirèrent un habile parti en l’appuyant d'affiches illustrées qui l’exposaient sous les yeux des foules en graphiques d’un relief saisissant. De tous côtés le peuple, revenu du délire jingoïste et ramené aux soucis plus pressants de la subsistance quotidienne, s’attacha à leur suite. Successivement les forteresses tories cédèrent devant la marée envahissante de l'armée libre-échangiste où libéraux, radicaux et membres du Zabour party agissaient de concert. Aussi, las de près de trois ans de résistance, après

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avoir répudié les doctrines absolues de M. Cham. berlain, pour y substituer les siennes qu'il jugeait

plus équitables, M. Balfour, premier ministre, sentant que sa majorité parlementaire ne représentait plus les sentiments du pays, se décidait le 2 décembre 1905, à solliciter du roi, une audience où il lui remettail sa démission et celle du Cabinet.

La mission de procéder au renouvellement intégral de la Chambre des communes était confiée à Sir Henry Campbell-Bannerman, leader du parti libéral, et, désireux d’en sceller l’union, ce dernier composait son ministère d'éléments empruntés aux anciennes fractions. Les divergences disparaissaient devant le danger d'une réaction commerciale : les pro-boers y fraternisaient avec les impérialistes ; le parti ouvrier, en la personne de M. John Burns, un de ses membres les plus populaires, y coudoyait les whigs aristocrates de la Chambre des lords. Les élections vinrent fournir un nouvel exemple de l'importance qu'ont en Angleterre les questions économiques. Aux tentatives de réformes douanières, la nation répondit par un catégorique refus d’aban. donner la politique qui lui avait valu plus d’un demi-siècle de prospérité. Les statistiques commerciales opposaient un démenti formel aux prévisions pessimistes et intéressées de M. Chamberlain. Les commandes affluaient dans les usines , les manufacturiers cotonniers, après une crise terrible, ne pouvaient satisfaire aux demandes qui leur parvepaient de tous les points du globe. Le verdict du

pays dépassa les plus vives espérances des candi-

dats libéraux. Les protestations libre-échangistes de nombre d’unionistes n’empéchèrent pas les minis-

tériels d'obtenir une majorité plus considérable

encore que celle que leur avait donnée, en 1832, la substitution du nouveau régime parlementaire à celui des bourgs pourris. Joint aux ouvriers dont la politique fiscale était conforme à la sienne, le parti libéral voyait sa faible minorité de 185 membres transformée en une masse compacte de 430 députés.

Par l'effet de la balance séculaire voilà donc revenu au pouvoir, après une éclipse de plus de vingt ans, interrompue seulement par un bref éclat, le parti qui, au cours du xix° siècle, s’est signalé par son œuvre d’émancipation et de progrès social. Certes le nom de libéraux couvre aujourd’hui des hommes bien diflérents des Whigs de la nuance des Pitt ou des Fox. Comme les Puritains de la République de Cromwell avaient fait place aux Whigs de la Révolution de 1688, et les auteurs du bill de réforme de 1832 aux libéraux dont l'étoile suivit l’ascension et le déclin de celle de son chef Gladstone, le parti d'aujourd'hui s’est fait à l’idée que læ victoire ne pourrait être achetée qu’au prix d’une transformation aussi grande que celle dont les étapes successives nous ont conservé le souvenir. Au moment même où ses ennemis escomptaient sa mort et prononçaient déjà son oraison funèbre, il renaissait plus ardent des cendres du feu qu’avaient

allumé dans son sein les querelles personnelles,

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etilse dressait, plus puissant que jamais, en champion de l'avenir et du progrès contre son éternel adversaire, le parti du passé et de la réaction. La

démocratie a accompli son œuvre comme l’a dit

Gladstone, le libéralisme est devenu le parti des masses tandis que le « toryisme » restait celui des classes. Il a compris que le succès ne pourrait lui venir que d'une franche adhésion au principe du progrès et de la réforme sociale, et que sa mission suprême était d'améliorer la condition du peuple. Les ressources et le pouvoir dont dispose l'Etat lui paraissent le désigner à l’accomplissement de cette œuvre d'émancipation et d’accroisseñment du Standard of life des classes laborieuses. Il ne poursuit pas l'inauguration d’un millenium chimérique, d'égalité idéale; le but qu'il se propose est plus pratique : fournir à tout citoyen britannique, désireux et capable de travailler, un minimum irréductible de nourriture, de confort et d’instruction qui rendra ses conditions d'existence moins nuisibles à sa santé, à sa moralité et à son intelligence (1). Ainsi seulement, l'Etat aura dignement rempli le rôle que lui assignent les théoriciens du néo-libéralisme, en tête de leur programme : « Assu- «rer à tous ses membres, et à tous ceux sur les- «quels s'étend son influence, la chance de mener la «meilleure vie possible. »

1. The party of the future andits programme. W.-T. Stead. Review of Reviews (Londres, 1903, vol XX VII, p. 25 et ss.)

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