‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 72 sur 127 · TE » MOI · texte numérisé non relu

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les remèdes à cette situation, le travail en nécessitait

au moins le double. Nombreuses étaient les causes de cette pénurie de mineurs de couleur : si la guerre avait semé la désolation et la ruine parmi la population blanche elle avait été pour les indigènes une source de profits considérables généreusement payés pour les services rendus à l’armée de la Reine, ils avaient amassé des pécules leur permettant de rester de longs mois sans travailler. D'autre part, les hostilités terminées, les propriétaires leur offraient la reprise de leur métier à des conditions plus désavantageuses qu'auparavant : le salaire était réduit de 60 à 30 shillings par mois, et le mois comprenait trente jours de travail effectif; les surveillants les accablaient de mauvais traitements ; à la place des anciens recruteurs, intéressés à rechercher des travailleurs par l’appât d'une forte commission, était créée une /Vative labour association composée d'agents à appointements fixes. Véritables prédicateurs, les anciens courtiers allaient alors semer la désertion dans Jes villages et, jointes aux récits des nègres échappés ou libérés du compound leurs déclamations formaient un sérieux obstacle à l’embauchage des mineurs (1).

Allait-on laisser inexploitées les mines aurifères

du Rand dont les dividendes grossissaient chaque

1. Aeview of Reviews, juin 1904. W.-T. Stead. The Chinese Question. Contemporary Review, mars 1904. British Colonist. British rule in South Africa.

année le portefcuille des actionnaires de la métropole ? Fallait-il renoncer à l'usage d’une main-d’œuvre que son bas prix mettait à même de traiter un minerai peu chargé en métal ? Le problème demandait une solution urgente. Les ouvriers blancs remplaceraient-ils les noirs absents ? Les financiers caressèrent-ils un instant cet espoir, et l'essai qu’ils firent de travailleurs anglais et boërs après la guerre, fut-il loyal ? Toujours est-il qu'ils y renoncèrent .promptement et, qu'à l'exemple des propriétaires de Californie, ils proposèrent de recourir aux coolies chinois pour venir combler le déficit. À une maind'œuvre de couleur il convenait d’en substituer une autre, à un travail bon marché ne pouvait succéder un ouvrage chèrement rétribué. D’autres arguments d’un ordre moins économique militaient contre l’emploi de mineurs blancs : introduire l’ouvrier britannique dans les mines sud-africaines c'était ouvrir l'ère des syndicats et des grèves, c'était remplacer la puissance oligarchique des Æ?andlords par un Labour party, qui à l'instar de ceux d'Australie et de Nouvelle-Zélande dicterait ses conditions aux capitalistes au lieu d'en recevoir les ordres (1). Aussi à l’instigation des financiers de Johannesburg et de tous ceux qu'intéressait un rendement abondant des mines, Lord Milner et le Conseil exécutif du Trans-

vaal, prenant prétexte du rapport de la Zabour

1. Contemporary Review, avril 1904. H. Samuel, The Chinese labour question.

Commission, décidèrent de faire appel à l'immense source de capital humain de l'empire chinois, pour allér y puiser l'élément dont était privée l’Afrique du Sud. Le 11 mars 1904 une dépèche de Lord Lyttelton au gouvernement du Cap lui annonçait l’adhésion de la Couronne à la Zabour importation ordinance, et le 13 mai une convention était conclue à Londres, aux termes de laquelle le gouvernement chinois consentait au recrutement d'ouvriers destinés aux mines du Transvaal. Un mois après à peine, le 18 juin, le premier convoi d’Asiatiques débarquait dans le port de Durban.

L’Angleterre n'avait pas altendu l'exécution du projet pour faire entendre ses protestations. Trompés dans leur attente, les ouvriers sans travail, auxquels la guerre avait ouvert la perspective d’un nouveau débouché de leur activité, s’indignaient de se voir ainsi arracher le fruit de trois années de luttes, de sacrifices et d'impôts supplémentaires. Etait-ce pour voir ouvrir aux Jaunes les portes de l'Afrique australe que des milliers de soldats avaient été rougir de leur sang les vastes étendues du veldt transvaalien ? N'était-ce pas ajouter un nouvel élément corrupteur à la colonie, où Pattrait de l'or avait déjà suffi à abaisser le niveau moral ? Rien ne pouvait résulter de bon de l'immigration d’une multitude d'hommes jeunes, vigoureux, foncièrement inassimilables et soumis aux rigueurs d'un célibat prolongé. Plus égoïste cependant était le mobile qui unissait, d’un bout à l’autre de l'Empire, les travail-

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