‹ Le Libéralisme Économique En AngleterreChapitre 85 sur 127 · Bastiat. Cobden et la Ligue, introduction · texte numérisé non relu

Bastiat. Cobden et la Ligue, introduction

L'opinion prenait alors de plus en plus parti contre la loi céréale, l'agitation grandissait, le budget de a Ligue atteignait 250.000 livres (6.250.000 francs), les hommes politiques se convertissaient peu à peu aux idées nouvelles. Le chef des whigs et le chef des tories convergeaient vers l'idéal commun.

Les tories protectionnistes, dont Disraëli s'était fait le porte-parole, sentirent le danger et, le 17 mars, leur chef reprochait sa trahison à Peel, en le sommant de faire appel au peuple et de déchirer le voile hypocrite dont se couvrait le cabinet conservateur. La notion annuelle que déposait Villiers, ne se heurtait plus qu’à une opposition dilatoire de Peel et non à son refus catégorique. Tout indiquait une réforme prochaine que vint hâter la mauvaise récolte du blé en Angleterre et la pénurie des pommes de terre en Irlande. Des plaintes s’élevaient dans le pays, on réclamait des mesures urgentes. Jusque-là partisan d’un droit fixe, Lord Russell dans une lettre du 22 novembre, rendue publique, déclarait que le moment de s'en occuper était passé et qu'il fallait l Cabolition entière ». Des dissensions intérieures obligeaient Peel à remettre aux mains de la reine la démission du Cabinet ; mais, à la suite d’un essai infructueux de Russell, ilse voyait de nouveau confier la formation d’un ministère. La ligue redoublait alors d’eflorts et d’activité. Dans le hall de Manchester, qu’elle avait fait édifier, et qui devait perpétuer jusqu’à nous le souvenir de son agitation,

elle tenait le 23 décembre un meeting monstre où

se pressaient 10.000 assistants. Un appel à une souscription de 250.000 livres voyait aussitôt recueillir la somme de 60.000 livres. Le 19 janvier 1846 s’ouvrit la session du nouveau Parlement. Peel y annonça sa conversion aux idées libre-échangistes et dégagea sa situation personnelle vis-à-vis de ses anciens partisans. «Je n’entends pas, disait-il, que & dans mes mains le pouvoir soit réduit en servage. » Huit jours après il exposait son programme de réformes : maintien pendant trois ans de l’échelle mobile abrogation totale en 18/49 de tous les droits! Réunie de nouveau à Manchester, la ligue vota une résolution d’abolition immédiate et- intégrale. Commencée le lundi 9 février, la discussion à la Chambre des communes occupa toute la semaine. Le lundi suivant à 10 heures du soir, Peel prit la parole sur le projet: il reniait, d'un coup, tout son passé proteclionniste, la chaleur avec laquelle il défendit la nouvelle cause, la pitié avec laquelle il évoqua la misère des famines de 1841-1842, le tableau qu'il traça des ouvriers affamés et des rigueurs de l'exil irlandais, montrèrent que, pour la première fois, il pouvait donner cours à des sentiments véritables. « Voudrez- « vous, s'écriait-il, en terminant, voir par votre «faute renouveler calamité aussi grande, nos encou- «ragements ne parailront-ils pas plus sincères si « nous pouvons y ajouter avec orgueil qu'en un «temps d’abondance relative, sans y être contraints «par la nécessité, nous avons su prévoir les époques « difficiles à écarter tout obstacle à la libre circula-

«tion des dons du créateur.» (1). Son discours déchaina la fureur des protectionnistes : ils couvrirent sa voix de leurs cris et de leurs grossières huées. Quand il se justifia et parla d'honneur el de conscience, ils l’assaillirent de leurs clameurs de dérision et de gestes de mépris, ils lui prodiguèrent l’accusation de lâcheté et de trahison (2). Emu par le spectacle de l’accablement de son ancien adversaire, John Bright se leva alors pour prendre sa défense en apostrophant l'opposition avec sa véhémence coutumière. «Quand l'honorable baronnet, s'écria- «t-il, se démit de ses fonctions il cessa d’être votre «ministre, et quand il repritle portefeuille ce fut en « qualité de ministre du souverain et du peuple. » Le débat durait encore le vendredi quand Cobden fit rejeter la motion dilatoire du renvoi de l'examen à une autre législature. Adopté en première et en deuxième lectures, le bill fut enfin voté en troisième lecture, le 16 mai, à 98 voix de majorité. Presque sans discussion, les lords l’acceptèrent et le 26 mai 1846 le texte devenait loi d’empire. La Ligue assistait ainsi au succès complet de sa tentative; aussi, réuni le 22 juillet 1846, le Conseil exécutif en décidait la dissolution en récompensant royalement ses principaux chefs des efforts qu'ils avaient faits, et où d’aucuns avaient perdu leur fortune personnelle (3).

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