‹ Le libéralisme [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 7 · DE · texte numérisé non relu

DE

l'Eglise présidera aux destinées d’un peuple vraiment chrétien. Or, “un peuple chrétien, dit de Maumigny, est une grande chose: c’est l'œuvre de Dieu, du Christ et de la nature ; c'est un corps vivant, qui a sa tête, ses membres, son âme, et où tout concourt au bien-être de la communauté, Tout s’enchaîne et s’unit sans se confondre, se distingue sans se séparer, Chacun est à sa place, chacun remplit les fonctions que Dieu et la nature lui assignent, Content de son sort, il ne porte aucune envie à autrui. Chacun se dévoue à tous, et tous se dévouent à chacun. La tête ne méprise pas le bras qui la sert et la protége ; le bras qui travaille et combat n'envie pas les yeux qui le guident. Avec l’ordre règne la paix, parce que la paix est la tranquillité de l’ordre. Une âme saine dans un corps sain, un esprit chrétien joint à une forte constitution, voilà le peuple chrétien. ”

“ Un peuple, c’est encore un arbre séculaire dont les feuilles tombent, mais qui conserve le même tronc, les mêmes branches, la mûme sève, les mêmes racines. Les hommes meurent ; les dynasties, ; maisons, les familles, les mœurs nationales persistent. Planté dans le sol fécond de l’Eglise, vivifié par la charité, cet arbre porte d'abondants fruits de vie, et abrite de son ombre de longues générations. Le vrai peuple contient tout dans sa vaste unité, le passé et l'avenir non moins que le présent, et les longues espérances, filles des longues traditions, ”

Voilà l’image d’une nation libre, puissante, heureuse et parfaite ; mais c’est l’œuvre de la religion catholique.

Maintenant, Messieurs, il sera évident pour tous que le gouvernement en Espagne, dans la Nouvelle-Grenade, au Mexique, en Italie, a fait fausse route, a usurpé un droit qu’il n'avait pas, méconnu son premier devoir, et est tombé dans le libéralisme. Les peuples de ces pays sont des peuples catholiques, dont le culte national était l'unique et véritable

D, ER religion. En proclamant la liberté des faux cultes, le gouvernement a violé leur droit le plus précieux, exposé aux attaques des impies et mis en danger leur bien suprême, leur foi, que cependant il avait le devoir de protéger et de défendre dans chacun des membres associés.

Si de plus on considère que ces gouvernements se disent catholiques, leur conduite devient inexplicable, et constitue une anomalie inconcevable, pour ne pas dire une honteuse et ridicule contradiction : en effet, du moment qu’un gouvernement met les faux cultes sur le même pied que la véritable religion, il renonce à sa foi, il ne peut plus retenir le nom de catholique.

Mais, me demandera-t-on, ces gouvernements n’auraientils pas pu faire ce qui s’est pratiqué dans d’autres pays, même avec l’assentiment de l'Eglise, reconnaître la liberté civile des faux cultes et les tolérer comme une nécessité, vû qu’à notre époque, il y a des dissidents dans tous les pays ? Non, ils n'avaient pas ce droit, parce que les circonstances n’exigeaient point cette tolérance ; au contraire, dans quelquesuns de ces pays, en Espagne par exemple, la nation entière était opposée à la liberté des faux cultes. “ Là où on ne se fait pas un jeu de la religion, dit Mgr Audisio (1), où on la regarde au contraire comme une vérité, un devoir de justice à rendre à Dieu, on ne dira pas que, dès qu’il prend fantaisie à quelau’un de se créer une idole ou d’embrasser un autre culte, la nation devra lui accorder un temple et un autel. Elle ne le doit pas, parce que cette prétention individuelle est illidée par le droit qu'a la nation à son culte, et que d’ailleurs la publicité du culte n'est pas, rigoureusement parlant, une liberté de conscience, mais un droit public des nations, comme aussi d’une portion notable de toute nation quelconque.” Tout ce que les dissidents peuvent réclamer

(1) Droit public de l'Eglise, vol. III, titre xxXx1I1.

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dans de semblables pays, c'est la liberté que possèdent à Rome les Juifs et les Protestants, c'est-à-dire, pouvoir se réunir librement dans un lieu commun, mais sans aucune publicité extérieure,

En 1863, le Tyrol donna au monde entier un magnifique exemple d'une population attachée à la foi et convaincue que la religion catholique, pratiquée à l'exclusion des autres cultes, par tous les membres d’une nation, est son souverain bien. Le gouvernement autrichien venait de proclamer pour tout l'empire la liberté civile des cultes ; les Tyroliens réclamèrent le privilége de conserver pure de tout alliage leur foi antique, la foi du Concile de Trente, et demandèrent pour cela que la loi de la liberté des cultes ne fût pas au à leur fortuné et heureux pays.

Quel contraste avec la conduite des gouvernements de l'Espagne, de la Nouvelle-Grenade, du Mexique et de l'Italie ! Ceux-ci, dans leurs lois, ont contesté à l'Eglise son titre de mère et de reine, en lui contestant sa supériorité sur l'Etat : c'est-à-dire, qu'ils ont contesté à Dieu même sa supériorité sur l’homme, puisque, par la bouche de l'Eglise, Dieu parle et commande. En se séparant de l'Eglise, ils se sont séparés de Dieu ; en cherchant à s'égaler à l'Eglise, ou à prévaloir sur elle, ils ont tenté, dans leur fol orgueil, de s'égaler à Dieu et de prévaloir sur le Tout-Puissant. Et, c’est là le libéralisme de l’athée et de l’impie, du persécuteur et du tyran, c’est même le libéralisme de Lucifer.

Les peuples qui sont entrés dans cette voie du libéralisme, tout en pensant progresser, courent à l’abîme ; le salut pour eux est de revenir aux principes immuables de l’ordre religieux, politique et social.

Mais, diront quelques-uns, vous voulez donc nous ramener au moyen-âge ? Eh bien ! sachez qu’il est impossible de rebrousser chemin, et de résister à la loi du progrès qui

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pousse toujours en avant, et force à marcher.—C'est une erreur de croire que le progrès consiste à aller toujours en avant : quelquefois, souvent même, resourner en arrière, c’est progresser, Quel est en effet le progr s pour le voyageur qui a fait fausse route, et qui est engagt dans les précipices ? Revenir sur ses pas, et prendre la véri'able voie, Egalement, quel est le progrès pour la nation qui, ayant abandonné le chemin que Dieu lui-mêmo a tracé à l’h'imanité, court à sa porte ? Revenir aussi sur ses pas et prend'e la voie du salut, de la prospérité, de la paix et de ia véritaile civilisation ; et si pour cela il fallait remonter au moyen-âv:e, il n’y a pas à hésiter, le progrès le demande,

Ah! Messieurs, il y a un moyen-âge bien eaviable, et qui sera éternellement digne d'imitation, c’est c'lui qui nous montre réalisées dans la pratique ces vérités élérnentaires et primordiales : la loi divine domine les loi: humaines, l’homme dépend de Dieu, qui est sa fin, et, consequemment, l'Etat, comme l'individu, est soumis à la religion. Que ces vérités soient de nouveau respectées, et les gouve"nements rentreront dans une ère de perfection, sans qu’il so't nécessaire de faire revivre toutes les institutions et les mours du moyen-âge. Mais prétendre, comme on le fait, “ que la perfection des gouvernements et le progrès civil demandent que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la religion que si elle n’existait pas. ou du moins sans faire aucune distinction entre la vraie religion et les fausses,” c'est n’assigner à l’homme et à la soci té d'autre but que celui d’amasser des richesses, d'autre fin que celle de satisfaire ses passions, et, tout en disant qu’on ne veut pas retourner au moyen-âge, par crainte de rétrograde, on remonte à Epicure et on le prend pour guide !

Les gouvernements et les souverains auront beau s’agiter élaborer des constitutions, improviser des systèmes, ils nc

sauront jamais mieux faire que Dieu n'a fait lui-même, “ L'Eglise et l'Etat sont des pouvoirs distincts, que la sagesse divine a néanmoins associés afin de procurer, pour ainsi dire, par deux côtés à Ja fois, et de concert, ie bonheur complet de la famille humaine. Donc, les confondre, aussi bien que les séparer et les diviser, c'est un crime de lèse-société chrétienne et de lèse-mujesté divine.” Mgr Audisio, de qui sont ces paroles, trace ensuite les conditions et les effets de la coexistence de l'Eglise et de l'Etat.

“ La coexistence n'étant ni la cc..fusion ni l'absorption, mais bien J» concorde et l'amitié réciproque de deux existences entières et parfaites, elle implique nécessairement : 10 une limite à ia vie, c’est-à-dire aux actions et aux droits de chacune des deux existences ; 20 l’inaltérable respect des droits d'autrui ; 30 le libre exercice de ses propres droits, ce qu’on nomme la liberté, et n’est que l'effet ou le résultat du respect mutuel des droits d'autrui.”

“ Dieu seul, à proprement parler, ne relève que de lnimème. L'Eglise et l'Etat, étant ses dépendances, et comme deux provinces ou départements de son gouvernement icibas, n’ont qu’une autonomie non pas absolue, mais relative, conséquemment des pouvoirs et des droits non pas absolus, mais relatifs. De ce premier principe sort le second, savoir, le juste respect das droits d'autrui et l’accomplissement fidèle de ses propres devoirs ; les droits et les devoirs, étant relatifs ne s’absorbent point, mais se limitent mutuellement. Enfin, de ces deux premiers principes s’engendre le troisième, résultat de l'un et de l’autre, je veux dire la liberté, ou la libre coexistence de l'Eglise et de l'Etat ; car il y a liberté partout où il n’y à ni injure faite, ni injure reçue.

“ Ce n’est donc pas un droit nouveau, mais bien un droit antique et culminant des nations chrétiennes que celui qui a été formulé en ces termes : l’Æglise libre et l'Etat libre, Bien plus, partout où l’on appliquera la théorie de la limi-

tation des droits et de leur maintien selon la loi de Dieu, À fleurira la libre coexistence ct la vie libre, Qu'on vénère la loi eb la majesté de Dieu, et lon aura l'âme libre dans un corps libre, le citoyen libre dans l'Etat libre, et l'Eglise libre avec l'Etat libre ; libre, dis-je, de estte liberté qui consiste dans l'exercice limité, et sans entraves, de ses propres droits,

“Que l'Etat donc, en jetant les yeux sur l'Eglise, ne la regarde pas comme son ouvrase, mais la considère telle que saint Jean l'a vue, c'est-à-dire, comme une cité descendue du ciel et venant de Dieu. Puissances de la terre, s’écrie Dossuet, vous no l'avez pas fondée, elle ne vous appartient pas, elle n'émane pas de vous, mais de Dieu, Vous l'avez au conéraire persécutée à outrance pendant trois siècles ; et elle, durs sa charité et dans sa patience, elle, pour toute veugeance, vous a résénérés, rois eb peuples. Non encore triomphante, mais achevant ici-bas son pôlerinage inilitant, elle soTa pour vous, selon que vous Jo veudrez, où une mère cb ure alliée qui vous conduira, vous et vos peuples, à la source de la justice ; ou une pierre, contre laquelle se brisera toute hauteur qui viendra s’y heurter volontairement (1), e

(1) Droit public de l'Eglise, vol, EF, titre Xxx17,

Clamours ds la pres36 imois à l'apparition ds l'encyclique Quantucura.—T\ faut distinguer ua faix progrès etun véritable progrès, une fausse civilisation eo une véritable civilisation. —Comment Pie IX caractérise la vraie et la fausss civilisation. —L'Eglis:, mère de la véritable civilisation.— Les gouvernements, et non l'Eglise, ont besoin de se réconcilier avec la véritable civilisation -—-Pie IX n’a pas refusé à ses sujets un gouvornement plus libéral. —Le libéralisme italien n’en veut pas seulement au pouvoir temporel du Pape, mais encore à l'Eglise elle-mûme.— Pie IX prouve qu'il ne pout point so réconcilier avec le gouvernement italien. — Reconnaissance due à Pie [X.-Dimonstrations des catholiques du Canada en 1860 et en 1871.—L’Eglise et le progrès matériel.—Que pense saint Thomas du bien-être matériel.—Luxe contraire à la morale, luxe légi- &imo.—Les chemins de fer bénits par l'Eglise. —Moyen sûr d'échapper a libéralism: : suivre les chefs que Dieu lui-mâm: nous a donnés.— Admirable constitution de l'Eglise, qui est celle d’une armée.—Suivrt ses chefs immédiats. —L’université Laval est étroitement unie au Saint- Siége.— Elle travaillera toujours à conduire la jeunesse canadienne dans les voies du progrès et de la civilisation. —Ce que nous devons faire pour achever de d'velopper les germes de la civilisation.

MESSIEURS

L'apparition, en 1864, de l’encyclique Quanta cura et du Syllabus a suscité de la part des ennemis de l'Eglise une clameur générals, dont les échos ne sont pas encore complète-

ment expirés. Cependant il est assez curieux de reisarquer

que, sur les quatre-vinis propositions condamaéos, il n'en est pas une qui soit nouvelie et qui n'ait écé proscrite et fétric dans des documoabs apoisoliques antérieurs ; de sorte que vaisomblablement ceite explosion subite et universelle ne s'explique que par un moë d'ordre reçu, et un signal donné, Quoiqu'il en soit, toujours est-il que tous les écrivains de la Soie : | mn Ne SE ei . À presse irréligieuss eb impie se sont écriés, surtout au sujet de la dernière proposition : Enfin, nous Favons emporté : lorsque nous disions que l'Eglise n'était pas de son siècle, qu'elle ébait une institution surannée, ennemie du progrès, de la civilisation et de la lumière, on nous traitait de calomniateurs. Aujourd'hui, le Pape lui-même vient nous donner raison, en procaumant qu'il ne peut pas eë ne doit pas se réconcilier et se mabtre d'accord avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne. Et, afin d'enlever tout doute , . En] CS LAS ] eye 1° sur la répulsion de l'Eglise pour le progrès et la civilisation

moderne, la presse ultramontaine à répondu à ceux qui voulaient hasarder quelques distinetions, que le Pape ne distinguait pas, qu'il ne fallait pas non plus distinguer, mais condamner et réprouver avec lui d'une manière absolue cette erreur : “ Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrè:, le Hbéralisme et la civilisation moderne.”

Malgré Ia défense qui nous est faite, par ces apologistes d'un nouveau genre, nous a'lons cependant distinguer, et montrer dans quel sens le Souverain Poutife à condamné le progrès et la civilisation moderne, Le Pape à répudié ot proscrit un certain progrès, et une certaine civilisation ; mais il n’a Hlétri ni le progrès, ni la civilisation véritable.

À la suite de la proposition condamnée dont il #agit, le Syllabus nous renvoie à l’allocution de Pie IX du 18 mars 1861. Là, je trouve la distinction toute faite. Par ronséquent, ma base d'opération est solide et respectable,

Le Souverain Pontife avait prononcé cette allocution le lendemain, pour ainsi dire, de Castelfidardo. Elle contient les plus graves et les plus solennels enseignements.

“ Depuis longtemns déjà, dit Pie IX, nous sommes témoins des agitations dans lesquelles est jetée la société civile, surtout à notre malheureuse époque, par la lutte violente que se livrent des principes opposés, la vérité et l'erreur, la vertu et le vice, la lumière et les ténèbres. Car, certains hommes, d'une part, favorisent ce qu'ils appellent la civilisation moderne ; d'autres, au contraire, défendent les droits de la justice et de notre sainte religion. Les premiers demandent que le Pontife romain se réconcilie et se mette d'accord avec le Progrès, avee le Libéralisme—ce sont leurs expressions— en un moë avec la civilisation moderne. Mis les autres réclament, avec raison,que les principes immobiles et inébranlables de l'éternelle justice soient conservés sans altération ; ils réclament que l’on garde intacte la force salutaire de notre divine religion, qui peut seule étendre la gloire de Dicu, apporter des remèdes salutaires aux maux qui afflizent

l'humanité, et qui est l'unique et véritable règle par laquelle les enfants des hommes puissent, dans cette vie mortelle, acquérir toute vertu et se diriger vers le nort de l'éternité bienheureuse. Mais les défenseurs de la civilisation moderne ne comprennent pas cette opposition, bien qu'iis se disent les vrais et sinceres amis de lareligion. Nous voudrions ajouter

foi à leurs paroles, si les tristes événements qui s’accomplissent chaque jour aux yeux de tous me nous prouvaient évidemment le contraire... A ceux qui pour le bien de la relision nous invitent à tendre la main à la civilisation actuelle, nous demanderons si les faits sont tels, que le vicaire du Christ, établi divimement par lui pour maintenir la pureté de sa céleste doctrine, et pour paître et confirmer les agneaux et les webis dans cette même doctrine, puisse, sans un très-grave damger de conscience et un très-srand scandale

de

pour tous, s'associer avec la civilisation contemporaine, par le moyen de laquelle se produisent tant de maux, qu’on ne saurait jamais assez déplorer, et se proclament tant de funestes opinions, tant d'erreurs et de principes qui sont extrèmement opposés à la religion catholique et à sa doctrine.”

Dans ces quelques lignes, Pie IX a déjà indiqué suffisamment quelle espèce de progrès et de civilisation il condamne, puisqu'il s’agit d’un progrès et d’une civilisation qui ne veulent pas compter avec les principes immobiles et inébranlables de l’éternelle justice, et qui refusent de les prendre pour fondement. Si vous ajoutez les maux produits en Îtalie par cette prétendue civilisation, et que le pape énumère, il devient clair pour tout esprit droit que le vicaire du Christ ne saurait, sans scandale, lui tendre une main amie ou faire alliance avec elle. Mais il est une véritable civilisation, et avec celle-là le Saint-Siége n’a pas besoin de se réconcilier, attendu qu'il a toujours été à sa tête, qu'il l’a faite ce qu'elle est.

“ Qu'on rende aux choses leur véritable nom, ajoute Pie IX, et le Saint-Siége paraîtra toujours constant avec lui< même, En effet, il fut perpétuellement le protecteur et l'initiateur de la vraie civilisation ; les monuments de l’histoire l’attestent éloquemment à tous les siècles ; c’est le Saint-Siége qui a fait pénétrer dans les contrées les plus lointaines et les plus barbares de l'univers la vraie humanité, la vraie discipline, la vraie sagesse. Mais si, sous le nom de civilisation, il faut entendre un système inventé précisément pour affaiblir et peut-être même pour renversér l'Eglise; non, jamais le Saint-Siége et le Pontife romain ne pourront s’allier avec une telle civilisation. “ Quelle participation, dit “ très sagement l’apôtre, quelle participation peut avoir la “ justice avec l’iniquité ? Quelle société, la lumière avec les “ ténèbres ? Quelle convention peut exister entre Jésus- “ Christ et Bélial ?”

En.

Vous voyez, Messieurs, que le Souverain Pontife distingue, on ne peut plus clairement, deux civilisations, l’une vraie, l'autre fausse. La première se trouve dans la vérité, la justice et la sagesse qui élèvent les individus et les peuples ; plus cette élévation sera sublime, plus la civilisation sera parfaite, et, si son terme est Dieu, elle sera consommée. Or, l'Eglise produit cette civilisation achevée, puisque seule, en vertu de sa mission, elle prend l’homme, cette créature misérable, le soulève de terre et l'élève jusqu’à Dieu. Que dis-je, l'élève jusqu’à Dieu ! elle l’unit à Dieu même pendant son voyage terrestre, et à la fin de sa course rapide le plonge dans le sein de la divinité, son origine première. Ah ! encore une fois, si l’on prétend que le Pontife romain ait besoin de se réconcilier avec la véritable civilisation, on lui fait l'injure la plus sanglante : car, on suppose que le Saint-Siége & failli à sa mission divine.

L'Eglise à réalisé la véritable civilisation parmi les peuples qui ont bien voulu accepter ses bienfaits. Mais les conducteurs des nations, les gouvernements qui ont aussi comme elle, bien qu'avec des moyens différents, l'obligation de promouvoir la véritable civilation, n’ont-ils pas souvent prévariqué ? Ne sont-ce pas eux plutôt qui ont besoin de se mettre d'accord avec le Saint-Siége ? Ils se vantent d’avoir fait des efforts pour opérer cette réconciliation, mais les faits viennent tous les jours prouver que leurs paroles sont vaines et mensongères. C’est ce que Pie IX, dans la même allocution, reprochait aux partisans du libéralisme en Italie. Les événements qui se sont accomplis depuis, ont amplement démontré que le pape n'avait rien exagéré. Ilest évident pour tous que les libéraux d'Italie, qui siégent au Quirinal, et qui font l’apothéose de Mazzini dans la ville des Papes, ne veulent pas seulement la ruine du pouvoir temporel du Pontife romain, mais encore celle de son autorité spirituelle, si la chose était possible. Selon l'expression de saint Pierre

ils se sont servi ct ils se servent encore de la liberté comme d'un voile de malice pour cacher leurs desseins pervers,

Mais écoutons Pie IX : “ Avec quelle probité les perturbateurs et les fauteurs de la sédition élèvent-ils la voix pour exagérer les efforts qu'ils ont vainement tentés pour se imcbtre d'accord avec le Pontife romain ? Lui, en effet, qui tire toute sa force des principes de la justice éternelle, comment les pourrait-il jamais abandonner, de manière à mettre noëre sainte foi en péril, eb l'Italie en danger imminent de perdre ce brillant éclat, cette gloire qui depuis dix-neuf siècles la fait resplendir conne le centre et le siége principal de la vérité catholique.”

Le Saint-Père montre ensuite que les partisans du litéalisme ne peuvent pas même prétendre que les princes légitimes et le Saint-Siége avaient fermé les oreilles aux requétes de ceux qui ont munifesté le désir d'un gouvernement plus libéral.

“ On ne peut pas objecter, poursuit Pie IX, que le siége apostolique, en ce qui concerne l'administration civile, ait fermé les oreilles aux requêtes de ceux qui ont manifesté le désir d’un gouvernement plus libéral. Et, sans avoir besoin de rappeler les exemples du passé, parlons de notre âge mal-

“heureux. A peine l'Italie eut-elle obtenu de ses princes légitimes des constitutions plus l‘bérales, qu'animé nousmême de seutiments paternels, nous avons souhaité de voir ceux de nos fils soumis à notre domination pontificale partager avec Nous l'administration civile. Nous avons fait les concessions opportunes, les conformant cependant aux règles de la prudence, dans la crainte que le bienfait que notre cœur paternel nous avait dicté ne vint, grâce aux intrigues des homnies pervers, à ressentir quelque atteinte du poison, Et que s’en est-il suivi ? Une licence sans frein s’est emparée de nos concessions inoffensives ; le palais, dans le-

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