‹ Le libéralisme [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 7 · A RER · texte numérisé non relu

A RER

nous peint acharnés contre leurs victimes. ” Paris peut nous dire quelque chose de ce régime, il l’a subi pendant la Commune ;et vraiment les êtres infernaux ne se seraient pas montrés plus acharnés que les communistes contre l'ordre, Ja vertu et l'innocence.

La religion est donc la base, le fondement et l'appui de toute société et de tout gouvernement. Mais il ne faut pas s'arrêter à moitié chemin ; il faut admettre aussi, sous peine d’être illogique, que la religion catholique, la seule véritable, est la plus apte à procurer la stabilité des Etats, en produisant et maintenant l'union des intelligences et des volontés dans l’ordre, la vérité et le bien. En voici la raison : “ Pour que la religion me toit une garantie de la conduite de mes concitoyens, dit Taparelli (1), et par concitoyens il faut entendre Jes gouvernants aussi bien que les gouverné, il faut qu’elle approuve et condamne dans leur conscience ce qu’elle approuve et condamne dans la mienne. Voilà pourquoi 1/ est de mon intérét de vivre en société avec ceux qui croient à tous les dogmes que je crois, et qui font profession ouverte de cette uniformité de croyance. ” Autrement, si la religion dépend du caprice de chaque individu, je n'ai plus l'assurance qu'il ne regardera pas, “ à l'instar du musulman ou du phanségar indien, comme un acte méritoire celui de me trahir, de me voler, de m’assassiner. Que si la force du lien religieux résultant et de la propension de l'esprit, et des affections du cœur et des intérêts matériels, est si grande, il est clair qu'une société qui se prive de cette force, est, par là même, dépourvue d’un lien très-puissant, et souvent alors la religion se tourne contre élle: les différentes . croyances religieuses, formant des sociétés diverses trèsfermes, doivent tendre perpétuellement à se séparer, tandis que la société totale est dépourvue du lien le plus solide ;

(1) Droit Naturel, vol. II, p. 181

ce danger d’une haute gravité a été prévu par tous les hommes politiques ; ils l'ont proclamé dans leurs moments de sincérité, quelles que fussent d’ailleurs les préoccupations de l’opinion à laquelle ils appartenaient, ”

“ Ecoutons Machiavel : “ Les princes et les républiques qui veulent se maintenir à l'abri de toute corruption doivent, sur toutes choses, conserver, dans sa pureté, la religion, ses cérémonies, et entretenir le respect dû à leur sainteté ; parce qu’il n’y a pas de signe plus assuré de la ruine d’un Etat que le mépris du culte divin.”

Rogier, cité aussi par Taparelli, ajoute :

“ En bonne politique, n'est-il pas préférable de réunir en un seul corps les divers membres d’un pays, que d’en perpétuer la division ? un corps politique ne devient nation qu’autant qu’il a une âme nationale.” Et qu'est-ce qui donne cette âme nationale ? l'unité religieuse.

L'Eglise catholique, dit saint Augustin, “ lie les citoyens aux citoyens, les nations aux nations, et tous les hommes entre eux, non-seulement par le lien social, mais encore par une sorte de fraternité, fruit du souvenir de nos premiers parents. Elle enseigne aux rois à avoir toujours en vue le bien de leurs peuples ; elle avertit les peuples de se soumettre aux rois. Elle apprend à tous, avec une sollicitude que rien ne lasse, à qui est dû l'honneur, à qui l'affection, à qui le respect, à qui la discipline, à qui la réprimande, à qui le supplice, montrant comment toutes choses ne sont pas dues à tous, mais qu’à tous est due la charité, et à personne l'injustice” Ces sublimes enseignements nous montrent que la religion seule est la sauvegarde des particuliers et des Etats, et que nous devons placer la perfection sociale dans l'unité de croyance obtenue par le véritable culte, la religion catholique. Le gouvernement qui brise cette unité, détruit son plus ferme appui, et tient une conduite tout à fait impolitique.

Envisageons maintenant la question sous une autre face, au point de vue de la croyance de ceux qui composent le gouvernement.

Un gouvernement n’est pas un être abstrait, et, selon notre hypothèse, ceux qui le composent, étant catholiques, ne peuvent point, dans leurs décrets, leurs lois ou les actes quelconques de commandement et d'administration, dépouiller leur caractère religieux et leur qualité de sujets du monarque du ciel et d'enfants de l'Eglise. Par conséquent, un gouvernement catholique ne peut pas conserver ce titre, et reconnaître même politiquement, quand les circonstances ne l'exigent pas, la liberté des faux eultes. Il ne saurait agir ainsi sans contredire sa foi, sans tomber dans le libéralisme, qui mène à l’indifférentisme. Car, enfin, la révélation enseignée par l'Eglise, elle aussi, est une loi, et le gouvernement, pas plus que l'individu, n’a le droit ou la liberté de l’enfreindre et de la mépriser. Et, qu’on ne vienne pas dire que nous restreignons la liberté des gouvernants : nous devons supposer dans le gouvernement, comme dans l'individu, une liverté raisonnable et intelligente, qui sait ce qu’elle veut, et quel est son bien.

D'ailleurs, toujours dans notre supposition, un gouvernement ne peut proclamer la liberté civile des cultes, sans usurper un droit qu’il n’a pas. Il n’est pas juge en matière de religion, et, en déclarant la liberté civile des cultes, il s'attribue un droit qui n'appartient qu’au pouvoir spirituel ; il se substitue au tribunal infaillible de l'Eglise. Qu'un semblable gouvernement le veuille où ne le veuille pas, il est nécessairement illogique, irréligieux et impolitique : car proclamer la liberté des différents cultes, c’est travailler à rassembler toutes les contradictions dans un même Etat, c’est imiter la conduite des empereurs romains qui réunirent dans un même temple toutes les fausses divinités des nations

conquises ; autoriser la liberté des différents cultes, c’est cacher sous une apparence d'équité et de libéralité une indifférence profonde pour sa religion, voilà quelque chose d'irréligieux et d’immoral : la véritable foi, la foi vivante n'est pas si accommodante. Enfin, sanctionner la liberté des cultes, c’est se montrer bien impolitique, puisque le peuple sera porté à imiter ses chefs, à se laisser aller à l’indifférentisme, qui est la ruine de la religion, base essentielle de la société.

Ainsi, pour tout résumer ce que vus venons de dire, un gouvernement, mais surtout un gu ernement catholique, placé à latête d’une nation catholique, où existe l'unité de tendance, de vue, de règles intérieures et extérieures, et qui, par conséquent, possède tous les éléments de la perfection sociale et de la véritable civilisation, ne saurait, sans blesser les lois de la saine raison, de la foi'et de la politique, poser un acte qui romprait cette heureuse harmonie des forces, des intelligences et des volontés tendant toutes vers le bien réel des individus et des peuples, le bonheur infini, Dieu, fin dernière de toute créature raisonnable. Or, proclamer la liberté civile des cultes, lorsque les circonstances ne l’exigent pas impérieusement, serait poser un acte qui de sa nature conduit à faire disparaître cette unité ; en agissant ainsi, un gouvernement manquerait donc à son devoir envers Dieu et envers la nation qu'il dirige. En effet, la loi suprême de Dieu, sa volonté manifestée par la raison et par la révélation, c’est l'unité du culte ; le droit le plus sacré, comme le bien le plus précieux d’une nation, c’est l'union des esprits et des cœurs dans l’adoration du Dieu unique, dans la pratique libre et commune du culte véritable. Un gouvernement, quel qu’il soit, mais surtont un gouvernement catholique, ne doit done rien faire qui puisse entraver ce droit et ce bien suprême de ses sujets. Au contraire, il a l'obligation de prot‘ger la véritable

religion à l'exclusion des faux cultes, de la tenir à l'abri de tout ce qui pourrait lui apporter quelque attointe.

Ce devoir découle nécessairement des vérités que nous venons d'établir : le bien dos sujets, le soin de sa propre conservation, se réunissent pour lui imposer cette obligation.

Quel est le bien le plus précieux d'une nation ? Nous l'avons déjà dit, même humainement parlant, à plus forte raison aux yeux de Ja foi, l'unité de croyance dans la seule véritable religion, voilà le bien le plus précieux d’une nation, voilà son droit le plus sacré. D'un autre côté, quel est le devoir d’un gouvernement, de l'autorité, dans une société ? C'est de protéger et de défendre les droits des associés. Donc, politiquement, le gouvernement doit employer tous les moyens à sa disposition pour sauvegarder la religion, premier bien des sujets; il doit empècher qu'on ne vienne mettre en danger la foi, la vérité révélés et acceptée comme bien suprême de la nation. Manquer à ce devoir, c'est se rendre coupable envers la société tout entière. Ensuite, chaque citoyen ayant le droit et le devoir de conserver sa foi, personne n'a la faculté de venir l’inquiéter dans ce qu'il a de plus cher; car, c’est un axiome reçu, que le droit de chacun finit là ou commence le droit d'autrui, Par conséquent, si, au mépris des lois divines et humaines, des hommes pervers cherchent à tromper et à surprendre la foi des sujets, le pouvoir civil, surtout lorsqu'il est catholique, a le devoir de protéger leur eonscience et de repousser, même par la force matérielle, toute tentative de cette nature, parce qu’elle aboutirait à violer le droit des membres associés. On comprend facilement qu'un gouvernement ne saurait négliger ce devoir sans se montrer en même temps peu soucicux de sa propre conservation, puisqu'il laisserait attaquer la Lase de toute société et de toute administration, la religion; il renoncerait.à la perfection sociale, à la véritable civilisation,

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qui consiste à mettre l'esprit au-dessus de la matière, Dieu ec la vérité au-dessus des intérêts temporels. Et, si ce gouvernement était catholique, alcrs sa conduite serait inexplicable, attendu que, d'après les paroles de saint Grégoire à l'empereur Maurice, il a l'obligation “ d'élargir la voie du ciel, d'escorter les voyageurs, et faire que la société terrestre soit le vestibule du royaume céleste. ” Tous les devoirs du gouvernement vis-à-vis de la véritable religion s* trouvent renfermés dans ces belles paroles : élargir la voie du ciel, c'est-à-dire, écarter tout ce qui pourrait entraver l'Eglise dans la poursuite de sa fin; escorter les voyageurs, c’està-dire, protéger leur guide, qui est l'Eglise; faire que la société soit le vestibule du royaume céleste, c'est-à-dire, réprimer et repousser les attaques des impies contre l'épouse du Christ, et lui donner les moyens et toute la liberté nécessaire pour qu’elle puisse exercer son action salutaire sur les âmes. Ce n'est qu’en agissant ainsi envers sa mère, la sainte Eglise, qu’un gouvernement méritera véritablement le

nom de catholique, et qu’il contribuera à réaliser le plan de Dieu : une seule famille, à la fois terrestre et divine, sous la conduite de deux puissances provenant de Dieu, réunissant leurs forces communes pour faire arriver l’homme à sa destination véritable.

Dans son encyclique du 15 août 1832, Grégoire XVI rappelait aux princes ce devoir important : “ Que nos trèschers fils en Jésus-Christ, les princes, considèrent que leur autorité leur à été donnée, non-seulement pour le gouvernement temporel, mais surtout pour défendre l'Eglise, et que tout ce qui se fait pour l'avantage de l'Eglise, se fait aussi pour leur puissance et pour leur repos. Qu'ils se persuadent même que la cause de la religion doit leur être plus chère que celle du trône, et que le plus important pour eux, pouvons-nous dire avec le pape saint Léon, est que la couronne

“ de la foi soit ajoutée de la main de Dieu à leur diadème. ” Placés comme pères et tuteurs des peuples, ils leur procureront une paix et une tranquillité véritables, constantes et prospères, s'ils mettent tous leurs soins à maintenir la r’ligion et la piété envers Dieu, qui porte écrit sur son vêtement : “ Roi des rois et Seigneur des seigneurs. ”

Pie IX ne s’exprimait pas autrement, lorsqu’en 1850 il recommandait au gouvernement Belge de ne pas oublier ses devoirs envers la religion.

“ Nous espérons que le roi des belges, et tous ceux qui, dans son royaume, tiennent le timon des affaires, réfléchiront dans leur sagesse combien l'Eglise catholique et sa doctrine servent à la tranquillité et à la prospérité temporelle des peuples ; qu’ils voudront conserver dans son intégrité la force salutaire de cette même Eglise, et considérer comme leur tâche la plus importante celle de protéger et de défendre les saints prélats et les ministres de l'Eglise.”

Ainsi, selon l’enseignement de ces deux grands Papes, la saine politique et la foi demandent que le pouvoir temporel, en allié fidèle, défende et protége l'Eglise ; c’est un devoir dont il ne peut s'affranchir sans faillir à sa tâche la plus importante, sans renoncer à sa qualité de père et de tuteur des peuples, et j'ajouterai, sans manquer à l'honneur et à la piété filiale, car l'Eglise est sa mère.

Ce n’est donc pas assez pour un gouvernement catholique de donner à l'Eglise une protection légale qui est due à toute société licite en soi ; il doit encore—et c’est Ià le but suprême, la principale mission de la puissance temporelle— favoriser l'établissement du règne de Dieu, et, par conséquent, donner à ses peuples une législation en harmonie avec la loi divine annoncée par l'Eglise, une législation qui prête l'appui de son autorité aux prescriptions de la loi religieuse. Un gouvernement qui se conduira ainsi envers

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