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CONSOMMATION

Selon l'ordre de la nature, une chose périt; une , autre naît; celle-ci périt à son tour; une troisième prend la place; tout se suit, sans terme, sans interruption, sans relâche. L'homme lui-même n'est que simple spectateur de ces métamorphoses successives; en ce qu'il a de mortel, il les subit pleinement; ce qu'il emprunte aux éléments, il le leur restitue; tôt ou tard, il rend la terre à la terre.

Mais en même temps qu'il n'est, sous un certain point de vue, qu'une pièce de l'ordre de l'univers, comme dit Montaigne, sous un autre point de vue il est un centre partiel. Le but de ce monde, où il ne fait que passer, lui est inconnu ; mais tant qu'il y réside, il y est plus ou moins son propre but à luimême.

Doué de la faculté de provoquer, selon qu'il lui plaît, des séries d'opérations qui n'auraient pas lieu sans son concours, voire même sans son initiative, et de susciter à l'existence des objets qui ne seraient pas sans son fait, de telles opérations, commençant à lui, se terminent à lui; de tels objets, en tant qu'ils sont des produitSy c'est-à-dire en tant qu'ils sont son propre ouvrage, se dégagent, à ses yeux, de ce vaste abîme,oùtoutes les choses d'ici-bas se poussent Tune l'autre, dans une interminable et monotone uniformité ; ils revêtent un caractère distinctif, ils ont une carrière à fournir et une destination à atteindre.

Cette carrière peut être plus ou moins prolongée, chaque produit y subit des transformations plus ou moins variées; les alternatives de productions destructives et de destructions productives s'y succèdent plus ou moins; mais la même intention se déploie dans toute la série des opérations; tandis que la main de l'homme brise, écarte, pulvérise les éléments des choses qu'il veut façonner, sa pensée poursuit ces débris épars sous leurs formes nouvelles, les rallie, en quelque sorte, dans une unité de vue constante, et rattache l'un à Taulre, par un lien souple et délicat, ces produits qui naissent l'un de l'autre.

Le terme arrive enfin.

Sitôt qu^un produit quelconque a été rendu tel qu'il ne semble plus opportun, ni d'en extraire les éléments, ni de les modiCer d'aucune manière, ce produit est achevé.

L'homme le détruit alors pour la dernière fois, mais, en le détruisant, il se l'applique. Il le détruit sans vue d'en tirer une production ultérieure, uni-: quement pour en recueillir quelque avantage personnel, direct, incommunicable, par exemple uue certaine jouissance, la réparation des forces vitales, etc., etc.

Cette destruction définitive qui clôt, termine et scelle, en quelque sorte, le cercld des opérations précédentes, se nomme consommation.

Les destructions et productions successives étaient les moyens; la consommation est le but.

Et vainement les éléments de l'objet consommé existent et se retrouvent encore dans la nature, vainement les débris de l'habit que j'ai porté, les ruines de la maison que j'ai habitée, sont dispersés autour de moi; sous le point de vue de l'économie politique, tout est accompli; le lien intellectuel qui, d'une part, en faisait un tout, un tout dirigé vers un but unique, et qui, d'une autre part, le rattachait à toutes les phases, à toutes les vicissitudes de la pro-

duction antérieure est brisé. Ce ne sont plus que de simples morceaux de matière; je puis les abandonner au cours de la nature et à l'influence des saisons; je puis m'en emparer et recommencer avec leur assistance une série d'opérations nouvelles ; mais quant à la première, elle est terminée.

L'acte de consommer commence au moment précis où un produit étant achevé et placé à la portée de l'homme qui le désire, celui-ci s'en saisit et se l'applique.

Il dure autant que dure le produit lui-même, quelques secondes, quelques heures, quelques mois, quelques siècles*

Le temps n'en change pas la nature.

Ce qui le caractérise, c'est d'être but et non plus moyen.

Quand on détruit une chose en vue d'une production subséquente, c'est une destruction productive; quand on la détruit en vue d'un avantage personnel, c'est une consommation.

Il arrive quelquefois qu'un même objet se trouve susceptible de procurer un avantage immédiat et personnel et de coopérer à une production future. Dès lors, à mesure qu'un tel objet se dégrade, il y a destruction productive d'une part, et consommation

d'une autre part; Tintelligence démêle sans peine ce •qui se trouve confondu dans la réalité.

Cette, terminologie est nouvelle.

Les auteurs les plus estimés ne s'accordent point sur le sens précis qu'il convient d'attacher au mot consommation, moins encore sur le degré d'extension que ce sens comporte.

M. Say désigne, en même temps, sous le nom de <ïonsommation, et cette destruction non accompagnée de jouissance qui s'opère en vue d'une production ultérieure, et cette production ultérieure qui s'opère en vue d'une jouissance immédiate *.

11 nomme la première consommation productive, et la seconde consommation improductive.

Rien de plus clair et de plus correct en soi que celte manière de s'exprimer. Toutefois, nous attachons tant d'importance à la distinction fondamentale qui existe entre les deux opérations, que nous préférons appliquer à chacune d'elles une dénomination différente.

La plupart des auteurs qui ont écrit avant M. Say ont adopté un tout autre système d'idées . ^

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