‹ Le libre échange et l'impôtChapitre 107 sur 118 · Say, Trait, d'écon. poL,\. UI, ch. nu · texte numérisé non relu

Say, Trait, d'écon. poL,\. UI, ch. nu

2. V. entre autres : Mill, Econ» pol», ch. iv, sect. I, p. 179* Tracy, Élem. (Tidéol.y t. IV, ch. vu.

Ils divisent l'espèce humaine en deux classes, l'une composée d'hommes laborieux, voués à la production, l'autre composée d'oisifs qui n'y concourent en rien, frelons qui dévorent le miel de la ruche, vrai fardeau pour eux-mêmes et pour la société.

Toute consommation faite par les premiers, soit qu'ils appliquent immédiatement à leur usage les produits consommés, soit qu'ils les préparent pour un but ultérieur, est décorée du nom de consommation productive.

Toute consommation faite par l'autre classe est flétrie du nom de consommation improductive.

Nous protestons d'avance, sauf à fournir nos preuves plus tard, contre cette division de l'espèce humaine en hommes absolument laborieux et en hommes absolument oisifs. Nous soutenons que c'est une pure abstraction qui ne correspond à rien de réel; mais supposons-la bien fondée, la nomenclature qu'on en déduit n'en vaudrait guère mieux.

Sans doute, s'il existe des hommes qui ne fassent œuvre de leurs mains , ni de leurs facultés intellectuelles, qui soient oisifs dans toute la rigueur du 4erme, toute consommation faite par ces hommes est réellement improductive.

Mais est-il raisonnable de nommer consommation productive toute consommation quelconque faite par un homme laborieux, de désigner sous la même appellation modifiée par la même épithète, et l'acte par lequel cet homme détruit une chose qu'il façonne autrement, et l'acte par lequel cet homme détruit, à son profit personnel, les aliments dont il se nourrit et les vêtements dont il se couvre?

Est-il raisonnable de n'envisager ce dernier acte que comme une préparation à une production ultérieure?

N'est-ce pas effacer toute différence entre ce qui est but et ce qui est moyen? Disons mieux : n'estce pas considérer du même œil l'ouvrier et son outil?

Si l'on ne voit dans l'homme qui dirige la charrue qu'un instrument de production, en quoi dififére-til du bœuf qui la traîne ? A l'un sa part d'alimeuts, à l'autre jsa part de l'ouvrage, et que tous les deux tracent le même sillon. La science n'a pas plus en vue le premier que le second,

La science elle-même n'y perd-elle pas son caractère?

. Dans ce cercle de consommation et de reproduction qui tourne perpétuellement sur lui-même, la

pensée ne trouve plus aucun repos, n'aperçoit pliis^ aucune solution de continuité.

Les phénomènes de la production n'oût plus rien qui les distingue, ils redescendent au rang de ces transformations perpétuelles qui se suivent, dans la nature, sans commencement, sans fin, sans autre objet qu'elles-mêmes, les rivières formant les nuages et la pluie formant les rivières.

Nous aurons plus d'une occasion de faire remarquer par la suite quelle étrange confusion cette manière bizarre d'envisager les choses a répandue dans la partie la plus importante de l'économie politique.

Qu'il suffise ici d'avoir rétabli le principe.

L'homme, faible mais fidèle image de son créateur, est placé, ici-bas, au centre d'un petit monde dont il est le principe et la fin.

Tout s'y meut autour de lui, tout s'y rapporte à lui.

Chaque produit commence, change, finit.

Il commence au moment précis où, l'intelligence l'ayant conçu, la volonté se meta l'œuvre pour l'exécuter.

Il change quand cette même volonté le brise ou l'altère pour l'obtenir sous une autre forme.

Il finit au moment précis où, doué de toutes les

qualités qui sont requises en lui, un homme, quel qu'il soit, se l'applique et l'identifie à lui-même.

Sous ces diverses transformations, il devient autre et cependant il demeure le même.

L'homme consomme pour vivre et jouir, détruit pour produire, produit pour consommer.

Destruction — production — consommation sont autant d'actes qui se tiennent, mais qui se succèdent dans un ordre déterminé et qui se ressemblent sans se confondre.

Fades non omnibus una^ nec diversa tamen.

SECTION VI

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