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CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

En possession désormais des données sur lesquelles repose la science que nous cultivons, suspendons quelques instants le cours de nos recherches. Des hauteurs où nous sommes parvenus , un vaste horizon se découvre à nous. Il est temps de mesurer de l'œil la carrière que nous devons fournir, il est temps de dresser, en quelque sorte, la carte de cette contrée, où nous nous sommes jetés d'abord sans direction fixe et comme à l'aventure.

Qu'on ne nous en fasse point un reproche.

. Nous aurions pu sans doute, à l'exemple de plusieurs de nos devanciers, débuter gravement par une définition de l'économie politique, et, cela fait, proposer d'avance notre plan, marquer sur le champ nos divisions et nos subdivisions.

382 LE LIBRE ÉCHx\NGE ET LMMPOT.

Mais cette marche, méthodique en apparence, ne l'est pas autant en réalité.

S'il est de règle, en effet, quelque sujet que l'on traite, de procéder sévèrement du connu à l'inconnu, rien de moins raisonnable que de placer la défini-» tion d'une science en tète d'un ouvrage qui traite ex professa de cette science.

La raison en est sensible.

On ne définit point une science comme on définit un objet matériel, en indiquant quelques-uns des traits qui le distinguent, en décrivant tant bien que mal sa configuration extérieure.

Définir une science, c'est en réunir les éléments sous quelques expressions abstraites; c'est concentrer, comme en un foyer, des notions et des doctrines éparses.

Pour qu'une semblable définition atteigne son but, qui est de soulager la mémoire et de classer les idées, pour qu'elle porte en son sein la science elle-même, s'il est permis de parler ainsi, il faut de toute nécessité qu'elle soit conçue en termes techniques, c'està»-dire, en termes qui aient, eux-mêmes, besoin d'être définis.

Gela posé, est-elle à sa place à l'ouverture du livre?

Supposons-la ce qu'elle doit être, pure, savante, rigoureuse : c'est une énigme dont le lecteur ne saura le mot de longtemps; que si l'on se borne, au contraire, à l'exprimer vaguement, c'est un horsd'' œuvre, un lieu commun, qui ne dit et ne signifie rien.

Même observation s'applique à cette autre coutume d'indiquer de prime abord les divisions et les subdivisions d'un ouvrage scientifique.

Ces divisions, ces subdivisions ne sont pas purement extérieures et n'ont rien d'arbitraire. Les motifs en doivent être puisés dans la nature intime de la science; or, le moyen de faire comprendre de semblables motifs, le moyen d'en justifier d'une manière satisfaisante et intelligible, lorsque la science ellemême ne se présente encore à l'esprit que comme un tout confus et indéterminé?

On suit, d'ordinaire, une marche toute différente dans les sciences exactes et dans les sciences naturelles.

Les savants qui traitent de ces matières débutent, en général, non par une définition de la science qui les occupe, mais par une série de définitions dont le but est d'indiquer brièvement les termes techniques qu'ils ont dessein d'employer. Ils posent ensuite dés

axiomes; ils éaoncent, sous forme de propositions générales, un certain nombre de vérités évidentes par elles-mêmes ; puis enfin ils élèvent sur ces propositions, comme sur une base inébranlable, l'édifice de leurs raisonnements, de leurs inductions ultérieures.

Cette méthode est sage et lumineuse.

Le plus puissant génie de nos temps modernes, Newton, a donné, en ce genre, le précepte et le modèle.

Dans une autre sphère de recherches, le restaurateur des sciences métaphysiques en Ecosse a suivi cet exemple avec un rare succès.

Nous eussions désiré marcher, quoique de très loin, sur les traces de ces grands maîtres; mais le sujet que nous traitons s'y refuse obstinément.

Il n'existe pas, en économie politique, de vérités premières; il n'existe aucune de ces propositions irrésistibles, absolues, qui ne souffrent ni doute, ni preuve. Toutes les vérités économiques sont des vérités dérivées, relatives et de second ordre.

D'autre part, les termes techniques propres à cette science ne sont guère susceptibles d'une explication courte et claire. Ce ne sont point des termes spéciaux, des dénominations expresses inventées ou

composées dans un but scientifique; ce sont des expressions empruntées à la langue des affaires les plus usuelles, des expressions familières aux dernières classes de la société. La difficulté n'est pas de les rendre à peu près intelligibles. Le travail est de les épurer et de les fixer à un objet unique ; de dégager du milieu d'acceptions vagues et défectueuses une acception précise invariable ; et ce travail est lent et compliqué.

Rejetant donc comme peu philosophique la méthode adoptée par nos prédécesseurs; exclu, d'un autre côté, par la nature même de notre sujet, de la méthode qui prévaut en mathématiques et en physique, voire même en psychologie, force nous a bien été d'en chercher une autre qui nous fût propre.

Nous avons pris la plus simple.

Nous nous sommes placé, sur-le-champ, au centre des opérations dont l'économie politique doit donner la clef; négligeant tout ce qui nous a paru accessoire ou simple intermédiaire, nous nous sommes efforcé de saisir les principales entre ces opérations, celles qui Uent Tune à l'autre les deux extrémités de la science.

Cela fait, nous avons sondé la nature de ces opérations; nous en avons déterminé le principe, prenant

ioin constamment de soumettre à l'analyse la plus sévère chacune des notions qui s'y dévoilent.

Nous avons enfin constaté sous quelles dénominations ces notions sont reçues dans le langage ordinaire, sauf à purger chacune d'elles de toute déviation accidentelle, de toute restriction, de toute extension arbitraire.

Maintenant que toutes ces opérations nous sont connues, que toutes ces notions nous sont claires, que les signes qui nous les représentent à l'esprit nous sont familiers, nous pouvons hasarder une vraie définition de l'économie politique, sans crainte de parler au lecteur un langage étrange et nouveau.

Si cette définition est exacte et complète, le caractère en doit ressortir pleinement; les limites se poseront d'elles-mêmes ; Tordre et la distribution de notre travail y seront écrits.

SECTION II

L'économie politique enseigne les lois qui président à la formation des produits et à la distribution des richesses.

C'est une science d'ordre mixte.

Elle a WUile pour but et pour domaine rien de moins, rien de plus.

C'est une science expérimentale.

C'est une science sociale.

Elle relève, en tous points, de la morale .

Elle relève, à certain degré, de la politique.

Qu'il nous soit permis, dût-il en résulter quelques redites, d'insister brièvement sur les différentes branches de cette définition.

SECTION III

QUE l'économie politique EST UNE SCIENCE MIXT#

Le domaine d'une science quelconque se détermine, avant tout, par la nature même des objets dont cette science s'occupe.

Toute science qui traite de Y âme et de ses facultés fait partie des sciences morales; toute science cpii traite des corps et de leurs propriétés est au nombre des sciences physiques. Toute science qui traite, en même temps, des facultés de l'âme et des propriétés des corps est au nombre des sciences qu'on peut et doit nommer mixtes.

L'économie politique est la science des ri-, chesses.

Les richesses sont, d'une part, les facultés de l'âme, d'une autre part, les choses matérielles. Ce qui

n'existe pas en tant que substances, les idées, par exemple, qui ne sont que des abstractions, les faits isolés de leurs causes, de simples modes détachés de leur sujet d'inhérence, ne comptent pas au nombre des richesses; c'est la seule exclusion absolue.

Ce n'est pas à dire cependant que toutes les choses matérielles, sans distinction, soient nécessairement des richesses. Ce n'est pas à dire non plus que les facultés de l'âme, dans toutes leurs applications, tombent sous le point de vue de l'économie politique, tant s'en faut ; mais il n'est aucune chose matérieljie qui ne puisse devenir richesse; il n'est aucune faculté de l'âme, prise intrinsèquement et en soi, qui ne puisse être envisagée comme richesse. '

L'économie politique participe donc de la nature des sciences morales, et de . celle des sciences physiques.

SECTION IV

<IUE l'Économie politique est la science DE l'utile

Pour fixer el circonscrire la science, le second pas à faire est de bien se rendre compte du point de vue sous lequel ces objets y sont envisagés.

Le droit, disent les jurisconsultes romains, est la science des choses divines 'et humaines considérées 5 0US le point de vue du juste et de l'injuste.

L'économie politique, au contraire, est la science des choses intellectuelles et matérielles, considérées sous le point de vue de l'utilité.

Les facultés de l'âme, en tant qu'elles ont l'utile pour but d'action, et les choses matérielles, en tant qu'elles sont utiles : voilà les objets de la science.

Mais qu'est-ce, à proprement parler, que l'utile?

— Quelle est sa sphère? — Où commence et finit ridée qui s'attache à ce nom?

En ce qui touche les choses matérielles, rien de plus simple :

Toutes celles qui se trouvent en rapport avec nos besoins, nos goûts, nos caprices mêmes, sont des choses utiles; il n'importe que ce rapport soit prochain ou éloigné, pourvu qu'il existe et que notre esprit le remarque et le constate. — Toutes celles dont nous ne saurions faire aucun emploi, soit en raison de leur nature, soit en raison de leur position, ne sont pas utiles.

Quant aux facultés de l'âme, dans un certain sens, toutes sont utiles; dans un autre sens, ce nom ne leur convient pas.

Si l'homme était un simple animal mieux doué seulement que les autres animaux, s'il n'était placé ici -bas que pour vivre joyeusement et retourner ensuite au néant, s'il ne poursuivait que le plaisir, s'il ne craignait que la peine, il n'exercerait ses facultés que pour gratifier ses sens ou pour charmer ses loisirs.

L'utile serait son tout, la volupté sa règle; l'économie politique serait l'unique science de sa vie.

Mais, grâce au ciel, nous sommes appelés plus haut.

392 tE LIBRE ÉCHANGE ET L'IMPOT.

Satisfaire à nos besoins est chose nécessaire, cultiver en nous le goût de certains délassements plus ou moins ingénieux est chose innocente et permise dans une certaine mesure ; mais ce n'est pas là notre véritable tâche.

Notre lâche, c'est d'épurer et d'ennoblir ce qu'il y a d'intime en nous-mêmes; de régler nos penchants, de dompter nos inclinations sous le joug rigoureux du devoir. Notre âme se sent, en ce monde, captive et passagère; elle aspire vers une autre patrie. Intérieurement avertie d'une autre existence, elle aspire à déposer, avant de prendre son essor, tout ce qu'elle a d'infime, de grossier, de terrestre.

De là, dans la plupart de nos sentiments, dans la plupart de nos affections, une double nature, l'une subalterne et en rapport avec notre condition temporelle, l'autre noble, tendre, généreuse et en rapport avec notre éternelle destinée.

De là, deux ordres de jouissances, les unes sensuelles, intéressées, passionnées; les autres pures, délicates, sublimes.

De là, enfin, dans nos facultés,|une double tendance, l'une dirigée vers les jouissances de la première espèce, vers l'utile, c'est par là que ces facultés tombent dans le domaine de l'économie politique;

l'autre dirigée vers un but plus relevé, mais étrangère à l'objet de nos recherches.

Très souvent, il est vrai, dans celte vie, les deux buts se trouvent placés l'un près de l'autre; très souvent les deux tendances opèrent simultanément et de concert. Le départ n'est pas toujours facile à opérer, mais la distinction subsiste; cela suffit.

SECTION V

QUE l'économie politique EST UNE SCIENCE EXPÉRIMENTALE

Lorsque la nature des objets dont la science s'occupe est bien marquée, lorsque lé point de vue sous lequel ces objets sont envisagés est nettement déterminé, tout n'est pas dit encore.

De deux choses l'une :

Ou la science a simplement pour but d'énumérer et de classer ces objets, d'en faire connaître les diverses propriétés ; ou bien elle a pour but d'exposer cpmment ces objets naissent et périssent; à quelle série de phénomènes ils ressortissent, soit comme causes, soit comme effets ; quelles lois président à toutes les vicissitudes de leur existence.

Ainsi la botanique, par exemple, se borne à dénombrer les végétaux, à les distribuer en genres,

€n espèces, en familles, à décrire leur structure interne ou leur configuration extérieure. — La physiologie végétale nous enseigne comment la semence se développe au sein de la terre, selon quelles lois la tige se forme, la circulation de la sève s'opère, la respiration s'accomplit.

Ainsi la psychologie proprement dite soumet à l'analyse les diverses facultés de l'âme, en sonde la nature, constate les faits primitifs que ces facultés perçoivent immédiatement; la logique, en prenant ce mot dans le sens le plus général, nous dévoile les ' procédés de l'intelligence et les artifices du langage.

Il est donc deux classes de sciences.

Les unes nous expliquent les choses telles qu'elles existent, les autres nous exposent les faits tels qu'ils surviennent et se succèdent.

La première classe est descriptive, la seconde expérimentale. Ce sont deux rameaux qui tiennent au même tronc, ce sont deux points de vue particuliers qui se réfèrent à un point de vue principal.

Cette importante distinction, qui domine tout le champ des connaissances humaines, trouve sa place dans le champ circonscrit de l'utile.

Il est une science qui a pour but de constater le nombre, la qualité et les propriétés diverses des

choses Utiles qui existent simultanément dans un temps et dans un lieu donnés; de comparer cet état de choses à tel ou tel autre état de choses antérieur ou postérieur ; de comparer cet état de choses ' à tel ou tel autre état de choses constaté dans un autre pays.

Cette science se nomme statistique.

Il est une autre science qui a pour but d'enseigner sous quelles conditions, Fétat de société étant donné, l'activité humaine concourt à la formation des choses utiles, et selon quelles lois les choses utiles sont réparties avant leur consommation entre les diverses classes de la société.

Cette science, c'est l'économie politique.

SECTION VI

QUE l'économie politique PRÉSUPPOSE

l'État de société

Transportons-nous par la pensée dans l'île de Robinson Crusoé. Figurons-nous un Européen profondément versé dans toutes les sciences sans exception; également expert dans tous les arts, depuis le plus simple jusqu'au plus compliqué, sachant tout; propre à toutes choses ; supposons-le jeté par la tempête sur quelque plage inhabitée, mais riante et fertile; admettons enfin qu'il ait sauvé de son naufrage, outre une certaine quantité de provisions, tous les livres, toutes les machines, tous les instruments nécessaires, soit à la culture théorique, soit aux diverses applications de ces diverses connaissances.

Quel spectacle nous offrira cet homme isolé?

Il est pourvu de toutes les facultés qui distinguent

l'espèce humaine; il est entouré de choses déjà utiles^ d'autres prêtes à le devenir. Tous les matériaux de l'économie politique sont là.

Que va-t-il faire?

Gommencera-t-U par dresser inventaire de ces matériaux pour en constater le nombre, l'espèce, le gisement, les propriétés? C'est une statistique .qu'il fait à son usage.

Veut-il se rendre compte de la nature même du sol, de la composition intime des objets qui l'environnent? La chimie lui en fournit les moyens. Se propose-t-il de connaître quels végétaux croissent sur ce sol, quels animaux y vivent et le parcourent? Il met à contribution les différentes branches de l'histoire naturelle. — Entreprend-il de cultiver la terre, de multiplier telle ou telle espèce d'animaux, telle ou telle espèce de végétaux? L'agriculture, l'horticulture, l'art vétérinaire viennent à son secours. — Lui faut-il filer le chanvre qu'il fait croître, préparer le cuir de ses bœufs, tisser la laine de ses moutons, construire son habitation, fabriquer son mobilier? Tous les arts mécaniques sont à sa disposition. A-t-il des loisirs? Les beaux-arts s'offrent à lui; la physiologie lui dévoile les phénomènes du principe vital ; la psychologie lui révèle le secret de son organisation

intellectuelle ; rastronomie appelle ses regards vers le ciel; la théologie naturelle ou positive l'élève jusqu'à son créateur, et l'instruit de sa destinée avenir.

On le voit, quels que soient les besoins ou les goûts de notre solitaire, v^rs quelque genre d'occupation que la nécessité le pousse, ou que son penchant le détermine, il existe une branche de connaissances humaines qui correspond à ce genre d'occupation et qui en donoe la clef.

Supposez-lui assez de temps, assez de force, assez de dextérité, assez de loisirs, assez de savoir et les instruments nécessaires, chacune des choses matérielles qui nous procurent des jouissances, il se les fera; chacune des facultés que nous cultivons, il les cultivera en lui-même.

Mais chose étrange, dans la liste des sciences qu'il appellera à son aide, vous ne trouverez pas l'économie politique.

Qu'on épuise par la pensée les séries indéfinies d'opérations auxquelles il peut se livrer pendant le cours de la plus longue vie, on n'en concevra pas une seule qui n'ait sa théorie hors de cette science, qui ne lui soit plus ou moins étrangère dans ses procédés, en un mot, qui s'y .rapporte autrement que par des voies indirectes.

400 LE LIBRE ÊGHAiNGE ET L'IMPOT.

Gomment cela?

Par une raison tout à fait simple. Par cette même raison qui fait que la morale relative, la politique et la législation seront éternellement sans objet pour le solitaire; parce que c'est une science qui prend naissance dans les rapports des hommes entre eux, qui s'étend, se complique et se diversifie avec ces rapports, qui commence où ils commencent et fmit où ils finissent.

En veut-on la preuve?

Changeons d'hypothèse.

En place d'un seul individu jeté par les vents dans une île déserte, en place d'un seul homme dépositaire de toutes les connaissances de la civilisation, et sauvant de son naufrage, d'une part, une certaine quantité de provisions, suffisante pour son entretien pendant quelque temps, de l'autre tous les instruments des arts , supposons une colonie de plusieurs milliers d'individus qui vient, de dessein prémédité, s'établir dans cette même île.

Le territoire n'en devient par là ni plus grand ni plus petit, le sol conserve la qualité dont il était pourvu, il laisse croître les mêmes plantes et nourrit les mêmes animaux. Le solitaire avait conservé des provisions; les colons en apportent; le solitaire dis-

posait d'une foule d'outils, de machines, d'instruments de tout genre; les colons s'en sont munis soigneusement; le solitaire réunissait à lui seul toutes les connaissances humaines; aucune ne manque dans la colonie.

Partout chacune des occupations auxquelles le solitaire se livrait sera cultivée; chacun des résultats qu'il obtenait sera obtenu.

Mais à quelle condition?

1° Les diverses connaissances, les diverses facultés, soit physiques, soit intellectuelles que nous avons, par la pensée, réunies dans un seul et même individu se trouvant, par le fait, distribuées entre un très grand nombre de personnes, il s'ensuit clairement que là où un seul homme suffisait à faire telle ou telle chose, il faudra, de toute nécessité, le concours de plusieurs.

2* A moins de supposer qu'en s'éloignant de la mère patrie chaque colon se soit pourvu d'une quantité précisément égale de provisions de toute nature; c'est-à-dire, à moins de supposer tous les colons, dans leur première résidence, également favorisés des dons de la fortune, il faut admettre que les provisions seront très inégalement réparties dans la colonie, soit quant à la quantité, soit quant à l'espèce.

De là, pour ceux qui n'en possèdent que peu ou point,, la nécessité de se mettre à la disposition des autres ; de là, pour ceux qui en ont trop d'une certaine espèce, la nécessité de recourir à l'échange.

3** Autant en faut-il dire des machines, outils et instruments de toute espèce. Chaque individu ne possédera pas précisément celui dont il a besoin. Tel sera possesseur d'une certaine espèce de machine,, qui ne voudra pas ou ne pourra pas s'en servir; tel autre voudra et pourra l'employer, mais n'obtiendra pas l'agrément du propriétaire, ou ne l'obtiendra que moyennant rétribu tion^

4* Enfin, le sol lui-même sera divisé entre un certain nombre de familles; la portion exclusivement propre à la culture des céréales sera possédée par celles-ci ; — la portion exclusivement propre à l'éducation des bestiaux sera possédée par celles-là; mais ni les terres à blé ne peuvent être cultivées sans le secours des bestiaux; ni les personnes qui élèvent les bestiaux ne peuvent se passer de blé; ces deux sortes de propriétés et ces deux sortes de propriétaires se trouveront donc dès lors tributaires l'une de l'autre :

On le voit donc.

Indépendamment de diverses opérations nécessai-

res à Tachèveraent de toute espèce de produits, — opérations qui demeurent les mêmes, soit qu'un seul homme les exécute, soit que plusieurs interviennent, opérations qui ressortissent chacune à quelque science spéciale et distincte, il résulte de l'état de société, il résulte de la distribution inégale et for- . tuite des éléments mêipes de la production entre une foule d'individus la nécessité d'une mise en commun continuelle.

Or, cette mise en commun, elle ne s'opère point au hasard, elle a ses lois, elle se règle sur des principes que l'esprit peut saisir et déterminer.

Ce n'est pas tout.

Quand la communauté d'efforts a porté ses fruits , quand divers ordres de produits sont nés du concours des volontés et des sacrifices, ces produits que deviennent-ils? quelles personnes y ont droit? Gomment se liquident les partages, et s'établissent les compensations ?

Autres lois, nouvel objet d'étude.

Là réside la science qui nous occupe.

Supprimez par la pensée la diversité des positions sociales, et la division des propriétés, l'économie politique s'évanouit.

Rétablissez-la, elle renaît.

SECTION Vil

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