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RÉSUMÉ DE CE QUI PRÉCÈDE

Il résulte des développements dans lesquels nous venons d'entrer que l'économie politique se trouve, en quelque sorte, placée au point d'intersection de toutes les connaissances humaines.

L'action des choses extérieures sur l'homme est le fondement de cette science. L'action de .l'homme sur les choses extérieures en est l'objet principal.

C'est en agissant sur nous que les choses extérieures satisfont nos besoins et nos goûts. C'est en agissant sur elles que nous les approprions à ce but.

Pour expliquer, d'une part, l'action des choses extérieures sur l'homme, pour en sonder les causes mystérieuses, pour concevoir, d'une autre part, la puissance de l'homme sur les choses extérieures, pour en apprécier la nature et les limites, pour dé-

terminer la loi des résistances que ces choses nous opposent, il faudrait approfondir la psychologie, Tanatomie, il faudrait posséder à fond la physique générale, la chimie et les diverses branches de l'histoire naturelle.

Mais l'économiste n'envisage cette double action que sous un point de vue spécial et limité, celui de l'utile. Il le prend, d'ailleurs, comme simple fait, sans remonter plus haut, sans porter ses regards plus loin. Il ne s'élève point aux savantes recherches du métaphysicien, du physicien, du naturaliste. Seulement, de loin en loin, il tient compte des résultats généraux de ces recherches, à titre de données sans lesquelles rien ne se conçoit ni ne s'explique, comme condition des problèmes dont l'examen lui est dévolu.

Uactîon de l'homme sur les choses extérieures en particulier s'exerce au moyen des arts libéraux et mécaniques.

Pour s'en faire une idée complète, il faudrait être initié dans les théories de ces arts, en connaître à fond tous les procédés.

L'économiste ne s'y astreint pas néanmoins.

Placé au centre du mouvement social, il considère les arts libéraux, les arts mécaniques comme autant

DÊFINITIOfi DK L ËGONOMIE POLITIQUE. 417

de ressorts divers d'une même machine. Il les saisit par les points qui lui sont communs; il les interroge de haut sur les principes qui les dirigent et sur le but de leurs efforts.

Du reste, les opérations dont l'économie politique rend compte ne ressortissent à aucun de ces arts pris en lui-même et s'étendent à tous indistincte* ment. Ce sont ou des préliminaires indispensables dans tous les cas, ou des intermédiaires entre tous les genres de travaux, ou des compléments faute desquels tous ces travaux demeureraient sans résultat, et ne s'exécuteraient point. Ce sont, à la fois, s'il est permis de s'exprimer ainsi, les liens qui les unissent et le réseau qui les enveloppe.

L'analyse de ces diverses opérations n'est autre que l'analyse des rapports des hommes entre eux.

Toutes dérivent de l'exigence de nos besoins réciproques, toutes ont leurs lois puisées dans le cœur humain et soumises à l'ascendant des mobiles qui dirigent la volonté.

Par ce côté l'économie politique touche à la morale.

Enfin la diversité même de ces rapports provenant en grande partie des institutions civiles et de Tordre établi, l'économie politique se lie encore étroitement

M LE LIBRE ÉGâANCË KT L*IMPOÎ.

à la politique générale, à la législation, à la science du gouvernement.

Quelles sont maintenant les limites qui la séparent de ces sciences et de la morale?

C'est ce qai nous reste à déterminer.

SECTION X

l'économie politique dans ses rapports avec la morale

Les relations qui s'établissent librement entre les hommes procèdent ou de leur affection réciproque ou de l'avantage qu'ils trouvent à s'associer dans un but déterminé. Celles qui ont l'association pour base ressortissenl, tour à tour, soit à l'une, soit à l'autre science, selon le point de vue sous lequel on les envisage.

De telles relations, en effet, ont pour mobile l'intérêt personnel, le plus actif, sinon le plus puissant de tous ceux qui exercent leur influence sur le cœur humain. Or, ce mobile, il appartient à la morale de l'apprécier en lui-même, il appartient à l'économie politique de le montrer en action et dans ses conséquences.

L'économie politique envisage uniquement T tiomme dans sa condition terrestre, comme un être capable de jouir et de souffrir, soumis à des besoins, accessible à des goûts, exposé à des périls, faible et désarmé contre la nature, s'il demeure isolé, puissant par la sociabilité, par l'esprit d'ordre et par la combinaison de rintelligence.

L'économiste prend pour un fait constant, universel, incontestable, la tendance de l'homme à poursuivre son propre bien-être. Il ne remonte pas au delà. Il part de ce fait comme d'un point fixe, et s'en sert pour dévoiler la structure interne de la société civile et le mécanisme de la production; il explique par l'intérêt personnel, et ces conventions qui règlent, sous mille formes variées, la mise en commun des forces, des intelligences, des propriétés acquises, et les précautions qui président à leur maintien, sous la garantie de la loi et l'autorité de l'État.

L'économie politique est, en effet, la science de l'utile.

A ce titre, elle est à la morale ce que l'intérêt est au devoir, elle juge des actes par leurs fruits, c'est-àdire par ce qu'ils coûtent et ce qu'ils rapportent, plutôt qu'en raison de leur nature. La morale oblige, l'économie politique éclaire et conseille; qu'il s'a-

gisse du bien-être ou de l'opulence, qu'il s'agisse même du besoin, pris au sens le plus rigoureux, qu'il s'agisse des principes généraux ou des plus minimes conséquences, l'économie politique ne peut offrir que des lumières et des appréciations; c'est à la morale qu'il appartient de régler les actions et la conduite.

SECTION XI

l'économie politique dans ses rapports avec la politique

Sous le nom de politique il faut entendre ici Tintervenlion de l'État dans les transactions sociales, dans les relations civiles, civiques, internationales.

Si les hommes étaient également et continuellement soumis aux règles de l'équité, éclairés sur leurs intérêts, habiles à les poursuivre, soit personnellement, soit de commun effort, enclins à se prêter réciproquement appui, dans la mesure de leur intelligence, de leurs lumières et de leurs forces, tous, dispersés ou réunis en corps de nation, pourraient se passer d'être gouvernés, et chaque corps de nation existerait, vis-à-vis de chaque autre, en paix, en bonne amitié, en bienveillance naturelle.

Point de gouvernés, point de gouvernants ; point d'État, point de politique.

Mais il n'en va point ainsi, on ne le sait que trop. Pour garantir, en tout pays, en toute occasion, entre les meilleurs des hommes, et à plus forte raison entre les médiocres et les pires, le maintien des règles de l'équité, l'observation des engagements, voire même les égards mutuels, il faut des lois et partant un législateur; il faut des magistrats, et partant une force armée pour leur prêter appui. Pour garantir, en tout pays, en toute occasion, entre divers corps de nation, l'observation des règles du droit des gens, le maintien des traités, voire même les procédés de bon voisinage, il faut, à chaque corps de nation, un pouvoir exécutif qui ait qualité pour stipuler en son nom, et disposer de ses moyens d'attaque et de défense.

Un législateur, des magistrats, un pouvoir exécutif, une force armée, voilà l'État.

Voilà l'État réduit au plus petit pied que ce mot comporte — l'État à son minimum.

On peut concevoir, à la rigueur, une société qui subsisterait à de telles conditions, une société où chaque citoyen ne demanderait à TÉtat et n'en attendrait, soit au dedans, soit au dehors, que la

protection légale de sa personne, de ses biens, de ses droits régulièrement établis, et demeurerait chargé de pourvoir à ses propres intérêts, par ses propres forcés et ses propres lumières.

Dans un tel ordre de choses, s'il était possible, s'il n'était pas une pure utopie, la politique ne relèverait que de la justice ; la politique ne serait que cette branche de la justice qui porte chez les juristes le nom de commutation, celle dont le propre est de conserver ou de rendre à chacun ce qui lui appartient : cuique suum.

L'intervention de l'État, dans l'hypothèse, étant purement négative, la science qui traite de la formation et de la distribution des richesses, libre de tous points, en pratique comme en théorie, n'aurait aucim lieu d'en tenir compte ; étrangère à la politique, cette science s'en tiendrait au nom que peut-être elle aurait mieux fait de ne pas quitter, celui d'économie sociale.

Mais cette hypothèse n'est qu'un rêve; quelques économistes, en réaction contre les abus du système contraire, l'ont parfois mise en avant sans la prendre au sérieux; car pour la réaliser complètement, encore feudrait-il que les services — les services conservatoires rendus par l'État — fussent gratuits, que la

législature ne fût composée que de députés, la magistrature que de jurés, la force armée que de gardes civiques; sans quoi il faudrait des impôts dont l'assiette, la répartition et remploi ne pourraient manquer d'introduire rÉtat dans le mouvement des affaires privées, et de venir plus ou moins à la traverse des spéculations individuelles.

Du moment, d'ailleurs, où Ton reconnaît à l'État IS droit d'intervenir dans les transactions sociales, lorsqu'il s'agit de prêter appui aux droits individuels ou collectifs, s'il existe dans toute société, indépen* damment de ces droits, des intérêts qu'on peut, à juste titre, nommer sociaux, des intérêts dont la poursuite et la satisfaction importent également à tous et à chacun, et ne sauraient être exercés ou garantis qu'au moyen d'un effort commun et continu où chacun doit entrer pour sa quote-part, en proportion de l'avantage qu'il en retire naturellement, c'est à l'État, arbitre et syndic, e.n quelque sorte, de la communauté, d'y pourvoir.

C'est encore ici affaire de justice, mais de justice distributive et non plus commutative, de cette justice qui maintient entre les cointéressés l'égalité relative.

Prenons la monnaie pour exemple.

On peut concevoir, à la rigueur, une société où les échanges ne s'opéreraient que par voie de troc; on le peut, car cela s'est vu, et se voit même encore chez des peuplades tout à fait barbares.

On peut même faire un pas de plus.

On peut concevoir une société dont tous les membres s'accorderaient à reconnaître une certaine monnaie de convention arbitrairement choisie. On le peut, car cela* s'est vu, et se voit même encoft chez quelques peuplades semi-barbares.

Mais qui ne voit au premier coup d'œil que l'intérêt de tous et de chacun exige également, dans toutes et chacune des transactions sociales, l'emploi'd'une monnaie fabriquée par l'État, frappée à son coin, d*une monnaie dont la matière, le titre et le poids soient placés sous sa garantie? Qui ne voit, en outre, que la justice commuiative elle-même est à ce prix, car, à réprimer, sans cela, la fraude, à redresser l'erreur, à régler les prétentions, les récriminations réciproques, tous les tribunaux du monde, à coup sûr, perdraient leur latin.

S'ensuit-il toutefois, pour que l'État soit admis à prendre part au mouvement général des intérêts privés, à la protection, à la promotion des intérêts individuels ou collectifs, que ces affaires soient néces-

sairement communes selon toute la rigueur du terme, que la portée de ces intérêts soit, rigoureusement parlant, universelle et permanente?

Nullement.

L'État n'est pas un être collectif, mais réel, et qui personnifie la société dans ce qu'elle a de plus éclairé, de plus honnête, de plus sage, et qu'elle charge d'employer ses forces et ses ressources :

1"A faire respecter tous les droits;

2° A faire directement, dans l'intérêt général, en tout lieu, en tout temps, ce que ne peut faire, faute d'accord, la diversité des intérêts privés ; ,

3* A faire directement, dans l'intérêt général, selon les lieux, selon les temps, ce que ne peut faire, faute d'accord, de lumière et de prévoyance, la diversité des intérêts privés. Sur ce dernier point, tout est affaire de circonstance et de mesure ;

hP A protéger, en tout lieu, en tout temps, la liberté de la production, dans l'intérêt général;

5° A protéger, s'il y a lieu, et tant qu'il y a lieu, le progrès de certaines productions dans un intérêt d'avenir ;

6° A protéger, entre les pays, la liberté des échanges sous les conditions que leur imposent leur sécurité, leur indépendance et leur puissance respective.

Sur ces deux derniers points, c'est encore affaire de circonstance et de mesure.

Sur tous la politique exerce la haute main. Impossible de poser a priori les limites imposées en principe à rintervention de TÉtat; c'est à lui de les discerner; c*est à la résistance légitime et régulière des intéressés de l'y maintenir.

UN

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