DISTRIBUTION DES RICHESSES
L'œuvre de la production, soit qu'on la considère dans son vaste ensemble, soit qu'on l'étudié dans ses moindres détails, soit enfin qu'on s'arrête à telle ou telle de ses opérations particulières, exige, nous l'avons vu, le concours perpétuel des diverses classes de la société, l'accord constant des individus qui se trouvent détenteurs des divers éléments à l'aide desquels tout se produit.
Or, ce concours perpétuel, cet accord de tous les instants, a-t-il pour but en définitive la production même? Tant d'efforts et de sacrifices sont-ils faits uniquement pour que tels pu tels objets existent? — Non, à coup sûr.
La production a pour but la consommation. Mais si la production est une opération collective, la con-
sommation est individuelle; avant que les richesses se consomment, il faut donc qu'elles soient réparties .
Dès loï*s, sur quel pied s'effectue cette répartition? Au moyen de quel procédé? i.
Grandes et difficiles questions.
Il ne s'agit pas,^ en effet, de partager matériellement chaque produit entre tous ceux qui ont concouru à sa formation.
Le plus ordinaire, le moins divisible des produits est toujours le résultat de mille industries différentes. La pensée elle-même ne saurait apprécier le nombre d'individus qui auraient droit sur un grain de poivre.
L'économiste doit dévoiler le mécanisme compliqué à l'aide duquel les divers produits s'élèvent, par l'échange, au rang de valeurs; et, les valeurs se traduisant en monnaie, le partage s'opère non sur chaque produit, mais sur le prix de chaque produit.
Il doit faire voir comment, à chaque phase de la production, une des classes de producteurs se trouve en position d'acquérir la part de toutes les autres. Comment, dans le progrès des phénomènes, chaque nouveau détenteur d'un produit quelconque, ayant nécessairement désintéressé, avant d'entrer en possession, ceux qui l'ont précédé, le dernier se trouve.
en définitive, substitué aux droits de tous les autres.
Mais ce n'est rien encore.
De la part .qui est assignée à chaque classe dans la masse totale des choses produites dépend la condition générale et moyenne des individus dont chaque classe se compose.
De la portion qui revient à chaque individu dans la masse des produits qui est le lot de chac[ue classe dépend la condition particulière de cet individu.
Comment se règle cette allocation proportionnelle? . Dire qu'elle dépend des conventions des intéressés, ce n'est rien dire.
Les prétentions réciproques des parties contractantes, en effet, ne sauraient être la mesure de ce que chacune d'elles obtient ; c'est le besoin, plus ou moins grand, que celle-ci a de celle-là qui en décide; c'est la rareté plus ou moins grande des choses qu'il faut mettre en commun dans l'œuvre de la production, qui détermine la part de produit qui revient ensuite aux possesseurs de ces choses.
Selon l'abondance ou la rareté comparative, soit des bras laborieux, soit des têtes pensantes, soit des divers instruments matériels de la production, la condition de telle ou telle classe devient plus favorable
OU plus rigoureuse, sa coopération est plus ou moins bien récompensée.
Le même principe opère entre les individus dont la classe se compose; selon l'abondance ou la rareté comparative de tel ou tel talent, de telle ou telle matière première, la part afférente dans le produit augmente ou diminue.
Or, de quelles lois dépendent cette abondance, ou cette rareté comparative?
C'est là ce qu'il faut expliquer.
Hoe opuSf hic labor est.
Est-il nécessaire d'ajoulerqueréconomie politique, qui s'occupe exclusivement de la formation des richesses produites, tient compte néanmoins de Texistence des richesses purement matérielles, et marque soigneusement le rôle que celles-ci jouent dans le mouvement des ^changes et la place qu'elles occupent dans le phénomène de la distribution générale?
SECTION IX