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Mill, n

240 LE LIBRE ÉCHANGE ET L'IxMPOT.

La concurrence des amateurs élève la valeur des objets; mais plus leur valeur s'élève, plus le nombre des concurrents diminue.

Le plus offrant et dernier enchérisseur la fixe définitivement.

On nomme, en économie politique, équation de Voffre et de la demande, cette action réciproque de l'un sur l'autre qui fixe leur rapport définitif.

Voffre d'un objet dont la quantité est invariablement limitée demeurant nécessairement la même, quand la valeur de cet objet vient à changer, ce n'est pas en lui qu'il en faut chercher la cause; c'est dans l'objet correspondant et qui forme, quant à lui, la demande. Des deux termes d'un rapport, dont l'un est fixe et l'autre variable, c'est dans le terme variable que doit se rencontrer la cause du changement.

Il est très peu d'objets dont la quantité soit limitée invariablement et à toujours; mais il en est un très grand nombre dont la quantité se trouve limitée momentanément et pour untemps déterminé. Les produits agricoles ne peuvent augmenter, par exemple, d'une récolte à l'autre. Dans l'intervalle, la loi que nous venons d'indiquer leur est applicable pro parte qua.

Il est des objets dont la quantité peut être indéfi-

niment augmentée, au même coût de production^ c'est-à-dire en employant, pour les fabriquer, des quantités toujours égales de matières premières et de main-d'œuvre.

Tels sont la plupart des produits industriels.

Ces objets-là ont une valeur qu'on nomme en économie politique valeurnaturelle. Le coût de la production, plus le bénéfice du fabricant, en est la limite, la limite en maximum et en minimum.

Quand la valeur actuelle de ces objets dépasse leur valeur naturelle, le fabricant augmente sa fabrication, et Fofifre augmentant, dès lors, tandis que la demande demeure la même, l'excédent de valeur diminue en raison inverse de l'augmentation de la quantité.

Quand la valeur actuelle de ces objets se trouve audessous de leur valeur naturelle, le fabricant réduit sa fabrication et, V offre diminuant tandis que la demande demeure la même, la valeur se relève en raison inverse de la diminution de la quantité.

Il va sans dire que rien, en tout ceci, n'arrive à point nommé, et ne se produit avec une régularité mécanique ; X offre et la demande se règlent réciproquement, par voie de tâtonnement, d'oscillations ; Tinstinct des fabricants, celui des spéculateurs devine

et souvent devance les alternatives de hausse et de baisse ; la nature des matières premières, les circonstances relatives à chaque fabrication exercent sur la production des objets dont il s'agit un certain degré d'influence; mais en dépit de ces tâtonnements, à travers ces oscillations, sous la condition de ces influences, les objets dont il s'agit gravitent, en quelque sorte, vers leur valeur naturelle et ne s'en écartent que pour y revenir. L'Océan tend partout à prendre son niveau, mais sans le garder; sa surface est toujours ridée par les vagues et quelquefois agitée par les tempêtes, mais il n'est aucun point en pleine mer qui demeure plus élevé que le point qui le touche, et tandis que chacun d'eux s'élève et s'abaisse alternativement, l'ensemble conserve une élévation moyenne qui n'augmente ni ne diminue.

Il est enfin des objets dont la quantité peut être indéfiniment augmentée, mais non pas au même coût de production ; il est des objets qu'on ne peut multiplier qu'en employant, pour les produire, des quantités toujours croissanlesd'avauceetde main-d'œuvre*.

Tels sont les produits agricoles, et en général les matières premières, les produits directement extraits du sein de la terre.

i. Stuart Mill, Princ. d'écon. polit., t. U, p. 23.

DK LA VALEUR. 243

Dans chaque localité, la fertilité du sol est inégale, les terres de première qualité sont ordinairement cultivées les premières, et la valeur en échange de leurs produits gravite constamment vers leur valeur naturelle, telle qu'elle vient d'être définie.

Quand l'accroissement de la demande oblige de recourir aux terres de seconde qualité, pour extraire de ces terres une même quantité de même produit il faut employer plus d'efforts et faire plus de sacrifices.

La valeur naturelle de ces nouveaux produits se règle nécessairement sur cet excédent du coût de la production, et leur valeur en échange sur leur valeur naturelle, sans quoi la production cesserait.

Dès lors, la valeur en échange des produits de même nature obtenus sur les terres de première qualité s'élève d'autant et dépasse leur valeur naturelle, car, sur un mênje marché, des produits de même nature, quelle qu'en soit l'origine, valent nécessairement autant l'un que l'autre; la différence entre la valeur en échange et la valeur naturelle des produits obtenus sur les terres de première qualité constitue sous le nom de rente un bénéfice particulier pour les propriétaires de ces terres, bénéfice qui ne figure point essentiellement au nombre des élé-

ments dont se compose le coût de la production, ainsi que nous l'expliquerons tout à l'heure.

Et ce qui arrive lorsque l'accroissement de la demande oblige à recourir aux terres de seconde qualité arrive également lorsque, cet accroissement continuant, on est forcé de recourir aux terres de troisième qualité, et ainsi indéfiniment. C'est toujours sur le coût de production le plus élevé, c'est-à-dire sur la valeur naturelle des produits les plus difficiles à obtenir, que se règle la valeur en échange de tous les produits de même nature.

Il est inutile d'ajouter que ce qui se dit ici des terres arables doit s'entendre des bois, des mines, des pêcheries, en un mot, de toutes les sources de matières premières dont la fécondité diminue graduellement en proportion de l'étendue de la demande, et rend plus d'efforts nécessaires pour obtenir une même quantité de produits ^

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