OBJECTIONS ET RÉPONSES
Cette définition n'est pas nouvelle.
Lord Lauderdale est le premier qui Tait mise en avant, en l'appliquant exclusivement à la 'richesse publique; hiais elle n'a pas trouvé grâce devant les maîtres de la science ; presque tous au contraire l'ont condamnée ; presque tous sont d'accord, sinon pour la rejeter, du moins pour la modifier profondément en divers sens.
Leurs raisons, les voici :
C'est assurément, disent-ils, dans l'utilité, dans l'agrément qu'il faut chercher le caractère essentiel de la richesse; mais ces mots utilité^ agrément^ ont cependant une portée tout autre que le mot ricliesse. Il est des choses très utiles, l'air, l'eau, la lumière, par exemple, la vertu, la religion, l'éducation, qui
ne sont pas des richesses; il est des choses très agréables, la poésie, la musique, l'amitié, etc., qui ne sont pas non plus des richesses.
L'objection est spécieuse, pressante même, et nous n'avons pas dessein de l'éluder; elle part d'ailleurs d'autorités trop graves pour qu'il ne soit pas nécessaire de s'y arrêter un peu.
Supposons-la, d'abord, solide et bien fondée de tous points; qu'en faudra-t-il conclure?
Que la définition dont il s'agit manque, jusqu'à un certain point, de rigueur, qu'elle n'est pas stricte autant que simple et féconde, qu^élle est sujette à plusieurs sortes d'exceptions, de distmctions, de restrictions. £b bien ! soit.
Reste à savoir maintenant s'il est possible de mieux faire; si ces restrictions, ces distinctians ne sont pas trop délicates et trop variées pour se laisser résumer dans un tour de phrase exact et concis- Reste à savoir surtout si les modifications proposées ne sont pas inCniment plus défectueuses que la définition pure et siouple.
Raisonnant sous ce point de vue, parcourons-les rapidement; nous nous convaincrons, sans peine, qui! n'en est aucune qui ne soutienne difficilement l'examen.
Selon MM. Say S de Tracy *, Ganillh ', pour qu'une chose figure, à juste titre, sous le nom de richesse, il ne suG^ pas qu'elle soit utile ou agréable ; il faut qu'elle soit douée de valeur en échange.
Le plus récent des maîtres de la scieûce, M. John Stuart Mill * adqpte à son tour cette définition.
Or, de deux choses l'une :
Entend-on par valeur en échange cette qualité fugitive qui n'existe dans les choses qu'autant qu'elles sont, en même temps, offertes et demandées, c'est-àdire dans l'instant précis qui précède le troc? Évidemment, alors, la définition est inadmissible. Ce serait dire qu'une chose n'est richesse qu'au moment presque indivisible où elle change de maître, qu'une marchandise déposée dans un magasin et qui attend la demande n'est pas richesse, qu'un collier de diamants porté par une personne qui ne veut pas s'en défaire n'est pas richesse.
Veut-on au contraire forcer un peu le sens précis de ces mots valeur en échange? veut-on soutenir qu'une chose est richesse, dès qu'elle est, non pas