‹ Le libre-échangeChapitre 17 sur 20 · I.K UBIlK-âritANOR Ml · texte numérisé non relu

I.K UBIlK-âritANOR Ml

directe de rinfériorilé de net salaires. Et qui retient ao dehors, qui nous prive déOnitivcmcnl de ces 20,000 marins? L'inscription maritime, qui les attend à leur retour en France pour les punir eonme déserteurs. Voilà comment une injustice se retooroe contre ceux qui In commettent.

Ilainteoant je regarde quel est l'intérêt de l'armateur.

L'armateur a deux intérêts à s'opposer à la suppreaaioD de l'inscription maritime, et il a un intérêt à la désirer.

Voici les deux intérêts qu'il a à s'y opposer. Le premier, c'est que l'inscription maritime lui donne OQ semble lui donner une sécurité pour l'exécution des engagements contractés en France, quand une foîff le marin est au dehors. Le second de ces intérêtSy je le mentionne rapidement, parce que tout à l'heure je vais le trouver sur mon chemin et que j'y msisterai davantage, c'est que la suppression de l'inscription maritime aurait pour conséquence inévitable l'augmentation des gagesjdu marin.

Tels sont les intérêts qu'a l'arhiateur à s'opposer à la MippressîoQ de l'inscription. Voici son intérêt pour la désirer : c'est que, quand il traite avec un matelot, soit pour établir le taux des gages, soit pour faire tous les traités antérieurs au départ du

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marin, il*traito avec un homme qui n*estpas libre, le matelot avec qui il traite étant dans les liens de rinscription maritime, obligé au service de la mer; et il y a plus d'un négociant qui désire, étant libre, ne traiter qu'avec une autre partie qui -soit également libre.

Je ne parle pas ici, Messieurs, de ce grand sentiroent de la liberté qui est tout-puissant sur certaines âmes. Non, je parle do quelque chose de plus pratique qui touche au môme principe, quoique cela n'apparaisse pas à tous les yeux.

C'est le désir de s'engager librement avec des gens qui s'engagent librement. Et il y a des esprits ainsi faits, qu'ils ne sont pas capables de se lier avec quelqu'un qui est déjà retenu dans d'autres liens que ceux qu'il contracte avec eux.

Je le dis parce que je le sais, et je vois devant moi les représentants de départements qui touchent à la Méditerranée; ils ne me désavoueront pas quand je dirai que la ville de Cette, qui est ess60« ^iellement maritime, ne laisse passer aucune occasion de protester contre l'inscription maritime.

Ce sont les commerçants, les armateurs, les affréteurs, qui veulent que ceoxayec qui ils traiteni soient libres.

II. GosTC-FumcT. Le cooieil général de l'Hérault a demandé la supprmion de rioscription marilime eo 1863.

Un membre è gauche. Le départemeot de méraull

est toujours à l'avant-garde.

M. Jules Simon. Le conseil général de riiéraull l'a demandée, et il y a, grâces à Dieu, sur tous les points de la France, des armateurs qui, sachant qu'ils en aouflnraîent dans leurs intérêts pécuniaires « demandent ardemment que les marins soient libres parce qu'ils veulent Fétre. On me permettra bien de citer en première ligne l'Association du Libre-Ëcbange de Bordeaux, qui compte dans son sein un grand nombre d'armateurs.

le pourrais prendre pour exemple M. Le Gesne...

J'arrive aux marins, et j'entends dire, — ce n'est pas d'aujourd'hui, on le répétait hier, on le disait il y a quatre ans, — j'entends dire que les marins sont heureux de l'inscription maritime, qu'ils en désirent le maintien, qu'ils en apprécient les avantages, qu'il y a surtout dans les résultats de l'ins^ cnption maritime une certaine pension qui leur assure une sécurité considérable, et qu'à cause de celte pension les marins sont désolés des efforts*

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que nous tentons pour leur rendre l'égalité avec les autres citoyens.

Qu'il y ait des marins dans cette opinion, oh! je suis prêt à le reconnaître. Je sais très-bien qu'il arrive quelquefois que des classes entières qui sont souffrantes ne veulent pas qu'on change leur situation.

C'est une chose étrange et qui pourtant est vraie, que nous ne connaissons pas toujours notre souffrance ni la cause de notre souffrance. Il y a une certaine force de l'habitude qui produit une sorte de trouble sur le jugement et qui est la cause, permettez-moi de le dire en passant, de la durée de l'esclavage ; car il n'y aurait jamais eu d'esclaves dans ce monde si les esclaves avaient toujours été capables, non-seulement de comprendre le reste des choses, mais de comprendre leur propre mi* sère.

A gauche. C'est vrai I — Très-bien !

M. Jules SuiON. Je ne nie donc pas qu'il y ait des marins qui regardent leur situation cooune privilégiée et qui soient charmés de la perspeetive de cette pension qu'ils toucheront après 300 mois de navigation effective.

Regardez, je vous prie, la situation du matelot

IM UMUI ÉTHAKOE «9

phUM que sa pensée; Joseoiie-la pour lui, quand même il se tromperait sur son propre compte.

Au Tond, je crois que la grande majorité des mateloU demande la suppression de Tinscription maritime.

M. le comte de La Tooa et ^lutiêurt autres memkm. Non ! non t

M. iules SiMo^c. On n*a pas le droit de dire non ; et moi, je n'ai pas le droit dédire oui,parce que, pour avoir la certitude de parler avec jusiaaae sur ce point, il faudrait avoir étudié non pas seulement une région maritime, mais les connaître toutes à bnd.

M. EsTANCELiN. J*ai fait une enquête sur la marine.

M. Jules Simon. Il y a des marins avec lesquels il n*est pas facile de converser et dont bn ne connaît pas l'opinion même après une conversation trèsprolongée.

M. ESTA.NCEUN. J*ai fait l'enquête sur la marine aoQS f Assemblée législative, et...

M. Jules SixoM. Monsieur Estancelin, contestez mes chiiïres, si vous voulez, puisqu'il vous est tel-

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lement impossible de laisser énoncer des cliiffreB qui ne vous paraissent pas justes sans les relever par une interruption ; mais, quant à mon opinion, je crois qu'il est plus avantageux pour la Chambre d'entendre mon raisonnement sans que vous veniez y coudre les observations que vous avez à faire.

M. EsTANCEXiN. C'est un fait que je vous citais.

M. Jules Simon. Ce fait n*est autre chose que votre appréciation personnelle. 11 serait désolant pour la Chambre de n'entendre vos opinions que par lambeaux ; elle préférerait en avoir l'ensemble et les juger dans toute leur gloire. (Rires.)

Je me permettrai d'ailleurs d'op^ser'à l'opinion de M. Estancelin celle de M. Marc Maurel, ar* mateur, dont j'ai là un excellent Mémoire sur la question qui nous occupe ; celle de M. Alexandre Léon, aussi armateur, vice-président de notre Association du Libre-Échange; une protestation que voici , faite au nom de Ii2 capitaines au long cours; une autre protestation, qu'on vous a rappelée hier, et qui émane de 2,500 capitaines. Oo a dit : ce sont des capitaines, ce ne sont pas des ma* rins. Sans doute. Les marins ne font pas'de protestations. Il faut que leurs capitaines, dont quelques-uns, les caboteurs, ne diffèrent pas d'eux

LB UIMUt-ÉCHAMOB m

seo8ibleiDeiit,si ce n'est par une éducalion un peu supérieure, fassent des protestations pour eux. Si les marins étaient en état de calculer, s'ils se sa- Yaîent en droit de réclamer, soyex sûrs qu'ils ne laisseraient pas subsister longtemps la caisse des invalides de la marine. Ils auraient bien vite fait le compte de ce qu'ils donnent en argent et en services, de ce qu'ils reçoivent en échange, et de ce qu'on prélève sur leurs versements |>our acquitter la dette de TÉtat envers ses propres marins. Mais je laisse là les armateurs et les capitaines. Je pourrais prolonger cette énumération. La Chambre et Al. Estancelin voudront bien m'en dispenser. 11 s'agit plutôt de raisonnement que de témoignages.

A la suite du dernier décret sur riuscriplion maritime, voici à quoi sont astreints les marins des classes. Ils peuvent être pris à bord des vaisseaux de l'Ëtat pour six ans, et même après un temps de service si proloogé, ils courent risque d'être appelés pour une seconde levée; a quoi j'ajoute surle-champ qu'il n'arrive presque jamais que le service à bord des navires de l'État soit de plus de trois années, en comprenant tout.

Pour ce service qui leur est imposé, ils obtiennent, je crois, trois compeosatipns...

sot LB LIBRR-^HANOB

Son Exc. M. Tamiral Rigault de GekouillTi m»nittre de la marine et des colonies. Voulez-vous me permettre une courte observation?

M. Jules Simon. Très* volontiers.

M. LE Ministre. D'après le dernier décret, les marins, en effet, sont appelés au service pour six années, dont trois passées généralement en congé renouvelable ; mais, après ces six années accomplies, ils sont libres et ne peuvent être rappelés qu'en cas de guerre et par un décret de l'Empereur.

M. Jules Simon. C'est ce que je sais parfaitement.

M. LE Ministre. Maintenant, le temps du service, qui ne va jamais au delà de trois ans, ne va pas môme très-fréquemment jusque-là.

M. Jules Simon. Je remercie M. le Ministre de ces détails, qui d'ailleurs m'étaient connus, et que je n'aurais pas manqué d'indiquer, s'il n'avait pas pris le soin de le faire.

Après avoir expliqué que les marins pouvaient servir six ans dans la marine militaire, et être rappelés, en cas de seconde levée, je n'aurais |)as omis de dire qu'il fallait pour cela un décret et le cas de guerre.

SI j'aurais déclaré qu'en réalité, le dépasse presque jamais trois ans ; je m\ de dire aussi» pour faire droit à Tobsenration de M. l'amiral, qu'il arrive souvent qu'il n'atteint pas même cette durée. Maintenant, je compare cette obligation à celle qui résulte de la conscription. Las 5,000 marins de la classe donnent tous trois iiia de leur vie, et c'est un minimum ; par la eonaeriptioo, 1,700 d'entre eux donneraient cinq ans. n faudrait, pour qu'il y eût égalité, que la durée du service imposé par. la eonscriptton fût de six ans, et que 2,500 hommes, au lieu de 4,700, le sobisaent ; c'est donc une aggravation, et une lourde charge, même en ne comptant pas les risques d'une aeeoode levée, et en supposant que le Ministre de la Marine, qui peut exiger six ans, se contente toujours de trois.

n ne faut pas compter eomme avantage Teiemptieo de la conscription, puisque les marins donnent plus d'années que s'ils avaient tiré au sort comme les autres citoyens. Cest d'une évidence mathématique. ' Maintenant, il y a bieo lea primes, une demiaokia, des pensions ; mais permelleHDoi de dire que ees peuioiis-làt ce n'est pas noua. qui en faisons les frais* ce sont eux qui lea font; on leur retient trèa-effsetivement tous les ana l'argent qu'on

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leur rendra peut-être plus tard, si, ce qui est difficile et rare, ils parviennent à remplir toutes les conditions exigées. Vous pourriez dire que c'est une caisse de la vieillesse, organisée à leur proflt. Mais les autres caisses de la vieillesse ont un avantage sur celle-là : c'est qu'elles ne servent de pension qu'aux déposants, tandis que la caisse des invalides de la marine doit suffire, et à payer les pensions des matelots, ce qui est de toute justice, et à parfaire la retraite des officiers de la marine impériale, ce qui est une spoliation.

Ces matelots, qu'on déclare grands partisans de l'inscription maritime, ignorent assurément que, quand elle sera supprimée, vous serez obligés d'augmenter leurs salaires. Si cette révélation leur était (bite, leur enthousiasme pour cette magnifique organisation en serait fort refroidie.

Eh bien t je n'éprouve aucune difficulté à le dire, — il faut toujours être très-réaervé dans de pareîUes (fuestions; mais, comme les matelots ne contractent pas leurs engagements avec une liberté complèle, cela m'autorise à dire publiquement ma pensée, et ma pensée c'est qu'ils sont trop mal payés en France* (Oui I c'est vrai !) Oui, je le pense, je pense qu'un tervice comme celui-là, un service qui sépare un homme de sa famille, de son pays, et même de la

ut uBus-ÉcnANoi tm

iooiélé humaioe, qui, pendant dat aamainas et des OMit, la aMi soua rautorilé pfeaque absolue d'uo autre bomme, qui rend, pour lui, extréaMmaoi rares el eitrèaieinent précaires les joies de la Ah flûile, qui l'oblige au travail le plus difficile et à dea périls presque eoDalaots, Je pense qu'un service pa* reil devrait être trèa-rémunéré, et qu*il esl étrange qu'on croie faire asset pour cet bomme, quand on lui donne 50 Tr. par mois de gage. Et quand la suppreaaion de l'inscription nîaritime n'aurait pour résultat qu'un peu plus de justice dans la rémunération des matelots, je ne le cacbe pas, cela feraileocore, sur mon esprit, une impression très-vive.

Ce qui en Tait une beaucoup plus grande, c'est que je tiens avec une rigueur scrupoleuse, avec une rigueur mathématique à l'exécution des grands principes conquis en 89 ; Je ne rougis pas de les rappeler, quoique ce soit un lieu commun ; Je les aiflae tous« je les aime du Tond de mon &me, et quand on y déroge» c'est comme si on m'arrachait une partie de ma substance. (Approbation à gauche.)

Tant que vous ferex peser un tel joug sur nos oiatelots, l'égalit^ civile n'existera pas pour eux. N'y eût-il que cela, et fallût-il compromettre des intérêts graves, je me croirais en droit d'insister

MS LE LIBRB-^CHANOK

au nom de la justice, et de dire que, si le passé a légué une institution contraire à l'égalité, nous n'avons pas le droit de la maintenir une minute de plus. (TrèS'bien! très-bien I à gauche.)

L'égalité, elle est établie depuis quatre-vingts ans pour tous les autres citoyens, et quand nous supprimerons l'inscription maritime, nous ne ferons autre chose que ae ratifier une conquête qui est faite, entendez-le bien, de proclamer un droit qui existe. En le retenant, en Toubliant, en le sacrifiant à je ne sais quelle nécessité de la guerre, nous manquons à la révolution, comme aux imprescriptibles droits du citoyen. (Très-bien I très-bien I à gauche.)

Je désire donc que l'inscription maritime prenne fin , et quoiqu'elle ne puisse disparaître de nos codes sans entraîner comme conséquence une importante augmentation des gages de nos marins, nous aurons une telle marge pour aller de 90 flr. à 75 fr., de 55 fr. à 85, qu'il nous sera permis de dire que, sous le rapport du personnel, nous avons au moins l'égalité.

Je vais maintenant, Messieurs, avant de passer au fret de sortie que je considère comme la question principale, ajouter quelques mots sur l'outil; car si vous voulez bien vous en souvenir, je disais

tout à l'heure : L'outil, le penoooel, la marchaii-

Eh bien t il y a un outillage qui dépend de la loi, de rorganiiation politkpia et lociale d'un peuple, qui tooehe à la foia au natire et au personnel ; et e'eat là» pour le dire sur-le-cliarop, que la plupart dea remèdea qui sont indiqués par les chambres de eommeree el par lea hommes du onétier doivent timrver leur place.

le D'eDteods pas les développer, mais je tiens oepeodaol à tous en signaler quelque&oins que M. Le Cesoe a déjà indiqués. Peutrétre ajouteruije quelque chose à ce qu*il a dit ; quand je ne ferais que le répéter, dans ces matières-là on ne saurait jamais trop insister. C'est une plainte légitime et un droit que nous rappellerons jusqu'à ce qu'on nous ait entendus, jusqu'à ce qu'on ait fait justice.

Voici un certain nombre d'améliorations, — je 'suis bien loin de les épuiser toutes, ^ voici un certain nombre d'améliorations qui sont nécessaires, justes et possibles.

D'abord, il y a la question de dos consulats, il n'est personne faisant le commerce qui ne sache combien la réforme des consulats français est nécessaire. Je n'insiste pas, pour ne pas répéter mon discours de la semaine dernière.

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Il y a ensuite notre régime colonial. M. de Kerjégu vous le disait tout à l'heure, nos colonies sont dans un état fâcheux quand on le compare aux grandes colonies des pays voisins. Gela est vrai» nous n'avons que peu de colonies et de toutes petites colonies. Il n'est pas très-facile d'aller en conquérir * d'aut/es, et ce n'est pas moi qui prêcherai la guerre de conquête. Mais enfin les colonies que nous avons, nous pouvons quelque chose pour elles: nous pouvons les émanciper. Le Gouvernement, à . l'heure qu'il est, s'en occupe, puisque dans quelques jours peut-être, nous verrons paraître un senatus-consulte ayant pour but de donner un peu plus d'autonomie à nos lies. Pour ma part, je crois que, dans cette matière comme dans toutes les autres, la demi-émancipation ne vaudra pas grand'chose. G'est une question pour moi de savoir si uno demi-émancipation est un progrès, tant il est difficile à la liberté de se passer de la liberté. Il y a telle circonstance où la conquête d'une liberté exige la conquête d'une liberté voisine et l'exige à tel point, qu*elle crée immédiatement» quand elle est taule, une anomalie qui peut être dangereuse à ta prospérité du pays et à la cause même de la liberté.

Je voudrais, je l'avoue, et dans le commerce maritime ceux qui partagent mon opinion sont fort

IM MBIUhiaUNOI

[, jo voudrait que l'^^mancipatioa de fui complète ; je voudrais qu'elle»

le libeiié ioul au moins autant que nous l'avons es Frioee; -* ce n'esl ^ im de ces vcmix exeessib ^'oQ oe saurait émettre sans passer immédiate- ■eni pour uo utopiste, — je voudrais voir réaliser l'application des lois de la métropole à nos colonies, aiaf» bien entendu, les exceptions que leur situation rend abeohimeol nécessaires.

11 y a là l'occasion d'un progrès réel, fort analogue à celui que je demande au sujet des gens de mer. Ce sont aussi des gens de mer ; au lieu d'ètro sur un navire ils sont dans une lie, mais ils y sont toujours, ils sont à des milliers de lieues de la mèrepatrie; ils n'en ont que plus besoin, en l'absence de la protection de leurs concitoyens, de pouvoir se protéger eux-mêmes, ei eelui-lè seul est capable de se protéger, qui possède la virilité que la liberté donne et qu*on n'a jamais en Tabseoee de la liberté. (Nouvelle approbation à gauche.)

Maintenant, autre chose ; les compagnies n'assoroDl pas le froides navires ; on ne comprend pm leboi de cette prescription ; il y a là une facilité à au commerce, et nous pouvons la lui prod'un trait de plume.

De plus, on n'emprunte pas sur un navire comme

MO UK LIBRK-ÉCHANOB

on emprunte sur une maison ; la loi s'y oppose ; elle ne trouve pas que le navire soit un gage assez sûr, elle ne veut pas exposer le capitaliste, elle aime mieux appauvrir la marine. Gela est conforme à toutes nos habitudes législatives; on a protégé l'intérêt de l'argent au détriment du mouvement de l'argent. Je crois qu'il faut protéger surtout le mouvement de l'argent, et permettre au propriétaire d'une chose d'emprunter sur sa chose, d'assurer sa chose. C'est une émancipation de la propriété ; de la propriété, je suis fôché de le dire, que nous respectons tous beaucoup, mais que nous n'entendons pas toujours comme elle devrait être entendue.

Pour qu'elle soit bien entendue, il faut qu'elle soit, comme le citoyen, absolument libre.

Enfin, il va sans dire qu'il y a une quantité de règlements que nous aurions tous — assujettis et administrants — intérêt à supprimer. Je citerai, sans prétendre faire une énumération complète des réformes les plus urgentes : l'extension des limites du cabotage, — l'affranchissement le plus large possible du pilotage obligatoire, — la liberté de composer les équipages, — la suppree- •km de toutes les formalités et de toutes les taxes onéreuses et vexatoires, qui, sous le nom de droits de visite, de consulat, d'amirauté, entravent las

Il l.liiKS-^RANOI mi

opénUoi» de noire mirioe saut saofegarder aucuo inlérél sérieux.

Je sais qu'on affecte de dire que toutes ces ré» formes sool insigniûanies, qu'elles ne saoreraieot pas notre marine. Hoa sans doute, elles ne la sauveraieDi pas« elles contribueraient à la sauver. Il fout avoir subi toutes ces visites, payô tous ces droits, obéi à toutes ees prescriptions minutieusement et sottement réglementaires, pour en connaître le poids. Un navire est prêt à partir ; il a traité pour son fret. La veille de son départ, le capitaine visiteur exige une autre carène. Ne dites pas que cette dépense, qui peut monter à une vingtaine de mille Trancs, sauve la vie à l'équipage ; car enfin, le capitaine du navire risquait sa vie, les armateurs risquaient leur argent, les assureurs eooraieol les chances, sans hésiter, avec l'ancienne carène, et leur autorité dans ces conditions valait bien celle du visiteur qui ne risque rien, et qui, peut-être à caose de cela, peut-être parce qu'on n'est jamais impunément fonctionnaire et surtout fonctionnaire français» ê dea exîgeoees exagérées ou mal justifiées. Ce sacrifice de vingt mille francs n'est pas la seule perte à subir. L'autre carène ne sera prête que dans quinze jours. Le fret ne peut pas attendre ; on le charge sur un navire étranger.

aût I.K I.IMKK-Kt ilA.Xfil-:

Sur quoi, les dépréciateurs de notre marine s'écrient que le fret de sortie nous manque. Au moins faudrait-il qu'il ne nous manquât pas par la faute de nos règlements. Autre exemple : en entrant dans nos ports, il faut que nos navires, s'ils ont plus de 80 tonneaux, prennent un pilote. Nos capitaines entiers connaissent tous nos ports à merveille; aucun pilote n*en sait plus long qu eux ; mais c'est la loi ; il faut prendre le pilote, lui livrer la diree- . tion, et le payer. Qu'arriv&-t-il? Les armateurs, pour diminuer les frais, font des navires qui ne dépassent pas 79 tonneaux. Et Ton dit de tous cdtés, non sans raison : nos navires sont trop petits ; ils ont trop d'équipage pour leur contenance. D'où vient le mal? du^ règlement, et de lui seul. Alais toucher aux règlements, y pense-t-on ? La plupart viennent de Colbert ; donc ils sont sacrés. Nous dirions volontiers, sans méconnaître les services et la gloire du grand ministre de Louis XIV : « ils viennent de Colbert, donc ils sont mauvais, t Mais il y a des esprits faits pour adorer rimmobilité« et |)Our croire que la suprême habileté consiste à être aujourd'hui ce qu'on était il y a deux cents ans.^

Ce qu*il faudrait surtout, ce serait de dire d'une manière générale que les contractants feront leurs propres lois.

t.r; I.ittlia-ÉCIUNGR M

je voudrais, en mena tampt, uoe réforme qui dépend plutôt du GouvememeDt que de la loi, et qoe je roe permettrai de recommander à M. le mi- Dtsire de la marine, c'est de chercher, par des traités, à établir runifonnilé dans les usages et les '. règlameats des peuples avec lesquels nous commer-

Une réforme analogue, plus facile parce qu'elle dépend uniquement de nous, ce serait d'avoir toutes les lois qui concernent les gens de mer et le commerce maritime ramées dans un code unique d'une façon claire et précise.

Ne voit-on pas tous les jours des théoriciens et même des praticiens chercher des lois qu'ils ne trouvent pas ou qui se contredisent ? Il faut régulariser et simpliOer nos lois. Cette belle œuvre de eadiûcation, qui remonte à la Révolution et qui fendrait tant de services pour l'application de la loi, est devenue ineffieaoe ; car on oublie à chaque loi de rétablir le code dans son unité. Le chaos, si péniblement débrouillé par nos assemblées répueaines et le conseil d'État du premier empire, se réforme peu à peu. Nulle part il n'est plus inextricable que dans le Gode maritime.

11 y a un autre point que je veux indiquer; il vous a été signalé à propos de la loi de 18CG par mon.

SOI l.K lAimE'kcilXSGB '

honorable ami M. Garnier-Pagès. Je crois qu'en ce moment la Chambre était préaidée par M. Walewski, qui avait été peu de temps avant ministre des affaires étrangères.

M. Garnier-Pagès rappelait le Congrès de Paris que M. Walewski avait présidé, et qui avait fait, à la date du 6 mai 4866, un protocole ayant pour but de supprimer la course et de donner protection effective aux personnes non belligérantes et aux marchandises étrangères à la contrebande de guerre.

M. Garnier-Pagès, avec une émotion partagée par toute la Chambre, rappelait que môme ceux qui veulent que la guerre soit possible, désirent du fond de leur âme qu'elle soit rare, et il ajoutait que c'est un devoir impérieux de soustraire à ses terribiOB conséquences les personnes et les choses inoffeo* sives. Et tout de môme que récemment on a Tait pour le service de santé et les ambulances une convention intcrnationale,grâce à laquelle il n'y a plus d'ennemis après la blessure ; qui non*seulemcnt permet à tous les médecins militaires de soigner Tennemi comme le national, mais qui leur fait un devoir, au nom de la loi, de ce qui leur était déjà commandé au nom de la conscience : tout de même qu'on a fait cela et que c'est un des progrès de notre temps que nous devons hautement louer et hautement reconnaître.

IJS, UBUErÈCUASOti

ei dont Dont savons ▼ivemaol gré à ceux qui en ont élé les initiateurs ; il y a aussi un grand senriee à reodre à l'humanité, à la gloire française, e'est de lUre en sorte que ce protocole du G mai 1806 devienne quelque chose de réel, d'absolu, soit accepté par toutes les nations, et diminue les horreurs de la guerre, en attendant qu'elle disparaisse.

La eonséquenee de ces réformes n'intéresse pas seulement l'humanité, elle a aussi une portée flnaneîère. En effet, par la suppression de toutes les eniraves dont je parle, par la suppression, notammeot, des entraves relatives à Thypothèque, relatives à l'assurance des chances de guerre pour l'homme et pour la marchandise non belligérants, nous aurons l'espoir fondé de voir les capitaux venir plus volontiers aux affaires maritimes.

J'entends dire quelquefois : les affaires maritimas ont autant de capitaux qu'elles en veulent.

Mais non, elles n'en ont pas autant qu'elles en veulent ; les capitaux ne courent pas à la mer, ils s'en retirent.

J'ai présent à la mémoire un discours de .M. Ancel, qui était notre collègue à la précédente législature, un homme dont je reconnais volontiers la eoflBpétence, quoique ses opinions soient l'opposé

dei miennes en presque tout. M. Ancel nous disait :

so

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Uue des causes de la détresse de notre marine, c'est que les capitaux ne lui viennent pas. Et tout à l'heure M. de Kerjégu nous tenait absolument le même langage-

Je reprends, et je dis que plus vous donnerei de facilité et de sécurité aux capitaux qui s'engageront dans les affaires maritimes, moins vous garrotterei la marine, soit dans ses outils, soit dans son personnel, plus vous aurez de chances pour que les capitaux y affluent ; or, le capital, en matière de commerce, après l'homme, c'est la plus grande force. (C'est évident ! c'est évident f)

En tout temps le capital est nécessaire à la marine, mais il est plus nécessaire en ce moment-ci qu'il ne l'a jamais été ; car, je reviens à ce que je disais en commençant, la marine, certainement, traverse une crise.

La crise, disent nos adversaires, tient au traité de commerce et à la loi de 1866; elle tient à la suppression de la surtaxe de pavillon et aux différences que le traité a établies dans les surtaxes d'entrepôt ; elle tient à la menace de la suppression même des surtaxes d'entrepôt.

La crise tient peut-être à tout cela; mais elle tient certainement aussi, mes honorables contradicteurs en conviendront» a autre chose, — il'y a

tout au moins uoo queslkm de partage et de proportioo entre les diverses causes de cette crise, — ei cette autre chose, c'est la transformation complète que subit aujourd'hui la marine.

Il a paru dans la Retuê dê$ ihux MamUt — il y a de cela bien des années, — un très-hel article du prince de Joinville, qui contenait Thisloire de la floCte militaire française dans rinter^alle de quelques années. L'auteur y montrait les navires à voiles supprimés et remplacés par les navires à Tapeu**, et les machines à roues supprimées et remplacées •usai par les machines à hélices.

Nous sommes en train, à l'heure où je parle, d'assister à une révolution tout aussi complète. Nos ▼aisseaux de bois vont disporaltre, chassés des mers par les navires de fer. De même le moteur mécanique prend partout la place de la voile.

M. La Cesoe vous entretenait hier d'une nouvelle organisation qui va peut-être achever la révolution : je veux parler de la substitution des machines du système Woolf aux machines actuellement employées. L'importance considérable de cette substitution consiste en ce quels machine dont je parie diminue et la quantité de charbon, et, avec l'addition du condenseur à surfaces, la quantité d'eau que les navires sont obligés d'em|)orter : économie sur

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le prix d*acliat, économie d'espace à bord, économie d'escales. Il en résulte qu'on peut maintenant faire de plus grands voyages par la navigation à vapeur, et qu'il n'est plus nécessaire de recourir aux bfttimeots à voiles pour aller trafiquer avec rexiréme Orient.

M. Le Gesne. Ce n*est que justice dQ constater ici, qu'encore bien que le système porte un nom étranger, le véritable inventeur est M. Benjamin Normand, ingénieur et constructeur au Havre.

M. Jules Simon. Je suis bien aise que ce soit un compatriote, et quoique j'aie le regret de le compter parmi les adversaires les plus décidés de l'opinion que je défends, je vous remercie, M. Le Gesne, d'avoir donné le nom du véritable inventeur.

C'est donc à M. Normand que doit être attribuée la découverte. Eh bienl je chante volontiers sa gloire et je crois que M. Normand aura fait dans la marine marchande de tous les peuples une rénovation d'une importance considérable.

Si je suis bien informé, les Messageries impériales ont en ce moment, à Bordeaux, deux navires, It Gironde et r Amazone, qui emploient des machines construites suivant le système Woolf ou suivant le un système analogue ; les chantiers de l'Océan ont

construit d'aprèi oe principe U Prétidmu, de 700 Umoeaui, et totci sur son baDc mon honorable collègue de la Gironde, M. iohnston, qui est possesseur de Irois navires de pèche outillés de celte fkçon, et qu'on peut voir aujourd'hui dans le bassin d*Arcachon.

Je prie la Chambre, je prie mes adversaires du dehors de faire attention qu'il y a là un point de vue d'une importance extrême. La marine et l'outillage maritime se transforment complètement, et la con« curreoce, désormais générale, depuis la suppression des surtaies de pavillon, ne nous permet pas d'hésiter.

De cette transformation, il résulte trois conséquences. La première c'est une crise, je l'ai reconnu tout à l'heure ; toute transformation, même heureuse, amène une crise. Cette crise, qui est trèsdouloureuse pour le moment, sera féconde en grands résultats pour l'avenir. 11 serait désolant dt confondre des malheurs particuliers, qui tiennent à une transformation de l'outillage, et qui par conséquent sont éphémères, avec les conséquences d'une loi qui doit durer.

Cependant nous devons dire honnêtement, courageusement la vérité à ceux qui souffrent; à ceux qui n'ont que l'ancien outil et qui manquent de ca*

tki I.K LIBRK-ftCHANOB

pitaux pour le renouverer : il n'y a pas de meilleur conseil h leur donner que de se retirer et de ne pas s'obstiner.

Les constructeurs d'Amérique ont envoyé récemment à Glasgow une commission pour examiner si les procédés employés dans cette ville étaient préférables à ceux usités en Amérique, et dans quelle mesure on pouvait continuer la lutte contre les coustructeurs européens. Cette commission n'a pas hésité à dire : Nous ne pouvons pas soutenir la concurrence, arrêtez vos constructions, achetez les navires anglais.

C'était là une preuve d'intelligence commerciale et de décision d'esprit. Il n'y a pas d'intelligence commerciale sans décision d'esprit. S'obstiner à lutter avec des engins démonétisés, surpassés par les engins d'autrui, vouloir faire la concurrence dans ces conditions, c'est courir à sa ruine, et nous, Mesi^i'^urs, qui parlons au pays, nous devons le dire sar.d ambages à ceux qui sont dans cette situation.

Mais nous devons dire, en même temps, que les capitaux sont d'autant plus nécessaires à notre manne, qu'elle a besoin de se procurer des navires en fer mus par le nouveau moteur, et que si les eapilaux la délaissent et l'empêchent, en se retirant, de

iM MHUi-Éca4M«a m

Mnvre le progrèt, elb ne eooeiirfeocera plus per- Mone. (Approbation sur plusieurs tMnes.)

Voilà, Messieurs, une des rtisoos de la crise, ou plutôt, à rooo sens, la grande, la seule raison de la crise; voilà, en mèaM la«ps, Tindication d'un cer* lein oombre de réformes qu'on peut réaliser par le moyen de la loi, ou que le Gouvememeoi peut eb* tenir au moyen de négociations avec les pays étrangers, en vue d'arriver à runiformité des usages flM* Htimes.

Gepeodaol ie point capital, en ce qui concerne la prospérité de notre marine marchande, et peut-être même pourrait-on dire le seul point véritablement important, c'est la question du fret de sortie.

Nos adversaires l'ont dit, je me le rappelle, dans la discussion de la loi : < nous avons beaucoup de plaintes à faire entendre, mais ce dont nous nous plaignons principalement, c'est du manque de fret de sortie. »

Et le Gouvernement, et nous-mômes, nous tombions d'accord sur ce point, que le fret de sortie était la question importante.

Je demande donc à voua aoanwttie quflkpes idées aor eette-question, et je dhriserai wm dbeaaaion en deux parties. Premièrement, j'enaailieni si, vert* tablement, — et je ne le croîs pas, je l'avoue, —

Slf LE LI6RE-ÈCHANGB

Dous sommes aussi privés qu'on le dit du fret de sortie ; secondement je rechercherai par quels procédés, si nous en sommes privés, ou si nous n'en n'avons pas suffisamment, nous pourrons l'augmenter ou remédier à son insuffisance.

Je serai bref sur ce sujet, parce que j*ai été devancé par tous les orateurs qui m'ont précédé à cette tribune et qui ont parlé dans le môme sens que moi.

Et d'abord, je prie l'honorable M. Estanceiin de croire que je sais que l'opinion que je vais soutenir est contraire à la sienne, et j'espère que l'aveu que je lui fais lui donnera h l'avance satisfaction.

M. EsTANCELLN. Je vous remercie bien. (On rit.)

M. Jules Simon. Le port de Nantes est, je crois, le moins favorisé pour le fret de sortie ; le port du Havre a les vins de Champagne, le plâtre, les machines, la carrosserie, et une partie des porcelaines communes de Limoges.

De plus, Nantes et le Havre ne sont pas trèeéloignés de Cardiff et de Newcastle. Il n'y a pas une grande différence entre relever de Londres et de Uverpool, pour Cardiiïet Newcastle, ou relever do Havre et do Nantes pour les mêmes destinations. Ainsi, grâce à la concurrence, de môme que les

IK I.IBKE-KCUAXOB t|t

Anglais peuvent prendre notre (irel, nous poof ont praidrele leur.

Bordeeox a eerfafaïaaent des fréta de sortie importants ; il a d'abord ses tins; sjoutons les poreelaines de Limoges, les farines étinrées, les fruits et quelques autres produits.

La eonsommation de nos vins en Angleterre a augmenté dans une proportion inorme , et doit aller en augmentant, puisque, suivant le calcul d^ M. Adrien Bonnet, la consommation annuelle du vin qui, en France, dépasse 200 litres par tôte, n'est encore que de 2 litres 55 centilitres en Angle-

Marseille a les vins du Midi et de la Bourgogne, les céréales, les charbons, les huiles, le vermout.

Ces deux derniers ports sont donc loin d'être dépourvus de fret de sortie.

fToublions pas le raflinage qui exporte pour go millions, et i|ui exportera pour 100 millions au moins, quand le lise voudra bien le permettre; car c'est lui qui, pour nos sucres, comme pour beaucoup d'autres produits, se charge d'entraver notre production.

Je me rappelle que M. de Forcade, — qui ne prendra peut-être pas la parole dans cette discussion , et, pour ma part, je le regretterai, —je me rap-

S14 UK IJBRJS-^CIlAMii:

pelle que M. de Forcade a donné, en 1866, deux chiffres qui sont excellents pour ma dteoiisIniikMi; et que je demande la permission de lui emprunter tout simplement. Notre honorable collègue nousa dk que le fret de sortie était, en 1847, de 600,000 tonnes; en 4857, de 1,100,000 tonnes; en 1863, de 1,600,000 tonnes.

En décomposant ce chiffre de 4,600,000 tonnes* que trouvait-il? Il trouvait le tableau suivant, qui, sans doute, peut être discuté dans les détails, mais qui n'en est pas moins concluant, car, ici encore, comme Tautre jour, quand il s'agissait de dem milliards, il nn faut pas chicaner sur des centimes.

Vins et eaux-dc-vic 250,000 tonnes.

Céréales 480,000 —

Houilles 320,000 —

Sucres i 10,000 —

Sels 115,000 —

Chaux, plâtres, matériaux. . 420,000 — Métaux. — Ouvrages en métaux 400,000 — Légumes, beurre, fruits, pommes de terre 450,000 —

Résine 40,000 —

Total 1,385,000 tooiiei,

sor 4,600,000.

Us MBRK'ftrilANOK SIS

De sorte qa*il nous reste, pour le fret léger al pea eocombraot : 215,000 tonnes. Ce qui novs domie parMtament le droit de conclure que nous ne sommes pas dépourvus de fret encombrant de •ortie, que nous ne sommée pas, à cet égard, dans la ailiiaUoo déplorable qu'on nous a plusieurs fois rappelée.

J'ai à diverses reprises, dans la discussion du régime^ éeooooilque» montré les eonséqiMiees déaaa* trevaea qu'entraîne pour le commerce et Tindustrie le monopole de nos compagnies de chemins de fer. C'est aussi un des ennemis de notre marine. Nous avons tous répété que les tarifs de chemins de fer imposaient à l'industrie française des charges plus lourdes qu'à l'industrie concurrente, et qu'une balle de ooton paie plus cher pour aller du Havre à Mulhouse que pour aller jusqu'à Bàle. Ce grief est légitime ; en voici un qui ne l'est pas moins. Le tarif, dit de transit, qui avantage le fabricant suisse aux dépens du fabricant français, n'est pas aseai abaissé pour concurrencer les chemins de fer belges et allemands; presque toutes les marchandises prennent ces dernières voies au détriment des nôtrès ; et non-seulement le Zollverein, mais l'Alsace, oMtta les Vosges, préfèreoi à nos chemins les chemins étrangers. Vous vojei d'ici la conséquence.

316 UK LinRK-ÉrriAXGK

Les cotons achetés à Liverpool entrent sur le continent par Anvers, au lieu d'entrer par le Havre. Notre réseau y perd le bénéfice de concessions qui font légitimement crier l'industrie française; et notre marine y perd tout le fret que lui donnerait l'Allemagne, si elle faisait transiter ses marchandises par la France.

Je me suis procuré un tableau qui m'a été fourni par un des plus importants affréteurs de France, chef d'une des maisons les plus honorables de Bordeaux, M. Cahuzac. Je lui ai demandé de me donner le taux de sortie du fret à Bordeaux et à Cardiff. A Cardiff, le fret de sortie, c'est du charbon ; à Bordeaux, ce sont les denrées diverses dont j'ai donné l'énumération, et voici le tableau qu'il m'a fourni et auquel j'ai une entière conQance ; tous ceux qui connaissent la maison et la personne dont je parle tiendraient le môme langage que moi.

Le fret pour Montevideo et Buenos-Ayres est :

à Bordeaux . . .

45 fr. à CardifT 35 IV.

Pour le Brésil. . .

PourSan-Francisco.

Pour Maurice. . . .

Pour Singapore. . .

KO

Pour ilung-Kong. .

Pour Yokuliauia . .

Pour Bombay . . .

Ce qui prouve péremptoirement que nous iTOOs non seulement du frei^ mais un fret qui se ptie cher. Si nous maiiquk»i de fret au point où on a dit que nous en manquions» si nous étions rédoits, comme on le disait hier à cette tribune, à partir avec un quart de plein ou un demi de plein, il est évident que nous pourrions changer la situation en abaissant le taux de nos fMs de sortie, coque nous ne faisons pas. Maintenant, après avoir expliqué mon opinion sur ce point, après avoir dit que, suivant moi* nous avions du fret de sortie, et montré que nous allons en augmentant dans des proportions considérables au moment même où Ton nous dit que nous n'avons pas de ressources solDsantes, je change complètement mon point de vue et mon argumentation» et je dis : Supposons que la situation soit désespérée, qu'il faille absolument y porter remède : ce remède, quel sera-t-il ?

C'est là que les deux opinions se trouvent en présence : l'opinion de la restriction et celle de l'expansion ; l'opinion qui veut protéger et celle qui veut affranchir; et nous pourrions, à présent, efliacer en quelque sorte le titre de cette discussion et dire : il ne s'agit pas de tonnage, de fret desortie, d'inscription maritime, de gens de mer, des affaires de mer» il s'agit des affaires générales du monde. On veut

318 US UnR^tSCHJMQE

savoir cominenl, avec les principes que nous soutenons dans notre belle doctrine, qu'on appelle dédaigneusement notre orgueilleuse doctrine, — doctrine dont nous sommes fiers parce que c'est la doctrine de la liberté, — on veut savoir commeot, avec nos principes, nous essaierons de sortir de cet difficultés? En supposant que le mal soit aussi grand qu'on le suppose, nous en sortirons, là, comme partout, dans toutes les questions de commerce et de politique, et j'ajoute, pour ma part, dans toutes les questions de science, par l'émancipation complète de l'activité humaine. (Très-bien I très-bien I à gauclie.)

Messieurs, la voilà donc encore une fois bi question du libre-échange se posant dans l'arèDe et se trouvant face à face avec ses adversaires. Et là, comme ailleurs, la question qui s'impose à nous la première est de comparer l'intérêt du consommateur et celui du producteur. Je dis sur-le-cliamp que notre solution profite à Tun et à l'autre. Mais je prejads d'abord l'intérêt du consommateur.

J'ai retrouvé dans le discours de l'honorable M. de Kerjégu un détail que l'honorable M. Anoel ayait déjà mis dans le sien, et qui est intéressant; le voici : Le café, disait M* Anccl, est protégé par un droit de 20 francs pour 900 kilos; mais, disait-il,

IJf UmiK-tCBAMOB m

pour la bcililé du raisonoemeôt , je prends las 900 kik» pour i,000. — Le café est protégé par un droit de viogi fraoea pour les 1,000 kifos. Cela fait S fraoca pour 100 kiloa, % centimes par kilo, et

I oaotime par livre.

Or, dans une livre da eaft, il y a trente-deux taaaes, et, par conséquent, quand vous buvei une taaaa de eaM, vous payes quelque choae à la douane; oui, vous payes 1/32* de caoliroe. (On rit.) La Chambre Iraive le nûaoonaaMQi plaiaant. J*aime à croire qu'ao y réfléchissant, elle ne le trouvera pas juste.

II a fiiit le tour du monde, ce raisonnement, et il n'y a pas longtemps qu'un célèbre protectioniste, à Bordeaux, appliquait la même tliéorie aux cotons, et disait : Voyez combien peu cela ajoute au prix d'un mètre de madapolaro? Oui, Messieurs, j en tomberai d'accord, pour une demi-tasse de calé vous n'êtes tributaires de la douane que d'une faible somme de 1/32* de centime. Mais vous prenan la question en daacendant : noua aérons parfaitement libres de la prendre en montant, et au lieu de dire 1,000 kilos, de dire 10,000,'ou 100,000 kiloa» nous arriverons ak>rs à des sommes qui ne ressembleront guère à 1/32* de centime. (Trèa-lNcnl à gauche.)

J'ai même le droit, me tenant dans le l/3i* de

an 1 H I.IBRB-^HANOB

centime, de dire qu'il y a beaucoup de 1/32* de centime accumulés pour la consommation d'une seule famille. On ne prend pas une seule tasse de café dans une famille composée de plusieurs personnes^ on peut en prendre plusieurs et plusieurs fois par jour. On ne prend pas seulement du café, on prend du sucre; et non-seulement on paie à la douane pour le sucre et le café, mais aussi pour le vin. On paie surtout pour le vin par Toctroi. Et vous savez que, quand nous battons la douane en brèche, nous entendons ne pas laisser les octrois tranquilles.

Quand nous aurons supprimé la douane, il n'y aura plus d'octrois possibles. Je suis d*avis qu'il faudrait commencer par balayer Toctroi ; la douane viendrait après ; j'aimerais mieux lei> balayer Tune et l'autre, je balaie d'abord celui que je rencontre sur mon chemin.

Ainsi donc, au i/32* de centime il faut faire une multiplication par le sucre, par le vin, par presque toutes les denrées alimentaires, par ce qui sert au vêtement, et en multipliant par tout cela, on arrive à une somme assez ronde.

A quel budget comparez- vous la valeur du sacrifice c|u'on demande? Est-ce à un budget de 300,000 ft*. par an, ou est*ce par hasard au budget d'un ouvrier? Dans ma vie, j'ai dressé bien des budgets d'ouvriers;

ut UBMK'ÈCUAXOK

je œ SI115 pa5 capable, peiil-élre, eo ma quaiitu de philoiopbe (on rit), d'éploeher le gros budget de i miUiirda 300 millionsqu'oo nous apporte ici, quoique j'y base mes efforts; mais je crois connaître le bodgel de l'ouvrier, j'en ai dressé dans ma vie peutêtre onecentaîoe, et je l'ai ftiit avec un scrupule extrême; Je sais combieQ il est difficile sur ces budgets d*qoiiter une dêpeasa de 5 ou 10 fr., qui ne parait rtoo et qui en réalité est énorme. Je me déOe de ces raiaomiameots qui concluent en disant : Ce ne serait qu'on 35h. A qui parlez-vous? Vous parlez à cent qui n'ont pas le superflu, qui ont à peine le nécessaire. Alors, si petite que se fera la somme, je la regarderai comme une ennemie. (Très-bien !)

Maioteoant, l'intérêt du consommateur n'est pas là; il n'est pas représenté uniquement par la petite somme que la douane va prendre, non f non ! Quand nous parlons de la liberté des mers, quand nous parlons de la liberté da eommerce maritime, quand nous voulons porter l'émancipation dans cette grande industrie, savez- vous à quoi nous tendons? A faire de la France ce qu'elle devrait être depuis longtemps, oe que la nature l'avait faite et ce qu'elle n'eal pas par l'empêchement des lois fiscales, c'està-dire, le plus beau et le plus grand marché qui soit au monde I

SI

an LE LimiRÊCIIANOB

Vous parlez des surtaxes d'entrepôt? mais ces grands entrepôts qui font la gloire et la fortune de TAngleterre, pourquoi n'en avcz-vous pas? Vous n'avez pas d'entrepôts, dites-vous? Il y a un remède à cela, il faut avoir chez vous le régime qui peut vous les procurer; vous ne lesaveipas, parce que depuis si longtemps vous vous êtes laissé devancer par les autres dans la voie de la liberté.

Ainsi l'Angleterre reçoit toutes les denrées du monde, elles aflluent sur ses marchés, non-seulement pour son service, mais, heureusement ou malheureusement, pour le nôtre. C'est à nous de nous émanciper, c'est à nous de voir si la France n'est pas asses bien située pour être le plus beau, le plus grand entrepôt du monde; si même elle ne devrait pas être seule à pourvoir TEspagne, l'Italie, l'Allemagne, au lieu de les voir traverser la Manche pour aller chercher tout ce qui leur est nécessaire dans les entrepôts de l'Angleterre.

Nous désirons tous que la France devienne le grand marché du monde. Comment obtenir un si beau résultat? Nous y parviendrons par la liberté, par elle seule. (.Marques d'approbation sur plusieurs bauet.)

Et quand nous aurons la liberté en France,

quand nous auront ce grand marché du monde, les prii s'abaisseront, les plaintes s'oublieront, cette loi, aujourd'hui décriée, eette doctrine contestée, seront gtoriflées; le paufre ménage ne sera plus réduit à couper un centime en trente-deux parts pour savoir quel est le sacrifice qu'il fait à la douane chaque fois qu'il prend une tasse de calé.

Mais il saura, sur chacone de ses eonsoasmatîons, qu'il Tobticut au plus bas prix possible, grftce à la liberté, à cette liberté qui apporte tous les trésors pour le corps et pour Tàme, — et le plus grand de tous les trésors, Téquité, la justice, sans lesquelles il n'y a ni hommes forts ni peuples riches.

C'est donc là, comme vous le voyea clairement, la question du consommateur, ou jamais elle n'existera nulle part; mais c'est, en môme temps, la question du producteur.

Gomment! nous sommes chaque jour à nous plaindre de nos tarifs de chemins de fer ; il n'y a sorte de reproche que nous n'adressions aux grandes compagnies qui possèdent dans leurs mains tout le matériel des transports, et qui ne veulent pas diminuer des tarift exagérés.

Gela, disons-nous, crie vengeance, qu*on nous demande tant d'argent pour aller, chex nous, do tel lieu à tel autre.

StI LR hmnE'P.CÏÎKSOE

Mais la mer ! vous nvez pris à tftche de faire que cette grande route ne soit pas livrée à la concurrence, et que tout le monde n'en puisse pas jouir, alors qu'elle a été donnée à tous pour le rapprochement des peuples, pour les rattacher les uns aux autres. Faut-il donc que nous mettions dans chaque port et sur chaque point du littoral une sentinelle armée pour empocher le rapprochement des hommes?

Eh bien ! quand nous aurons affranchi le commerce de toutes ses entraves, quand nous aurons la mer libre, quand toutes les barrières seront tombées, non-seulement nous alimenterons le marché français, mais la France deviendra le marché du monde. Elle ne peut y arriver que par la liberté.

Vous voulez augmenter votre fret de sortie : donnez la liberté, et par la liberté donnez la vie à toutes nos machines, le travail aux ouvriers, Tessor à tous vos capitaux.

Augmentez tous les jours la production du travail humain, et je défle bien cette portion du travail qui consiste à porter les marchandises du point où elles sont produites au point où on en a besoin, de ne pas croître en même temps que croîtra Tactivité humaine. (Très-bien f très-bien !)

LB UBKB-BCIIAIIOB SIft

VoUà eommeol Dont IfOQfWoos la pmpérilé. Elle 6il detaot nous. Aveugle qui la cherche eo arrièfet

Je oe paît m'empécherde foosdire que si je mets quelque paasioo dans cette discussioo» c'est que je fois au delà de nos chantiers et de nos comptoirs.

Cette passion est assurément toujours conciliée en moi avec les égards qu'on doit h ceux qui se plaignait, car je cherche avec anxiéié à bien comprendre leurs plaintes, je chercfie le remède, j'ai les jeu ouYorts pour le découvrir là où on me le

Mais je demande qu'à c^té de la lumière que les fliits apportent, lumière souvent vacillante et trompeuse, on tienne compte aussi du grand phare qui illumine toutes les discussions humaines, c'est-àdire de la philosophie, de la science des principes.

El je dis que la doctrine de la liberté, du Libre- Échange dans le oommeree, c'est la vérité, c'est hi force, c'est l'avenir.

Et en la défendant avec l'énergie que j*y apporte, cette humble question, — je l'appelle humble, quoiqu'elle aoit grande, parce que ce n'est qu'une question matérielle, — en la défcodant avec cette énergie, je pense à la iMte que ^esprit et la voloolé

SM LB LIBSB-ftCRANCS

vont acquérir par rémancipation du travail ; je vois naître une ère nouvelle pour l'intelligence et pour la morale. Je vois courir sur la France renouvelée la sainte contagion de la liberté. (Vive approbation à gauche et dans divecses autres parties de la Chambre.)

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