‹ Le libre-échangeChapitre 4 sur 20 · LS 96 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

LS 96 NOVEMBRE

M. Jules Simon :

Messieurs, comme mes collègues, je me suis empressé d'accourir à l'appel de votre Comilé, et, comme eux aussi, je puis dire que je viens défendre au milieu de vous une cause à laquelle je suis dévoué depuis longtemps.

11 y a à présent vingt ans que je suis un déitMiseurdu libre-échange : c'est vous dire que je connais les états de service de la ville de Bordeaux, et que je me rappelle les noms de M. Duiïour-Dubergier et de beaucoup d'autres que je pourrais et que je devrais citer ici avec honneur.

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Tout récemment, vous venez de publier deux documents qui resteront dans l'histoire de la lutte du libre-échange contre la protection : c'est d'abord le Rapport de M. Lalande, que vous avez tous lu avec le plus grand intérêt (oui ! oui !), et que j*ai, pour ma part, non-seulement lu, mais étudié, comme vous le verrez tout à l'heure; — c'est ensuite le Manifeste dont on vous a donné lecture à cette séance même.

Quand nous avons conféré, ce matin, mes collègues et moi, sur l'organisation de cette soirée, ils ont bien voulu me charger de reprendre et de développer devant vous les principes sur lesquels nous appuyons la légitimité de notre cause; par eonséquent, ils m'ont condamné à ne rien dire qui ne vous soit parfaitement connu, et qui n'ait été dit avant moi. Ma seule excuse pour parler peutêtre un peu longuement, c'est que je ne parle paa seulement à l'assemblée qui m'écoute. Vous ne m'avez pas chargé de venir vous dire pourquoi» vous et moi, nous sommes partisans du libreéchange (sourires d*adhésion), mais de le dire, au milieu de vous, à ceux qui ne partageoi pas nos doctrines, afln que mes paroles, Tortiûées par votre assentiment, nous fassent quelques conquêtes, je ne dirai imis dans les rangs de nos eooemis,

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parmi les inoertaîns et les MiiUiDts. (Oui I Trèsbieo I très-bleo I)

Le caractère de notre aaaocialion eU d'être une aiaoeiation libre-échangiste. Son but immédiat est 4t s'opposer à la dénonciation du traité de commeroe avec TAnglelerre. Yons savex que ce traité n*esl pas unique, et que nous avons une série de conventions analogues, dont les dernières expirent aaolement en 1878. Un traité dénoncé* pendant que les autres subsistent» ne serait qu'oneoceation fournie i la fraude. J'ajoute que notre situation actuelle, issue des déclarations du mois de janvier 1860, n'est à aucun degré le libre-échange ; ce n'est, à proprement parier, qu'un acheminement vers le libre-échange. On a renoncé définitivement aux pioliitNlioos, c'est un grand pas de fait; mais on a éooaorfé le principe de la protection, en limitant le maximum des droits protecteurs à 25 */o« et même pour la fonte à 30 % Las tarifs cessent d'être dérisoires, et d'équivaloir, dans beaucoup de cas, à ona prohibition déguisée; ils n'en sont pas moins des tarifs de douanes. Qu'il soit bien entendu qu'il ne s'agit pour nous, ni.du maintien d'un traité uniqno, ce qui serait absurde, ni même de la conservation de tous les traités, mais de l'abolition entière et définitive des tarifs protecteurs. Loin d'amoin-

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drir le caractère et la portée de nos efforts, nous les appliquons à un but général, afln d'àvoirpour nous la logique et la franchise. Ce que nous défendons, en demandant le maintien du traité avec rAngleterre, c'est bien plus que ce traité : c'est la cause même de la liberté du commerce et de l'industrie. Ainsi notre association renouvelée n'aura pas terminé sa tâche quand elle aura eu raison de l'agitation organisée à Rouen par les manufacturiers ; elle continuera de vivre et de lutter jusqu'au moment où le libre-échange aura triomphé d'une façon complète et déOnitive. (Approbation unanime.)

Je voudrais aller droit à la discussion philosophique, à la question de principes; mais nos adversaires ne le permettent pas. Ils ont de grands intérêts à défendre, des intérêts qu'ils croient généraux, et qui sont plutôt, à mon sens, des intérêts particuliers. Plusieurs ont éprouvé des pertes, d'autres ont à se plaindre surtout d'un manque à gagner. Ils s'étaient accoutumés, par une pente naturelle, à considérer comme un droit les profits énormes et faciles du régime prohibitif. La diminution de leurs bénéûces, les efforts auxquels ils se voient condamnés, la crise qui ne manque pas de se manifester au début d'une organisation nouvelle, quelques désas* très individuels dont nous avons à chercher les

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\, le déplacaroent de eerUioes industries, ei* pliqueat réoergîeet l'àpreté dee récriminations qui ont retenti dans la presse et à la tribune. Les interpellations du mois de mai 1808 ont eu un tel éclat, elles ont été défendues par des orateurs si habiles, tant de chiiïres lamentables ont été accumulés, qu'il eo résulte, pour les esprits inattentifs^une sorte de préTeotion contre lestraitésqui auraient causé ces raines. D*ict à très-peu de temps, nous verroos les mêmes plaîotes se reproduire avec la même énergie. Cest donc là le premier ennemi que nous reneoniroos» c'est notre premier objectif. Si nous ne déblayons pas le terrain de tout cet arsenal de bi* lans et de livres de comptes, nous aurons beau sou* tenir In question de principes, comme on le fait à la Société d'économie politique ou dans une académie, on nous jettera toujours à la tête le reproche de n'être que des théoriciens. Vos principes font bien dans un livre ou dans un discours, nous dira-t-on ; ils ressemblent à une thèse de VÊmiie ou du Contnt êêM: mais pendant que vous pérores et que vous philosopbei, nos hauts-fourneaux s'éteignent, nos moteurs s'arrêtent, nos bancs-è-brocbes restent immobiles et dégarais, nos concessions de mines deviennent caduques faute d'exploitation; en un mot, le France industrielle agonise, victime de votra

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inexpérience. Les ouvriers, dont tous vous dites les protecteurs, manquent d'ouvrage, et par conséquent de pain. Ce n'est pas avec des théories et des principes que vous les nourrirez. Voilà ce qu'on dirait, et ce qui nous oblige à faire passer la statistique avant la philosophie. (Très-bien t C'est cela 1)

M. Lalande, qui est assurément un théoricien, n'a pas Tait autrement dans son rapport à votre Comité. Sa discussion est encore présente à tous les souvenirs. Les chiiïres que je vais vous présenter ne sont pas, au premier coup d'œil, identiques aux siens; mais vous vous rendrez compte des différen- 068 en songeant que M. Lalandc a pris presque toujours la moyenne de deux années, tandis que je compare les chiffres d'une année à ceux d'une autre. Je vais au même but par une autre voie, pour que mes allégations servent de confirmation aux siennes.

Je compare d'abord nos exportations à celles de l'Angleterre, puisque le premier traité de commerce dont il s'agisse est le traité anglais.

L'Angleterre a importé en France, pour l'année 4868, une valeur de 659 millions, dans laquelle est comprise une valeur de liSmilHons en produits manufacturés.

Les impoiiatkms fraoçaisat en Angleterre ont été, pour la méiBe tnoée, de 1,153 millions, sur

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457 millions de produits maouraclurés.

Par eoaséquent, TimporUtion ftvnçaise eo Aogle» larre, soit qa'oo la considère dans sa totalité, soit qu'on la preono aa point de vue reatreini des produits manufacturés, est supérieure à l'importation que les Anglais font en France.

Si, au lieu de comparer seulement les rapports de TAngleterre avec la France, on compare la totalité du commerce anglais en Europe avec la totalité du commerce français sur le même marché, on Iroinreqiie TAngleterre exporte pour 1,000 milliODS, et la France pour 2,300 millionft.

La France a encore là, sur l'Angleterre, une supériorité de 700 millions.

Le chiffre indiqué par M. Lalande, pour la France, esl de S«800 millions. Si je donne le chiffre de 2,300 millions seulement, c'est pour me conformer à Tappréciation de M. le Ministre d'État, dans la séance du 20 mai 1868. Je n'ai pas besoin d'écraser l'Angleterre sous un chiffre de 1,200 millions ; une supériorité de 700 millions me suffit. Quant à la différence des chiffres, du moment que la conclusion est la même, elle ne vous étonnera pas plus que moi, Messieurs. L'un commence ses calculs en janvier, l'autre en octobre. Celui-ci tient compte d'un article que celui-là trouve plus juste de né-

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gliger. La slalislique, en dépit de ses prétenlioDS, diflère passabiemeol de la géométrie. Il y a un proverbe qui dit: < Bien n'est brutal comme un cbiff)re. » Le cbiCTre est en effet brutal, non-seulement parce qu'il déconcerte quelquefois l'éloquence, mais aussi parce qu'il arrive à l'éloquence de se senrir des cbîlfres comme il lui plaît... (Sourires approbatifs.) J'ai vu souvent un orateur, je parle des plus grands, dans un moment de verve financière, diminuer un budget de quelques millions sans qu'il en coûtât rien à sa bonne foi. (Nouveaux sourires.)

Si je prends le chiffre de M. le Ministre d'État, c'est précisément parce qu'il est inférieur à celui de M. Lalande. (Très-bien I] Je n'ai pas l'occasion, tous les matins, de m'appuyer sur l'autorité de M. Boulier. J'accepte son chiffre de 700 millions, qui ne peut être contesté, et qui prouve d'une façon irréfragable la supériorité de la France sur le marché européen. (Très-bien t très- bien! — Marques générales d'assentiment.)

Vous eoteodca: bien, .Messieurs, que ni M. Lalande, pi M. Bouher, ni moi, n'avons la préteolioo de dire que les manufactures françaises l'emportent d'une façon absolue sur celles de l'Angleterre. Notre infériorité est grande dans le Nouveau-Monde et sur laa maiebéa de l'extrême Orient ; mais en Europe

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avons la supéhorilé, el noua ravooa encore dans lea transaciiona réciproques dea deux na-

Gela est Yrai aujourd'hui, à l'heure qu'il est, dix ana après le traiter de commerce.

Les chiffres do M. Lalande et les miens sont-ils bux? Est-ce que M. le Ministre d'État a produit à la tribune un chiffre inexact ? Est-ce que quand il a dit et quand nous répétons que ces chiiïres sont pris sur lea tableaux de la douane, on peut venir les eoalaalar? Nul ne l'oserait. On peut ruser avec les chiffrée, oo peut tromper avec les calculs ; mais il ne s'agit ici ni d'un calcul, ni d'un chiiïre choisi parmi plusieurs autres : il s'agit d'un chiCfre unique, inexorable, d'une autorité impartiale. Il est donc impossible de nier la supériorité de notre commeree avec l'Angleterre et avec l'Europe. Et s'il est iaapoaaible de la nier, comment peut-on soutenir que le traité a enrichi l'Angleterre à nos dépens? (liarquea d'aaaentiment.)

Je vais citer successivement quelques-uns de nos articlea principaux, et donner des chiffres qui nK>ntrent que notre industrie n'est pas , autant qu'on veut bien le dire, en décadence.

L4I houille, d'abord. — Vous savez quelle importance particulière s'attache h l'industrie de la

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houille. EUe alimeDle toutes les autres industries. Un de DOS malheurs, assurément, c'est d'être obligés d'emprunter à nos voisins une partie de la houille que nous employons. La loi de 4810, que je trouve d'ailleurs très-mal faite, et que j'ai longuement combattue, dans un de mes livres ^ comme injuste et contraire a nos intérêts, prononce la déchéance contre tout concessionnaire de mines (]ui en suspend l'exploitation pendant un temps déterminé. Elle considère les mines comme une propriété nationale, et leur exploitation comme une affaire d'intérêt national. Le principe est vrai» si l'applicatioD en est exagérée : et c'est surtout pour les matières premières de cette importance qu'il n'est pas permis à un peuple de se rendre Toloniriremeot tributaire des autres. 11 ne peut le Taire sans se désarmer et sans^ suicider.

On n'a pas manqué de nous dire, en 1860, que par suite de rabaissement des droits sur la houille» qui réduirait les compagnies à congédier leurs ouvriers ou è travailler à perte, nous allions priver la France d'une de ses riehaiaes ou du moins d'une de set ressources. Eh bien 1 Messieurs, voici ce que répoodeot les Taits : L'exploiiatioQ des mines francisas avait donné, en 1859» 70 millions de quintaux métriques. Elle en a fourni 122 millions en

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1865. L'augBieolaUoo, 60 six ans, n'a pas été de ■oins de 00 %. Pendant la même période, Vïm^ portatioQ de houille étrangère n'a augmenté que de 47 */•• Ainsi, notre sol n*a pas été dépovillé et déabérité, comme on nous en menaçait. La coocurrenoe étrangère n'a pas découragé notre industrie. Loin de là, elle a agi comme un stimulant, et la iMNiiile étrangère ne nous a été nécessaire que pour w quart environ de notre consommation totale. Jamais prophétie plus désastreuse ne fut plus cornplétemeol démentie par rexpértence.

La fonte est protégée exceptionnellement par un droit de 30 %; mais elle était couverte auparavant par un droit exorbitant de 70 Vo- La protection insuffisante du nouveau tarif ne pouvait pas, disaiton, hii permettre de soutenir la lutte. Cependant de 1809 à 1866, Timportation étrangère est égale tout au plus au sixième de la production française. Noos avons produit, en 1866, 12,603,483 quintaux métriques; on a importé, en France, seulement 790,000 quintaux. Notre production, en 1859, n'avait été que de 8,643,993 quintaux. Le progrès est de 46 Vf Voilà comment noua sommes ruinés

Je sais bien qu'une partie de notre industrie mé« tallorgiqueest en souffrance; je dirai tout à l'heure

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d'où provient la crise sobie par la fonte au bois. Bliîs pour rindustrie de la fonte prise dans soo enaenble, le progrès est constaté, l'expérience est fa* torable et définitive.

J'arrive h l'industrie des matières textiles , et celle-là, permettez-moi ce détail, je la connais en <|iielque sorte plus personnellement que l'industne des fers, ayant passé plusieurs années de ma vie à visiter assidûment les manufactures de fils et de tissus. Je me trouvais précisément à Lille quand parut très-inopinément la lettre qui bouleversait toutes les conditions de l'industrie française, et qui annonçait è nos fabricants que, dans quelques mois, ils auraient à lutter sans protections, ou du moins sans prohibitions et sans protections équivalentes i des prohibitions, contre toutes les forces de l'Angleterre. Je fus sans doute ravi, comme économiste, de voir, par cette résolution du gouvernement, le triomphe des doctrines libre-échangistes assuré ; mais, indépendamment des réflexions que me suggérait ce droit redoutable ainsi exercé à l'impro* viste, sans consulter le commerce, sans l'avertir, •ans lui donner le temps de préparer la transition, sans appeler les représentants légaux et constitutionnels du payai exprimer leur opinion et à donner leur vote, je ressentis, je l'avoue, en

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à la situation de notre outillage, un moment de ter> reur qui prouve que ma foî économique n'était paa atseï robuste. Le régime dee protections et des prohibitions , entre autres inconvénients , a celui d'abaisser, si j'ose le dire, le caractère industriel en lui rendant la lutte trop facile. Nos usines, accoutumées à ne lutter qu'entre elles et sur le marché national exclusivement, vivaient de routine, dépensaient peu d'activité, engageaient peu de capitaux, ODoraient peu de risques, el encaissaient paisiblement chaque année de beaux bénéfices aux dépens de la consommation. Tout le monde connaît les révolutions heureuses que la science a fait subir à l'outillage des manufactures. Je ne saurais mieux les comparer qu'à celles de la navigation. La génération dont je fais partie a vu les premiers bateaux à vapeur; elle a vu le temps où les steamers étaient la grande exception ; elle a vu les bateaux à roues remplacés et, pour ainsi dire , supprimés par les bateaux à hélice. De même dans l'industrie textile, les métiers à bras venaient de disparaître devant le muU'jmny, quand le mull-jenny a fait place au teif-acting.

Il y a dix ans, on ne connaissait plus, en France, le métier à bras pour le tissage du coton; mais les draps et les étoffes de soie se faisaient encore à la

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main ; e^eil à peine si les premières machines à mpeor eommeociieoi à se mooicer à Lyon et à Sedan. Parmi les industries qui employaient le moteur mécanique» Irès-peo possédaient une bonne installation et se tenaient au courant des nouveaux perfiBcUoonemeots ; plusieurs remontaient à l'époque des premiers essais, et» pour ainsi dire, des tA> loooements : moteurs inutilement et coùlcusement compliqués, lourds engins qui fatiguaient louvrier, ne lui donnaient qu'une sécurité incomplète, rendaient peu de produits, et obligeaient le fabricant à tenir ses prix élevés. Messieurs, quand on visite pour la première fois une ville, on court d'abord aux œuvres d'art, aux tableaux, aux statues, aux grands édifices ; mais il y a , pour le voyageur instruit, un autre attrait qui n'est peut-être pu moins puissant. H veut voir ces atelier^ où la population donne en quelque sorte sa mesure, où le génie bumain lutte contre les forces naturelles et 1^ assouplit à son usage. Rien n'est plus magnilique , même au point de vue de l'art, qu'un grand effet produit par un mécanisme élégant et simple. La question n'est jamais de produire beaucoup en dépansant beaucoup de capitaux et beaucoup de forces; éoDOomiser les ressources en mèoie temps qu'on développe la prodocUon, voilà le aecret de la gran-

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deur des pouples et le iHomphe de la idenee appliquée à l'industrie. Le patriote qui parcourait, en 1860, les régloDSinanuracturièresde notre pays, n'avait pas sujet de se réjouir et de s'enorgueillir. Nos industriels reasemblaient à eea pèrea de Tamille égoïstes qui, arrivés à la fln de leur carrière, et saehaol que les nouveaux procédés leur donnent un moyen sûr de doubler leur revenu , à conililion d'une grande énergie et de fortes impenses, disent languiaaaronient : ma fortune me suffit ; ce sera l'aflairede mes héritiers de courir ces grosses aventures. 11 ne s'agiasait pas seulement, en 1860, pour parer aux conséquenees du traité, de jeter au feu, ou de porter aux enchères, un matériel qui, dans certains établissements, n'avait guère que la valeur du bois et du fer : il s'agissait de réveiller des esprits endormis par une longue sécurité ; et c'est pour cela que j'eus peur : je m'en accuse.

Je m'en accuse parce que nos chefs d'industrie oifl vaillamment combattu. Ils disent qu'ils ont perdu la bataille? mais, grâce à Dieu, ils sont seuls à le dire.

Parcourons rapidement les grands groupes d'indoslries textiles.

D*abord, la laine.

En 1859, nos manufactures ont employé pour

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1 10 millions de laines étrangères, outre les nôtres. En 1867, elles en ont employé pour 222 millions ; Taugmentation a été de 90 Vo* Le nombre des broches pour la laine peignée n'a cessé d'augmenter d'année en année dans une proportion considérable. Je sais bien qu'on peut expliquer cet accroissement de l'industrie des Ois et tissus de laine par rénormité des arrivages de matière première provenant de l'Australie et de l'Amérique du sud, et par la disette du coton. Le succès et le progrès n'en sont pas moins incontestables. Notre exportation de ûls et tissus de laine s'est accrue, en sept ans, de 120 millions de Trancs.

Maintenant, le lin.

En 1859, nous avions 400,000 broches roulant pour le lin. Hn mai 1868, nous en avions 715,000.

Le coton... Puis-je aborder cette importante industrie sans rappeler que les dix années qui viennent de s'écouler ont été pour elle un véritable martyrologe 7 Non-seulement il lui a fallu, faute d'avoir été avertie en temps utile, se renouveler complètement sous le feu de la concurrence ; mais à peine Tépreuve a-t-elle été commencée que la guerre d'Amérique est survenue. Et je le demande, en supposant que les traités de commerce n'eussent pas existé, et qu'on n'eût pas été au lendemain de leur

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promolgation, quel est riiommo de bon sens qui, 60 toyant la culture du coton délaissée en Amérique pour de longues anoéei, n'aurait pas prédit la ruine des manuractures,lMMii-aeolenient en France, mais dans toute l'Europe? Voici cependant, Messieurs, ee que disent les faits.

En 1859, nous (disions rouler 6 millions de broches; en 1867. nous en avions 6,800,000; augmentation, 800,000 broches.

L'exportation au commerce spécial pour l'article eolon a été de 60,600,000 francs en 18€0, et de 93,500,000 francs en 1865.

En vérité, ce ne sont pas là des symptômes de ruine. (Approbation unanime.)

Et nous serions loin de compte si nous nous bornions à eonstater une augmentation de 800,000 broches* , ou un progrès représenté par le chiffre de 24 millions. Le plus grand résultat de cette campagne de- dix ans , c'est qu'à présent on peut sortir d'une manufacture de lUnebester et entrer dans une manufacture française sans rougir de la comparaison. Non-seulement nous avons renoncé pour jamais à ces machines gothiques dont je parlais tout à riieure, et qui avaient quarante ans, cinquante ans de date ; mais tous nos grands établiiaements sont au niveau des perfectionnements

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les pius réceoU. A peine une amélioration est-elle fliUe è Mabdiester qu'on la retrouve à Mulhouse, à Rouen, à Roubaix. Quelquefois nous prenons lee devants. Non-seulement nous renouvelons les machines, mais nous reconstruisons les ateliers. Ces vieilles masures croulantes , autrefois ooovents ou casernes, sans air, sans dégagements, sans salubrité, où les métiers s'entassaient, font place è des édiOces spacieux, sortes de palais élevés tout exprès pour la reine de la civilisation mo derne. A côté de l'outillage proprement dit, merveille de simplicité et de puissance, se place ce que je pourrais appeler l'outillage intellectuel, c'est-à-dire récole, où l'industrie se prépare, par l'instruction, de bons eontre-mattres et de bons ouvriers. On sent partout la vie, la résolution que donnent les luttes de la grande concurrence, la recherche du mieux, la préoccupation du lendemain, le besoin des in^ formations exactes et complètes , l'amour des découvertes et des innovations heureuses, en un mot, ce qu'on appelle dans les arts te dMU mt e9rp$, c'estrè-dire le contraire de la routine et de la torpeur. Noo-teoleiDent l'argent a coulé à flots dans nos établissements pour les régénérer et les agrtadir, mats le caractère de dos ehefc d'indualrie a*etl retrempé; nous pouvons dès apprêtent montrer à

TEorope un eoseoible de maoufoctiires capablet de rivaliser atee les mieux outillées» et une race d'iodustrieb eapabies do lutter contre les plus vaillants. (AppUndiseemeots.) Quand nous avons fait eela en dix années, que devons-nous penser des années qui vont venir, où nous n'aurons ni à subir la crise anéricaine, ni à affronter l'énonne d^ peose du renouvellement presque entier de noire omaiage?

On rappelait tout à Thcure que, dans une enquête faite à un point de vue opposé au nôtre, oa avait prétendu que les maisons françaises coûtaient deux fois plus cher à fonder que les maisons anglaises; ei Tun de mes iiononibles collègues disait avec raison que cette assertion ne pouvait ôtrc démontrée.

Si elle pouvait Téire, Messieurs, combien Targument que je voua soumets y puiserait de ibroel Quoi ! il nous faut dépenser deux fois plus d'argent que les Anglais pour nous outiller, et d'un bout de la France à l'autre notre outillage est renouvelé; c'est une dépense laite et soldée ; nous avona ac> oompli ce tour de force le lendemain du traité, pendant la guerre de la aéeeasion, et cela ne nous a pas empécliés d*augmentér noire fabrication ! Mais s'il en est ainsi, j'en conclus que désormais nous al-

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Ions marcher à pas de géants f A-l-on jamais tiré des faits une conclusion plus justiflée et plus complète? (Marques générales d'adhésion.) Je défie tous les partisans de la protection de contester ce que j'avance/ et j*ai bien le droit, cette fois, de dire qu'ici le chiffre est brutal, car il met à néant toutes les plaintes, tous les calculs, tous les artifi* ces. Faite dans ces conditions, avec un tel résultat, Texpérience de la liberté est deux fois victorieuse ! (Très-bien! très-bien I)

Avant de passer à un autre point, permettez-moi d'ajouter quelques mots auxquels j'attache une importance extrême.

Nos adversaires nous parlent sans cesse du travail national.

S'il s'agissait d'hommes moins respectables, je dirais qu'ils font une équivoque sur le mot : trmaii national t Veut-on dire par là le travail qui donne le pain à nos ouvriers? Entend-on que si on écoute trop les libre-échangistes et si on détruit trop le système de la protection, les manufactures vont tomber, et toute notre population ouvrière se trouver jetée dans la misère?

Je réponds d'aberd, avec les chiffres, que nos manufactures ne vont pas tomber, et ensuite que la substitution d'un bon outillage mécanique au travail

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tel qu'il 8Q laisail il n'y a pas plus de dis aot, eti uoe traosfomiatioo éminemment favorable & lou- Yrier. 11 faut qu'on aache bien que le progrès obtenu depuis dix ans n'a pas uniquement consisté à substituer le self-acting au muil-jenny. Ceux qui sont allés à Sedan ou à Lyon il y a onze ans, doivent se rappeler que dans cas deux villes les mécaniques étaient une importation absolument récente; presque tout le travail se Taisait à la^main. Il en était de mèroeè Saint-Quentin, à Amiens. Môme à Paris, dans uœ industrie essentiellement française, celle du papier peint, l'introduction des moteurs mécaniques ne date pas de plus de deux ou trois ans. Je sais bien que les ouvriers ^nt rarement favorables à la substitution des métiers mécaniques aux métiers à la main. Comment n'en serait-il pas ainsi? Le but de la mécanique est de renipiacer l'homme par la vapeur. Un mull-jenny fait la besogne de huit cents flleuses. Le jour où Tun de ces merveilleux instruments fait son apparition dans un atelier, tes ouvriers, par centaines, par milliers, deviennent inutiles; ils perdent leur gagne-pain, jusqu'au moment où, la consommation se multipliant dans des proportions inouïes, ils se trouvent employés de DOinreau, non plus comme forces, mais comme directeurs de force. L'intervalle entre leur sortie et

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leur rentrée constitue une crise d'autant plus doulooreuse que, n'ayant pas de capital accumulé, ils perdent le noôme jour leur travail et leur pain. C'est à ce moment-là, Messieurs, que le savant, réconomiste, a besoin d'entourer son cœur d'un triple airain et de lutter contre la compassion dont il se sent rempli ; il lutte pourtant contre les plaintes du travailleur, parce qu'il aime le travailleur (Applaudissements), et parce qu'il comprend que la souf^ France d'un jour aura pour prochain résultat une situation infiniment meilleure pour le prolétaire, soit qu'on le considère comme consommateur ou comme ouvrier. (Applaudissements.) Si nous n'avions pas cette certitude, et si nous n'avions, dans cette occasion comme dans beaucoup d'autres, le courage de lutter contre le présent en vue de l'avenir, nous ne serions pas dignes de nous appeler des philosophas, des hommes politiques, ou des chefs d'industrie.

Voici ce qui arrivait tous les jours, il y a. trente ans, et ce qui, grftce au progrès de l'instruction, devient plus rare de jour en jour. Une machine paraissait; les ouvriers se jetaient sur elle pour la détmife et la livrer aux flammes. Hélas l c'était le gagne-pain de leurs enfants qu'ils anéantissaient. Gette même machine qui les fait souffrir aiigourd'hui, nourrira, élèvera, éclairera toute une géoé-

ut UBUB-iCOANOlK S

ration qui, sans elle, aurait été loogtempa plongea dans une demi-barbarie. (Trèa-bien t très-bien f )

Praaqne tout le monde aujourd*hui porte deabu el dea ehemiaeat une blouse no coûte pas le quart de ce qu'elle coûtait il y a quarante ans. Les ou- Yrièrea se parent le dimanche de robes qui auraient Ml rorgneil dea bourgeoises sous le premier Empire. Laa ploa pannes ùumlles ont des rideaux de vitrage à leors fimétrea, les familles les plus néceaailaMaa ont un drap dans 4eur lit. Elles ont à leur nsagequelqne domaine de torchons et de serviettes. Nooa y aommes tellement accoutumés, que nous ne aongfons pas que ce nécessaire est une sorte de Ime, quand on le compare à la situation des classes pauvres au eommencement du siècle. Les salaires ool augmenté et continuent de s'accroître. Je ne dia paa, car je suis loin de le penser, qu'ils soient partout sulDsants; mais ils suivent une progression ascendante. Les femmes, autrefois confinées dans les travaux de couture qui rendaient tout au plus de 50 c. à 1 fr. 'iS, gagnent des journées de 2 fr., i Or. 50, 3 ir. et davantage. Ce sont laa machines qui ont fait cela : entre autres bienfaits, elles sont la revanebe de l'intelligence contre la force. Certes, avions en grand nombre des machines indus*

M IJi UBRB-KCIlANt.i:

triell^ avant le traité de commerce; mais il les a partout multipliées, et il a multiplié en même temps les ser>'ices qu'elles rendent aux ouvriers. En les rendant obligatoires par la substitution du marché universel au marché national, il a nécessité l'augmentation des salaires, Tamélioration des conditions du travail, l'introduction d'un plus grand nombre de participants aux bénéfices de l'industrie, Ip création d'institutions de secours, de prévoyance, d'épargne, de coopération. Un autre bénéfice moins rema rqué,toutaussicertain,de la multiplication etde l'amélioration des machines, un bénéfice de libreéchange par conséquent, c'est la rareté croissante des chômages industriels. Quand, il y a onze ans, dans la situation où se trouvaient plusieurs industries textiles, arrivait une crise commerciale, que faisait le fabricant? Il arrêtait ses commandes. Il lui suflisait, pour limiter sa perte, do la circonscrire au travail déjà concédé. L'ouvrier rapportait rétolTe faite, on le payait; on ne lui donnait pas de matière pro* mière, on attendait la reprise. Dans l'intervalle, le commerçant ne gagnait rien, ne perdait rien noo plus, vivait sur son revenu, et se tenait prêt à recommencer. L'ouvrier, qui n'avait ni travail, ni revenu, mourait de faim, devant le cylindre nu de son métier h tisser. Lui, à qui les bonnes années ne

IJC UtillK<^CUANOB e

rtpporlaieoipasaulrecboMque du travail, il subUaait les comégoeocca de la crise plus durement que le comiBerçant. Aujourd'hui, cela est bien changé. Les maehines demandent une mise de fonds comidérable ; il faut, sur le bénéfice de chaque mois» de chaque semaine, de chaque jour, prélever leur amortissement; de façon que quand la crise arrive, vous voyex de loua les cùtéa des industriels travailler à perte, parce que le chômage absolu serait pour eux une perte encore plus grande. En outre, comme ils sont à la tête d'entreprises considérables, et en rapports continuels avec les ouvriers,, ils ont en quelque sorte à leur égard des devoirs de pères de famillq, et ils s'en acquittent, quelquefois par nécessité, fréquemment par générosité. Ainsi les chances de pertes vont du même côté que les chances de bénéfices, et c'est justice. Je dis, avec rautoritc de la science et de Texpérieoce, que plus on a recours aux machines, plus il eai difficile aux grands industriels d'abandonner Immédiatement le travail, et plus, par conséquent, •al diminué au profit des travailleurs l'aléa qu'amènent les crises industrielles. (Marques générales d'assentiment.)

Après avoir ainsi répondu à la prétention de ceux qui disent que la transformation de notre régime

16 LE UBHBrftCBANOB

économique aurait pour conséquence de rendre les ouvriers malheureux, eiaussià ceux qui prétendent que notre industrie s'en va à cause du traité de commerce, je vais, comme mes collègues et M. Lalande l'ont fait avant moi, essayer de montrer que s'il y a des souffrances dans rindustrie, ce n'est pas le traité de commerce qui en est cause. SfÊrpluiieun bancs : Reposez- vous ! Reposez-vous f

M. Jules Simon :

Je vous remercie. Messieurs ; mais, si vous le voulez bien Je continuerai immédiatement. (Parlez! parlez ! — Marques d'attention .)

J'aborde une partie de la question qui n'est pas moins aride que celle que je viens de traiter. Mais tous ces chiffres sont intéressants pour les esprits bien faits, qui savent que derrière le fer dont les machines sont construites et derrière les chiffres dont sont construits nos raisQnn^ents, il y a la population industrielle de la France. (C'est vrai I Cest vrai i — Parlez! parlez !)

Quand on est plein de cette pensée, on ne eoo- ■aU ni la fatigue ni l'ennui. Je ne m'excuse donc pas, Messieurs, d'abuser encore de votre attention. (Pftriail Pariez!)

On se tromperait sur le sens de la démonstration

ut UBIUl-MBAim ffî

que je Tient de faire, sîcm en concluait qu'à mes ' propres yeux les plaintes des industriels sont abso* hmaBi dénuées de toodeoient. Noire atelier nationl se IbrtMe et se dételoppe ; cela ne l'empèdie pes de souffrir, ici par les impensee eonsidérables el inattendues qu'il a Tallu faire, là par la transfornetk» rapide de la fabrication et des relations, •illeurs par des différences trop fortes entre le gain passé et le gain actuel, ou par KaTilissement des prix résultant d'une production supérieure aux besoins de la consommation ; dans quelques groupes phis maltraités, par des pertes réelles, ou même par des désastrel.

Je citerai comme exemple l'industrie du fer au bob.

Cette industrie est une de celles qui a le plus crié au mois de mai 1868. Elle a beaucoup crié, et je me aers de cette expression, parce que je vais dire aussitôt qu'elle arait le droit de crier. Voici le bilan très-court qui la concerne :

Nous STons en France trois sortes de hauts- Npmeaux : ceux au bois, ceux à la bouille, et ceux qni emploient en môme temps le bols et la houille. Sur 330 fourneaux au bois, 161 ont été éteints, et sur 87 qui employaient simultanément le bois et la bouille» S7 ont péri Je PaToue, cela est désastreux.

fil LB UBRB-ftCBANOB

Quant aux hauts- fourneaux à la bouille, leur nombre n*a augmenté que de 54.

En ne considérant que ces cbiiïres, il semble que notre industrie de la fonte est menacée ; mais ce qui la relève, c'est que les hauts-fourneaux à la houille produisent par an 63,490 quintaux métriques, tandis que ceux au bois n'en produisent que il, 006 seulement. Par conséquent, j'avais raison de dire, en commençant ce discours, que l'industrie de la fonte, prise dans son ensemble, est prospère, et j'ai raison aussi de dire maintenant que l'industrie de la fonte au bois est dans un état de détresse complète. Il en est de même, dans une certaine proportion, de l'industrie de la soie, surtout pour les qualités ordinaires et pour les unis. Il est facile de s'en rendre compte quand on pense que la production de la soie indigène, qui s'était élevée à son maximum en 1860, est tombée de moitié en 4 865 par suite de la maladie des vers à soie.

Il y a donc une crise ; elle est partielle au lieu d'être générale ; elle n'a pas l'importance et la gravité qulon lui attribue, et surtout, loin d'être, comme on le prétend, déûnitive, elle a tous les earactères d'un malaise passager, compensé par une transformation puissante de l'outillage, et par une expansion do nos rebUoos et de notre com-

L8 l.IDRStCRANOI «W

meree qui autorise les eepértoees les plus favorables. Cependant, cette erisa qui, réduite à cet proportioos, ne prouverait rien contre le traité de eonmeree, nous devons en rechercher la cause. Je prétends qu'elle esl ailleurs que dans le traité, et e*esi ce que je vais ro'efforcer de démontrer.

La première raison qu'invoquent nos adversaires quand ils se plaignent du traité Je commerce, est eelle-ci : le Gouvemenent, suivant eux, avait fait, an moment où il passait ce traité, des promesses qu'il n'a pas tenues.

Nos adversaires disent cela, remarquez-le ; et f en conclus qu'il leur est assez difficile de se tenir dans 11 logique de la situation ; car, si, comme ils le prétendent, le traité de commerce les ruine, ils doivent démontrer : I* qu'ils sont ruinés ; 2* qu'ils le sont par le traité de commerce. Ils essaient la première démonstration, c'est-à-dire qu'ils se déclarent ruinés, et ils y succombent, comme je Tiens de le faire voir. Puis, au lieu d'ajouter, comme ils le doivent : c'est par la faute du traité de corn* merce, ils disent, prenant notre i^le : c'est par la faute du Gouvernement, qui n'a pas failP ce qu'il avait promis de faire.

Mais plus ils disent cela, plus ils prouvent en faveur de notre cause ; car si, en effet, les résul-

10 L£ LIBBB*KCIiA^OE

tais de la crise Uenoent à ce que le Gouveroemeiil n'a pas rempli ses promesses, ils ne tiennent pas à la nature du traité de commerce.

11 me semble que cela est parfaitement clair. (Oui ! oui !)

Nos adversaires ont commis cette faute de logique, ou» si vous le voulez, ils ont donné cette preuve de bonne foi, — j'aime mieux m'exprimcr de cette façon, et aussi le croire. Us ont donc essayé d'établir que le Gouvernement n'avait tenu aucune des promesses qu'il avait faites en 4860.

Vous vous rappelez deux de ces promesses. Le Gouvernement disait, que pour parfaire l'outillage de la France et la mettre en merâre de lutter avec l'Angleterre, —j'ajoute contre la Prusse, la Belgique et la Suisse, — il (allait faire une dépeosn de 820 millions, dont 160 millions étaient urgents; il disait, en outre, qu'il fallait diminuer les tarilk de DOS messageries : c'étaient là les deux promesses capitales contenues dans la lettre du mois de janvier.

M. le Ministre d'État, dans le discours qu'il a prononcé auH>>rps législatif le 19 mai 1868, a cm répondre à ces deux objections en démontrant que, poof las travaux extraordinaires des ponts et chaussées, la France avait fait de 1862 à 1857, une

tsuHUMMAim . m

dépense toUle de 822,139,903 fr., etque. de 1800 à 1067, elle avait dépensé» pour le même ordre de travaui, 401,107,438 fr. Celte dépense pour ira- ▼aux extraordinaires, disait M. le Ministre, est supérieure aux 326 millions qui avaient été promis ; done la promesse a été tenue et dépassée.

De même, pour la diminution des tarirs, il déclaraitqnesi, en 1867, on avait appliqué les tarifs-qui étaient cours en 1859, la perception sur les canaux an profit du Trésor aurait été de 12,327,000 fr., tandis qu'elle n'a été, par suite de la réduction opérée, que de 3,848,000 fr.

Telle a été la réponse.

Je me permets de la trouver insuffisante. Non pas que je conteste les chiffres, puisqu'ils sont ofliciels, ni que je prétende, par conséquent, qu'on n'a pas touché aux tarifs et qu'on n*a pas fait les travaux promis. Mais je crois qu'il Tallait pousser la réforme des tarifs plus loin, et dépasser les promesses bites en matière de travaux.

Je n'insiste pas, comme je pourrais peut-être le faire, sur ce que les 32G millions promis devaient être ajoutés à la somme des dépenses extraordinaires telle qu'elle aurait ressorti au budget si les errements de la période précédente avaient été suivis. Je dis que l'erreur du Gouvernement est

3t LB UBRS-tCilANOE

moins de ne pas avoir fait ce qu'il avait promis, que de ne pas avoir assez promis. Il n'avait pas mesuré toute l'étendue de la révolution qu'il faisait dans l'industrie ; il n'avait pas suffisamment calculé l'essor que le traité allait donner à notre commerce. Je suis convaincu, que lorsque le Ministre d'État est venu, dans les séances des 19 et 20 mai 1868, faire connaître les résultats de ces dix années d'épreuve, il a été étonné lui-même d'avoir raison à ce point. Le progrès, vu les circonstances qui se sont produites, devait être plus lent, et la crise, qui est réelle, devait être plus grave. Ni notre foi, ni nos espérances n'en auraient été ébranlées. (Applaudissements.)

En général, mes chers concitoyens, aucun de ceux qui produisent les grands mouvements du monde n'en mesure .exactement la portée, et il arrive que ceux qui mettent en branle celte redoutable machine, ou reçoivent des éloges supérieurs à leur mérite, ou sont voués à une exécration qu'ils n'avaient pas sufllsammcnt encourue, (.\pprobation.)

Nous ne pouvons guère juger de l'Ivenir que par le passé : c'est la marque de la faiblesse humaine ; et le passé ne nous donne pas toujours, pour nous guider, des situations pareilles à celles que nous

tfftfeftOM« ou dot révoluHoM anaiogiiet à eellei qy0 nous laoioos. Quand, en présence de M. Gob* deo, 00 signait ce traité de commerce qui a Tait pousser tant de cris de Joie et tant de cris de terreur, ni ceux qui tremblaieot ni ceux qui se ré^jonissaient ne lafaieoi à quel point la situation, — je ne dirai paa de mon pays, mais du monJe entier, — allait être changée par cette émancipation de l'activité humaine. Au lieu d'avoir à lutter contre des ohslaciea inventés tout exprès pour aeeahler notre I, et de nous mouvoir péniblement dans eoeeinte toute Active, où la nature des clioses et logé 1*0 humain sont également contrariés, nous n'avons *)lus désormais dans l'industrie d'autres ennemis que l'erreur et le préjugé, ni d'autres dilDcultés que celles qui naissent du fond même des choses, ou des limites imposées par le Créateur à noire activité physique et intellectuelle. (Marques d'a|>probation.)

Prenant donc pour exacte la déelaration du MiniK»tre, disant qu'on avait fait tous les travaux promis, je me borne à dire simplement qu'on a*a\ait pas asset promis.

Quant aux tarifs, c'est autre chose. Oui, on a dimmué les tarifs sur les canaux, et l'on s'en vante. Oui, on nous parle de tiranU d'eau, fixés d'abord

M I.F. LIDRP.-ftrnANGE

à I* 80, qu'on n poussés, 'sur les réclomations du commerce, jusqu'à 2*; mais, en général, il faut songer moins à ce qu'on a fait, qu*à ce qu'on devait IMre.

Bsl^il vrai qu'on nit fait tout le nécessaire powr li batellerie ? Je le nie absolument ; le plus groô reste à faire. D'ailleurs, pour ne pas entrer dans des détails trop complexes, et qui ne peuvent être clairs que quand on a sous les yeux une carte géographie que, |)ourquoi le Ministre d'État, qui a parlé dés canaux avec tant de complaisance, a-t-il été à peu près muet sur les tarifs des chemins de fer ? Pourquoi ne s'est-il expliqué ni sur ces concessioiis énormes qui créent au milieu de nous cinq féodalités flnanoières, ni sur ce système bâtard qui associe l'État aux pertes des Compagnies sans l'asaocier à leurs bén^llces, ni sur cette autorité, tantôt discrétionnaire, tantôt purement nominale, exercée par le Ministre des travaux publics, ni sur ces tarifs sans uniformité et sans modération qui grèvent hi lourdement l'industrie française ? Serait-ce , par hasard, qu'en parlant dis la réforme des tarifs, oo avait implicitement mis de côté les transporta par chemins de fer ?

Un mcideiit soulevé par M. Poayer Quertier au cours do la diaMSiioii sur les interpellatiofia et

développé par lui niPt nm verve admirable, avait vivrmeni Frappa rallenlinn pfibtif|ue : c'est la qtiea* liini «tes IranMis. Mille kiln'^'rnrnmes de rotmi brut en balle, transportais du llnvn* à Bftie, donnent lieu è b perception de 6i francs 50 rentimes nu (iroftt liet deas compigirics. Si la bolfe, au lieu d'aller jos4pi*eii Saine, s'arrête à Mullionae, c'csl-à-<lire à une heure de la front iôn% elle paie 68 francs 35 CViliOMt : 3 (hmes 15 tpntimes de plus pour faire deebeinin. Ce'n'est plus seulement dti Librediiail M. i*oiiycrQuertier : c'est bel et bien un privilège accordé aux négociants étrangers pif les coipegnies françaises, au préjudice du commerce français. (Assentiment.)

Je prendrai un autre excmp'e, emprunté au tarif du chemin de fer du Midi. Mille kilogrammes de toile Mglaiire aoiit transportés de Bordeaux è Cette, c'eal-è-dire d'ui navire à l'autre, pour 15 francs. Leeolis, poareesIS francs, parcourt i70 kilomë« très. Suppoions qu'il s'arrtMt* enroule, et p:ir conséquent qu'il soit employé en France. Jusqu'où irat-il. pour ce même prix de 15 francs? Il ira ju^|u*à Tonneins, à 06 kilomètres. S'il va jusqu'à Cette, mais pour y rester sans transbordement et y t^trc eoaaommé, combien paienM -il au lieu de 15 francs f Il paiera 68 francs 06 centimes.

» r : UlC:K-IX:tl.\\OH

Certes» je ne nie pas rintérôtdes Compngnies et par cooséqucnt rintéréf. français, à faire concurrence à la navigation par Gibraltar pour le .Midi, ou au transit par Anversou Rotterdam dans le Nord; mais M. Pouyer-Quertier avait cent fuis raison quand il disait que ces différences étaient h la fois

exorlîilnntes , mal justiHées, et contraires aux inteints de notre industrie.

Il la tant dit, et on Ta tant répété , que le Ministre s'est ému. Mais qu*a-t-il fait? Vous croyez qu'il a diminué le tarif pour nous? Pas du tout, il Tarelcvédans le Nord pour les étrangers. (On rit.)

11 fallait faire l'inverse. Les chemins de (br ne transportaient pas les produits étrangers à perte. Puisqu'ils pouvaient supporter les prix qu'ils accordaient aux étrangers, c'est qu'ils réalisaient eoeoro sur ce prix un bénéfice minime, mais réel. Ils pouvaient donc, et peut-être sans dommage pour eux, parce que l'abaissement des prix a |K>ur conséquence l'augmentation des affaires, diminuer les cliarges qu'ils nous imposent. Il est manifesta que« sur ce point, on a oublié les vrais motifs qui devaient déterminer la solution, et qu'on a cédé aux habitudes liscalcs, suivant la coutume de r^mini;>tration frinraise. ( Marques d'ap|irobalion. )

IM UMUB4NaUX0K S9

Alosi. la ré|>onM du |iiottlre d*ÉUt est insuOIunle. Ni pour \m tftvaui , oi surtoul pour les tarifa de messageriet, les promeaaeada 1860 n'oot élé tenues. Ky avail-il pas d'autres réformes dont l'ioeiéeution a gêné la déTeloppemeot de Tindus^ trie? J'indiquerai, entre autres, la réforroe des lol^ écwMweiqyes; léfèrme proosiae, oéeesaaire, urgente; Béeeaaaireè tel point , que aon ajournement a phn Ml pour entraver notre[industrie, que le traiti* de eoaaMfce, qu'on veut rendre responsable de

Le crédit, eo Fraoee» est limité à 00 jours, et» danaeertaloseaa, à 60. Lea billets à ordre ne dépassent pas une échéance de trois mois ; notre comneroe ajoute trois mois à son capital : c'est tout le mouvement qu'il donne aux affaires. Au delà de ce terme, il faut payer ou renouveler, et on ne renouvelle |ias sâosdéchoir. Gommeot,avec des restrictions pareilleSt aborder les affaires de longue baleine, les expéditions en pays lointains et par grosses quantités, qui demandent une mise de fonds immédiate, et ne promettent qu'un remboursement ou un rendement tardifs? Tandis que nos maisons subissent • sans trop y prendre garde» cette doieet timide discipline, il y a teto paysdouioodeoù Pespritd'aventurc, dans le bon sens du mot, peut se développer à l'aise.

m l.R LIBKf: Et tlVNfiR

parée «j.i • -^s snftfKiidu la faiQile , à bref

délai, coiiiii. • leraeliH menace sur la (ùleiies

oégoeianls, cl qu'ils peuvent allendre peiidnnl six mois ou davantage la rentn^e de leurs fonds ou l'éqouleoienl de leur sli»ck. Mais nous n'avons (las même examiné celle question, qui ne bous a pas paru digne d'inlérêt.

Eu voici une autre, toujours dans Tordre des pioblèoiaë économiques, qui a fuit quelque bruii a la Gàambre, grâce à l'iniliative de M. de Veauce : c'est la question des successions. M. de Veauoeei ses amis l'avaient soulevée pour établir ce qu'ils appelaient la liberté de tester, c'est-à-dire, en termes plus explicites, pour abolir l'article 913 du code civil. Je ne me suis |K>int associé à cette tentative, parce j'approuve complètement la doctrine du code civil et d» la révolution française au sujet delà réserve et lïc la quotité disponible; mais j'aurais agi différemment si on avait proposé de modiOer l'article 8!2t5 qui autorise chacun des cohéritiers è demander sa part en nature des-meubles et immeubles de la succession. Cet article a fréquemment pour conséquence d'entraîner la ruine d'une industrie et In liquidation d*une entreprise llorissnnt^.

Toutes nos maisons de commerce n'ont, grâce à

I K untiH^niJiNoie m

lui , qu'une durée viagère. C'est à peine si on est fNinrenu h obvier aoi inconvénienls qu'il présente pour la constitution des Sociétés.* Je le regretle d'autant plus que je Mtia un télé partisan des dynasties commereiales et industrielles. Ce sont les seules dynasties qui me plaisent. (On rit.) J'aime qu'un el>ef d'industrie transmette à ses enfbnls, avee b Tortune acquise, le nom de la maison, sa marque de fabrique, aes relations avec les clients et les ouvriers, sessouveajrs de probité iiioomiptil>le, et même, quand eela se rencontre, h gloire deses procédés ou de ses découvertes. Il se forme ainsi comme une grande famille qui a son honneur à soutenir et dont le drapeau est également cher au patron et aux ouvriers. (Applaudissements.) Dans toutes les parties de l'Europe où j'ai trouvé cette durée, cette dignité, ce respectée soi-même, ce sentiment de l'honneur commercial, cette solidarité du chef et des employés, j'ai toujours vu fleurir, comme une conséquence beureuse de \% probité commerciale, les vertus privées et les vertus publiques. Je rêve pour mon pays cea mœurs patriar> cales, qui sont celles de la liberté, et je redoute rinfluence de oea aventuriers de l'industrie , qui hasardent un fhible capital, lui font rendre |>ar tous les moyeos un revenu eugéré, et ne songent

qu'à 86 retirer des oiïairés au bout de dix ou quinze 808, avec de gros bénéHces, sans se soucier» ni du renom qu'ils y laissent, ni du tort qu'ils font à no- Ire commerce sur les marchés étrangers, ni des auxiliaires qui ont contribué à leur fortune. (Trèsbien! très-bien t)

Indépendamment de ces causes de l'embarras momentané de nos nlTuircs, j'en signalerai encore d'autres; car j'ai les mains pleines de preuves pour établir que le traité de commerce n'a fait aucun mal, et n'a produit au contraire que du bien. Je ressemble à ce (tersonnage des LêUr$s peruma qui écrivait à U^beck : < Si vous reveniez en Perse, je voudrais paraître devant vous tout couvert de papier blanc, — et je n'en aurais pas assez pour y écrire tous les arguments qui se pressent dans ma pensée. »

Voici trois ennemis redoutables de notre industrie : l'impôt, l'armée, la mauvaise organisation do nos consulats.

Mes collègues se plaignaient tout à l'heure de la charge excessive des impôts. J'étais ravi de les entendre. Je ne dirai pas que tout ce qu'on donne à rim|>ôt est iierdu pour le travail, puisque TÉtat fait des dépenses productives ; mais enOn, la part des dépenses improductives est de beaucoup la plus

IJC I.IBRKf^-ffWnK H

grotse dans noire budget des dépemet, et ce IhkI get Relève à t milliards 200 millions, ou même à S milliards 800 milttons, si on tient compte des centimes départementaux et communaux.

M. le Ministre d*Êtat, plaidant a ce moment-là sans s en aperoevenr eootre la liberté eommerctale» et s'eflbrçaot de nous ôter un des arguments qui aonasenrent à démooirer que la crise actuelle n*a pas pour origine le traité de commerce , a prétendu d*abord qu'il faut déralquer du chiffre des'dépeose^ eertaioes sommes qui représentent des services rendus , et ensuite qu'on doit juger la situation en prenant pour base, non le budget des dépenses, mais le budget des recettes, réduit è ce que le contribuable paie réellement, c'est-à-dire, suivant lui, à 1,500 millions en chiffres ronds. Sur quoi reposent ses défalcations? Sur les tabacs, la télégraphie, les postes. J'y c<>nsens. Tout cela, dit-il, s'élève è 05 ou 70 millions. Mais ce n'est qu*un grain de sa* ble dans l'immensité do budget. Je comprends moins aisément qu'il veuille limiter la charge è 1,500 millions de recettes, lorsque, de son aveu même, nous payons 2 milliards ^iOO millions. Où vaut-il que nous prenions les 700 millions, ou pour mieux dire les 1 ,300 millions de différence î Noos laa pranani, directement ou iodia*ctement, dans

4f LB LI0IUI-ÉCUANOB

la poche des cooiribuables. Un peuple, comme uo particulier, n'^ que deux moyens de Taire une dépense : c esl de la payer de son propre argent, ou de faire banqueroute.

Qu*est ceque nousclii:ri.litiii$â mesurer? Le (loids de run|)ôl qui pèse sur nous. Qu'il «appelle d'un nom ou d'un autre, je dis qu'il faut l'apprécier parla somme de la dépense, que ce procédé est le seul loyal, le seul vrai, et que tout le reste est une vainc subtilité. ( Marques d'assentiment.)

M. liouber triomphe de ce que chaque citoyen anglais paie plus d'impôts que chacun de nous. Je conviens du fuit, sans adnettre ses chiffres, que je crois très-exagérés. Il n'est |>as exact, quoiqu'il Tait prétendu, que la différence de Timpùt français et de rim|>6t anglais, par tète, soit comme 39 est è 58 ; mais c'est l'anglais qui porte le fardeau le plus lourd. Oui, sur ce point, nous n'avims que le second rang; nous tâcherons de nous en consoler. (On rit.) Fti eiaoïple, à ce second rang, nous n avons point do rivaux.

Nous n'avons aussi que le second raag pour l'ar- ■ée ; mais, cette fois, ce D'esi |)as rAngtelerre, e'est la Russie qui nous prune. L'Angleterre eti bien distancée sur ce poinU (Oo rit.) Elle ne coq* naît pas In conscription. Set régiments, doot l'ef-

UL UMU»-ÉCHAKOII «I

fiMiir 6ti peu ipabreyi^ mûI BMHiifa de vok»laifM. Nous, au conlniire, nous livroM tout Im •■•« m pkim ptix.au déoioo de U guerre, ceoi ailla koauMt bieo cooêiitiiét et biea porUnU. Un de noftcollègyee s'ea plaigaeîi ImiI à l'heure. Voue lavée applaudi, eljerappliadiaaeîaevee vous, heu» reusde Teoieiidra eendainer ee fléau de l'arae- OMoi à euUanee* qui noua eaftie tant d'orgeAi el tasi deaaiig.lldoit m'élrepenMa, dans une assemblée où il t*agii des grande ialéféla du travail, où Teo oiiUie loui pour oe peoeer qu'à celle noble eaoae» où loul le oionde veut uuir aea elldrts pour arriver à la meilleure orgaaitalioo économique du le France, où tout le monde veut avoir Tbooneur d'y contribuer, les uns 4>ar leurs maairealea, lea autrea par des discours el par leur» voles, el voua. Messieurs, par la force que noua donne voire préaeoce ici» par votre puiaaanle «dbésion ; — dans une aaaemblée pareille^ il doit m'étre peruiis de soubailer avec pasaioo que le moment vienne eolki où nous ne croifoos plus à l'impérieuse nécessité d'entretenir une armée de 800,000 bommea ; deje> ter nos millions dans ce gouffre en pleine paix; de les prendre à l'agriculture et à l'industrie, qui en ont laiit besoin, et cela pour que la folie à laquelle nous cédons en France se prppage en Prusse, en Allema-

41 ÎM IJRRK-6CllANciK

^ne,en Autriche, jusque dans les petits Étais voués |iar leur faible&sc à la neutralité ; et pour que cette maladie, gagnant de proche en proclie, devienne une sorte de oonlflgion à laquelle seraient condam* nés tous les hommes de vingt à vingt-neur ans, comme si nous n'avions pas assez de celles que lo ciel nous envoie : le choléra , la peste, la misère ; et comme s'il était besoin d'y ajouter encore le mal de la caserne et le mal du canon ! (Bravos et ap* plaudissements prolongés.)

J'arrive au troisième vice de notre organisation industrielle et commerciale, jo veux parler de la condition de nos consulats.

Nous manquons de répondants et de renseigneors au dehors ; nous n'avons que des diplomates, et pas de commerçants. De quels hommes avons -nous besoin ? D'hommes versés dans les affaires, les connaissant depuis leur enfance, bourrés de pratique plut/)t que de théorie, et dépendant, — 8*il faut absolument qu'ils dépendent de l'administration, — dit ministère du commerce et non du ministère des alTain'H ôtmngères : voilà ce qu'il nous faut, voilà ce (|ui nous manque. (Marques nombreuses d'as* sentiment.)

Oui ne sait h (|ucl point l'organisation anglaise est supérieure h la nôtre ; combien le corps diplo-

m: i.iititK ItriiW'OK a

BMUqoe anglais ftttaUentiri protéger set nalionan, h défendre leurs inlérèU. à leur suggérer tout ee qui |)eut rendre leurs spéeulatloos plus sA^M el plus fructueuses ; atec quelle -euo^Uote aollîcitude, quel sens pratique, les eoosuls se mettent au sertiee de la marine, des divers comptoirs, des naisoiis d'exportation. Chaque commerçant anglais peut rfgarder tous les agents diplomatiques eteontulaires comme des correspondants que le Trésor entretient tout exprès pour lui, avec celle différence, à son .Tantnge, qu*ils sont armés de Taulorité publique (lour le protéger, et au besoin le défendre.

Après ees causes de malaise qui tiennent i des vices d'organisation, j*en vais indiquer d'autres qu'on ne peut reprocher à iiersonne, et qui ont lourdement pesé sur ces dernières années.

D'abord, la guerre de la sécession en Am«'Ti(foe.

Vous savez. Messieurs, que l'Amérique a produit, en 1860. 4.G73J70 balles de coton, et qu'en IM5 elle n'en produisit plus que 500 000 balles. Le coton avait partout disparu. Notre coton d'Algf^rie, superlie à tous les autres points de vue, est cassant, et n'a pas les flbres tsaei longues. Le coton des Indes est chargé de seorîes. Je me rappelle que causant, à cette époque, de la situation

! ; f.lBRE-6CHANGR

laqoelie on ^ trouvait, avec un de mes plus \t M. Julin Sluiiri MiU, — quo vous tous, et qui était secrétaire général de la Gom|Nignie anglaise des Indes, — je lui demandai coamant leur instinct coinmcrcial n'avertissait pas les Antillais de jeter leur cotou ijiJien sur le marché d'Europe, au moment de la guerre de la séccssi vt 11 me répondit qu'ils étaient arrêtés par le d* 1 1 jç de chemins de ler. 11 sulDt d'être entré dans une usine, et d'avoir vu les ateliers de préparation pour connaître la résistance jopposée à l'action des machines par un colon chargé de poussière et de cailloux, la machine qui porte dans les ateliers le nom de diabU, y perd ses dents de fer. Tout le coton (les Indes, en l'absence de voies ferrées et de roules ouvertes, est traîné à travers les pierres et les brou>saillcs jusqu'au port d'embarquement, et exige une pn^paration également difficile et coûteuse. M. Stuart Mill ajoutait qu'on avait donné des ordres |K)ur faire des chemins de fer.

— Mais, lui dis-je, vos chemins d9 fer ne seront pas au quart de leur exécution, que déjà le bon sens aura triomphé en Amérique, et mis Un a cette lutta fratricide.

— Je le crois et je Tespèro comme vous« me répoudit-il. Je sais que nous n'arriverons pas à

ut UBMI*ÉCaAMIft

tampt pour profiler tie la giwrre <i*Aaién4|He ; niais noa chemins de fer aeronlaaaMMocéa, el par aéi|iieiti m laa aelièvera ; car nous ne éavoot an Anglalarra* ce que c*eiU que reculer.

Oo avail du. eu 1800, qu'il fellaii ili& pour faire reipéneace eu Iraiié de coannaree ; oui, mais i|uellea années? Dix années de paix.

Quand un gau^atuemeni dil è un fieuple ; Je faus donne oeila bonne ImUmm de faire l'essai du Libre>Êcliaiige, ei je vous laisse dix ans puur cela ; c'est comme s*il disait : Je vous donneiai pendani dix ans de bonnes lois ei la paix. Ëi peut^tro devrait-il dire auasi : Je m'engage in iiiéuie teiups pour moi ei pour le^ autres souverains.

Il aurait fallu, puur «^ue l'épreuve lût complète» que notre gouvernement |iûl promettre que le Nord ei le Sud de l'Amérique ne lutteraient pas l'un contre Tautre ; que la Prusaa n'envahirait pas l'Allemagne. Il ne le poutaii pas, sens doute ; nous avons été victimes du sort. Mais qu'on cesse de dire que rexpérianea a été feite* puisqu'elle s'esi accomplie dans des canditions exceptionneilamani désastfeuaes« ci puisque nous avons eu, pcudant cet espace de temps, deux faraudes -ei terribles guerres : Tune à nos portes, l'autre dans le |>ays qui aliuMnie aaa manufactures.

m tji uttKKkcnwaK

Ce que je dis là. Messieurs, est de la plus corn* plèté évidence. (Marques générales d'approbation.)

U faut tenir compte aussi d'une épizootie qui n*a pas duré moins de dix huit mois ; de la disette des céréales, qui nous a obligés h nous approvisionner au dehors, et qui n'a pas retranché moins de doute millions à l'industrie.

Enfin, pour que rien ne manquât à nos infortunes. In soie a eu sa maladie. Je l'ai dit, la production françnise a diminué, en cinq ans, de plusieurs millions de kilogrammes.

piior l'industrie des fers au bois, il s'est passé un événemen't qui a été pour elle aussi terrible qu'une peste ou une guerre : je veux parler de la découverte du procédé Bessemer. Lors(|ue j'en vis les premières applications à ShelTield, dans les ateliei-s de sir John Brown, j'eus le pressentiment que notre industrie du fer au bois y trouverait ^ ruine. Vous savez que. grâce à ce procédé, le prix de IVier est tombé de GO Ir. à 31 fr., et que déjà la plupart des chemins de fer, notamment ia Compagnie de Paris à la Méditerranée, remplacent leurs rails de fonle par des rails d'acier. Mais, cooiaM le procédé Bessemer s'applique indiOéreoiiiiaQt au flèr au liois et au fer à la houille, le fer à la iiottiUe atMorbe calte grande oomooiaiitioo au détrioseot

ut, utmB'ÈcnxitùE m

de l'iiHluslrie du fer au buis. Je croit qu'à Tlieure qu'il est la perle e»( subie, et que les hauts-rourneaux qui nous reileol nooi plus rieo à redouter ; mats il n'en est pas moins vrai que cette indotlrle

• été éprouvée. Elle a été plus que décimée.

Oo n'en peut pu dire autant de l'industrie rouenet pourtant l'industrie du eoton a été plus à Boœo que partout ailleurs. Mulbouee

• sea toiles peintre ; elle a. comme Roubeix. remm* vêlé largement son matériel ; non-seulement ces deu& villes ont augmenté le nombre de leurs broches, mais, avec leur outillage nouveau, elles produiraient davantage à nombre de broebes égal Si elles souffrent dons ce moment, c'est par suite d'une dis|>roportioQ entre la production et la consommation; il n'y a rien là qui sorte des conditions ordinaires du commerce. Le malaise de Rouen eal plus ancien et plus profond. .Mulhouse lui a pris ses rouenneries ; Reims a lait coocurreoce à ses indienoes par le boa marché des élellea de laine. Tout récemment, les énormes importatkMS de la Piata et de l'Australie ont porté un dernier coup aux cotonnades. Il ne faut donc pas s'élonner qu'au début de la crise, les ouvriers de Rouen aient absorbé la plus grande part de la souKription, et que Rouen soit amourd'bui le principal centre de

Tagitation protectionniste. Ce qui ne m'empêche pas de dire que si les souffrances sont réelles, le Libre-Échange ne les a pas occasionnées, et que sa suppression ne les amoindrirait pas.

Récapitulons. Des traités faits à Timproviste et jetant inopinément la perturbation dans les affaires; Torganisation de la batellerie encore imparfaite ; les tarifs des chemins de fer maintenus à des prix trop élevés ; des lois et des usages économiques qui, en gênant le marché de l'argent, en réduisant le crédit à un maximum de 90 jours, en nuisant à l'esprit d'association, en permettant aux cohéritiers d'exiger leur part de chaque nature de biens meubles et immeubles, rendent toutes les grandes entreprisas difficiles ; les charges écrasantes qu'un budget de i milliards WO millions et une armée de 800,000 hommes font peser sur les industries françaises ; l'absence d*une forte organisation de nos consulats ; la guerre de la sécession, qui, tout à coup, nous Ole nos approvisionnements de coton ; Sadowa, qui, en terminant la guerre d'Allemagne, semble commeocer la guerre européenne ; répi»)otie, la disette des eéréales, — voilà, sans recourir au traité de cornnerce, les véritables causes de la crise industrielle. Non, celte eriae n'a pas la gravité qu'on lui attribue ; OOD, Texamen attentif des résultats de ces

l>: l.lliilȃCBAXO& M

n*6ti pM bit pour nous donner des ioqiiîéludet ; tout au cooiraire. nous nt davaat y voir que des œolirs d'etpérance et d orgueil légiline ; non, Ui criae, « Uol est qu'elle soit générale* caquejeperfisleè oîar, ne doit |ms être allrîtNiée au irailé de eoaiaierea. Les eaoaea que je mm d'énomiérer devant vous sufliraîent, et au delà, pour en rendre oomple» quand mèiie mm Mhaw aMoreleaprobibitioM et les tarifs insensés qui a'élaiMt MainlenM traditionnellement ehci ne» depoia I7M. Je erob pouvoir dire, Messienrs, avec valfe assentiment, que cette démonstration est solide. (Applaudissements.)

Il ne voM échappe pas qu'à l'exception de quelqMS vieea d'organisation intérieure, tels, par exemple» que l'exagéfalioo de l'impéi et de Tarmée, les eaMea de ruine ont été les mêmes depuis dix aM, pour nous et pour nos voisins. Et en ellel, comment ce que je vais dire n'ouvre- t-il |>as les à tout le monde ? Les mêmes plaintea que M. Pooyer-Quertier développe ici avec tant d'éloquence, on les fait entendre en même temps de l'autre côté du détroit. Chose étonnante, .M. Pouyer- Quertîer monte à la tribuM eu sur les bustings de Rouen : il déclare que l'industrie Trançaiia esl rui« oéOt qu'elle esl expirante par Tunique faute do

8t LE LIBRB^CHANOB

troilc do commerce, et, au même moment, de Taiif tre côté de la Manche, M. Roberts publie une brochure dans laquelle il dit : c Le traité de commerce avec la France est une énorme mystification du public anglais ; nous sommes aux abois, nous sommes ruinés en Angleterre ; nos affaires ne vont plus, notre vente s'arrête à cause du traité de commerce. »

En vérilé , le traité do commerce est bien malheureux ; il est fait entre deux peuples, et il les mine l'un par Taulre t Croira qui voudra chose pareille ; il me semble que le bon sens proteste. (Rires d*adliésion.)

Je raisonne autrement; je dis : Non. le traité de commerce n'n ruiné ni la France ni l'Angleterre. Si l'Angleterre se plaint aussi haut que la .France, c'est la preuve que les deux pays ont égaiement souffert, et qu'ils n'ont pas souffert l'un par l'autre.

Ëst-09 clair? Le moindre doute est-il perroisf C'est le bon sens, c'est la logique, c'est l'évidence même.

SoyesKn certains. Messieurs, le traité de cornneree n'a nui ni à la France ni à l'Angleterre, el Je n'héttte pas à dire, an me rappelant t|ue j'ai serré la main de Cobden, que ce serait offenser sa

LK ums-tcnANOR m

grande mémoire que de voir en lui uniquement on IMlriole anglais. Oui, Gobdcn a contribué puissamment à établir ee tiailéqul a créé, en quelque sorte, une vie nouvelle pour les deux peuples ; mais, il faut le proclamer bien haut, en faisant eela« ce n'est pas seuleaMOt à l'Angleterre qu'il pensait; ce n'est pas mèaM à rAogMerre et à la France : c'est à l'bumamtétouteollèrel Nous le sentons tous, la supprasiion des barrières, des entraves opposées à la liberté eoiMsettiale et iodustrieUe, n'aura pas été seuloflMOI profitable à un peuple ou à une génération : eHe profitera au monde entier et à toulea les générations. (Vils applaudissements.)

Ainsi, ce qu'on a osé appeler une grande mysti- Ocation est, au contraire, un immense bienfait, et je ne sais si le navigateur illustre qui, le premier, s'est aventuré sur les mers, en se disant qu'au bout de sa eourse il (inirait par découvrir un aulre continent que celui qu'il laissait derrière son vaisseau, a plus fait pour le développement de l'activité humaine, que ceux qui ont fait tomber les dernières chaînes, détruit les derniers obstacles, et consacré pour jamais la liberté du travail. (Applaudissements répétés.)

Je vais, maintenant , citer les paroles par lesquelles M. Roulicr, a la tribune du Cor|)S iégislu-

6é ÎM LIBRE-ÉCllANi.K

Uf» terminait sa réponse aux interpellations do mai 186a

Je les rappelle, en terminnnt cette partie de mon «■position, |MMjr rassurer ceux qui pourraient craioém m revirement dans les résolutions du Gouver- Diiiieiit. Oui» en vérité, ces alarmes sont vaines, el je n'eu veux pour preuve que cette déclaration do MWstre : < On nous demande de dénoocer le traité > de commerce? Nous répondons Tormellement : 9 Non ! » Et sur ce tion, il y a eu dans la Chambre des Représentants du pays» — j'y étais, — une triple salve d'oppinudissements. M. Roulier ajoutait : c Nous attachons à celle réforme économique notre » iMMWQr. Nous ne briserons pas le lien que nous • tvoM contracté avec l'Angleterre. »

L'eoleiidei-voiis? Et à présent, lleasieiirs, de quoi aveK-vous peur? Craignez-vous qu'on vienne ▼oos dire : « Nous n'y attachons plus notre bon* neur; on nous demande de dénoncer le traité de commerce avec l'Angleterre, nous le dénoncerons ! » Pour moi, je le dis loyalement, je ne le crains pas une minute; et si je lutte pour le traité deeommeree, ee n'est pas que je redoute qu'on le dénonee, c'est parce qu'au fond il y a là quelque chose de plus grand que ce traité, il y a le principe même de la liberté des échanges et de l'industrie humaine.

La liberté da Iravail m'ati aussi chère que tootaa iaa autres; el eomne j'ai la conTiction pHifunde que toutes les libertés s*eoclialnenl, jo salue celle-là, qui est venue la preoMère • ei je ferai tous oms eflèris, ooo-seuleoieai pour la eoosenrer* mais pour l'afliplifter et la compléter : prêt à combattre un gouvernement qui lentraverail, et à donner, sur ce point particulier, mon loyal concours à tout gouverneuMOi qui la développera* (Applaudissements.}

LeISdece mois, vous aves pu lire au JourmU êf/kiei un Rapport de M. Alfred Le Roux, Ministre de l'agrieiilliife et du commerce» coostatani les résultats de ce même traité que quelques personnes craignent de voir dénoncer bientôt. Le Ministre déclare explicitement que le traité a eu pour conséquence la rénovation de notre outillage industriel» le développemeoi de nos moyens de production, et Texpansion de notre commerce dans le monde. J'en eooclua, Messieurs» que lom de renoncer au traité de commerce, nous sommes en train de le compléter, et qu'au lieu de reculer dans cette voie de liberté, nous sommes disposés à marcher en avant.

Le temps me manque pour parler dea aequits-àeantion et dea admiasions temporaires qu'on a rattachés ailleurs, sans nécessité bien évidente, i la

80 LE LIBREÊCIIANGB

discussion du traité de commerce. Je n'en dirai qu'un mot : c'est que le jeu des admissions temporaires démontre péremptoirement, d'abord la supériorité de notre main-d'œuvre; et ensuite, l'égalité, ou môme l'inrériorité de nos prix, quand nous n'avons pas de surcharge h supporter sur les ma«tiëres premières. En introduisant chez nous leurs matières premières pour les faire manufacturer par nous et les reprendre ensuite; les étrangers rendent hommage à l'industrie française, et témoignent une fois de plus en faveur du traité de commerce. La démonstration me parait palpable. (Marques d'approbation.)

Je ne sais. Messieurs, si j'abuse (non I non t); mais je vous demanderais encore un peu d'attention; j'ai une autre démonstration à faire, a laquelle je tiens beaucoup.

Sur plusieurs bancs : Reposez-vous t Reposesvous!

M. Jules Simon :

Je vous demaode la permission de ne pas m'trrètar, à moins que vous ne désiriez uo momeol de repos pour vous-mêmes. (Non! Non! — Paries! Parles t — Marques d'attention.)

II! I IRRK-ftCllANnK m

Je na ferai qu'indiquer la dénukistration à laquelle je faisais allusion.

Je suppose prouvé tout ce dout je viens de dé* moatror la fausseté, je suppose que nos industries aoot en décadence; je suppose que c'est le traité de eoflunerce qui en est la cause; je suppose qu'il faille renooeer à ce traité ou au Libre-Échan{;e si on ne veut pas faire le plus grand tort à l'industrie propre- Booldite. On m'accordera bien qu'en revanche il est impossible d*y renoncer sans faire le plus grand tort à l'industrie agricoie, et notamment à l'industrie viaieole. A cet égard, je ne rencontrerai pas, je crois, de contradicteurs dans cette assemblée.

Eh bien! je dis que si en maintenant te traité on fait tort autant que le prétendent nos adversaires à l'industrie nationale, et que si, en le dénonçant, on fait tort autant que vous le savez à l'industrie vinicole, entre ces deux malheurs il n'y a pas à hésiter : il faut sacriûer l'industrie proprement dite et sauver l'industrie vinicole I *

On va dire que nous plaidons pour nos foyers. Où serait le mal? Quand on fait à Rouen ladémonstra* lion contraire, ce n'est pas du Midi, ce n'est pas de la Gironde qu'on se préoccupe, c'est de Rouen, de RoulMix, de Mulhouse, et de Rouen tout particulièrement, je n'en doute pas, et je ne m'en plains

&8 LK MBRE-ÊCOANOK

fMtt. Nous avons donc aussi le droit de nous occuper de la Gironde, de démontrer que son intérêt est d'accord avec i'iotérét général du pays. Nous avons le droit de dire à notre tour que s'il s'agissait de choisir entre Tindustrie proprement dite et l'industrie agricole ou vinicole,'on devrait donner la préférence à ces dernières.

C*est une question de chiiïres. L'industrie qui a 80D siège ici « est-elle plus importante pour la France que l'industrie du tissage mécanique? Je l'avoue, je n'ai pas le moindre doute à cet égard. Seulement, dans une assemblée où tout le monde sait mieux que moi les moyens d'en faire la preuve, je. me bornerai à l'indiquer, sans y insister. Je me permettrai seulement de citer un exemple de Timportance de l'industrie des vins.

Je ne parle ni de nos 70 départements vinicoles, ni des 2 millions d'hectares de vignes que nous cultivons, ni de nos exportations de vins, que Bf . Lalande évalue, si je ne. me trompe , à i50 millions de francs.

Mais j'étais encore hier le député de Bercy, qui est le centre du commerce des vins de Paris, et je ne résiste pas au désir de vous parler un instant de cet entrepôt, qui est certainement, poôr ce genre d'affaires, le premier du monde.

M: i.inui.^ • u \sc*K fli

A P»fts, le commerce des .viot représente les deux cinquiémet de l'Oclroi, pliui de 48 millioas de flreocil Le roouvemeoi des magasins de Bercy varie entre S»400,000 et 3.U0O«0OÛ d'hectolitres. Son stock, y compris Ivry, où il y a peu d'entrepôts, esl de 800,000 à 1,000.000 d'bectoUtres. 11 y toi ^oaler SSO à 300,000 hectolitres pour les aotiea oommunes annexées.

Si j'ajoute que le vin est le plus riche produit de la France; que, d'après les calculs de M. Lalande, nos envois pour l'Angleterre ont varié du simple au décuple depuis le traité; que j'ai vu dans le département de l'Hérault disparaître les dernières parcelles enseoMneées en céréales; que partout on a planté des vignes; que dans soixante-dix-neur départements on préfère cette culture à toutes les autres, j'aurai bien le droit d'en conclure que l'intérêt que nous défendons ici est le premier des intérêts français. Ni pour la quantité, ni pour la que* lité» nous ne pouvons être vaincus en cette matière. Peut-être aurons-nous des supérieurs pour le fer, pour les tissus, pour les fils de lin et de coton, je le crains moins pour la soie; nuis pour la vigne, j'affirme que nous n'en aurons jamais; il n'est pas d'industrie au monde qui, avec les meilleurs pro* cédés ei à l'aide des plus grands efforts, puisse

m fJS LIBRK-ÉCHANOR

produire m Angleterre une pièce de vin de Bordeaux. (Vint applaudissements.)

Voilà, Messieurs, la véritable industrie française, qui fhit notre gloire depuis des siècles. C'est nous qui donnons au monde le plus merveilleux de tous les produits; ce sont nos grappes dorées qui, transformées en vin, sans le secours d'aucune machine et sans mélange d'aucune substance étrangère, vont porter dans le monde entier la santé, la bonne humeur... (on rit), et aussi la richesse, puisque le vin est le meilleur stimulant du travail. (Applaudissements.)

Je laisse aux Bordelais qui m'entourent, à ceux qui produisent le ctaret, le soin de développer cette thèse, certain d'avance qu'aucune démonstration ne tara Taile avec plus d'évidence et plus d'amour. (Ifooveaux applaudissements.) * Meaaieiirs, vous avex à Bordeaux une autre industrie que celle du vin ; vous n'êtes pas seulement le cheF-lieu de la Gironde, vous êtes le port de Bordeaux; et il y a là une question très-importante pour le Libre-Échange. Dieu n»e préserve de la traiter à l'heure qu'i^ est; mais je serais flebé de o'en pas dire un mot à propos de l'expaosion du commerce des vins.

Je sais qu'on s'est beaucoup plaint de la situation

LE UmUikillA.VGK it

de Outre marine depuis le traité de coromeree ; e'eai ya intérêt eapilal, non-aeulement |Nirce que la ma* rîoe marehande est d'une importance considérable dans la richesse nationale; noo-a^alemeot parce qu'un pays comme le nétre, qui a des ports sur deui mers, et la moitié de ses frontières sur les eôlett ne peut pas prendre Tétranger pour oon* voyeur nécessaire; mais aussi parce que la marine est une parlie de notre force. 11 n'y a pas de ma* rine militaire dans un pays où il n*y a pas de marine marchande. Vous auriex beau avoir les ports do Brest et de Toulon, et y accumuler des navires de guerre; les plus grandes dépenses, et les plus improductives en temps de paix, ne vous assureraient pas une flotte sufTisante pour lo jour où la guerre serait déclarée ; vous n'auriez pas de marins : c'est la marine marchande qui est la véritable pépinière des bons marins. L'école de Brest, qui est excellente, ne vous donnerait qu'un état-major insuflisant, si vous ne pouviei pas vous recruter au besoin parmi les officiers du commerce. La France doit être eo même temps une puissance continentale et «ne puissance mritime. C'est la géographie, c'est la nature même des choses qui le veulent.

Donc, c'est un intérêt national à tous les points devue,— sans compter encore nos colonies, que

et LR unnE'tcnxKGK

Doos detons aimer d'un amour fraternel, et qu'il m'estpermis moins qu'à personne d'oubIier,après la marque <^clatante de conflance que Itle de la Réunion vient de me donner.

Un des malheurs de notre marine, cc^t, uii oii.de n'avoir pas de fret de sortie. Il n'y a pas de plus beau fret au monde, que le vin ; s'il est vrai que dans ces dernières années, sous Tinfluence du traité de commerce, nos relations avec l'Angleterre ont augmenté du simple au décuple, il est impossible de prévoir dans quelles proportions ce mouvement se développera. Pourquoi le transport serait-il fait exclusivement par des navires anglais? Si nous n'avons pM encore une flotte à vapeur suffisante ; si les capitaux hésitent aujourd'hui à entrer dans le commerce maritime, n'est-H pas permis de croire que ces conditions vont se modifler avec l'expansion de nos industries, par l'entente des chargeurs qui ont en main le fret de sortie et peuvent favoriser le pavilloa firançais? N'est-il pas permis de croire que la substitution du marché universel au marché national pour nos produits manufacturés et nos produits alimentatres, va donner à notre marine des ressources eluno vie nouvelles? Déjà le mouvement commença à s'accentuer. Quand on dit que l'effectif de la marine diminue, ce qui est vrai, on ne distingue pas

LB UBRJS-ftCIUNOK tl

eoire le tonnage desdifféreoU oaTÎres; il diminue poor les oarires auxquels nos chemins de fer font coneiirreiiee,e'esl-à«dife pour les navires de cabotage; mais poor les navires au-dessus de 300 tonneaux, pour les navires au long cours, les livres sont là qui protestent contre la décadence prétendue de notre marine marchande.

En IBI7 nous donnions à la oiarine marrh»»»-»' 600,000 tonn.

En 1853. . 1.650,000 —

Et en 1868 . . . I,800.00() —

Vous voyez le progrès; il est facile à comprendre : plus notre industrie prospérera, plus nos exportations augmenteront, plus nos navires auront de beaux frets de sortie, plus ils pourront faire concurrence aux navires étrangers.

Messieurs, rien n'est contagieux comme la liberté. Non seulement quand elle s'établit dans un pays elle rayonne tout à l'entour ; c'est le secret des agrandissements sucœssib de l'Amérique ; mais cb^ue fois qu'un peuple s*empare d'une liberté, elle devient un attrait et un instrument qui lui assurent, dans un bref délai, la conquête de toutes les autres. Elle n'est périlleuse que fiarses réstrictions. Quand 00 la verse à pleins bords, alors elle porte avec elle , la fltaiidllé, la richesse et la puissance. Il n'est pas

ei LK UDRe-ÉCIIÀNOB

possible que l'éroancipation se fasse dans un ordre de raclivité humaine sans qu'elle se produise aussitôt dans Tordre voisin de noire activité. J'en augure bien pour notre marine, encore chargée des entraves qui remontent jusqu'à Colbert. Au moment où on affranchit le travail de nos Torgerons, le travail de nos fllateurs et de nos tisseurs, comment ne pas comprendre la nécessité dedonner aussi la liberté à notre marine? Quoi f la conscription, qui, pour nous, est un Fardeau dont nous nous plaignons si justement et si amèrement, serait un bienfai! pour noire population maritime t Nous, du moins, nous avons une chance sur trois de ne pas servir. La guerre ne nous menace que depuis vingt ans jusqu'à vingt-neuf. Mais dès qu'un homme a mis le pied sur un navire marchand, l'inscription maritime s'empare de lui, et depuis 18 ans jusqu'à 50 ans il est exposé à devenir soldat ! Ce n'est pas l'égalité,' ce n'est pas la justice, ce n'est pas l'intérêt ! Ce n'est pas le moyen de fortifler la grande armée qui représente sur les mers le peuple français, et qui doit par ccmséquent représenter sur les mers la liberté du monde. (Bravo! bravo!)

Oui ! il faut qu'elle soit libre, l'armée qui, chaque Jour, part de la côte françatse, et il faut que nos marins, sur le pont de leurs vaiss^ux, jouissent de

LB UMUB-ÉCRANOB •

Um let prMIéges e( tl« toute les grondeurs du dtoyan fNncais.

Affiraochissoos. Ifesiiaors» notre marine, et eo raffrradiissant, nous ferons pour elle ce que Tait la liberté partout ou on la donne : nous changerons sa fiiree, non pas seulement du simple au décuple, du simple au centuple, et je ne dis pas assez pour mnrquer la différence entre celui qui <^t tilire 61 celui qui porte un joug I (Bravos et ap-

En Térité, quand j'entends répéter : la France ne peut pas supporter la liberté commerciale ; — si on donne la liberté eonmerciale à la France, on va tuer llndustrie el le commerce français, — je me demande ai nous connaissons notre pays.

Quoi! 01 nous parle de la houille et du fer; on nous parle du coton; on nous dit que les matières prenières nous coûtent plus qu'à nos rivaux, et que noua aomroea condamnés par cette infériorité à prodiH^ piaf IMfemanl et à vendre moins. Elit quand cela serait vrai au pied de la lettre, quand noos ne pourrions pas répondre que nous produisons au moins les trois quarts de notre production de houille, qu'on exagère la surtaxe du fer et du coton, qu*avec de l'habileté et de l'énergie on doit arriver à transporter le marché du

as LB LIBRR*Éen.\!fOR

eolon de Livcrpool au llnvre, n'y a-t-il donc, dans les conditions de l'industrie et du travail, d'autres termes à considérer que le fer, la houille et le coton? On oublie un engin que, cependant, il faudrait ne pas omettre ; et quel est-il, quel est cet outil dont on ne parle pas et qu'on a l'air de négliger? C'est l'homme lui-môme! (Bravo! Bravo!)

Je prétends que l'homme compte plus, dans la question du travail et de l'industrie, que tous les autres éléments de la production ; je prétends que l'homme peut dompter la matière, et il le prouve; — qu'il peut dompter les mauvaises situations, et il le prouve; — qu'il peut triompher des surcharges qui grèvent la matière première, et il le prouve! Avons-nous, oui ou non, des ouvriers, des ingénieurs, des commerçants? Nous en avons, la nature nous en a donné. L'esprit français a une souplesse et une fertilité d'imagination que les autres peuples nous envient justement ; l'ouvrier français est excellent.

On le disait avec raison : on a tort de comparer l'ouvrier français à l'ouvrier étranger, et de pré tendre qu'il est inférieur à ce dernier; c'est faux; croyez-en un homme qui a patiemment étudié les conditions de l'industrie en Italie, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre.

le raffinne de ooutaao* notre oaTiîer ait emlleol, et, quand il eat bien instruit, bien nourri et convenablement payé, e*eftt un ouvrier incomparable. (Bravo f Trèa-bienI)

Noua pooTona décupler sa force par des lois libérales» par une meilleure instruction» et surtout par une instruction technique : voilà ce que nous avons à faire au lieu de passer notre temps à gémir sur des infortunes qui ne sont pas véritables, et à dire : nous serons vaincus par 3 franca de plus à payer sur une tonne de fer! Je ne l'admets pas; et, en cela comme en tout le reste, je dis que la France peut et doit aupporter toutes les libertés; que, loin de les restreindre, nous ne devons chercher qu'à les développer pour leur donner toute la puissance dont elles sont capables. (Bravo! Bravo!)

Je vous donne ma parole d'honneur. Messieurs, que, si ce n'était l'heure qui me presse, rien ne pourrait me décider à m'arréter (on rit) sans avoir développé mi point qui sort un peu, en appareoee, du programme de cette réunion, mais que j'indiquerai, à mes risques et périls, aana engager l'Aeeeciation ni surtout son Comité.

C'est qu'à côté du Libre-Échange, qui est la liberté du commerce international, il y a une autre chaae,~esi-cettneautrechoae?— ily a un autre

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Libre-Échange, -i- est-ce un autre Libr^Édl■llglet — Don, c'est ideotiqucrocnl la môme chose; c'est le Libre- Échange sous une autre forme, le Libre- Échange à Tintérieur; -r- je dis qu'à côté du Libre- Échange, qui est la liberté du commerce international, il y a la libre circulation de la marchandise en France, qui est la liberté du commerce intérieur. Quand nous aurons aboli la douane, nous n'aurons fait que la moitié de notre besogne» si l'octroi reste debout.

Je maintiens que c'est la môme chose identiquement, et que, de môme que nous sommes obligés pour être logiques d'aller jusqu'au bout du Libre- Échange, nous sommes forcés de recherclier, dès à présent» les moyens de nous débarrasser de l'octroi. (Marques nombreuses d'assentiment.)

Il y a, je le sais, des engagements pris, il y fi des dinicullés considérables, il y a toute une organisation à faire ; mais je prétends que quiconque s'oc* cupe de ûnances et d'économie politique doit regarder celte question comme la maltresse-question; dans ana association de libre-échangistes, nous de- ^vons recherche^ tous les moyens de pro|Miger le Libre*Échange en matière d'octroi, à la aeule couditioo de le rendre possible.

i'ai dit ailleurs, et |e répèle au milieu de vous,

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(j ^ "^ î:os muséos d'aoliquilés une eorio-

Eii. -,,.. , , - ) voir placer ivant de mourir. Nou^ avons, dans le Musée de Cluny, des armures magoiÛ«|ues qui ne senr ent pl^ i rien, si ce n'est aux costumiers d'opéras à grand spectacle pour leurs modèles. Nous admirons, dans le Musée d'artillerie, des canons merveilleux — qui nous plaisent là mieux qu'ailleurs.— On y placera bientôt tous les canons qui ne sont pas rayés, et aussi, dans quelques années, les rui»ils qui ne se chargeront pas par la culasse. A Nuremt>erg, on m'a fait visiter un véritable muaée de bourreau; là sont accumulés des instruments servants à la décapitation et à la mulilalion des membres. Il y a un certain plaisir à voir ces musées el à se dire : Voilà comme nous étions barbares, et ▼oici ce que nous sommes aujourd'hui. Eh bien ! j'aspire au moment où l'on verra, dans l'un f)e ces musées, la sonde afec laquelle l'employé de l'octroi effondre tous les jours nos ballots de marchandises (Hilarité et applaudissements prolongés.)

Résumons-nous : Qu'est-ce que la protection? Cest, avec plus de modération et moins de franchise, la prohibition.

On a beau dire que ce sont deux principes différents. On se trompe; les conduites diffèrent, le principe est le même. Empêcher ou protéger, c'est

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tout 00. Cest toujours prétendre que les lois éditas dohreni gooTerner le travail, tandis qu'en réalité le travail ne doit subir d'autres lois que les lois économiques. Introduisez une protection grande comme ceci : les protectionnistes se plaindront et gémiront jusqu'à ce que vous ayez poussé le droit protecteur au point de rendre impossible les importations étrangères. Rentrons dans la vérité, c'est-à-dire revenons è la liberté, à la liberté totale. Mettons l'homme en présence de la nature, d'elle seule. N'ojoutons pas des entraves construites de nos mains à celles que notre Taiblesse nous impose. Respectons le premier de tous les droits, le droit de vivre, sous ses deux formes, qui sont le droit de travailler et le droit d'acheter. Vous voulez vous introduire dans les ateliers, protéger celui-ci et par eooaé([uent condamner celui-là, substituer le Goureniement au nx>uv6ment naturel des besoins et des échanges? Je demande si ce n'est pas là restreindre le droit de travailler. Et si vous voulez nous obliger d'acheter à tel prix, en tel lieu, dans telle eondition, je demande encore si ce n'est pas une restriction au droit d'acheter» et par cooséijgaiit de posséder.

Masiiaors, quand on attenteà U liberté d*aclie(er et de travailler, quand on touche à la liberté hii-

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6l au droit de propriété, il ne faat pas dire qu*oo eil conserrataor ; e^eal nous qui sommet les eoosenrateurs, puisque nous défendons les principes mêmes sur lesquels k soeiété repose; il ne faut pas dire qu'on aooeple le glorieux héritage de 89, car la révolution était à peine établie, que les pères de la nation (Vançaise proclamaient, en même temps que les libertés politiques, la liberté de l'atelier et dueomploir.

On ne distinguait pas alors ce qui doit être réuni» la liberté politique et la liberté dWle. On comprenait la solidarité des droits. Nous y reviendrons, nous y marchons t II est impossible, — jo le dis avec une oonviction entière et une satisfaction profonde, — qu'on émancipe l'ouvrier sans émanciper le citoyen. Quand le travail sera libre d'un bout de la France à l'autre, nul ne cherchera dans la compression des moyens de gouvernement ; nul ne révéra d'antrea règles que celles qui importent à l'ordre public : quant à celles-là, bien loin d'être restrielives de la liberté, elles en sont le oompléneol ei la cooditkm. (Marques nombreuses d'adhésioo.)

Quand mêaMon voudrait abolir le Libre^cbange» ce serait une entreprise impossible. La oMrché universel est ouvert; on ne nous le fermera plus, fieeuler» ee serait mentir au génie de ce siècle. Ua

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souffle de liberté et de fraternité entraîne le monde. On disait autrefois : ma famille, ma maison. On a dit ensuite: ma commune; puis : ma province, mon pays. A présent, chacun de nous se sent citoyen du monde et solidaire de l'humanité. Il devient de plus an plusdidicile d'isoler nos intérêts, parce que nous ne pouvons plus désormais isoler nos cœurs I (Sensation pn>foiuIc.)

Il y a cinquante ans que les chemins de fer diminuent l'espace ; il y a vingt ans que les télégraphes diminuent la durée. La presse répnnd les idées sur le globe aussi rapidement que le vent disperse la poussière. Les écoles qui partout s'élèvent, rapprodièat les classes, supprimant les distinctions, ciïacent les fronlicrcs. Hier, on faisait une convention pour neutraliser le service de snnlé des armées bel* ligérantes; demain, on abolira les armées. Nous avons des traités de commerce, des conventions monétaires; nous aurons un jour la langue universelle. Voilà le mouvement, le progrès et la viel

Au moment où je parle, est-ce que je ne me rappelle pas les paroles transmises de Paris à New- York en deux heures? — Est-ce que je n'entends pas, |H>ur ainsi dire, le dernier coup de pioche perçant le tunnel qui va relier la France à Tltalie? — N'entendez- vous pu d'ici lei êceltmations qui

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rânoeoi de s'élever au petiage triomphant dea floltaa européenoea à trafera cet Ulhroe rraoçaia qui met rextréme Orient à côté de nous? Ne voyetvooa paa par la pensée lea flottes anglaises prendre leor chemin par la Méditerranée, et aaluer Alarseille en einglant vers Calcutta?

Quand nous socnaies témoins de cette rénovation du monda, de ces progrès de la politique, de cea miracles de la science qui relie tout, quand les abîma qui séparaient Thumanité disparaissent, quand les savants, les publicistes, les industriels, les com- OMTçanla, révent le même idéal, Je voudrais bien voir celui qui oaerait lutter contre un tel courant f

J'atteste les progrès de notre grand siècle, ces pregrès pacifiques qui ne coûteront pas une goutte de sang; j'atteste les merveilles de l'industrie, j'attfltte les prodiges de la science, j'atteste les sentiments qui germent dans tous les esprits et qui réunissent, dans une sainte et féconde espérance, des cœurs qui, jusque-là, avaient été ennemis, et qui, sur un autre terrain, ne respirant que batailles, -* oui, je lea prends à témoins que nous aurons bientôt la liberté complète pour le travail et pour tout le raaie. (Longs applaudissements et bravoa répétés.)

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