‹ Le Licencié Vidriera; nouvelleChapitre 8 sur 9 · Ovide, Fastes VI · texte numérisé non relu

Ovide, Fastes VI

3. Molière ne connaissait-il pas ces quelques lignes, lorsqu'il composa la célèbre scène du sonnet, dans son Misanthrope ? Ce ne serait pas la seule inspiration qu'il aurait puisée à des sources espagnoles. Il ne sera pas inutile de rappeler que l'épisode d'André de l'Etourdi semble imité de la Jitanilla, autre nouvelle de Cervantes, dont Montalban et Solis avaient déjà tiré chacun une comédie ; que dans le Dépit amoureux

on les voit se censurer les uns les autres ! Que dirai- je des aboiements des jeunes chiens modernes contre les gros mâtins vieux et graves? et de ceux qui murmurent contre quelques sujets llustres et excellents, chez lesquels resplendit la véritable lumière

une scène est empruntée à El perro del hortelano , de Lope de Vega ; que La princesse d'Elide n'est qu'une bien pauvre imitation de la charmante comédie de Moreto, El desden con el desden ; que le Festin de pierre n'est qu'une adaptation de El Convidado de piedra, de Tirso de Molina ; que, dans l'Ecole des maris , plusieurs scènes rappellent La discreta enamorada de Lope de Vega et No puede ser guardar una mujer de Moreto ; que l'idée première des Femmes savantes semble prise à la comédie de Calderon, No hay hurlas con el amor, et que cet ouvrage présente aussi plusieurs points de ressemblance avec La Presumida y la Hermosa, de Fernando de Zarate ; enfin que le Médecin malgré lui pourrait bien avoir été inspiré par la lecture de El acero de Madrid, de Lope de Vega, et qu'il es1 bien évident que les scènes III et IV du second acte de la pièce française sont imitées du second acte de La Vengan^a de Tamar, de Tirso de Molina.

Ces rapprochements, dont quelques-uns ont déjà été constatés par Viardot, rendent vraisemblable, ou tout au moins possible, que l'idée de la scène du sonnet du Misanthrope soit due à quelques lignes du Licencié Vidriera. Qu'on veuille bien se rappeler, au surplus , que le Misanthrope fut représenté le 4 juin 1666 et que la 5e édition de la traduction française de F. de Rosset avait paru en 1665.

Et pour signaler au passage un autre emprunt , beaucoup plus évident celui-là, rappelons que l'idée du trait final de ce même sonnet d'Oronte

on désespère

Alors qu'on espère toujours paraît avoir été prise par Molière plutôt à un morceau chanté de El con~ vidado de piedra, de Tirso de Molina :

El que un bien go^ar espéra , Quant 0 espéra désespéra

qu'aux vers de Ronsard :

Un désespoir où toujours on espère Un espérer où l'on se désespère.

On sait, du reste, que Molière ne se contenta pas d'emprunter ces deux vers à la pièce espagnole, mais que, comme nous l'avons dit plus haut, il la fit passer tout entière, l'adapta en un mot, sous le titre de Le Festin de pierre.

Si nous insistons sur ces divers rapprochements, ce n'est nullement pour essayer de diminuer en quoi que ce soit la gloire de notre grand

de la poésie? en la prenant comme soulagement et passe-temps de leurs nombreuses et graves occupations , ces derniers montrent la divinité de leurs esprits et la hauteur de leur conception, en dépit de l'entourage ignorant qui juge ce qu'il ne sait pas et abhorre ce qu'il ne comprend pas. Et que dirai-je de celui qui veut que Ton estime et que l'on apprécie la sottise qui s'assied sous des dais et l'ignorance qui s'abrite près des trônes ? »

Une autre fois, on lui demanda pourquoi les poètes, pour la plupart, étaient pauvres. Il répondit que c'était parce qu'ils le voulaient bien, car il dépendait d'eux d'être riches s'ils voulaient profiter de l'occasion qu'ils ont à tout moment entre les mains, grâce à leurs dames qui sont toutes extrêmement riches puisqu'elles ont les cheveux d'or, le front d'argent bruni, les yeux d'émeraudes vertes, les dents d'ivoire, les lèvres de corail et la gorge de cristal transparent ; puisque ce qu'elles pleurent, ce sont des perles liquides, que la terre que foulent leurs pieds, pour dure et stérile qu'elle soit, produit à l'instant des jasmins et des roses, que leur haleine est d'ambre pur, de musc et de civette; et que toutes ces choses sont des signes et des marques de leurs grandes richesses.

Ces choses, et d'autres encore, il les disait des mauvais poètes ; car, pour ce qui est des bons, il en parla toujours bien et les éleva plus haut que les cornes de la lune.

Il vit une fois, exposés sur le trottoir qui borde l'église de Saint-François, des figures peintes par une main malhabile et il dit que les bons peintres imitaient la nature, mais que les mauvais la vomissaient.

Il entra un jour, avec de grandes précautions pour ne pas se briser, dans la boutique d'un libraire et lui dit : « Ce métier me

comique, mais c'est qu'il est intéressant de noter les sources de l'inspiration des plus grands génies : c'est une chose que se sont bien gardés de taire la plupart des commentateurs classiques de Molière. Reconnaissons qu'ils n'ont sans doute péché que par ignorance , puisqu'il est encore de bon ton, dans certain corps enseignant, d'ignorer que l'Espagne a une littérature !

plairait beaucoup s'il n'avait un défaut. » Le libraire le pria de le lui indiquer. Il lui répondit : « Ce sont les manières que font les libraires, quand ils achètent le privilège d'un livre, et le tour qu'ils jouent à son auteur si, par hasard, celui-ci l'imprime à ses frais; car, au lieu de quinze cents volumes, ils en impriment trois mille, et quand l'auteur croit que ce sont les siens qui se vendent, ce sont les autres. »

Le même jour vinrent à passer sur la place six condamnés au fouet l et, comme le crieur public disait : « le premier comme voleur, » le licencié se mit à pousser de grands cris et à dire aux personnes qui étaient devant lui : « Ecartez-vous, frères, pour que le compte ne commence pas par l'un de vous ! » Et quand le crieur en fut au dernier2, il dit : « C'est, sans doute, la caution des enfants. »

Un gamin lui dit : « Frère Vidriera, demain, on mène fouetter une maquerelle 3. » Il lui répondit : « Si tu disais qu'on mène

i. Le plus souvent, le bourreau les promenait par la ville, montés sur un âne, nus jusqu'aux hanches. Aux carrefours et aux places publiques^ il les fouettait avec des courroies, frappant plus ou moins fort, paraît-il, suivant qu'il les connaissait antérieurement ou qu'ils s'étaient montrés généreux envers lui.

2. Jeu de mots : trasero signifie à la fois dernier et derrière; ce dernier mot (quand il s'agit d'un enfant) se rend fréquemment par la périphrase el fiador de los muchachos, la caution des enfants , cette partie payant d'ordinaire les étourderies de son jeune propriétaire.

3. Les entremetteuses et les prostituées étaient condamnées (quand elles l'étaient) soit au fouet, soit à l'emplumement.

Dans le second cas, vers onze heures du matin, le bourreau se rendait auprès de la condamnée et, aidé de ses valets, la déshabillait depuis la ceinture jusqu'en haut. Puis il enduisait son corps d'une couche épaisse de miel et la coiffait d'une coro^a ou bonnet de carton de forme conique, La condamnée montait alors sur un âne ; là on lui attachait le cou à une sorte de carcan fixé à une barre de fer dont l'extrémité inférieure s'appuyait sur le bât de l'âne ; puis on le promenait lentement entre deux haies de soldats et d'alguazils, au milieu d'une grande affluence de peuple. Derrière la condamnée marchaient deux valets du bourreau, por-

fouetter un maquereau, j'aurais compris qu'on menait fouetter un

carrosse

Un de ceux qui conduisent les chaises à porteur, se trouvait là et lui dit : « N'avez-vous rien à dire de nous, licencié ?» — « Non, répondit Vidriera, sinon que chacun de vous sait plus de péchés qu'un confesseur, mais avec cette différence, que le confesseur les sait pour les tenir secrets, et vous, pour les publier dans les tavernes. »

Un garçon de mules entendit cela, car toutes sortes de gens Pécoutaient continuellement et lui dit : « De nous, seigneur Fiole-de-Verre, il n'y a que peu ou rien à dire, parce que nous sommes gens de bien et nécessaires à la république. » — A quoi Vidriera répondit : « L'honneur du maître indique celui du domestique ; d'après cela, regarde qui tu sers et tu verras combien tu es honorable. Vous êtes les garçons de la plus vile canaille que nourrit la terre. Une fois, alors que je n'étais pas encore de verre, je fis un voyage sur une mule de louage telle, que je lui comptai cent vingt-et-un défauts, tous capitaux et ennemis du genre humain. Tous les garçons de mules sont quelque peu rufiens, voleurs et fripons. Si leurs maîtres (ainsi appellentils ceux qu'ils conduisent sur leurs mules) sont faciles à tromper, ils leur jouent plus de tours qu'on n'en a joué dans cette ville les

tant un grand panier plein de plumes de poule, le crieur public et le bourreau lui-même. La cavalcade faisait halte dans les principales rues et places de la ville et, à chaque halte, le crieur public lisait à haute voix la sentence qui condamnait la patiente à être emplumée , le motif de la condamnation et cette formule : Quien tal hi^o, que asi pagne. Aussitôt après, le bourreau prenait deux poignées de plumes et les jetait sur le miel dont le corps de la condamnée était enduit; ces plumes y adhéraient, ce qui, au bout de quelque temps, lui donnait un aspect à la fois hideux et grotesque qui excitait les rires de la foule. Le peuple disait de ces femmes qu'elles étaient puestas en dulce (passées au miel) ou encore qu'elles étaient confites; il leur jetait des fruits gâtés et les huait.

i. Le carrosse facilitant des rendez-vous amoureux était assimilé à un alcahuete. L'expression se retrouve fréquemment chez les auteurs du xvii* siècle.

années passées ; si ce sont des étrangers , ils les volent ; des étudiants, ils les maudissent ; des religieux, ils leur disent des jurons; des soldats, ils tremblent devant eux. Les garçons de mules, et avec eux les mariniers, les charretiers et les muletiers, ont une étrange façon de vivre et qui n'appartient qu'à eux.

Le charretier passe la plus grande partie de sa vie dans un espace d'une van et demie; telle est à peu près la distance du joug des mules au bout de la charrette ; il chante la moitié du temps et jure l'autre moitié ; pour dire « mettez-vous en arrière » il perd encore du temps, et si, par hasard, il a à tirer une roue de quelque bourbier, il s'aidera plus de deux jurons que de trois mules.

Les mariniers sont des barbares et des sauvages, qui ne savent d'autre langue que celle dont on se sert sur les vaisseaux. Dans la bonace ils sont diligents, et dans la bourrasque paresseux ; dans la tourmente, beaucoup commandent et peu obéissent. Leur Dieu, c'est leur coffre et leur écuelle ; leur passe-temps, c'est de voir les passagers avoir le mal de mer.

Les muletiers sont des gens qui ont divorcé avec les draps de lit et se sont mariés avec les bâts ; ils sont si diligents et si empressés que, plutôt que de perdre leur journée, ils perdront leur âme; leur musique est celle du mortier1; leur sauce, la faim ; leurs matines , de se lever pour panser leurs bêtes , et leurs messes, de n'en entendre aucune. »

Pendant qu'il disait cela, il se trouvait à la porte d'un apothicaire et, s'adressant au patron, il lui dit : « Votre Grâce ferait un métier salutaire, si elle n'était si ennemie de ses lampes. » —

r. Le mortier dans lequel on prépare soit le ga^pacho, soit des aulx piles. Le gaipacho est un mets froid très apprécié en Andalousie : dans de l'eau , additionnée d'huile et de vinaigre que l'on mélange par un battage préalable, on fait tremper quelques morceaux de pain, des tomates, des concombres , des piments, des oignons, de la laitue ; l'ensemble est relevé par du sel, de l'ail et du piment rouge. Certaines gens y ajoutent du saumon d'Estrémadure , mariné et coupé en petits morceaux, quelquefois aussi des tranches de bœuf salé et fumé. Le gaipacho est réputé comme un mets très rafraîchissant et comme un des meilleurs préservatifs contre certaines fièvres épidémiques du midi de l'Espagne.

« De quelle façon suis-je ennemi de mes lampes ? » demanda l'apothicaire. — Et Vidriera répondit : « Je dis cela, parce que lorsqu'une huile quelconque vous manque, vous y suppléez par celle de la lampe qui est le plus à votre portée. Votre métier a encore un autre défaut qui suffirait à enlever tout crédit au plus habile médecin du monde. » Comme on lui demandait lequel, il répondit qu'il y avait des apothicaires qui, n'osant dire que ce qu'ordonnait le médecin leur faisait défaut, remplaçaient ces substances par d'autres qui, à leur avis, avaient la même vertu et la même qualité , quoiqu'il n'en fût pas ainsi , et que , de telle sorte, la médecine mal composée agissait au rebours de la bonne.

On lui demanda alors ce qu'il pensait des médecins et il répondit ceci : « Honora medicum propter necessitatem, etenim creavit eum Altissimus : à Deo enim est omnis medela, et a rege accipiet donationem : disciplina medici exaltavit caput illius , et in conspectu magnatum collauddbitur : Altissimus de terra creavit medicinam, et vir prudens non abhorrebit ïllam. Ainsi dit PEcclésiate de la médecine et des bons médecins ; des mauvais , on pourrait dire tout le contraire, car il n'y a pas de gens plus nuisibles à la république. Le juge peut altérer ou différer la justice ; l'avocat soutenir, dans son intérêt, notre mauvaise cause ; le marchand nous exploiter 1 ; en un mot, toutes les personnes auxquelles nous sommes obligés d'avoir affaire peuvent nous causer quelque dommage, mais personne ne peut nous enlever la vie sans être sujet à la crainte du châtiment. Seuls, les médecins peuvent nous tuer et nous tuent sans crainte et de pied ferme, sans dégainer d'autre épée qu'une ordonnance ; on ne peut découvrir le corps de leur délit, car ils le mettent aussitôt sous terre. Je me souviens que, quans j'étais homme de chair et non de verre comme maintenant, un malade congédia un médecin (de ceux de la seconde classe) pour se faire soigner par un autre. Quatre jours plus tard, le premier vint à passer chez l'apothicaire où le second faisait préparer ses drogues et lui- demanda comment se portait le malade qu'il avait laissé,

i. L'expression espagnole est plus énergique: chuparnos la hacienda, sucer notre bien.

— 6o — et si l'autre médecin avait ordonné quelque purge. L'apothicaire lui répondit qu'il avait l'ordonnance d'une purge que le malade devait prendre le lendemain ; le médecin le pria de la lui montrer et vit qu'au bas se trouvait écrit : sumat diluculo. Il dit : « Tout ce qu'il y a dans cette purge mejsatisfait, sauf ce diluculo , parce qu'il est trop humide *. »

A cause de ces choses et d'autres semblables qu'il disait de tous les métiers, on le suivait sans lui faire du mal, mais sans lui laisser aucun repos. Malgré tout, il aurait eu grand'peine à se défendre des gamins, si son gardien ne l'en eût protégé. L'un d'eux lui demanda ce qu'il devait faire pour n'envier personne. Il lui répondit : « Dors, car tout le temps que tu dormiras tu seras l'égal de celui que tu envies. »

Un autre lui demanda quel moyen il devait employer pour partir avec (obtenir) la nomination qu'il sollicitait depuis deux ans. Et il lui dit : « Monte à cheval quand tu connaîtras celui qui l'a obtenue à ta place , accompagne-le hors de la ville et de cette façon tu partiras avec elle2. »

Le hasard fit passer une fois devant lui un juge , commis dans une cause criminelle ; il était accompagné de beaucoup de gens ainsi que de deux alguazils. Le licencié demanda qui il était , et comme on le lui disait, il dit : « Je parie que ce juge porte des vipères dans son sein, des pistolets dans son écritoire et des foudres dans ses mains pour détruire tout ce qui dépendra de lui. Je me souviens d'avoir eu un ami qui, dans une cause cri-

i. Jeu de mots par à peu près, basé soit sur l'identité des deux premières syllabes de diluculo et de dilucion, soit sur le sens qu'aurait, isolée, la seconde moitié de diluculo.

2. Jeu de mots sur salir con qui signifie à la fois obtenir et sortir ou partir avec. Voir plus haut (p. 46) : acordô de buscar otros modos.... para salir con et cumplimiento de sus deseos ; et plus loin (p. 66) : y los procuradores y solicitadores lo mismo, salgan 6 no salgan con et pleito que ayudan.

— 6i — minelle, rendit une sentence si exorbitante, qu'elle dépassait de beaucoup la faute des délinquants. Je lui demandai pourquoi il avait rendu une sentence si cruelle et commis une injustice si manifeste. Il me répondit qu'il comptait accorder l'appel et qu'ainsi il laissait le champ libre à Messieurs du Conseil pour montrer leur miséricorde en modérant cette rigoureuse sentence et en la réduisant à sa juste proportion. Je lui repartis qu'il eût mieux valu la rendre de manière à leur épargner ce souci , car on l'eût ainsi tenu pour un juge équitable et sage. »

Dans le nombreux auditoire qui, comme on l'a dit, ne le quittait jamais, se trouvait un homme de sa connaissance, en habit d'avocat, que quelqu'un appela monsieur le licencié. Vidriera , sachant qu'il n'était pas même bachelier, lui dit : « Prenez garde, compère, que les Frères de la Rédemption-des-Captifs ne rencontrent votre titre, car ils l'emmèneraient comme étant sans propriétaire1. » — A quoi son ami répondit : « Traitonsnous bien, seigneur Vidriera, car vous savez bien que je suis un homme de hautes et profondes connaissances. » — Vidriera reprit : « Je sais bien que vous êtes un Tantale au milieu d'elles, car elles sont trop hautes et trop profondes pour que vous puissiez y atteindre. »

S'étant un jour arrêté devant la boutique d'un tailleur , il vit que celui-ci avait les mains croisées et lui dit : « Sans doute, seigneur maître, vous êtes sur la voie du salut. » — « A quoi le voyez-vous ? » demanda le tailleur. — « A quoi je le vois ? répondit Vidriera, je le vois à ce que, n'ayant rien à faire, vous n'aurez pas l'occasion de mentir. » Et il ajouta : « Malheureux le tailleur qui ne ment pas et qui coud les jours de fête : quelle chose merveilleuse! parmi presque tous ceux de ce métier, à peine en trouvera-t-on un qui fasse un vêtement juste, alors qu'il y en a tant qui les font qui pèchent. »

i. Les Menés mostrencos étaient les biens dont le propriétaire était inconnu : ils étaient attribués à l'Etat qui, par l'intermédiaire des Frères de la Rédemption-des-Captifs (Trinitaires ou Mathurins), consacrait le montant de leur valeur au rachat des captifs.

Quant aux cordonniers, il disait, qu'à les entendre, jamais ils ne faisaient mal un soulier ; car, si celui qui le chaussait le trouvait étroit et serré, ils lui disaient que pour paraître élégant, il devait chausser juste et qu'après l'avoir porté deux heures, il deviendrait plus large que des sandales; s'il était large, ils disaient qu'il devait être ainsi par crainte de la goutte.

Un jeune garçon déluré, copiste dans un bureau de province, le pressait beaucoup de questions et de demandes, et lui apportait des nouvelles de ce qui se passait dans la ville , car il discourait sur tout et avait réponse à tout. Il lui dit une fois : « Vidriera, cette nuit est mort en prison un nommé Banc qui était condamné à être pendu. » A quoi il répondit : « Il a bien fait de se hâter de mourir avant que le bourreau ne s'assît sur lui J. »

Dans la rue de Saint-François se trouvait une assemblée de banquiers génois ; comme il passait par là, l'un d'eux l'appela en lui disant : « Que le seigneur Vidriera s'approche et nous fasse un conte (et nous compte un million 2). » — Il répondit : « Non, certes, vous l'enverriez à Gênes. »

Il rencontra un jour une boutiquière qui conduisait devant elle une sienne fille, très laide, mais surchargée de bijoux, d'ornements et de pierres précieuses ; et il dit à la mère : « Vous avez bien fait de l'empierrer, pour qu'on puisse s'y promener. »

Des pâtissiers, il disait que, depuis plusieurs années, ils jouaient à la dobladilla * , sans en être punis, puisqu'ils avaient mis le pâté de deux maravédis à quatre, celui de quatre à huit

i. Jeu de mots sur le nom du condamné,, le bourreau s'asseyant sur les épaules de celui qu'il venait de pendre.

2. Y cuêntenos un cuento, et nous compte un million de réaux. — Contar signifie compter et raconter ; cuento signifie million et conte, récit.

3. Ancien jeu de cartes prohibé où l'on martingalait à chaque coup.

et celui de huit à un demi-réal, de leur seule autorité et par leur seule fantaisie. »

Des joueurs de marionnettes, il disait mille mauvaises choses ; d'après lui, c'étaient des vagabonds qui traitaient les choses divines d'une façon indécente, puisque, avec les figures qu'ils montraient dans leurs pièces, ils tournaient la dévotion en ridicule et qu'il leur arrivait d'enfermer dans un grand sac toutes les figures de l'Ancien et du Nouveau Testament, puis de s'asseoir dessus pour manger et boire dans les gargotes et les tavernes; en un mot, il disait qu'il s'étonnait que l'autorité ne les réduisît pas à un silence perpétuel dans leurs baraques , ou ne les bannît pas du royaume.

Un comédien, vêtu comme un prince, passa une fois dans un endroit où il se trouvait : « Je me rappelle, dit-il en le voyant, avoir vu cet homme paraître sur la scène, le visage enfariné, vêtu d'une peau d'agneau retournée ; malgré tout cela, hors de ses tréteaux, il jure à chaque instant sa foi de gentilhomme. » — « Il doit l'être, répondit quelqu'un, car il y a beaucoup de comédiens qui sont bien nés et gentilshommes. » — « Peut-être, répliqua Vidriera, mais, ce dont a le moins besoin le théâtre, c'est de personnes bien nées ; il lui faut plutôt des gens élégants, bien tournés et qui aient la langue déliée. Je reconnais qu'ils gagnent leur pain à la sueur de leur front ; leur travail est des plus pénibles ; ils apprennent continuellement par cœur, vivent sans cesse comme de vrais Bohémiens, allant de lieu en lieu, d'hôtellerie en auberge, s'évertuant à contenter le public, car c'est dans le goût d'autrui que consiste leur propre fortune. Bien plus, avec leur métier ils ne trompent personne, puisqu'à tout moment ils exhibent leur marchandise en place publique, à la vue et à l'appréciation de tous. Le travail des directeurs de troupe est incroyable et leur soin extraordinaire; il faut qu'ils gagnent beaucoup pour qu'au bout de l'année, ils ne soient pas assez endettés pour être obligés de faire faillite à leurs créanciers malgré tout cela, ils sont aussi nécessaires dans la république que le sont les bocages, les promenades et les jardins d'agrément, et que les choses qui divertissent honnêtement. »

II disait que l'opinion d'un de ses amis avait été que celui qui servait une comédienne servait plusieurs femmes en une seule puisqu'elle était reine, nymphe, déesse, servante, bergère et que, bien des fois, le sort voulait qu'il servît en elle un page et un laquais, car une comédienne joue tous ces rôles et d'autres encore.

Quelqu'un lui demanda quel avait été l'homme le plus heureux du monde. Il répondit : « Nemo; parce que nemo novit patrem;

nemo sine crimine vivit ; nemo sua sorte contentus ; nemo ascendit in cœlum. »

Des maîtres d'armes, il dit une fois qu'ils étaient maîtres d'une science ou d'un art qu'ils ignoraient quand ils en avaient besoin et qu'il les trouvait quelque peu présomptueux de vouloir réduire à des démonstrations mathématiques, qui sont infaillibles, les mouvements et les pensées de colère de leurs adversaires.

Il en voulait surtout à ceux qui se teignaient la barbe ; et , une fois que deux hommes se battaient devant lui, l'un d'eux qui était Portugais, dit à l'autre qui était Castillan, en se touchant la barbe qu'il portait très teinte : « Par cette barbe que je tiens... » Sur quoi Vidriera accourut et dit : « Eh, l'homme, ne dites pas que je tiens, mais que je teins l. »

Un autre portait la barbe jaspée de plusieurs couleurs, à cause de la mauvaise qualité de la teinture : Vidriera lui dit qu'il avait la barbe couleur fumier de poule.

Un autre portait la barbe moitié blanche, moitié noire, parce qu'il l'avait négligée, et qu'elle avait un peu poussé ; il lui conseilla de ne discuter ni de se quereller avec personne, de peur qu'on ne lui dît qu'il mentait par la moitié de sa barbe.

Il raconta une fois qu'une jeune fille sage et spirituelle, vou-

i. Les deux phrases entre guillemets sont en portugais, dans l'édition originale, mais c'est un portugais fortement castillanisé :

« Por istas barbas que teiîo no rostro... » a lo cual acudiô Vidriera, y dijo : « Olhay, homen, naon digais tefïo, sino tiiïo. »

lant obéir à la volonté de ses parents, promit de se marier avec un vieillard tout blanc, qui, la veille du jour des épousailles, s'en alla, non pas au Jourdain, comme disent les vieilles femmes, mais vers une petite fiole de teinture1 ; grâce à celle-ci, il se coucha avec une barbe couleur de neige et se leva avec une barbe couleur de poix. L'heure du mariage arriva et la jeune fille, tout en reconnaissant ta figure sous le barbouillage, dit à ses parents de lui donner l'époux qu'ils lui avaient montré, ajoutant qu'elle n'en voulait point d'autre. Ils lui répondirent que l'homme qu'elle avait devant elle était bien celui qu'ils lui avaient montré et donné pour époux. Elle soutint que non, et fit attester par témoins que celui que ses parents lui avaient donné était un homme grave et à cheveux blancs et que celui qu'on lui présentait maintenant n'en ayant pas, ce n'était pas lui, et que l'on voulait la tromper ; elle s'obstina : l'homme teint eut honte, et le mariage fut rompu.

11 haïssait autant les duègnes que les gens qui se teignent2 ; il contait merveille de leur manière de dire par ma foi 3, des toiles blanches et noires de leurs coiffes , de leurs nombreuses mignardises , de leurs scrupules et de leur extraordinaire avarice ; il s'irritait de leurs faiblesses d'estomac, de leurs vapeurs, de leur façon de parler qui avait plus de replis que leurs coiffes et, finalement, de leur inutilité et de leur présomption.

Quelqu'un lui dit : « Comment se fait-il, seigneur licencié, que je vous aie entendu dire du mal de beaucoup de métiers et que vous n'en ayez jamais dit des greniers, alors qu'il y en a tant à dire ?» — A quoi il répondit : « Quoique de verre, je ne suis pas assez fragile pour me laisser emporter par le courant du vulgaire, qui se trompe le plus souvent. Il me semble que la grammaire des médisants et le la de ceux qui chantent, ce sont les greffiers ; car, de même que l'on ne peut parvenir aux

i. A g ua f uer te y plat a, eau-forte et argent. 3. Los escabechados, mot-à-mot : les gens marines. 3. Le texte porte permafoy.

autres sciences que par la porte de la grammaire et, de même que le musicien commence à murmurer avant de chanter, de même les médisants commencent à montrer la malignité de leurs langues, en disant du mal des greffiers, des alguazils et des autres ministres de la justice, alors que, sans le métier de greffier, la vérité courrait le monde en cachette, bafouée et maltraitée, c'est pourquoi l'Ecclésiaste dit : In manum Dei potestas hominis est, et super faciem scrïbœ imponet honorent. Le greffier est une personne publique, sans laquelle le juge ne peut exercer commodément sa charge. Les greffiers doivent être libres et non esclaves ou fils d'esclaves ; ils doivent être fils légitimes et non bâtards ou nés de mauvaise race ; ils prêtent serment d'être discrets, fidèles et de ne faire aucun contrat usuraire ; ils jurent que ni l'amitié ni l'inimitié, ni le profit ni le dommage ne les empêcheront de faire leur devoir en bonne et chrétienne conscience. Si donc cet emploi requiert tant de bonnes qualités, pourquoi penser que, de plus de vingt mille greffiers qu'il y a en Espagne, le diable fait la récolte comme si c'étaient des ceps de sa vigne? Cela, je ne veux pas le croire et il ne sied pas que personne le croie, car enfin je dis que ce sont les gens les plus nécessaires dans les républiques bien ordonnées ; si, d'un côté, on leur reconnaît trop d'honnêteté, d'un autre, trop de torts, de ces deux extrêmes pourrait résulter un juste milieu qui permettrait de les juger équitablement... »

Il dit qu'il n'était pas étonnant que les alguazils eussent quelques ennemis, leur métier étant ou d'arrêter les gens, ou d'emporter les meubles, ou de garder les prisonniers et de manger à leurs dépens.

Il blâmait la négligence et l'ignorance des procureurs et des solliciteurs de procès, en les comparant aux médecins qui ont toujours des honoraires, que le malade guérisse ou non; les procureurs et les solliciteurs agissaient de même, d'après lui, qu'ils gagnassent ou non la cause qu'ils plaidaient.

Un homme lui demanda quelle était la meilleure terre. 11 répondit que c'était la terre précoce et productive. L'autre répliqua : a Ce n'est pas cela que je demande, mais quelle est la meilleure ville, Valladolid ou Madrid?)) — Le licencié répondit : « De Madrid les extrémités; de Valladolid les milieux. » — «Je ne comprends pas. » reprit l'interrogateur. — Et l'autre dit : « De Madrid, le ciel et le sol ; de Valladolid, ce qui est entre les deux. ))

Vidriera entendit un homme dire à un autre qu'aussitôt entrée à Valladolid, sa femme était tombée malade, parce que la terre l'avait éprouvée. « Il aurait mieux valu, dit-il, qu'elle l'eût mangée, si, par hasard, elle est jalouse. »

Des musiciens et des courriers à pied, ils disaient qu'ils avaient l'espérance et la fortune limitées, les uns ne pouvant devenir que courriers à cheval et les autres que musiciens du roi.

Des femmes que Ton nomme cortesanas (courtisanes), il disait qu'elles étaient plus corteses (courtoises) que sanas (saines).

Etant un jour dans une église, il vit qu'on allait enterrer un vieillard, baptiser un enfant et marier une femme, le tout en même temps ; cela lui fit dire que les temples étaient des champs de bataille où les vieillards périssent, les enfants vainquent et les femmes triomphent.

Une guêpe le piquait un jour au cou et il n'osait pas la chasser de peur de se briser; il se plaignait néanmoins. Quelqu'un lui demanda comment il sentait cette guêpe, puisque son corps était de verre. Il répondit que cette guêpe devait être médisante et que les langues et les becs des médisants étaient capables de détruire des corps de bronze, à plus forte raison des corps de verre.

Un religieux très gros, passant par hasard près de lui, un de ses auditeurs se mit à dire : « Le père est si étique qu'il ne peut se remuer. » — Vidriera se fâcha et dit : « Que personne n'oublie ce que dit l'Esprit Saint : Nolitc tangere christos meos. » Et sa colère croissant, il ajouta : « Considérez que sur le grand nombre de saints canonisés et mis par l'Eglise au nombre des bienheureux, depuis quelques années, aucun ne se nommait le capitaine don un tel, ni le secrétaire don un tel de don un tel, ni le comte, marquis ou duc de tel endroit ; mais frère Jacques, frère Hyacinthe, frère Raymond, tous frères et religieux; parce que les religions sont les Aranjue^ du ciel , dont les fruits se placent d'ordinaire sur la table de Dieu. »

Il disait que les langues des médisants étaient comme les plumes de l'aigle qui rongent et qui consument toutes celles des autres oiseaux que l'on place à côté.

Des brelandiers et des joueurs, il disait miracle : prétendant que les premiers étaient des prévaricateurs publics, parce qu'en prélevant une part de l'argent de celui qui tient les cartes, ils désiraient qu'il perdît et que les cartes passassent aux mains de l'adversaire afin d'opérer un nouveau prélèvement.

Il vantait beaucoup la patience d'un joueur qui passait toute une nuit à jouer et à perdre : quoiqu'il fût d'un tempérament colère et endiablé, pour que son adversaire ne se levât pas, il n'ouvrait pas la bouche et souffrait comme un martyr de Barrabas.

Il louait aussi la conscience de quelques honnêtes brelandiers qui ne consentaient jamais à ce que l'on jouât chez eux d'autres jeux que la poule et le piquet, et qui, malgré cela, à petit feu, sans crainte des mauvaises langues, avaient plus de bénéfices au bout du mois que ceux qui permettaient les jeux d'estocada, de reparolo, de siete y llevar et de pinta en la del punto.

Enfin, il disait des choses telles, que, n'eussent été les grands cris qu'il poussait quand on le touchait ou quand on s'approchait

de lui, l'habit qu'il portait, le peu qu'il mangeait, sa façon de boire, son refus de dormir autrement qu'à la belle étoile pendant l'été et dans les paillers pendant l'hiver, comme on l'a déjà dit, signes évidents de sa folie, personne n'aurait pu ne pas le croire un des plus sages du monde.

Cette maladie lui dura deux ans ou un peu plus; au bout de ce temps, un religieux de l'ordre de Saint-Jérôme qui avait un talent spécial et une science particulière pour faire entendre et parler les sourds-muets et pour soigner les fous, entreprit, poussé par la charité, de soigner Vidriera. Il le soigna et le guérit ; le malade recouvra la raison, le jugement et la réflexion ; dès que le religieux le vit sain d'esprit, il lui fît revêtir des habits d'avocat, et le fit retourner à la cour, où en donnant autant de preuves de sagesse qu'il en avait donné de folie , il pourrait exercer sa profession et se rendre fameux.

Ainsi fut-il fait. Vidriera revint à la cour sous le nom du licencié Rueda et non Rodaja. A peine s'y trouva-t-il, qu'il fut reconnu des gamins ; mais, quand ceux-ci le virent sous un habit si différent de celui qu'il portait d'ordinaire, ils n'osèrent ni l'invectiver, ni lui adresser des questions ; ils le suivaient pourtant et se disaient les uns aux autres : « N'est-ce pas le fou Vidriera ? C'est lui môme ; il semble sage, mais il peut être aussi fou bien vêtu que mal vêtu. Demandons-lui quelque chose et sortons de cette incertitude. » Le licencié entendait tout cela, mais il se taisait et marchait plus confus et plus embarrassé [que quand il était privé de raison.

Les hommes le reconnurent comme les gamins, et avant qu'il n'arrivât à la Cour des Conseils, il avait derrière lui plus de deux cents personnes de toutes sortes. Avec cette suite, plus importante que celle d'un cathédrant, il arriva à l'endroit en question et y fut entouré de tous ceux qui s'y trouvaient. Se voyant au milieu d'une telle foule, il éleva la voix et dit : « Messieurs, je suis le licencié Vidriera, mais pas celui que vous connaissiez ; je suis maintenant le licencié Rueda. Des événements et des malheurs, qui arrivent dans le monde par la permission du ciel, m'avaient enlevé la raison ; la miséricorde de Dieu me l'a rendue. D'après les choses que, paraît-il, je disais quand j'étais fou, vous pouvez supposer celles que je dirai, maintenant que je suis sensé. Je suis

gradué en droit de Salamanque où j'ai étudié dans la pauvreté et où j'ai été le second en licence ; on peut donc en déduire que c'est plutôt la vertu que la faveur qui m'a donné le grade que j'ai. De là, je suis venu ici dans cette grande mer qu'on appelle la cour, pour être avocat et gagner ma vie, mais, si vous ne me laissez pas tranquille, j'y serai venu faire un métier de galérien * et gagner la mort. Pour l'amour de Dieu , suivez-moi , mais ne me poursuivez pas ; faites que ce que j'ai obtenu étant fou, c'est-à-dire ma subsistance, je ne [le perde pas étant sensé; ce que vous aviez l'habitude de me demander sur les places, demandez-le moi maintenant chez moi, et vous verrez que celui qui vous répondait bien à l'improviste, vous "répondra mieux après avoir réfléchi. »

Tous l'écoutèrent et quelques-uns s'en allèrent. Il revint à son hôtellerie avec une suite] un peu moins nombreuse. Il sortit le lendemain et il en fut de même ; il fit un autre discours qui ne servit de rien.

Il dépensait beaucoup et ne" gagnait rien. Se voyant sur le point de mourir de faim, il résolut de quitter la cour et de s'en aller en Flandre, où il pensait mettre à profit les forces de son bras, puisqu'il ne pouvait utiliser celles de son esprit. Il exécuta son dessein et dit en s'éloignant de la cour : « O cour, qui accrois les espérances des ambitieux hardis et qui coupes celles des vertueux timides, tu nourris abondamment les truands éhontés et tu fais mourir de faim les gens de mérite honteux ! »

Ainsi parla-t-il, puis il s'en alla en Flandre, où, en compagnie de son bon ami le [capitaine Valdivia, il acheva d'immortaliser par les armes la vie qu'il avait commencé à immortaliser par les lettres, laissant, à sa mort, la renommée d'un soldat prudent et valeureux.

i. Il y a un jeu de mots intraduisible en français : Vidriera dit être venu à la Cour pour abogar (plaider) et craint, si on ne le laisse tranquille, d'y être venu à bogar (ramer, faire un métier de galérien).

Mâcon, Protat frères, imprimeurs.

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