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des papules blanches dans la bouche. Il y a, sur les joues,
des érosions très vastes —— complications rares du lichen plan, mais qu’on rencontre de temps en temps.
On fit une biopsie. L'examen histologique pratiqué par Mlle ©. Eliascheff, chef de laboratoire de la Faculté, à l'Hôpital Saint-Louis, permit, en effet, d'affirmer qu’on se trouvait bien en présence d'un lichen plan survenu après des injections de sels d’or.
La littérature médicale est extrêmement pauvre d’observations d’éruptions de lichen plan apparues au cours de traitements par l'or.
Nous n'avons trouvé — et nous ne pouvons rapprocher de l'observation que nous venons de détailler que les trois cas suivants ; encore n'est-il pas certain que la troisième éruption signalée soit bien une éruption de lichen plan.
Buschke rapporte le fait suivant dans les Archiv. dermat. Gesellschaft : « Une femme de 22 ans, atteinte de tuberculose pulmonaire, fit à la suite d’injections de sels d’or, une dermatite grave qui s’améliora sous l'influence d’un traitement par des préparations soufrées organiques. ‘Au cours de la régression, apparurent sur les fesses, les cuisses, la nuque, le dos, de nombreux foyers de lésions analogues au lichen plan verruqueux, de la grandeur d'une lentille à une pièce de 4 mark, nettement limitées. — Ces lésions guérirent progressivement en laissant une pigmentation foncée. Histologiquement, la structure est celle du lichen plan verruqueux.
Dans les « Archiv of Dermatology and syphilis » october 1928, p. 598, le Dr Abramowitz écrit : « Il faut être très prudent dans l'emploi de la préparation d’or... j'ai
vu une éruption lichénoïde généralisée avec lésion de le bouche qu'on ne pouvait différencier d'un lichen plan... Il était évident que cette éruption était due à la préparation d'or. Elle disparut deux semaines après la cessation du médicament. »
De son côté, M. S. Noguer-More, de Barcelone, qui traita une vingtaine de malades par les sels d'or et en particulien par la sanocrysine, déclarait au congrès de Bruxelles de 1926 : « Nous n'avons pas observé chez nos malades de troubles graves, mais nous avons observé chez un certain nombre de malades traités par d’autres collègues, plusieurs érythèmes scarlatiniformes, rubeoliformes et « lichénoïdes », à issue favorable dans tous les cas et précédés d’un prurit intense à chaque piqure... Quelques malades ont présenté pendant le traitement des traces d’albumine. Chez tous les malades, nous avons constaté une forte réaction « focale », augmentant après chaque injection. Nous avons observé, chez cinq malades, de la stomalile, des diarrhées et de l’entérocolite, troubles très éphémères qui n'ont pas interrompu le traitement. »
. Le malade, que nous avons observé à l'Hôpital Saint- Louis, avait d'abord été présenté comme atteint, en plus de son éruption lichénoïde cutanée (lichen plan déformé), de stomatite leucokératosique ulcéreuse aurique — stomatite qu'on put qualifier, quelques jours plus tard, de Hi- Chen plan buccal. Plusieurs cas de « sfomatite » ônt également été signalés par quelques auteurs, au cours des mêmes traitements par l'or. — Ces diverses observations ne permettant pas de conclure à un lichen plan buccal,
nous fie les donnerons qu'à titre de simple documentation.
Le Professeur Corvisa de Madrid a rapporté, au Congrès de Bruxelles de 1926, le cas suivant : « Nous avons observé, dit-il, chez un malade, de l’érythrodermie sanocrysinique. Il s’agit d'un cas de lupus érythémateux de type herpès crétacé, favorablement modifié par les premières injections d’or. Après 8 injections (6 gr. 60 en tout de sanocrysine), apparait une éruption de petites lésions papuleuses prurigineuses, à la figure et au cou, avec œdè. me de la peau et lésions très marquées de « stomatile ulcéreuse » de la muqueuse des lèvres. Après quelques jours, commente un état érythrodermique aigu avec des zônes exsudatives dans les plis et desquamation abondante à grandes plaques... »
Au même Congrès, le Professeur Corvisa signalait encore, au cours du traitement des tuberculoses cutanées par la sanocrysine, trois autres cas de « s{omatile » dont un très léger et fugace et les autres intenses de type ulcéreux, prédominant aux muqueuses et aux lèvres.
Dans les « Archives of Dermatology and syphilis » oc. tober 1928, p. 529, le Dr Chargrin écrit :
« Au sujet d'éruptions consécutives au traitement
par les préparations d’or, j'ai observé le cas suivant : un malade vint me consulter pour une éruption de la bouche. Je découvris qu’il était alors en traitement ailleurs, pour psoriasis. Il avait reçu une vingtaine d’injections de sels d'or, à raison de 2 injections par semaine. L'éruption de la bouche était érythémateuse avec vésicules et plaques
Le RS EE me.
squameuses sur la muqueuse, Le médicament fut suppriné et en 6 semaines l'éruption disparut, »
Faut-il voir des phénomènes toxiques dans ces accidents cutanés et buccaux que nous venons de rapporter — accidents insuffisamment précisés d'ailleurs et dont le diagnostic reste incertain ? Ces stomatites ne seraient
elles pas plutôt des infections fuso-spirillaires réveillées
et exaltées par le traitement aurique ? — Autant de questions, intéressantes, certes, mais que nous n'avons pas à trailer ici.
Nous nous en tiendrons aux éruptions nettement caractérisées de lichen plan, Nous les rapprocherons de ces mêmes éruptions, au cours des traitements. par les novarsénobenzènes, Et ce rapprochement éclairera un peu leur pathogénie, encore obscure -— comme la nature du lichen plan elle même.
Eruptions de Lichen plan au cours
On a rapporté quelques cas de lichens plans apparus
- ‘æu cours de traitements par l'acétate de Thallium, Mais
ce sont surtout les éruptions post arsenicales de cette dermatose qui ont été signalées et étudiées,
MM. Jeanselme et Burnier ont cité, en 1927, dans Île « Bulletin de la Société Française de Dermatologie », trois cas de lichen plan que nous rapporterons :
OBSERVATION 1, — « M. M..., 27 ans, atteint de syphilis secondaire, reçoit une première série de: 10 injections de novarsénobenzol, du 1% Décembre 1926 au 24 Juin 1927. Après un repos d’un mois, il recommence une nouvelle série, Après La 5 injection, il s'aperçoit d’une éruption légère localisée aux avantbras ; il continue son traitement sans avertir le médecin et c'est seulement le 29 mars, à la fin de la série, que l'on constate une éruption “papuleuse discrète des avant-bras, non prurigineuse,, ayant les caractères du lichen plan Des éläments typiques existent à la face interne des joues et sur la langue, JI1 est à signaler qu’une nouvelle série de novarsénobenzol fit disparaître ce lichen plan. »
OBSERVATION II, —1 « M. C..., 32 ans, atteint de chancre syphilitique, en Avril 1927, reçut une première série de 10 injections ‘de novarsénobenzol (0,15 à 0,90) terminée le 14 Juin, Après un
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mois de repos, il recommença une nouvelle série. Après la 3 piqûre (0,45), le malade s’aperçut de la présence d’une éruption sur le thorax et l'abdomen, mais sans prurit, Il ne signale pas le fait et continue sa série.
Le 12 Septembre, après la 7% injection (0,75), l'éruption augmente d'intensité ; le malade se décide à demander conseil et l'on constate une éruption papuleuse, lichenoïde, légèrement squameuse, non prurigineuse et occupant le thorax, l'abdomen, le cou, les membres supérieurs, les cuisses, Il existe deux éléments blanchâtres à la face interne de la joue gauche. La biopsie montre des lésions typiques de lichen plan.
OBSERVATION III — Mme V.., 45 ans. Ancienne syphilitique, sans accidents, mais avec un Wassermann positif, voit apparaître au cours d'un traitement novarsénobenzolique, une plaque blanche sur la langue, ainsi que des lésions blanchâtres réticulées, sur la face interne des deux joues, depuis la commissure labiale jusqu'aux dernières molaires et ayant tous les caractères du lichen plan... » (B. S. F. D., p. 774).
M. Pautrier a signalé également, en 1927, dans le Bulletin de la Société Française de Dermatologie, les observations suivantes :
OBSERVATION I. — « Mme P.. Emilie, 43 ans, nous a été adressée, en Septembre 1926, par la Clinique oto-rhino-laryngologique, pour syphilis tertiaire du nez. |
En septembre 196, la malade a reçu 10 injections de Quinby et puis de l'iodure de potassium. En février-mars 1927, deuxième cure de 10 injections de Quinby.
Au cours du mois de mai, la malade est mise au novarsénobenzol. Elle reçoit 4 grammes 35 de ce médicament.
Le jour où elle a reçu sa dernière piqure, en rentrant de l'hôpital chez elle, le 15 juin, elle ressent au niveau de la saignée
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du bras gauche, là même où elle vient de recevoir son injection de 0,%5 de novar, un prurit très Violent et elle constate à ce ni- Yeau l'apparition d'une « plaque rouge », Peu de temps après, les deux avant-bras, le cou et le faut du thorax présentent des phénomènes analogues : prurit violent, apparition de rougeurs.
Lorsque la malade revient se montrer à nous, le lendemain, elle présente une éruption érythémateuse quasi généralisée à tout le tégument et donne au premier abord l'aspect d’une érythrodermie généralisée,
Cependant, certains îlots de peau saine sont respectés, îlots Curieusement distribués : c'est ainsi, par exemple, qu'autour de deux plaques érythémateuses losangiques occupant symétriquement la saignée des deux bras, on trouve une bande circulaire de tégument sain. Puis la rougeur couvre en nappe bras et avantbras.
Mais en regardant de plus près ces deux plaques losangiques qui couvrent les plis de la saignée, on s'aperçoit que la rougeur n'y est pas uniforme, mais qu'elle est constituée par un véritable semis de papules extrêmement juxtaposées, mais encore individualisées. Chacune a une forme polygonale, un contour nettement arrêté, un aspect bombé, une surface brillante à jour frisant, bref tous les caractères de la papule la plus typique du lichen plan. On ne peut dire : éruption lichénienne ; on ne peut parler que de « lichen plan ».
En examinant alors le reste des téguments, on s'aperçoit que, partout, le fond de rougeur est constitué par un semis de petites papules analogues ; extrêmement nombreuses, presque partout confluentes, offrant les caractères que nous venons de décrire. Les lésions sont particulièrement typiques sur les bras, les avantbras, les poignets et les mains, mais on les retrouve sur le tronc, le thorax, l'abdomen, les membres inférieurs.
La malade accuse, en même tamps, un certain malaise général et un état fébrile.
Un seul diagnostic clinique est possible : celui de « lichen plan aigu » généralisé, à forme érythrodermique — et nous incriminons aussitôt le novarsénobenzol comme en étant l'agent provocateur. Nous décidons la malade à entrer dans notre service, mais elle ne s'y présente que le vendredi 17, avec une température de 39°.
Les jours suivants, l'aspect de l’éruption se modifie profondément.… File devient d'un rouge plus intense ; les placards de peau saine ont disparu... l'érythrodermie est couverte sur les membres de petites vésicules qui se rompent facilement en donnant une gouttelette de sérosité.. Pourtant, sur les mains et sur la face postérieure de la partie inférieure des avant-bras, on retrouve des éléments papuleux, plus volumineux, de la grosseur d’une lentille, rappelant les « plaques » du lichen plan, mais comme noyées dans la rougeur générale et l'œdème des téguments... On a l'impression nette que la malade commencé une érythrodermie exfoliante vésiculo-æœdémateuse,
Les jours suivants, la malade a la face complètement œdématiée, suintante.. tout le corps n'est qu'une vaste nappe érythrodermique et suintante.. La température s'élève tous les soirs à 3995... Elle atteint 4004, le 27 juin... On note un œdème de tous les téguments, surtout marqué aux membres inférieurs. Brusquement, le 28 juin, la température tombe à 38°4... le 4 juillet, elle n'est plus, le soir, que de 37°2... les phénomènes cutanés s'amendent.… |
Si le stade de début lichémien, ajoute le Dr Pautrier, qui & duré 48 heures, avait passé inaperçu, on conclurait banalement à une érythrodermie novarsénicale, légèrement papuleuse au début, puis à type vésiculo-ædémateux.. Fort heureusement, nous avions fait, le jour de l'entrée de la malade dans notre service, une biopsie au niveau de l'avant-bras... Or notre biopsie nous montre les lésions nettes et caractéristiques du lichen plan, légerement modifiées, il est vrai, par l'association des lésions inflam- Matoires.. Donc lésions de lichen plan certaines, mais modifiées
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